Soleil à Paris

Ce soir, après avoir passé une journée au ralenti, nous avons trouvé la force pour aller en ville. Nous avions un rendez-vous pas loin de la tour Eiffel avec les membres d’une famille très joyeuse, accueillante et originale. Je devais dessiner un des enfants pour la réalisation d’un buste. Après deux verres d’un bordeaux grand cru pas mauvais, mes fusains travaillaient de façon autonome. La lumière et la vue depuis la terrasse sur les toits de Paris ont aidé à créer une bonne ambiance pour dessiner. Nous sommes rentrés tôt. Notre belle louve nous attendait impatiente.

Dessin pour sculpture - Lartigue

Claude Nougaro trouve un foyer

En 2013 j’ai réalisé le buste de Claude Nougaro avec l’idée de représenter un personnage central de la vie culturelle de Toulouse. Cinq ans plus tard, nous avons été invités par Gladys Cazalot à la soirée de gala organisée par les Amis artistes de l’Oncopole, association qui récolte des fonds pour les familles des personnes malades de cancer et pour les soins de bien-être pour les malades (pour lire l’article sur l’exposition organisée par cette association, cliquez ici). Une vente aux enchères des œuvres reçues en donation allait avoir lieu. Le buste de Claude Nougaro en faisait partie.

Nous ne savions pas que les spectacle principaux de la soirée étaient un groupe de jazz, le Toubib Jazz Band, et une imitation de Nougaro par le chanteur du groupe Nous c’est Nougaro, Eric Alias, artiste multifacette, qui a eu la gentillesse de diriger l’attention du public vers le buste. Il a chanté Toulouse spécialement pour insuffler un peu d’énergie à la vente aux enchères. Il a réussi à réveiller le public, qui entre deux mets délicieux commençait à perdre allure (nous inclus).

La tension est toujours intense. Pour les artistes présents, c’est toujours angoissant, car leur but n’est pas de s’enrichir (la totalité de la vente est pour l’association), mais de contribuer à la cause, même de façon modeste. L’artiste aimerait en général voir son œuvre s’élever à des enchères mirobolantes, mais se contente d’une participation symbolique. Quand il n’y a pas d’acquéreur, c’est frustrant.

Heureusement pour le buste de Nougaro, les enchères sont montées plusieurs fois, ce qui nous a réjouis pour l’association. Nous remercions Eric Alias pour sa participation spontanée dans la présentation de l’œuvre, de même que Jean Luc Negro, artiste visuel qui a fait donation d’une sculpture en acier de Jacques Brel (les deux sculptures offertes à l’association célébraient des chanteurs sans qu’il y ait eu concertation). Jean Luc a aussi attiré l’attention du public sur mon travail, attitude généreuse entre artistes (plutôt rare).

Et bien sûr, merci à l’acheteur, qui en donnant un nouveau foyer à ce buste a aidé l’association, dont la présidente, Yanne Rebeschini, fait un travail important depuis trois ans.

 

claude nougaro - buste par Lartigue

Œuvre éphémère

Buste réalisé dans un stage à Paris. Ce buste n’existe plus. Je l’ai détruit. J’écrirai un autre article sur les causes de la destruction. Pour l’instant je lui donne une petite vie temporelle et virtuelle, ici.

 

 

Démonstration avec modèle vivant à l’exposition des Amis artistes de l’Oncopole

Un bras levé, la main posée sur la tête, dans un mouvement féminin d’ouverture et de confiance. L’autre bras croisé sur la poitrine, la main cache le sein. Pudeur délicate. C’est la pose que j’ai choisie pour la démonstration de sculpture à l’exposition des Amis artistes de l’Oncopole au Crédit Municipal (Toulouse). Cette association fait un travail admirable pour récolter des fonds pour les familles des personnes malades de cancer et pour les soins de bien-être pour les malades.

Je profite pour remercier le modèle, Vanessa, qui a voulu encourager cette cause.

Articles sur la Dépêche (cliquez ici)

 

Sculpture en pierre d’Avy

Sculpture en pierre - Zorba - Lartigue

Disparu de l’écran depuis des semaines, je reviens avec cette vidéo du processus d’une sculpture en pierre. J’ai essayé de présenter en moins de 3 minutes le travail de deux mois. La pierre permet une espèce d’apprivoisement de la matière ; on doit s’approcher lentement de l’être qui se trouve à l’intérieur sans jamais le blesser. Au début elle semble hostile et sur la défensive, mais après un certain temps, un accord s’établit entre la matière et le sculpteur et on peut enlever des morceaux importants sans trop de difficulté.

