Sculpture en pierre d’Avy

Sculpture en pierre - Zorba - Lartigue

Disparu de l’écran depuis des semaines, je reviens avec cette vidéo du processus d’une sculpture en pierre. J’ai essayé de présenter en moins de 3 minutes le travail de deux mois. La pierre permet une espèce d’apprivoisement de la matière ; on doit s’approcher lentement de l’être qui se trouve à l’intérieur sans jamais le blesser. Au début elle semble hostile et sur la défensive, mais après un certain temps, un accord s’établit entre la matière et le sculpteur et on peut enlever des morceaux importants sans trop de difficulté.

Grâce à la confiance que la commanditaire m’a faite, j’ai pu travailler dans une liberté totale, ce qui m’a permis de trouver un lien entre l’expression amusée et amicale de ce golden retriever et la beauté de la pierre. Zorba nous regarde avec l’intelligence spéciale propre aux animaux qui nous accompagnent dans notre passage sur Terre.

2018, année de grands changements

LA PIERRE

Le monde est en train de changer profondément. Une nouvelle conscience prend forme à grande vitesse. Les humains commencent à vouloir traiter les animaux et la nature en général de façon plus respectueuse. La production massive est mise sur la sellette. Les bénéfices de l’ère industrielle deviennent suspects. La richesse accumulée par une proportion bien réduite de la population est à la fois convoitée et détestée. Les inégalités s’accroissent. Les masses populaires prennent la parole sur les réseaux sociaux. On trouve des boucs émissaires dans tous les domaines. Les têtes sont prêtes à tomber.

Tous ces mots c’était pour arriver à « têtes ». C’est fait. Je poste les photos d’une tête en pierre d’un homme au regard sévère que je suis en train de réaliser. L’aspect « pas fini » crée des contrastes intéressants avec les zones bien polies. La rugosité de la surface permet d’apprécier la profondeur de la matière. En travaillant la pierre, le sculpteur est sensible à la lumière qu’elle dégage. C’est un matériau dur, mais en le touchant plus longtemps on sent sa tiédeur. On perçoit une énergie à l’intérieur, qu’on peut libérer par quelques coups de ciseau. Moins docile que l’argile, la pierre se laisse façonner quand on trouve le rythme constant des frappes. On entre dans un état de méditation en la travaillant.

Je suis persuadé que les humains vont commencer à montrer de la lassitude face à tant de « virtualité » dans leur quotidien. Bientôt, ils vont de nouveau apprécier la pierre. Actuellement on l’utilise pour faire des trottoirs, pour marcher dessus, ou pour nos salles de bain. On a oublié sa magie. La pierre reprendra sa place au centre de nos espaces publics et dans nos maisons.

 

 

Vibrations de la matière

Travailler la pierre est en grande partie une affaire de vibrations. Il y a bien sûr l’éternelle éducation des yeux pour mieux comprendre les volumes, et le développement de la capacité des mains pour bien recréer les formes du modèle, mais au moment de frapper la gradine avec le maillet, un facteur essentiel est notre sensibilité aux vibrations de la matière. C’est une opération inconsciente. Le geste répété de frappe amène le sculpteur vers une harmonie entre les mains, le maillet, la gradine ou le ciseau qui déclenche une forte vibration dans la surface dure et inerte, et la pierre qui libère un morceau sans endommager le reste. Il s’agit de séparer avec des ondes les particules de la masse compacte de la pierre. C’est la raison pour laquelle on utilise la main droite pour frapper l’outil : on pourrait penser que la frappe, en apparence un geste si simple, devrait être effectuée par la main gauche et le contrôle de l’outil, plus complexe, par la main droite. Mais en réalité, ce qui doit être réalisé avec une précision maîtrisée, c’est la frappe. On dirige l’énergie qui séparera les particules collées depuis des millions d’années avec la main droite (si on est droitier). La frappe pénètre la matière et doit trouver de l’autre côté du morceau à détacher une sortie de l’onde de frappe.  Un coup vers le cœur de la pierre se noie et fait éclater un seul point superficiel, avec le risque d’endommager la pierre en profondeur, tandis qu’un coup presque tangentiel sur un morceau saillant coupera celui-ci avec facilité.

 

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