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Le journal d'un sculpteur

Eléments de création : des réflexions, de l'observation et du vécu.

Nouvelle peau de mon site Internet

Mon site Internet a changé d’aspect. J’espère qu’il remplira son rôle de vitrine de mon oeuvre.

Je reprends bientôt mon journal.

Visitez mon nouveau site Internet : http://www.art-france.fr/Nouveau site Gérard Lartigue

Article mis en avant

Le paysage et la texture

Observer un paysage sert à découvrir des valeurs visuelles pour mieux comprendre la matière. Si on élimine la couleur, un élément dominant qui sature très vite notre cerveau d’informations, on peut apprécier d’autres valeurs : la texture, par exemple. Si on arrive à transmettre dans l’argile la sensation du volume immense des nuages, léger et lumineux, du rythme délicat d’une série d’arbres alignés, ou de la surface lisse d’une rivière contrastant avec la rugosité des rochers aux alentours, on rend alors la matière plus vivante, car moins monotone. Nos sens sont ouverts à la complexité du monde. La sensualité se développe plus dans la richesse d’information que dans la perfection et la platitude du monde décoratif.

D’un côté Thanatos apporte la décadence, la décomposition, l’érosion, la chute, l’obscurité, et de l’autre, Eros lutte pour introduire la richesse des formes et des textures, la complexité, l’abondance. L’art se trouve dans l’équilibre de ces deux forces.

Nous sommes allés à Grenoble livrer une sculpture dédiée à la mémoire de l’amour d’un couple. Leur amour continue à vivre malgré la disparition de la femme de notre ami écrivain : la poésie, les romans, la peinture, et maintenant la sculpture alimentent le feu de cette passion.

De retour, un saut au Pont du Gard, au coucher du soleil, quand tous les touristes étaient déjà partis. Ce beau monument pour nous tous seuls. Mon cou se libère de sa névralgie et me permet d’admirer ces pierres posées il y a une vingtaine de siècles.

Article dans La Dépêche

20171006 Les Pionniers de l'Aéropostale au Grand Balcon Merci à Roger Eychenne pour l’intérêt qu’il porte à mon travail artistique.

https://www.ladepeche.fr/article/2017/10/06/2659648-gerard-lartigue-pionniers-aeropostale-grand-balcon.html

Sculpte-moi un mouton

Sans la volonté de fer, l’audace et l’âme de visionnaires des pionniers de l’Aéropostale, Toulouse ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Combien de Toulousains le savent ? Le XXe siècle a été le théâtre d’une révolution technologique où toutes les nations développées luttaient pour avoir un rôle important dans la conquête de l’air. La France a atteint l’une des premières places grâce à eux, ce qui a permis à Toulouse de devenir le centre européen de l’industrie aéronautique. Qui sait aujourd’hui que le nom de l’Aéropostale a été forgé par Marcel Bouilloux-Lafont ?

Nous voudrions rendre hommage à ces hommes en réalisant une série de bustes dans un contexte littéraire construit par Juliette Marne qui permettrait de leur donner une présence dans ce nouveau millénaire (malheureusement, à l’époque, la place des femmes dans l’aviation était très limitée, raison pour laquelle j’ai aussi sculpté le buste de Maryse Bastié, héroïne dotée d’autant de courage et de détermination que ses collègues). Maryse Bastié aviatrice par Lartigue
Les bustes qui nous permettent de les admirer sont rares, et surtout limités aux plus connus d’entre eux (Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry, Didier Daurat, Henri Guillaumet).

Marcel Bouilloux-Lafont et Joseph Roig :

Des dizaines de pilotes effectuent le trajet des pionniers depuis 35 ans pour le rallye Toulouse Saint-Louis, et 10 ans pour le groupe Latécoère. L’ambiance est d’une rare camaderie et d’une admiration immense pour ce que ces pionniers ont accompli il y a un siècle.

