Vidéo de la réalisation du monument en hommage à Jean d’Ormesson

Nous remercions encore une fois toutes les personnes qui ont participé à la réalisation de ce projet (voici le lien vers l’article où je parle de tous ceux qui ont participé au projet) et à Héloïse et Françoise d’Ormesson, fille et épouse de l’écrivain, qui avec leur présence ont donné une signification spéciale au dévoilement de l’œuvre. C’était un moment émouvant, intense.

N’hésitez pas à partager la vidéo ! Merci.

Article mis en avant

Monument « La Noblesse dans le cœur » ​dédié à Jean d’Ormesson Bouches-du-Rhône, 2018

Témoignage de Laurent Marie, ​Directeur général des services, mairie de Ceyreste :

PhotoFrançoise d’Ormesson, Patrick Ghigonetto (maire de Ceyreste), Juliette Marne, Héloïse d’Ormesson et Gérard Lartigue

​« Notre école primaire en construction allait être la première en France à être baptisée Jean d’Ormesson. Pour donner à cet événement l’ampleur qu’il méritait, nous avons souhaité mettre en œuvre le dispositif du 1 % culturel.
Votre projet a remporté notre appel d’offres pour deux raisons : une réelle proposition artistique (la pyramide de livres chaotique, etc.) et la fidélité au modèle. Dès l’ébauche, vous avez su capter l’expression et les détails du visage de l’académicien. Votre projet, dans son ensemble, était déjà très abouti. C’était rassurant pour nous, car ce monument dédié à Jean d’Ormesson allait représenter un marqueur essentiel du mandat de l’équipe municipale.
En outre, nos contraintes étaient fortes, tant en termes techniques que de délai. Votre atelier a su relever ces défis. La communication avec vous était fluide et transparente, votre professionnalisme constant.
Au moment du dévoilement, nous étions dans l’expectative. Une telle commande, pour une municipalité, est un saut dans l’inconnu. Qu’allaient donner les volumes, la patine, etc. ?
L’aspect et le rendu de l’œuvre ont été nettement supérieurs à ce que nous pouvions espérer. Votre projet, dans son ensemble, a été salué, y compris par la famille de Jean d’Ormesson qui nous a fait l’honneur d’être présente à l’inauguration.
Le monument apporte une touche culturelle, esthétique et artistique qui valorise le groupe scolaire devant lequel il est installé. »

Pour lire l’article sur l’inauguration, cliquez ici


Pour découvrir d’autres témoignages autour de nos projets, cliquez ici

 

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Nous sommes les premiers à arriver au restaurant. (Décidément, nous arrivons toujours trop tôt : voir l’article du concert aux Jacobins). Les serveurs nous reçoivent avec une rigidité étudiée. Ils sont habitués à voir débarquer tous les jours des personnes prêtes à jouer le jeu de l’émerveillement du fait qu’elles se trouvent dans un des meilleurs restaurants du monde. Leur attitude cérémoniale un peu trop artificielle nous semble un obstacle pour bien communiquer avec eux. Pas grave, nous venons déguster l’art de Michel Sarran. Le reste, le restaurant en lui-même, est secondaire.

Je me trompe. Une fois installés, le silence autour de nous, l’austérité des murs, les cheminées en marbre, la lumière tamisée, la blancheur parfaite des nappes, les couteaux Laguiole, les beaux verres colorés… tout contribue à nous éloigner du monde efficace et pratique. Ici le temps s’arrête.

Nous essayons de casser la relation bien figée client-serveur :

– Excusez-moi, savez-vous d’où vient le marbre de la cheminée ? Il est magnifique, demande la Poétesse à la serveuse toute sérieuse et froide.

– Euh… je ne saurais pas vous répondre, madame.

Je ris discrètement. Évidemment la Poétesse a surpris la serveuse, qui n’est pas habituée à se poser ce style de questions. Ils ne doivent pas recevoir souvent des sculpteurs et des poètes. Et quand ils le font, cette information ne doit pas être au centre de leur intérêt.

Quand elle apporte l’entrée, la Poétesse cherche à savoir si l’herbe qui accompagne le saumon est de la coriandre ou du cerfeuil. La serveuse se montre rassurée : elle préfère ce sujet. Pourtant elle se trompe.

-Ce n’est pas de la coriandre, j’en suis sûre, me dit la Poétesse une fois la serveuse partie. Je mangeais cette herbe très souvent dans le nord.

Quand je goûte le saumon avec un morceau de betterave dans sa sauce au lait de coco et de concombre, je sens une explosion étrange de joie. Tout devient limpide et beau. C’est de la magie.

