Inauguration école Simone Veil : témoignage de Daniel Spagnou, maire de Sisteron

Au salon des maires, dont je parlerai dans un prochain article, nous avons eu le plaisir de revoir Daniel Spagnou. Je partage son témoignage autour du médaillon de Simone Veil que nous avons réalisé pour une école de sa ville.

Christophe Castaner et Daniel Spagnou

Nous avons choisi de baptiser notre école primaire Simone Veil, en hommage à cette grande dame qui a fait notre Histoire.
Nous avons fait appel à Gérard Lartigue pour créer un médaillon qui serait installé sur la façade de l’école. Destiné à être vu d’en bas, il a été réalisé en tenant compte de la hauteur du regard. Le travail a été rapidement effectué et l’œuvre livrée soigneusement emballée. 
Le médaillon a été très apprécié lors de l’inauguration. Ce bas-reliefapporte vie et beauté à l’école. Une trace artistique reste là pour les générations futures.
Surtout, l’artiste a su retranscrire la personnalité préférée des Français à la tenue impeccable et au regard éblouissant. Christophe Castaner, présent pour l’inauguration (alors Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement), a fait part de son appréciation de l’œuvre.
Cette œuvre d’art exprime ce que fut Simone Veil, à savoir dignité, droiture et courage, c’est-à-dire le meilleur de la France.
Nous avons apprécié l’excellent travail fourni par Gérard Lartigue, et sommes satisfaits d’avoir placé en lui notre confiance. 

Article mis en avant

Vacances à Paris

Se lever, promener les chiennes, prendre un café et un croissant dans une des meilleures boulangerie de la ville, écrire, lire, discuter, encore un café, marcher au moins dix kilomètres par jour, regarder la pluie, nager dans une piscine avec une terrasse au pied de la Tour Eiffel. Les touristes nous regardent surpris depuis le deuxième étage de la Tour avec les jumelles à 1 euro. Marcher de nouveau, se doucher, manger dans le jardin de la maison, lire, écrire, discuter, entendre le vent souffler les feuilles du palmier, promener les chiennes (trois ou quatre ou cinq fois par jour), prendre un dixième café, écrire, lire, discuter. Et le soir, ce que nous ne faisons jamais, regarder un grand écran (nous avons évité d’en avoir un à notre atelier). Des séries. Nous nous mettons au diapason de notre société « écranisée ». Lire, dormir.

« Je trouve bizarre ce rythme de vie », me dit la Poétesse.

« Il est intéressant, lui réponds-je. Et exceptionnel, je suppose. Peut-être même mérité. En tout cas, je crois que cela nous fera du bien pour reprendre notre rythme plus tard. »

Ces derniers mois, nous nous étions laissés glisser dans une vie sans « pause ». De 7 heures du matin jusqu’à très tard le soir nous n’avions pas une heure de repos. Et nous étions heureux de vivre à cette vitesse. Il le fallait. Une nouvelle étape s’annonçait depuis quelque temps. Il fallait la préparer.

« Tout peut changer d’une minute à l’autre de toute façon dans la vie. Autant profiter de ce qui se présente », j’ai ajouté en réfléchissant à voix haute, sans que cela soit bien lié à ce que nous disions. Je faisais allusion au fait de nous trouver tout à coup dans un endroit si beau en plein Paris pendant deux semaines. Inespéré. Et cela tombait pile au moment où nous avions besoin de tout arrêter pour nous reposer.

A l’atelier, je peux passer des jours sans croiser d’autres humains, sans entendre un seul moteur passer. Sans imaginer le mouvement de la société dans une ville. Loin de tout, bercés jour et nuit par notre petite chute d’eau de la rivière qui coule à côté de l’atelier, par les oiseaux. Le seul bruit est celui que produisent mes outils sur la pierre. Tout à coup, nous sommes immergés dans une des villes les plus touristiques de la planète, entourés de toutes les langues, toutes les modes, toutes les formes humaines. Et ça ne s’arrête pas, même la nuit.

Nous avons le temps de regarder Paris en profondeur, de nous arrêter devant des pierres taillées. Je dessine quelques motifs des façades. Dans « notre » arrondissement, le quinzième, on trouve une quantité impressionnante d’immeubles haussmanniens. L’ensemble me paraît harmonieux et élégant. J’observe surtout le travail sur la pierre, évidemment. Combien de sculpteurs et de tailleurs de pierre existaient à cette époque ?