Et pour répondre à la question qu’on nous pose souvent : « Comment est né votre désir de participer à cet hommage ? » Tout d’abord, nous devons l’idée à Gérard Antoine, qui a su attirer notre attention vers l’histoire de l’Aéropostale. Nous en avions déjà un aperçu grâce aux romans de Saint-Exupéry, dont Terre des hommes, ode à notre existence en tant qu’humains. Sa vision cosmique qui pouvait passer du macrocosme au microcosme dans un seul paragraphe et sa capacité à apprécier la beauté de la planète m’ont émerveillé. Puis, un jour, nous nous sommes rendu compte que l’histoire de l’Aéropostale était essentielle pour nous : notre travail en sculpture et en littérature depuis des années est centré sur la communication, la transmission, la mémoire. Or, la base de cette immense aventure était d’apporter le courrier d’un point de la planète à un autre. Les mots, au centre de tout. Ces hommes donnaient leur vie pour porter des lettres. Non seulement les humains ont commencé à voler, mais ils ont aussi commencé à communiquer beaucoup plus rapidement. Aujourd’hui, il nous paraîtrait étrange de devoir risquer une vie pour amener quelques mots d’un endroit à un autre, quand il suffit de taper sur son téléphone portable. Ces hommes sont les premiers à avoir créé des réseaux de communication entre les continents.

(Photos vernissage : Aldo Manzanera Lartigue)

Enfin, j’ajoute une photo de notre chienne en mode fantôme rouge… Elle rêve d’un coucher de soleil dans le désert.

EXPOSITION : Les pionniers de l’Aéropostale

Vibrations de la matière

Travailler la pierre est en grande partie une affaire de vibrations. Il y a bien sûr l’éternelle éducation des yeux pour mieux comprendre les volumes, et le développement de la capacité des mains pour bien recréer les formes du modèle, mais au moment de frapper la gradine avec le maillet, un facteur essentiel est notre sensibilité aux vibrations de la matière. C’est une opération inconsciente. Le geste répété de frappe amène le sculpteur vers une harmonie entre les mains, le maillet, la gradine ou le ciseau qui déclenche une forte vibration dans la surface dure et inerte, et la pierre qui libère un morceau sans endommager le reste. Il s’agit de séparer avec des ondes les particules de la masse compacte de la pierre. C’est la raison pour laquelle on utilise la main droite pour frapper l’outil : on pourrait penser que la frappe, en apparence un geste si simple, devrait être effectuée par la main gauche et le contrôle de l’outil, plus complexe, par la main droite. Mais en réalité, ce qui doit être réalisé avec une précision maîtrisée, c’est la frappe. On dirige l’énergie qui séparera les particules collées depuis des millions d’années avec la main droite (si on est droitier). La frappe pénètre la matière et doit trouver de l’autre côté du morceau à détacher une sortie de l’onde de frappe.  Un coup vers le cœur de la pierre se noie et fait éclater un seul point superficiel, avec le risque d’endommager la pierre en profondeur, tandis qu’un coup presque tangentiel sur un morceau saillant coupera celui-ci avec facilité.

 

Les pionniers de l’Aéropostale : Vernissage à Toulouse le 28 septembre

vernissage aéropostale Toulouse - Lartiguevernissage Toulouse expo aéropostale - Lartigue 1À l’hôtel Le Grand Balcon – Exposition de sculpture

C’est la rentrée. Après un été riche en couleurs, contrastes, changements dans l’atelier, découvertes artistiques, échanges avec des proches, lectures, réalisation de sculptures en terre, pierre et marbre, création de projets, mais aussi ponctué de quelques problèmes de santé, le rythme intense d’activités reprend. Pour les problèmes de santé, il a été nécessaire de passer par des craquements, torsions et piqures d’aiguilles délivrés par des ostéopathes, des étiopathes et des acupuncteurs pour retrouver des neurones moins rebelles. Les migraines diminuent.

Je reprends ce blog.

Le marbre et la sensualité

Jeune Olmèque marbre Rose du Portugal - Lartigue

Il y a dans le marbre quelque chose de doux, de tendre. Plus on le travaille, plus il dévoile des surfaces douces et agréables, presque tièdes. Au début on a devant soi un bloc agressif, couvert d’arêtes et d’irrégularités, à l’aspect dur et opaque. Puis on enlève tous les morceaux qui cachent la forme qu’on souhaite (ou comme dirait l’autre, la figure cachée dans la pierre) et on commence à arriver à la surface qui constitue la peau du personnage qu’on dévoile : on ne doit pas frapper avec la gradine un seul trou de plus, ou ce visage sera perdu pour toujours ; une blessure obligerait à changer l’ensemble du visage.

Le travail de finition commence alors et avec le ponçage la pierre devient translucide. C’est à ce moment-là que la sculpture prend vie. On la caresse et on ressent presque une respiration. C’est magique.