Qu’est-ce qui fait qu’une bouchée de nourriture nous fasse reprendre confiance en la vie ? Quand on est en train de manger et qu’une voix intérieure nous dit que tout reprend du sens, quelle est l’explication rationnelle ?

Nous nous sommes posé ces questions, la Poétesse et moi, en sortant du restaurant de Michel Sarran.

-À mon avis, les molécules du corps reprennent une position plus adaptée au bonheur, j’aventure comme explication.

-Oui, une espèce de magie, une alchimie, que seuls les grands chefs de cuisine possèdent, confirme la Poétesse, qui connaît bien l’œuvre de Michel Sarran. Elle a fait le suivi d’édition du livre Toques et toiles, sur la cuisine de ce grand chef (et d’autres) et sur la peinture décorative de Bernard Cadène.

Les délicieux vins provençaux prolongent les effets de bonheur pour quelques heures de plus.

La réponse, n’étant pas de l’ordre du rationnel, n’arrivera pas. Peu importe, nous avons passé un moment bien spécial dans ce restaurant toulousain.

Nous avons trinqué pour les élèves de l’atelier. Merci du fond du cœur pour ce cadeau ! Vous étiez présents avec nous.

La Poétesse au XIIIe Salon du Livre des Gourmets de Lettres, à Toulouse

Belle surprise. L’annonce des prix littéraires allait avoir lieu. Je n’ai pas osé demander à la Poétesse son merveilleux téléphone portable qui sert à mille choses (même à téléphoner) pour enregistrer le moment, au cas où elle gagnerait un prix pour son recueil de nouvelles La Tâche bleue. Superstition ou discrétion de ma part pour éviter de créer de faux espoirs. On annonce le prix : Juliette Marne. J’ai à peine eu le temps de sortir mon téléphone portable, un modèle ancien des années vingt,  et de faire une photo basique de la Poétesse en train de recevoir son diplôme sous une belle statue de Clémence Isaure.

Pour voir la page de Juliette Marne au Salon Les Gourmets de Lettres, cliquez ici. 

 

Portrait de Houellebecq sur papier. Des mots et des taches à l’encre.

L’encre coule sur le papier de façon capricieuse. Je reprends mes vieilles habitudes de peintre pour comprendre le comportement de ce liquide teinté et pour mieux le maîtriser. Il faut se laisser surprendre par l’accident provoqué, et quelque part, dirigé. Un œil de Michel Houellebecq observe le spectateur, l’autre se focalise sur un monde lointain, obscur, étrange. Le visage a l’air sincère et compatissant, presque amical.

Agathe Novak-Lechevalier connaît bien l’écrivain. Elle décrit son œuvre dans un livre précis, analytique, fluide et riche. La Poétesse admire son travail. Nous en discutons souvent. Elle comprend bien l’intérêt d’Agathe pour la poésie de Houellebecq. Elles partagent la même vision de l’aspect esthétique des mots de l’écrivain.

Nous avons rencontré Agathe lors de la publication du Cahier de l’Herne qu’elle a dirigé. Elle avait souhaité publier la photo du buste original du poète-romancier, idée suggérée par Houellebecq lui-même. Nous nous sommes donné rendez-vous à Paris. Une amitié est née.

Quand le moment est venu de choisir une couverture pour le livre qu’elle a écrit par la suite, elle m’a fait l’honneur de penser à mon travail. Elle m’avait vu dessiner. J’ai proposé à Stock plusieurs dessins, tous à l’encre. L’éditrice Alice d’Andigné a choisi celui de l’asymétrie dans le regard de l’écrivain. La maquettiste l’a intégré dans une couverture claire et dépouillée, où le rouge presque orange du titre évite une sobriété austère en lui donnant une touche moderne.

Le livre vient d’être publié. Il sera le 10 octobre dans les librairies. L’encre encore une fois. Cette fois en forme de mots. Des mots directs, agiles, clairs. La lecture de ce livre nous permet de mieux comprendre l’énorme succès de cet écrivain si mal perçu dans certains milieux intellectuels. Agathe Novak-Lechevalier défait une à une les idées reçues sur son œuvre. Le poète est mis en avant. Un homme qui croit en la poésie ne peut pas être le pessimiste absolu que les médias nous décrivent. Le simple fait de croire à la beauté fait de lui un optimiste profond. Le monde va mal, c’est vrai. La banalité envahit tout. Mais les humains restent sensibles à la beauté. Cela va les sauver. Houellebecq console le monde en ouvrant une voie à la poésie, à travers ses romans.