Pour une fois, je poste un article qui ne tourne pas autour de notre travail. C’est un article estival. Bientôt la reprise de notre rythme effréné.

Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 1)

Il fait frais, bien plus frais que dans notre atelier de Muret, nous avons laissé la canicule derrière nous.

Trouver le bon raccord de compresseur…

La ligne de démarcation du soleil descend peu à peu sur la colline en face du parking Gallieni où Gérard va commencer sa sculpture, L’Inconnue, réinterprétation contemporaine d’un buste de Chiragan (Martres-Tolosane, époque romaine) :

« Donner vie, en quelque sorte, à cette femme, en l’ancrant dans le présent. »

9h12. Des galets millénaires reposent dans l’eau. Un lézard court ventre à terre le long du muret qui nous sépare du fleuve. Le doux grincement de la meuleuse s’élève et se mêle au murmure de la Garonne que surplombe une ligne de maisons semi-antiques. Un bloc de marbre blanc de 45 x 40 x 20 cm va se métamorphoser en belle femme intemporelle.

L’œuvre est mise en jeu dans une tombola, qui se tiendra le 27 juillet.

Poussière de marbre

Dans nos poumons

Aucune alarme

Le cœur tient bon

Nous irons boire au fleuve

Et puis serons lavés

Dans l’air pyrénéen brille

La poussière dépliée

Juliette Marne

  • Pour lire les autres articles :

Jour 2

Jour 3

Jour 4

Jour 5

  • En savoir plus sur L’Inconnue de Chiragan :

L’Inconnue au MSR

  • Association Marbre et Arts :

Marbre et Arts

  • L’exposition des sculptures de Jean-Jacques Abdallah à Montmaurin :

J.-J. Abdallah

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Kazoart

Non, ce n’est pas à la suite de l’incendie de Notre-Dame

Le hasard fait des choses étranges : le lendemain de l’incendie de Notre-Dame nous étions à la fonderie en train de regarder le buste de Victor Hugo dans le feu. Clarisse, la personne qui s’occupe à la fonderie d’embellir le bronze avec de la cire, était en train de le patiner en noir, avec quelques touches de rouge, deux couleurs que Victor Hugo privilégiait dans ses œuvres.

Ce buste est né d’une commande. Un médecin sensible aux idéaux du poète a voulu transmettre à ses deux fils une représentation du visage de l’écrivain. Il constatait peut-être le vide que les nouvelles générations retrouvent autour d’elles dans le rythme du zapping et du superficiel. Il voulait leur transmettre des valeurs autour de la laïcité et des Droits de l’Homme. Victor Hugo se rendait compte à son époque du délabrement des monuments, symboles d’une grandeur qui s’effritait. Il a écrit un livre pour sauver Notre-Dame.

Une fois que le buste en terre a été réalisé, nous avons décidé d’en faire deux tirages en bronze. Il y a trois mois, nous avons apporté l’œuvre en terre à la fonderie, et quelques jours avant l’incendie, celle-ci nous a appelés pour la ciselure et la patine des deux bustes. Au moment de regarder Victor Hugo sous les flammes du chalumeau, nous ne pouvions pas éviter de penser à Notre-Dame en feu, la veille. Une envie très forte de participer à la reconstruction et à la sécurisation de nos monuments s’est mise à brûler en nous.

Les polémiques n’ont pas tardé à éclater : est-ce qu’un monument vaut plus qu’une personne dans la misère ? Comment se fait-il que des millions d’euros se mettent à circuler aussi rapidement quand il s’agit de vieilles pierres et qu’il n’y ait pas un sou pour les pauvres ? Pourquoi la planète entière réagit plus par rapport à un monument à Paris que devant l’incendie d’une bibliothèque d’un pays en développement, qui a vu disparaître dans les flammes des siècle d’histoire ?

