Du temps liquide, du brouillard et d’une sainte

Les vacances à l’atelier finissent demain. Jeudi c’est la reprise des cours de sculpture. Pour un sculpteur qui passe ses jours dans un endroit coupé du monde, il est important d’avoir un rythme imposé de l’extérieur pour donner une forme au passage du temps. Revoir mes élèves les jeudis et les samedis m’aide dans ce sens. Dans l’absence de ce rythme, le temps devient flexible, presque liquide. Hier, de retour d’un voyage, j’ai trouvé les plantes fanées, les sculptures recouvertes d’une fine poussière, les fruits dans un saladier presque pourris, et ce silence qui bourdonne dans les oreilles quand on revient de loin, mais en réalité on venait de partir la veille, et pas loin. Nous avons vécu chaque instant comme s’il s’agissait d’une éternité. Certains voyages durent plus que les jours d’absence.

Ce visage d’une sainte, Fortunade, est né dans ce voyage. Une fille sage, le sourire légèrement volage, reliquaire d’un village qui porte son nom depuis le Moyen-Âge. Et j’arrête là mes rimes d’un bricolage de mage de plage…

Plus sérieusement, ce visage m’a semblé intrigant par sa beauté provenant d’une douleur mêlée à une sensualité bien involontaire, comme il se doit pour une sainte. Elle va encore changer beaucoup, mais j’ai trouvé intéressante cette étape de l’ébauche pour une raison étrange : quand j’ai découvert les images du reliquaire que la Poétesse m’a envoyées aujourd’hui, j’ai vu que j’avais réalisé la partie de derrière avec les mêmes volumes que l’original, quand je ne l’avais contemplée que sur une simple image de face dans un vieux livre d’art. « Quelque chose dans le visage contient l’information de ce que le sculpteur a réalisé sur la partie de derrière qu’on ne voyait pas sur l’image », me suggère la Poétesse avec sa pertinence accoutumée.

Une autre pièce en processus, c’est le portrait d’une amie dont je partage la photo. Il s’agit de l’ébauche. Ce buste va changer énormément.

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La sculpture en bois de la Femme sans racines a évolué. Cette fois j’ai travaillé aux ciseaux. J’ai évité la tronçonneuse à cause d’une contracture des muscles. On peut voir l’étape d’avant ici : La femme sarcophage (cliquez ici)

 

Aujourd’hui j’ai travaillé sur un nouveau torse. Je ne l’ai pas encore pris en photo. Bientôt. C’est l’heure de lire Rester vivant. Et de dîner…

Démonstration de sculpture à Muret ce dimanche

Je ne connais pas les dimensions du tronc d’arbre que je devrai sculpter ce dimanche. L’endroit : à Muret, près de la Salle de Fêtes, mais je ne sais pas exactement où. Quelle essence ? Pas la moindre notion. La météo : aucune idée. Je n’aime pas chercher les prévisions… c’est comme si on te racontait la fin d’un film. Le mystère fait partie du futur ; il fait partie de ce jour qui n’existe pas encore et dont on ne connait pas grand-chose. Bref, je ne connais pas les conditions de la démonstration à Muret ce dimanche. J’arriverai à 10h et je travaillerai toute la journée.

Je dois dormir pour être en forme. Des rêves de forêts sculptées frappent à la porte. Le bois mort prend une forme d’un corps féminin et sa sève se met à circuler. Le ventre se gonfle légèrement et la poitrine se soulève. Elle va ouvrir la bouche. J’ai du mal à lui caresser les lèvres avec les dents de la chaîne agressive…

 

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