Un anniversaire exceptionnel

Le matin la poétesse descend les cinq étages de l’immeuble où nous séjournons à Paris chez une amie (partie en vacances avec sa famille) qui aime les mots, comme nous, pour chercher des croissants délicieux (aux amandes, mon préféré). La veille en rentrant chez notre amie tard le soir, nous nous sommes rendu compte que depuis des jours on était juste à côté de l’ESCP , l’école où ma fille a fait un mastère spécialisé de management de l’édition. A midi je déjeune avec elle. Elle m’offre un des tableaux à l’huile qu’elle a réalisés dans un stage de portraits à Paris, tableau qui est pour moi le symbole du début d’une belle carrière artistique. L’émotion est forte.

L’après-midi la poétesse et moi nous promenons dans un quartier de galeries entre l’avenue Saint-Germain des Prés et la Seine, après avoir dessiné tous les deux une sculpture de Picasso devant l’église de Saint Germain des Prés, dédiée à Apollinaire.

Le soir une surprise m’attend. On a rendez-vous avec deux amies philippines pour parler d’un projet de sculpture. Nous arrivons au restaurant chinois près des Champs-Elysées et tous nos amis philippins sont là. Ils ouvrent deux bouteilles de mon vin préféré, Saint-Estèphe, bouteilles qui ont plus d’un quart de siècle ! A chaque moment de flottement dans les conversations multiples où se mêlent l’anglais, le français et leur langue (le tagalog, dont ils nous apprennent quelques mots) en plus de leurs dialectes, on lève nos verres pour trinquer en criant « joyeux anniversaire ». Même le propriétaire du restaurant se joint à cette tradition inventée lors de cette soirée. Nous fêtons que le projet prend un nouvel élan. Nos amis nous font sentir bien acceptés dans leur groupe. Ils font preuve d’une générosité spéciale. Nous partons avec des cadeaux, du champagne, un Médoc 82, et des centaines de photos pour garder une trace de ces moments de partage.

On rentre le lendemain. Dans le train je fais une série de dessins. La poétesse est exténuée. Elle dort après avoir lu quelques chapitres de Terre des Hommes, de Saint-Exupéry.

train de retour de Paris 17

Dorian Gray

Dans la réalisation d’un buste d’une personne vivante, l’artiste est soumis à une pression extérieure. Le risque est que le modèle ne se reconnaisse pas dans la sculpture. Et pas forcément par un manque d’exactitude dans la ressemblance. Ça peut être le contraire : par un excès de ressemblance. Le modèle peut supposer ses défauts grossis par la main du sculpteur.

La ressemblance fait partie des facteurs importants dans la réalisation d’un buste. L’artiste, de même que l’architecte, se trouve dans une position délicate : il se lance dans la confection d’une oeuvre destinée à prendre une part essentielle dans l’univers du client. Dans le cas de l’architecture, le client va habiter l’oeuvre de l’architecte, et pour la sculpture, le client va se trouver avec une nouvelle « présence » chez lui. Et si cette présence est la sienne, donc une double présence de lui-même, c’est compliqué.

Et il faut prendre en compte un autre facteur : le temps va continuer à labourer l’un des deux « êtres ». Dans le cas de Dorian Gray, c’est l’oeuvre qui prend tout l’effet du temps sur elle, mais normalement, c’est le modèle, bien sûr. La course du temps s’arrête pour l’un des deux.

D’ailleurs, le sculpteur peut choisir à quel moment de la vie du modèle il arrêtera le temps. Il peut le réaliser en représentant l’époque de la jeunesse du modèle, par exemple, ou au contraire, il peut avancer l’aiguille  du temps vers un futur probable. C’est dans ses mains que le temps danse. C’est angoissant pour le modèle, surtout s’il s’agit d’une personne qui a une image idéalisée d’elle-même.

Le cas le plus délicat, c’est quand on ressent l’immortalité de la sculpture et par opposition, sa propre mortalité.

Dans le buste d’une ancienne danseuse de Maurice Béjart que j’ai réalisé il y a deux ans, on perçoit une nostalgie dans le regard, comme si cette femme était consciente de l’aspect éphémère de la vie. Ses lèvres font une moue discrète ; elle souhaite effacer une pensée qui la traverse.

Le modèle nous a demandé de lui apporter son buste. Quand elle l’a vu, une fois que je l’ai dévoilé chez elle, dans le Marais à Paris, elle a pensé aux tombes dans les cimetières. Elle n’a pas voulu garder l’oeuvre.

Il faudra la jeter dans la Seine. Dommage, j’aimais bien cette femme au regard nostalgique.

ex danseuse Béjart

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