Fin de semaine automnale

Le brouillard matinal revient. Le soleil dessine quelques lignes inclinées en donnant au paysage une dimension presque mystique. Le froid arrive, ce qui nous rappelle la nature cyclique de notre planète. Enfant, les saisons me semblaient un simple caprice de la Terre, sans trop de rapport au temps. C’était un changement constant linéaire, le froid se substituait à la chaleur et la lumière du jour durait moins. Je n’établissais pas de rapports temporels entre les changements. Aujourd’hui, à force de voir se répéter les saisons c’est le côté cyclique qui me perturbe : l’automne annonce l’hiver. Puis le printemps ramène la lumière. Il annonce l’été, qui doit un jour laisser la place à l’automne… Les couleurs pâles et chaudes de cette saison provoquent une certaine nostalgie. Les feuilles mortes…

Nous partons à la campagne, loin de tout, chez une amie avec qui l’on parle de tous les sujets qui nous intéressent en ce moment. J’arrive à oublier ma névralgie pendant quelques heures. L’art toujours au centre, mais la politique et la société apparaissent toujours en toile de fond de nos conversations. J’admire ses dessins et ses aquarelles. Nous nous sentons toujours plus libres après nos discussions.

Pour notre projet de la maison de retraite de Saint-Martory, j’ai commencé le quatorzième buste : un homme sage, cultivé, sérieux, au regard inquiétant. Les traits de son visage racontent une histoire difficile. J’espère avoir bien transcrit dans l’argile son expression intense. Son interview, réalisée par Juliette, apportera une « lecture » plus profonde de la sculpture quand celle-ci sera exposée l’année prochaine.

 

Deux cycles

Avant d’être sculpteur, j’étais peintre. Je suis toujours peintre : mon regard continue à être celui d’un peintre et les couleurs sont une partie essentielle de mon univers. Les lignes et les taches constituent une des bases de mon langage. Seulement,Tableau Lartigue collection particulière - En hiver comme en été je ne touche plus mes pinceaux depuis des années.

J’en parle parce que je viens de vivre un moment important lié à ce que je vivais souvent à cette époque : j’ai donné un nouveau foyer à une de mes anciennes toiles. Une personne que j’apprécie énormément et qui depuis des années collectionne mes oeuvres a souhaité acquérir le tableau de 2 mètres qui attendait dans un coin de mon atelier, une toile représentant deux saisons en même temps. Deux vélos (deux cycles), une ville, le temps suspendu, la paix et le mystère de l’hiver, la joie quelque part cachée l’été… deux vélos, l’un abandonné momentanément dans un champ de blé et l’autre posé sur un arbre couvert de neige. Le cycliste (ou la cycliste) est absent(e), mais on devine sa présence pas loin. C’est un tableau important pour moi, surtout parce qu’il est l’un des derniers que j’ai réalisés. Le temps est resté suspendu pour moi aussi, par rapport à la peinture. J’ai arrêté de peindre complètement.

Il y a plus de trois ans, j’avais essayé de reprendre la peinture : la toile commencée est toujours sur le chevalet. Le modèle qui a posé est parti loin, a vécu mille choses et ne sait pas que le dessin est toujours là, au même endroit, comme si j’attendais son retour pour continuer… mais ce n’est pas le cas. Je laisse ce tableau-là pour me rappeler qu’un jour je reprendrai la peinture. La personne qui a posé sera tellement différente qu’elle ne pourra plus servir de modèle pour ce tableau. Ou plutôt si : elle sera représentée en deux temps, comme la toile que je viens de laisser partir. Deux temps, deux cycles, deux saisons, deux vélos. L’hiver n’est jamais la fin d’un cycle, juste une étape d’un temps flexible.

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