Chien en Bronze – le revenant

Je devais faire son portrait à partir de photos de mauvaise qualité : prises de trop près, floues, de petit format, et de basse résolution. C’était un beau Braque hongrois, à l’air gentil. La personne qui a passé commande nous avait parlé, quand elle était venue à l’atelier, de ses deux chiens, dont l’un était mort prématurément. Nous avions conclu que pour le portrait il s’agissait de celui qui était déjà dans le ciel des Braques.
J’ai travaillé pendant des semaines. Nous avions essayé à trois reprises d’obtenir plus de photos, car celles que la propriétaire nous avait envoyées ne me donnaient pas une idée nette des volumes du chien trépassé. Comme nous ne recevions aucune réponse, nous avons compris qu’elle n’en avait plus, et puisque le portraituré n’était plus de ce monde, il fallait éviter d’embêter Mme N. 
J’ai pris le choix de réaliser l’œuvre plus grande de ce que nous avions promis, pour faire plaisir à la personne que nous imaginions triste après la perte de ce chien. 
Les photos que nous avons envoyées de l’étape argile, juste avant de le faire couler en bronze, ont été bien validées. Mme N. avait même exprimé de l’admiration pour le travail réalisé. 
Nous l’avons livré ce matin. La nouvelle propriétaire est venue le chercher accompagné du… du modèle ! Bien vivant et en pleine santé ! C’était un choc pour moi de voir arriver le modèle après des semaines à l’imaginer bien statique sous terre. 
L’expression d’un animal, est plus difficile à bien percevoir : nous sommes habitués à bien décoder celle de notre espèce, mais nous ne captons pas en général toutes les subtilités des mouvement internes des animaux dont nous partageons la vie. Chez Fender, j’ai trouvé un regard légèrement inquiet, malgré sa douceur et son intensité.

Monument « La Noblesse dans le cœur » ​dédié à Jean d’Ormesson Bouches-du-Rhône, 2018

Témoignage de Laurent Marie, ​Directeur général des services, mairie de Ceyreste :

PhotoFrançoise d’Ormesson, Patrick Ghigonetto (maire de Ceyreste), Juliette Marne, Héloïse d’Ormesson et Gérard Lartigue

​« Notre école primaire en construction allait être la première en France à être baptisée Jean d’Ormesson. Pour donner à cet événement l’ampleur qu’il méritait, nous avons souhaité mettre en œuvre le dispositif du 1 % culturel.
Votre projet a remporté notre appel d’offres pour deux raisons : une réelle proposition artistique (la pyramide de livres chaotique, etc.) et la fidélité au modèle. Dès l’ébauche, vous avez su capter l’expression et les détails du visage de l’académicien. Votre projet, dans son ensemble, était déjà très abouti. C’était rassurant pour nous, car ce monument dédié à Jean d’Ormesson allait représenter un marqueur essentiel du mandat de l’équipe municipale.
En outre, nos contraintes étaient fortes, tant en termes techniques que de délai. Votre atelier a su relever ces défis. La communication avec vous était fluide et transparente, votre professionnalisme constant.
Au moment du dévoilement, nous étions dans l’expectative. Une telle commande, pour une municipalité, est un saut dans l’inconnu. Qu’allaient donner les volumes, la patine, etc. ?
L’aspect et le rendu de l’œuvre ont été nettement supérieurs à ce que nous pouvions espérer. Votre projet, dans son ensemble, a été salué, y compris par la famille de Jean d’Ormesson qui nous a fait l’honneur d’être présente à l’inauguration.
Le monument apporte une touche culturelle, esthétique et artistique qui valorise le groupe scolaire devant lequel il est installé. »

Pour lire l’article sur l’inauguration, cliquez ici


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Surveillée par la gendarmerie, la sculpture de Jean d’Ormesson va dormir couchée dans la fourgonnette de la Fonderie de Bronze Lauragaise après un long trajet de sept heures d’un midi à un autre plus provençal. Il fera de beaux rêves au milieu d’un intense concert de cigales.

Demain matin c’est le jour de l’installation. La grue sera là. L’école élémentaire qui portera son nom vient d’être terminée. Une belle construction moderne et lumineuse en harmonie avec la nature qui l’entoure. Jusqu’à cet instant, tout s’est bien déroulé, dans un planning bien serré. Le moindre grain de sable dans l’engrenage aurait signifié un retard qui aurait provoqué l’annulation de l’inauguration.

Demain c’est la dernière étape : la sculpture de 520 kg sortira horizontalement du véhicule et se placera verticalement sur une dalle de 2 tonnes.

A suivre demain, le récit de l’installation…

 

Cire pas encore perdue

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On part très tôt avec notre chienne et une bouteille Thermos bien remplie de café. Le passage à la boulangerie est obligé : quatre croissants. Pour échapper aux bouchons aux heures de pointe (à Toulouse les heures de pointe s’étendent de plus en plus, à tel point que les pointes vont bientôt se toucher, ne laissant point de temps sans affluence dans la journée), nous empruntons de petites routes qui passent par les coteaux. Le brouillard forme un océan doux et fantasmagorique. Au loin un château d’eau flotte comme un phare. Les couleurs sont opaques. Les sons, calfeutrés. On s’arrête pour boire notre café en plein brouillard. Le soleil arrive lentement. Une heure et demie de trajet nous permet de nous extasier devant des paysages majestueux.

À la fonderie, Alberto Giacometti nous attend. Il est en cire pour l’instant. Léger. À sa gauche il y a le « master« , la pièce originale en terre cuite, marquée par les restes d’élastomère. Parfois, quand le moule est retiré, la sculpture originale souffre quelques dégâts. Cette fois le master est en pleine forme. Un vrai master ! Il lui faut juste un nettoyage et il sera tout neuf. Dans ce cas, »master » est un bon terme : Giacometti était un vrai maître sculpteur.

Je retouche la pièce avec de la cire rouge.  Cela permet de voir les endroits déjà « réparés ». Giacometti m’observe avec empathie. Il connaît les difficultés du métier.

« Jamais seule »

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L’interprétation de ce bronze peut varier entre plusieurs situations : s’agit-il d’une jeune femme évanouie soutenue par sa mère ? Ou de l’âme d’une jeune femme portée par un ange ? Est-elle plutôt malade ? En tout cas, j’ai voulu montrer la force qu’un être extérieur peut nous apporter dans une situation extrême. En le réalisant, j’ai imaginé une mère et sa fille, relation souvent très forte et belle.

Je me remets à sculpter. L’état de crise de la semaine dernière est résolu. J’ai reçu le soutien des autorités et tout s’est éclairci. Le danger est passé. Je tiens juste à laisser par écrit sur mon journal mon remerciement aux personnes qui m’ont aidé à résoudre ce problème. Elles se reconnaîtront.

« Jamais seule »

Sculpture en bronze, patine nuance bleu et blanc
Dimensions : H 59 cm x L 31 cm x P 36 cm
Poids : 24 kg

« A toi pour toujours »

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Sculpture en bronze, patine brune, transparence
Dimensions : H 33 cm x L 33 cm x P 32 cm
Poids : 13 kg

Encore une journée bien remplie d’émotions. Le sujet pour la prochaine nouvelle à publier chez Auzas est : gouffres et sommets. Nous commençons à avoir un matériau assez intéressant pour l’écrire. Je sais, ce journal semble opaque depuis le dernier article. J’ai besoin d’un peu de temps pour me mettre à décrire les évènements de ces derniers jours. En attendant je partage cette sculpture exposée à la Fonderie de Bronze Lauragaise.

Un baiser, encore un baiser. Mais qui peut s’en lasser ?

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