Les vacances

campagne-muret-lacPromenade matinale. Beau paysage qui montre l’esthétique naturelle atteinte par le savoir-faire des personnes qui habitent à la campagne. Mélange des textures douces presque sauvages et des surfaces bien définies, et sur l’horizon, une ligne pointillée, comme de petites taches, presque des notes musicales répétées.

Journée ensoleillée et chaude (tout est relatif). Je me remets à la tronçonneuse pour continuer la femme émanant de l’orme,

et aux petites ébauches assez libres en argile.

Malgré l’arrivée du chargeur me permettant d’utiliser de nouveau mon ordinateur, je n’écrirai presque rien aujourd’hui. Il est tard. En plus, la tronçonneuse m’a laissé en compote non seulement les muscles, mais aussi le cerveau (les vibrations traversaient mon crâne un peu fêlé).

 

 

Un bras sort de l’acacia

Lors du Salon d’Automne de Muret (j’en profite pour remercier Dorothée Lempereur, à l’initiative de ce projet), j’ai fait une démonstration de sculpture à la tronçonneuse. Malheureusement, il y avait un chantier qui occupait toute la place où j’étais installé. Les rares passants s’arrêtaient un moment avant que le vent glacial les chasse. J’ai travaillé à la tronçonneuse pendant quelques heures sur un bois dur comme de l’acacia (en fait c’était de l’acacia) et un début de bras a surgi, montrant déjà une rare violence. Je ne sais pas encore si le personnage qui est en train de naître sera Pierre d’Aragon en train de mourir ou s’il sera un chevalier anonyme de la bataille de Muret. Une espèce de « Chevalier inconnu ». C’est curieux cette notion de « naître ». Il naîtra pour mourir ensuite. J’enlèverai tout le bois qui le cache. Il surgira avec toute sa force et son courage pour se battre en sachant qu’il sera tué dans une bataille qui a amené cette région à faire partie de la France. C’est la caractéristique inévitable de l’Histoire : on aperçoit une vie réduite à une série d’événements qui arrivent vite à la fin, une vie tranchée en quelques mots. Les héros de cette époque étaient des jeunes en général. Mourir aujourd’hui à moins de quarante ans est une tragédie. A cette époque c’était presque naturel.

Le bras portera, bien sûr, une épée. L’oeuvre sera verticale. Pour le moment je la sculpte en position horizontale (la sculpture, pas moi) à cause du poids impressionnant de ce tronc compact et humide. L’oeuvre prendra plusieurs semaines. Je mettrai de temps en temps des photos dans ce journal.

Pour rester dans une représentation vraisemblable, je compte me baser sur le livre « La tragédie de Muret » de Bernard Meysonnet, écrivain muretain qui se consacre depuis des années à la Bataille de Muret, et que je remercie pour ses conseils.

« Femme sans racines »

Sculpture à la tronçonneuse et poème de Juliette Marne

« La statue sarcophage »

 

« Suspendue telle une damnée
À un fil non électrique
La statue de bois lardée
De tes coups ésotériques
Ô grand homme qui dépèces
Un grand tronc qui pèse une tonne
La tronçonneuse façonne
La prisonnière frissonne
Tu voudrais lui donner vie
À ce bout de bois coupé
Tentatives détachées
Perspectives au poing levé
Mais la femme qu’il y a dedans 
Refuse de se laisser faire
Elle se resserre par-devant
Tu la découpes par-derrière
Dans le vide enchaînée
Elle oscille en sablier
Tu la saisis, elle est née
Grande aiguille du temps déliée
Sur le tronc sec et vivant
Deux seins hyperréalistes
C’est la Belle au Bois Levant
Aux cernes comptés comme supplice
Le marbre brun de ses pointes
Enjoint de les caresser 
Et plus bas les jambes jointes
Le V d’un oiseau blessé
Cette fille Fayoum charmée
Au corps duveteux se donne
Mais la tête aux yeux fermés
Sous le capuchon fredonne
Prise en un songe égyptien
Un sarcophage de bois peint
Elle écoule un verbe ancien
Sa chair tranchée vaut du pain
La sculpture est achevée
Une tendinite te lance
Son secret est conservé
Dans l’aubier d’un orme de France »

Juliette Marne

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