Marianne clonée

J’enlève la « chape » en plâtre gris sans difficulté. Le moment de dévoiler la Marianne clonée en plâtre est arrivé. Il est tôt. J’hésite. C’est un moment important : la nouvelle Marianne va découvrir l’atelier où elle a été créée. Je me décide à enlever le moule en élastomère pour être sûr de faire une surprise positive à la poétesse qui dort encore. La nouvelle sculpture est réussie : elle est fidèle à sa jumelle. La nouvelle matière est lumineuse et fine.

Sur les photos : la Marianne originelle le soir, avant de céder la place au plâtre, et la Marianne en plâtre couchée sur son moule.

Marianne moule élastomèreMarianne en plâtre

Le marbre et la sensualité

Jeune Olmèque marbre Rose du Portugal - Lartigue

Il y a dans le marbre quelque chose de doux, de tendre. Plus on le travaille, plus il dévoile des surfaces douces et agréables, presque tièdes. Au début on a devant soi un bloc agressif, couvert d’arêtes et d’irrégularités, à l’aspect dur et opaque. Puis on enlève tous les morceaux qui cachent la forme qu’on souhaite (ou comme dirait l’autre, la figure cachée dans la pierre) et on commence à arriver à la surface qui constitue la peau du personnage qu’on dévoile : on ne doit pas frapper avec la gradine un seul trou de plus, ou ce visage sera perdu pour toujours ; une blessure obligerait à changer l’ensemble du visage.

Le travail de finition commence alors et avec le ponçage la pierre devient translucide. C’est à ce moment-là que la sculpture prend vie. On la caresse et on ressent presque une respiration. C’est magique.

Réponse à une enquête sur l’art

La revue AREA (vous pouvez cliquer sur ce lien) a lancé une enquête aux artistes. Elle est déjà publiée (numéro 32).

Voici ma réponse :

 

1. En choisissant d’être artiste, j’ai renoncé au confort, à la vie facile, aux trajets bien tracés, au vide spirituel. Je me suis donc engagé à découvrir les zones d’ombre de notre société et à les imprimer dans la matière. Cela impliquait un renoncement total à la forme de vie que je menais. L’art est, comme tout le monde le sait, exigeant. C’est une forme de vie, pas une activité. Ceux qui décident de créer ont du mal à garder une autre activité. 

2. Pour réussir à entrer dans le monde artistique, il est indispensable que l’artiste s’engage pleinement dans un chemin d’honnêteté avec lui-même. L’artiste vit immergé dans son univers. Il ne peut pas faire de compromis avec le quotidien, avec les questions pratiques, utilitaires. Si son engagement avec le monde de l’art n’est pas total, son œuvre risque d’être fausse. 

3. L’art ne peut être au service de rien. L’essence de l’art est une liberté totale. Liberté entendue comme « faire ce que l’on doit faire ». Cela ne veut pas dire que l’art ne puisse pas servir une cause, ce qui arrive souvent, mais il ne doit pas être au service de la cause. 

Une cause externe peut influencer mon expression artistique. Un artiste est une espèce d’antenne qui perçoit son époque avec une sensibilité accrue ; les causes importantes seront toujours une source d’inspiration. Actuellement l’art subit souvent l’influence de ce vide de valeurs et de manque de sens qui nous entoure. Une belle cause est celle de lutter pour un retour à l’esprit critique, aux Lumières.

La ressemblance

atelier-gerard-lartigue-et-buste-jeune-femme

  • Pourquoi attaches-tu une importance si grande à la ressemblance d’un buste avec son modèle ? me demande avec un intérêt évident la Poétesse.
  • Ce n’est pas tellement la ressemblance en elle-même, lui réponds-je pas encore bien sûr de ce que je vais répondre, c’est plutôt le désir d’attraper le modèle, de capter l’essence de sa vie, sa nature profonde, et de la mêler à la terre. Je cherche à reproduire un instant de vie dans un regard, dans une expression. Transcender le présent.

La Poétesse me lance un sourire moqueur. Elle sait que je déteste expliquer mes motivations dans la création. Utiliser des mots communiquer, transcender, présent, instant, éternité, essence… me soûle ! Mais comment ouvrir l’univers de l’art à la raison si on ne passe pas par les mots ? La raison est si limitée ! Une oeuvre d’art devrait s’expliquer elle-même. Ou ne pas s’expliquer, point. (Virgule, et après le mot point, un point). La raison aime les explications, mais l’art ne s’adresse pas à la raison. Il nous interpelle par… disons par les tripes. On sent le regard d’un buste et un petit frisson nous parcourt. Deux yeux immobiles nous regardent à partir d’un autre temps, ou d’une autre dimension. Temps, dimension… toujours les mots qui m’exaspèrent.

Photo – Juliette Marne

Une expression d’intelligence et de paix

Y a-t-il un lien entre les deux caractéristiques ?

8 mars 2017

La première femme à siéger à l’Académie française. Je pense à elle aujourd’hui, le jour de la femme. Elle allait au-delà des frontières. Sans jamais s’enfermer dans une catégorie quelconque, elle se savait universelle. Pour les féministes (et masculinistes, ou tout simplement humanistes) comme moi, elle est un modèle à suivre.

Barbara, chanteuse de la nuit

Dans le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq, l’auteur affirme être touché par « L’Aigle noir » de Barbara. Il trouve la première phrase profondément poétique, « Un beau jour/ ou peut-être une nuit », car elle est « totalisatrice« , caractéristique essentielle de la poésie. Elle signifie « n’importe quand », « c’est une absolutisation du discours », nous dit Michel Houellebecq. Il s’identifiait à l’enfant fragile que l’aigle noir prenait dans ses serres, avant qu’on lui apprenne qu’il s’agit (comme l’a révélé Barbara) d’un inceste. La poésie de cette chanson reste pour lui intacte.

« A toi pour toujours »

a-toi-pour-toujours

Sculpture en bronze, patine brune, transparence
Dimensions : H 33 cm x L 33 cm x P 32 cm
Poids : 13 kg

Encore une journée bien remplie d’émotions. Le sujet pour la prochaine nouvelle à publier chez Auzas est : gouffres et sommets. Nous commençons à avoir un matériau assez intéressant pour l’écrire. Je sais, ce journal semble opaque depuis le dernier article. J’ai besoin d’un peu de temps pour me mettre à décrire les évènements de ces derniers jours. En attendant je partage cette sculpture exposée à la Fonderie de Bronze Lauragaise.

Un baiser, encore un baiser. Mais qui peut s’en lasser ?

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