Grâce à la confiance que la commanditaire m’a faite, j’ai pu travailler dans une liberté totale, ce qui m’a permis de trouver un lien entre l’expression amusée et amicale de ce golden retriever et la beauté de la pierre. Zorba nous regarde avec l’intelligence spéciale propre aux animaux qui nous accompagnent dans notre passage sur Terre.

« La vie d’artiste est difficile »

Combien de fois j’ai entendu cette phrase, surtout quand j’étais très jeune et que les personnes plus âgées voulaient me dissuader de prendre ce chemin, pour mon bien.

Oui, c’est tout à fait vrai : la vie d’artiste est difficile. Mais les récompenses sont souvent immenses. Et le lien me paraît important. Plus l’effort est grand, plus on atteint des buts stimulants : quand on veut trouver un coin dans la campagne paisible, harmonieux et beau pour faire un pique-nique, il faut marcher et chercher pendant un bon moment. Alors, on trouve un endroit frais sous des arbres immenses, loin des humains ; la nature s’exprime de façon naturelle (comme elle le fait si on la laisse tranquille). Si par contre, on s’arrête à la première table au bord de l’autoroute, on se condamne à la pollution des voitures qui passent, au bruit, à la saleté, à une nature domestiquée, plate, sans intérêt.

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Grenoble – souvenirs de mon adolescence

Pour les artistes, ce lien entre l’effort et les cadeaux que la vie propose est clair. Peut-être parce que notre vie est plus exposée aux caprices de l’existence. Quand une personne choisit le chemin de l’art, elle choisit une vulnérabilité pas toujours facile à gérer. On s’ouvre aux possibilités infinies que chaque pas qu’on prend nous offre, et on s’oblige à tenir debout devant les difficultés que cela suppose.

Tout cela pour dire : nous avons passé des jours intenses cette semaine. La route a été longue, et je ne parle pas du chemin qui nous a amenés en Suisse, mais du processus d’un beau projet en pierre. Tout cela nous a menés vers des expériences intéressantes et riches en émotions, découvertes et ouvertures.

Nous avons fait plus de 1600 km. La plupart du temps sous le soleil. Nous avons traversé une zone d’orage où la grêle était si impétueuse que tout le monde s’est arrêté par manque de visibilité et par peur de ce bruit de bombardement métallique qui s’acharne sur les voitures. Quelques instants plus tard, après un virage, de nouveau le soleil. On a pensé aux automobilistes qui se trouvaient toujours sous l’orage à un ou deux kilomètres derrière nous. Ils imaginaient sans doute un temps pourri partout et pendant tout leur voyage… Ils ne savaient pas que tout près d’eux le ciel était bleu.

« La vie d’artiste est difficile », mais à chaque moment où tout se casse, où rien ne marche, il faut savoir que le ciel est bleu un peu plus loin. D’ailleurs, tout est relatif, comme dirait notre ami Albert : oui, elle est difficile, mais moins qu’une vie qu’on ne choisit pas.

Dans un autre article, je parlerai de ce projet en pierre, du début d’une belle amitié en Suisse, d’un voyage vers mon adolescence, à Grenoble, où habite ma tante, qui a 97 ans, des frontières et du temps.

Sculpture en pierre de Tavel

Un pierre grise, bleutée, très dure. Des outils en carbure de tungstène ont été nécessaires pour la travailler. Une fois polie, elle semble douce. Pourtant, ses arêtes sont agressives. L’opposition entre ces deux aspects est l’un des éléments que je souhaitais pour cette pièce.

Cliquez sur la vidéo :

La lumière

Il fait nuit. Pour la première fois je peux rester après le coucher du soleil dans le nouvel espace de l’atelier consacré à la pierre. L’électricité est arrivée : des tuyaux, des boîtes de dérivation, des interrupteurs, des prises, des halogènes… toute une installation impeccable ! (Merci Gérard Antoine). Deux tubes de néon qui attendaient le passage d’électrons depuis des décennies, sous la poussière accumulée, et que nous croyions complètement morts, sont restés pendant quelques instants dans le doute : après quelques lueurs hésitantes, tout à coup, ils se sont allumés. J’aime imaginer que la dernière fois qu’ils l’avaient fait, des ouvriers travaillaient dans cette usine de briques avant le feu de 1957.

Atelier pierre - Lart et Marne

Photo Juliette Marne

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