Le livre d’Agathe fera couler beaucoup d’encre. Un dessin à l’encre sur sa couverture lui sied bien. Michel Houellebecq nous observe en attendant, nous les humains.

 

 

Dessin de Houellebecq par Gerard Lartigue

Que dirait Simone Veil de la forme que prend aujourd’hui sa lutte pour libérer la femme ?

Simone Veil a réussi à avancer dans une lutte importante : celle de donner aux femmes le droit de décider au sujet du destin de leur propre corps, ce qui nous semble évident de nos jours, mais qui était loin d’être le cas dans un passé pas si lointain. Pourtant, est-ce que sa lutte continue, et quelles formes prend-elle ? Est-ce que les humains sont vraiment libres aujourd’hui, libres de choisir le destin de leur corps ?

Je pense à toute une série de facteurs qui créent une dépendance ou une vulnérabilité et, donc, une distance avec la maîtrise de notre corps et de notre esprit : les drogues licites (anxiolytiques, antidépresseurs), les contraceptifs chimiques, les pratiques envahissantes du corps médical (traiter le corps comme un objet qui n’appartient pas à « son propriétaire »), le consumérisme qui devient souvent presque une obsession,  les jeux vidéos, la pornographie, les séries TV… etc. A-t-on vraiment le contrôle sur notre esprit et notre corps ?

C’est le fondement de la lutte de Simone Veil. Elle a connu la Shoah, un phénomène tragique durant lequel les humains ont été dépossédés de leur essence. Ils ont été traités comme des objets à détruire en les triant à partir d’un lien spirituel (leur religion). Une fois triés, ils ont été dénudés, marqués, torturés, et assassinés. Veil a connu cette ligne de démarcation qui marque un changement absolu dans l’évolution de la culture occidentale. Une société dite civilisée opte pour détruire toute une partie de sa communauté définie par ses croyances. La liberté de pensée disparaît tout à coup. Les nazis ont fait de toute une communauté, faisant partie d’une société développée, des bouts de chair à détruire. Leur qualité d’être humain a été niée.

Simone Veil a survécu. Elle a dû reconstruire sa nature humaine. Elle comprenait mieux que quiconque l’aspect sacré de la vie. Et comme base de cette vie, le corps et l’esprit ensemble, dans une totale indépendance par rapport au pouvoir. Mais aujourd’hui c’est l’individu qui veut mettre en avant son appartenance à une religion, qui veut marquer son corps avec des tatouages, qui veut le donner à la science de son vivant, qui refuse son propre destin et le met entre les mains d’un corps médical débordé, qui opte pour l’endormissement de son esprit, pour ne pas souffrir d’une anxiété qu’il ne comprend pas, qui préfère un dictateur (Trump) à une femme démocrate et forte (Clinton). L’exemple américain est parlant.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons reprendre la lutte de Simone Veil. C’est ce qui m’a poussé à réaliser son buste en pierre. J’ai pris un bloc de pierre d’Avy (pierre utilisée pour réaliser plusieurs œuvres romaines et gothiques qui se trouvent dans la ville de Saintes) et je me suis consacré les dernières semaines à imprégner ce vieux petit morceau de la planète de  la beauté de son visage. J’ai sculpté ses traits dans une pierre si vieille que le temps d’une vie n’est qu’une étincelle.

On peut observer sur la pierre des restes de coquilles qui datent d’il y a plusieurs millions d’années.

 

Inauguration à Mons, Belgique, du monument en hommage à Jacques Franeau

Comme promis, voici la vidéo pour partager avec vous tous un moment important de notre vie. Cet homme, un grand vulgarisateur de la science, humaniste et progressiste, a ouvert la porte de l’université de Mons à tous ceux qui n’auraient eu autrement accès à l’éducation supérieure. L’ancien Premier ministre de la Belgique, Elio Di Rupio, a fait partie de ceux-là. Si vous écoutez son discours, vous remarquerez une émotion sincère et une admiration sans faille envers le grand-père de notre ami Gaspard Franeau.

Comme pour tous nos projets en bronze, nous remercions spécialement Nicolas Parc, gérant de la Fonderie de Bronze Lauragaise et son équipe : Clarisse, Frédéric, Joffrey, Claude, Stéphane et Clément.

Pour le socle en granite du Sidobre, un grand merci à M. Chabbert, avec qui nous avons pu développer l’idée souhaitée par le commanditaire : une base qui sort de la terre en forme brute, rugueuse, pour petit à petit atteindre le degré de poli parfait qui représente l’évolution que l’homme impose à la matière.

