Un bras sort de l’acacia

Lors du Salon d’Automne de Muret (j’en profite pour remercier Dorothée Lempereur, à l’initiative de ce projet), j’ai fait une démonstration de sculpture à la tronçonneuse. Malheureusement, il y avait un chantier qui occupait toute la place où j’étais installé. Les rares passants s’arrêtaient un moment avant que le vent glacial les chasse. J’ai travaillé à la tronçonneuse pendant quelques heures sur un bois dur comme de l’acacia (en fait c’était de l’acacia) et un début de bras a surgi, montrant déjà une rare violence. Je ne sais pas encore si le personnage qui est en train de naître sera Pierre d’Aragon en train de mourir ou s’il sera un chevalier anonyme de la bataille de Muret. Une espèce de « Chevalier inconnu ». C’est curieux cette notion de « naître ». Il naîtra pour mourir ensuite. J’enlèverai tout le bois qui le cache. Il surgira avec toute sa force et son courage pour se battre en sachant qu’il sera tué dans une bataille qui a amené cette région à faire partie de la France. C’est la caractéristique inévitable de l’Histoire : on aperçoit une vie réduite à une série d’événements qui arrivent vite à la fin, une vie tranchée en quelques mots. Les héros de cette époque étaient des jeunes en général. Mourir aujourd’hui à moins de quarante ans est une tragédie. A cette époque c’était presque naturel.

Le bras portera, bien sûr, une épée. L’oeuvre sera verticale. Pour le moment je la sculpte en position horizontale (la sculpture, pas moi) à cause du poids impressionnant de ce tronc compact et humide. L’oeuvre prendra plusieurs semaines. Je mettrai de temps en temps des photos dans ce journal.

Pour rester dans une représentation vraisemblable, je compte me baser sur le livre « La tragédie de Muret » de Bernard Meysonnet, écrivain muretain qui se consacre depuis des années à la Bataille de Muret, et que je remercie pour ses conseils.

Démonstration de sculpture à Muret ce dimanche

Je ne connais pas les dimensions du tronc d’arbre que je devrai sculpter ce dimanche. L’endroit : à Muret, près de la Salle de Fêtes, mais je ne sais pas exactement où. Quelle essence ? Pas la moindre notion. La météo : aucune idée. Je n’aime pas chercher les prévisions… c’est comme si on te racontait la fin d’un film. Le mystère fait partie du futur ; il fait partie de ce jour qui n’existe pas encore et dont on ne connait pas grand-chose. Bref, je ne connais pas les conditions de la démonstration à Muret ce dimanche. J’arriverai à 10h et je travaillerai toute la journée.

Je dois dormir pour être en forme. Des rêves de forêts sculptées frappent à la porte. Le bois mort prend une forme d’un corps féminin et sa sève se met à circuler. Le ventre se gonfle légèrement et la poitrine se soulève. Elle va ouvrir la bouche. J’ai du mal à lui caresser les lèvres avec les dents de la chaîne agressive…

 

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