La construction d’une amitié par le marbre

Plus d’un an ponctué de voyages entre Paris et Toulouse pour bien percer le mystère d’un visage. Figer dans le marbre une espèce de synthèse de la présence d’une personne est tout un défi. Les discussions qui ont enrichi les moments de convivialité pendant cette période, toujours autour de la création et de l’existence en général, nous ont permis de mieux cerner la personnalité originale et intéressante de Jean-Marc. Une bienveillance mêlée à un regard observateur et critique, avec un fond d’optimisme caché ont été quelques ingrédients pour réaliser cette œuvre. Le marbre exige un travail lent et minutieux, ce qui ouvre la voie à une observation longue et détaillée, une réflexion sur chaque ombre créée, sur chaque trait taillé, poussière par poussière. J’exagère, peut-être, mais je crois vraiment que la sculpture sur marbre donne une définition de pixels de très haute résolution, si on fait une métaphore numérique. Un écran ne peut donner qu’une idée approximative de la richesse de textures et des traces infiniment petites qui donnent vie à la pierre.

Nous souhaitons partager avec ceux qui suivent nos activités artistiques une courte vidéo de ce buste en marbre de Saint-Pons-de-Thomières, pierre française d’une beauté de nuances impressionnante. L’œuvre a trouvé sa place chez ce collectionneur éclectique de Paris.

Comment trouver des modèles ? Question que les artistes se posent pendant le confinement.

Je lis ces jours-ci un livre sur les cours de sculpture donnés par Antoine Bourdelle au début du XXème siècle. Il parle souvent de cette idée chère à Rodin de vérité. Pour qu’une oeuvre soit vivante, il faut qu’elle soit vraie, qu’elle suive les lois de la nature, qu’elle nous amène aux secrets de nous-mêmes, à l’harmonie de l’univers. Je le dis avec mes mots, mais c’est ce que j’interprète des leçons de Bourdelle, qui s’inspire à son tour de celles de Rodin, qui à son tour…

L’art ne doit pas copier la réalité. C’est plutôt une recherche intellectuelle et spirituelle autour de notre perception et de notre rapport à la matière. Il nous faut analyser ce que nous percevons avec nos yeux et notre toucher, tout en écoutant les vibrations dans l’air, sans oublier les parfums et le goût que la matière peut dégager. Sans inventer. Sans tricher. Sans interpréter. Cette vérité ne dépend pas du goût personnel, ni de son propre avis sur un sujet… elle est là, dans la nature, dans les corps, dans les visages, dans la chair d’une pomme ou dans les formes d’un nuage. Il faut l’étudier. Essayer de la comprendre. Pas avec notre intellect, mais avec tout notre être.

Il faut donc travailler avec des modèles. Cela peut aller de la nature morte aux modèles vivants, en passant par les paysages.

C’est là que la question du titre se pose. Comment faire pendant ce temps de confinement ?

Pour l’instant, j’ai trouvé deux modèles humains et un canidé. Ma muse, notre chienne et moi-même. J’ai pris un marbre de Saint-Pons-de-Thomières, d’un rouge bordeaux impressionnant, pour réaliser un bas-relief de la Poétesse (les photos de ce marbre, dans un prochain article), et une pierre d’Arudy, d’un gris-vert tacheté de blanc, offerte par Jean-Jacques Abdallah lors de la démonstration de sculpture que j’ai faite à Saint-Béat l’été dernier.

Sculpter ma muse m’arrive souvent, mais faire un autoportrait, c’est plus rare. C’est un exercice étrange. Etant donné que je ne m’observe presque jamais dans un miroir, j’ai une image de mon physique qui colle plus avec l’idée que je me fais de ma personne dans le passé. Au moment de me sculpter, je m’observe sur le miroir, sur les photos que je me prends de profil et de trois quarts et je découvre un homme différent. Mes mains insistent à décrire sur le marbre les traits de celui dont je me souviens, quand ma tendance d’étudier mon reflet dans la glace était plus marquée. Le mélange est perturbant pour moi. Je me vois concentré (on dirait énervé, comme ma fille me dit parfois) et avec une expression des yeux un peu absente.

« Tes yeux reflètent la lumière de façon étrange, le regard voyant à la fois dedans et au-delà de la personne. Ce n’est pas que tu sois absent, au contraire ta présence est toujours très forte, même (et surtout) quand tu es en silence. Je crois que nous communiquons par la pensée. Sur ton portrait, je ne sais comment tu as fait mais tu as réussi à rendre cette qualité de regard », me dit la Poétesse.

(Je reprends le clavier)

La forme. On ne sait toujours pas ce que la forme a d’important. Il y a des théories qui suggèrent que la vie dépend de la forme : c’est grâce à celle-ci que notre essence s’exprime.

Le confinement nous permet de reposer nos sens. Moins de bombardement de l’extérieur. Nos yeux se tournent vers l’intérieur. De nouvelles questions apparaissent et des réponses se font évidentes. Un changement dans notre mode de vie s’impose. C’est une période de remise en question.

Sculpture en pierre d’Avy

Sculpture en pierre - Zorba - Lartigue

Disparu de l’écran depuis des semaines, je reviens avec cette vidéo du processus d’une sculpture en pierre. J’ai essayé de présenter en moins de 3 minutes le travail de deux mois. La pierre permet une espèce d’apprivoisement de la matière ; on doit s’approcher lentement de l’être qui se trouve à l’intérieur sans jamais le blesser. Au début elle semble hostile et sur la défensive, mais après un certain temps, un accord s’établit entre la matière et le sculpteur et on peut enlever des morceaux importants sans trop de difficulté.

Grâce à la confiance que la commanditaire m’a faite, j’ai pu travailler dans une liberté totale, ce qui m’a permis de trouver un lien entre l’expression amusée et amicale de ce golden retriever et la beauté de la pierre. Zorba nous regarde avec l’intelligence spéciale propre aux animaux qui nous accompagnent dans notre passage sur Terre.

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