Pendant ces deux ans du projet, une belle amitié est née avec Gaspard Franeau, qui s’est investi à fond dans cet hommage à son grand-père. Nous espérons avoir bien capté l’essence de ce grand homme.

Dans une époque où l’obscurantisme nous envahit subrepticement, parfois violemment, il est temps de chercher dans les paroles de tous ceux qui se sont battus pour l’ouverture d’esprit, une nouvelle sagesse qui nous sauvera.

 

Nous sommes arrivés les premiers au cloître des Jacobins où le concert de piano allait avoir lieu, ce qui a amené les nombreuses hôtesses à nous recevoir avec des hourras et des applaudissements. Etrange réception, mais sympathique.

Le soir tombait. Une lumière rose illuminait la ville (… rose, bien sûr) et l’ombre projetée par l’immense l’église sur le cloître se diluait dans l’obscurité. Le pianiste est arrivé, il a traversé un public nombreux. D’abord, Couperin. Les notes nerveuses émanaient du fond de la petite chapelle ouverte sur le jardin carré où nous étions très bien installés, la Poétesse et moi.

J’ai fermé les yeux. Un vent léger s’est mis à nous caresser au rythme mélancolique des Ombres Errantes. Il annonçait une tempête prévue par la météo, mais elle n’est jamais arrivée.

Nous étions coupés du monde dans ce beau cloître dans la pénombre. Les néons violets discrets créaient une atmosphère de rêve. L’écho provoqué par l’architecture de cet espace rendait la musique plus fluide, presque religieuse dans le vrai sens du mot. Les notes rapides conçues pour le clavecin devenaient une espèce de petite pluie très agréable. Puis, Beethoven, magnifiquement bien joué. Je ne connaissais pas la sonate n° 30. Près de la fin, la complexité et la rapidité des notes devenaient une vraie cascade, ponctuée par des notes isolées très claires et fortes à un rythme bien plus lent, élaborant deux réseaux différents superposés… magique. La pièce achevée, les mains d’Alexandre Tharaud restent suspendues un moment dans l’air, immobiles. Le public n’ose pas applaudir avant qu’il les retire doucement du piano.

Une belle expérience musicale. Merci à mes élèves de sculpture pour ce cadeau !

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Rythme accéléré

Nous croyions que notre activité allait se calmer au retour de ce beau voyage en Belgique, qu’après l’inauguration du monument de Jacques Franeau (dont je n’ai pas eu le temps de parler) on allait retrouver un moment de tranquillité.

Au contraire, tout s’accélère. D’une part, plusieurs projets, dont je parlerai dans d’autres articles, prennent forme ces jours-ci, d’autre part, les bustes des aviateurs de l’Aéropostale pour le Musée de Montaudran à Toulouse doivent être terminés bientôt, le buste en pierre de Simone Veil pour le Salon des maires est à peine à l’étape d’ébauche et il ne reste que deux mois pour qu’il soit présenté… Et notre galerie virtuelle Kazoart est très active, ce qui implique une accélération de la création d’œuvres. Hier Méfiance a été vendue (pour la voir, cliquez sur ce lien).

Il sera difficile de se détacher de cette sculpture en pierre qui n’a même pas été exposée dans un espace non virtuel, et qui part déjà. C’est une œuvre majeure qui part dans les mains d’un collectionneur dont nous n’avons pas encore les coordonnées. C’est étrange de ne pas savoir dans quel coin du pays elle va trouver son nouveau foyer. C’est flatteur d’un côté puisque l’acheteur l’acquiert en se basant exclusivement sur l’œuvre, sans connaissance particulière de l’auteur, ni de l’ambiance de l’atelier ni d’autres facteurs qui peuvent influer sur l’intérêt qu’un collectionneur porte à notre vie d’artistes. Donc flatteur d’un côté, mais aussi un arrachement total, car pour l’instant il n’y a aucun lien avec ce collectionneur. D’autres sculptures partent chez des personnes qui suivent depuis longtemps nos activités artistiques et la possibilité de les revoir, et même de les exposer à nouveau, existe.

Tout cela en même temps que ma sœur cadette s’installe avec sa famille à Muret. La fratrie des trois Lartigue dans la même ville ! Cela n’arrivait plus depuis qu’on s’est éloignés dans trois coins du monde, par moments dans trois continents différents, il y a plus d’un quart de siècle. Pas seulement dans la même ville, mais aussi dans la même rue !

Une belle année s’annonce.

sculpture visage pierre tavel - Lartigue

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