Le système montre ses défauts, ses vices. L’inégalité explose aux yeux du monde entier. Une personne est capable de donner plus d’argent que tous les « gilets jaunes » réunis. Ou plutôt, plus d’argent que ce qu’ils voudraient, eux, recevoir. Oui, on voit que la richesse est mal distribuée. Le problème des Gilets jaunes est qu’ils voudraient avoir leur part des bénéfices d’une meilleure redistribution, pour consommer plus, quand au fond le problème est plutôt la mondialisation de la pauvreté : tout est mondialisé aujourd’hui, même la misère. Les pauvres d’autres époques vivaient loin. Aujourd’hui ils veulent une voiture aussi, et un portable. Et ils sont là, dans ce monde si petit, réuni grâce aux réseaux. Et ils nous voient, ils savent comment vivent les gens dans les pays riches. Et nous pourrions les voir aussi : tout est sur la Toile. Sur le Web. Les pauvres du monde entier veulent les maisons, les voitures, les téléphones, les voyages des riches. Mais les Gilets jaunes ne sont pas prêts à sacrifier leurs privilèges pour une justice mondialisée de la richesse.

Plein d’aspects différents de l’injustice planétaire se dévoilent suite à l’incendie d’un monument.

Et Victor Hugo voudrait sauver une deuxième fois Notre-Dame, sans oublier les misérables.

Notre position en tant qu’artistes est difficile : nous défendons la création, les réalisations qui existeront pendant des siècles. On appelle cela la culture. C’est ce qui reste quand les humains meurent. Nous mourrons tous au bout d’un siècle, grand maximum (sauf quelques résistants qui restent un peu plus). Une cathédrale a une vie plus longue. Un poème aussi. Des gens meurent pour donner forme à cette transcendance. Car c’est bien la forme qui compte ! Les mêmes pierres de Notre-Dame, si elles avaient été empilées dans la forme d’un gratte-ciel, n’auraient pas la même importance. Demandez aux gens de l’argent pour reconstruire les tours Jumelles de New York… très peu de fonds seraient réunis. La forme, la signification, n’est pas la même. C’est dans la forme que la création se manifeste. Le bloc de marbre qui a servi à Michel Ange pour réaliser son David a donné plus de sens, d’émerveillement, parfois d’extase, que la plus belle voiture jamais fabriquée. Chaque coup de ciseau est unique, inimitable, insurpassable. La voiture, elle, peut être reproduite à l’infini.

L’unicité de la forme donne sens à l’existence humaine. Malgré l’uniformisation des formes (les mêmes meubles, les mêmes marques de vêtements, les mêmes expériences narratives -les séries-, les mêmes voitures, etc.) nous cherchons toujours à nous démarquer des autres. On achète un objet qui sera différent : une toile, une sculpture, un élément décoratif… Nous savons intuitivement que seuless les choses uniques auront une vie plus longue.

Le résultat de cette recherche de construction de choses qui perdurent s’appelle le patrimoine. C’est ce que les artistes cherchent à réaliser. Quelque chose qui dure plus longtemps que la petite vie d’un humain. Et c’est là que la comparaison entre une cathédrale et une vie humaine est compliquée. Une cathédrale implique des millions de vies : tous ceux qui l’ont réalisée, tous ceux qui se sont battus pour la défendre, tous ceux qui y ont trouvé un sens pour leur vie, tous ceux qui en bénéficient indirectement (c’est grâce à des monuments comme Notre-Dame que Paris attire autant de monde). Et l’aspect symbolique : c’est le coeur de la France ! La voir en danger de disparaître dans les flammes était insupportable pour des millions de gens dans le monde entier. Combien ont pleuré devant cette scène terrible ?

Laissons l’injustice du système de côté pour un moment – comme on le fait en général, car ce système existe depuis des décennies. Soyons heureux de voir que Notre-Dame sera reconstruite. Et pour la justice : quand nous serons prêts à vivre comme la plupart des gens sur Terre, c’est à dire sans confort, quand nous serons prêts à sacrifier le nôtre, alors là, oui, nous pourrons nous battre pour le « pouvoir d’achat » de tous.

En attendant, nous devons continuer à créer. C’est une obligation. Auto-imposée. Actuellement nous sommes absorbés par plusieurs projets importants. Comme nous avons « perdu » deux mois de travail à cause de ma pneumonie (entre guillemets, car au fond nous en avons bien profité pour avancer dans d’autres domaines), nous sommes à fond dans le rattrapage de temps. Si je n’écris presque pas sur ce blog et si je ne vois presque personne, c’est que je me consacre entièrement à la sculpture sur pierre. Je vis sous la poussière, entre 10 à 15 heures par jour. Cela me fait retrouver mon énergie (la sculpture, pas la poussière) (mais j’aime bien aussi la poussière… après tout, on est poussière).

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