Portrait de Houellebecq sur papier. Des mots et des taches à l’encre.

L’encre coule sur le papier de façon capricieuse. Je reprends mes vieilles habitudes de peintre pour comprendre le comportement de ce liquide teinté et pour mieux le maîtriser. Il faut se laisser surprendre par l’accident provoqué, et quelque part, dirigé. Un œil de Michel Houellebecq observe le spectateur, l’autre se focalise sur un monde lointain, obscur, étrange. Le visage a l’air sincère et compatissant, presque amical.

Agathe Novak-Lechevalier connaît bien l’écrivain. Elle décrit son œuvre dans un livre précis, analytique, fluide et riche. La Poétesse admire son travail. Nous en discutons souvent. Elle comprend bien l’intérêt d’Agathe pour la poésie de Houellebecq. Elles partagent la même vision de l’aspect esthétique des mots de l’écrivain.

Nous avons rencontré Agathe lors de la publication du Cahier de l’Herne qu’elle a dirigé. Elle avait souhaité publier la photo du buste original du poète-romancier, idée suggérée par Houellebecq lui-même. Nous nous sommes donné rendez-vous à Paris. Une amitié est née.

Quand le moment est venu de choisir une couverture pour le livre qu’elle a écrit par la suite, elle m’a fait l’honneur de penser à mon travail. Elle m’avait vu dessiner. J’ai proposé à Stock plusieurs dessins, tous à l’encre. L’éditrice Alice d’Andigné a choisi celui de l’asymétrie dans le regard de l’écrivain. La maquettiste l’a intégré dans une couverture claire et dépouillée, où le rouge presque orange du titre évite une sobriété austère en lui donnant une touche moderne.

Le livre vient d’être publié. Il sera le 10 octobre dans les librairies. L’encre encore une fois. Cette fois en forme de mots. Des mots directs, agiles, clairs. La lecture de ce livre nous permet de mieux comprendre l’énorme succès de cet écrivain si mal perçu dans certains milieux intellectuels. Agathe Novak-Lechevalier défait une à une les idées reçues sur son œuvre. Le poète est mis en avant. Un homme qui croit en la poésie ne peut pas être le pessimiste absolu que les médias nous décrivent. Le simple fait de croire à la beauté fait de lui un optimiste profond. Le monde va mal, c’est vrai. La banalité envahit tout. Mais les humains restent sensibles à la beauté. Cela va les sauver. Houellebecq console le monde en ouvrant une voie à la poésie, à travers ses romans.

Le livre d’Agathe fera couler beaucoup d’encre. Un dessin à l’encre sur sa couverture lui sied bien. Michel Houellebecq nous observe en attendant, nous les humains.

 

 

Dessin de Houellebecq par Gerard Lartigue

Barbara, chanteuse de la nuit

Dans le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq, l’auteur affirme être touché par « L’Aigle noir » de Barbara. Il trouve la première phrase profondément poétique, « Un beau jour/ ou peut-être une nuit », car elle est « totalisatrice« , caractéristique essentielle de la poésie. Elle signifie « n’importe quand », « c’est une absolutisation du discours », nous dit Michel Houellebecq. Il s’identifiait à l’enfant fragile que l’aigle noir prenait dans ses serres, avant qu’on lui apprenne qu’il s’agit (comme l’a révélé Barbara) d’un inceste. La poésie de cette chanson reste pour lui intacte.

Dix écrivains, ce samedi à la médiathèque de Muret

La poésie représente le coeur de l’existence. Cela ne veut pas dire qu’on devrait tous lire de la poésie pour exister, de même qu’on ne doit pas tous les jours compter les battements de notre coeur pour qu’il continue à battre. Mais il doit battre… La poésie doit pomper dans nos veines une harmonie indispensable à l’existence. Les poètes s’en occupent. Nous ne devons rien faire, sinon laisser les poètes faire ce qu’ils doivent faire : poéter (nouveau verbe).  Si on les laisse, donc, écrire, ils vont se charger de nourrir l’existence. Le monde sera plus beau sans que nous sachions pourquoi. Ils ne le savent pas, eux non plus, mais la beauté de la vie dépend d’eux.

Bref, si ce samedi vous souhaitez voir à quoi ça ressemble un poète, je vous conseille d’aller dire bonjour à la poétesse qui inspire mes oeuvres, Juliette Marne.

Sur la photo il y a le tableau qui a servi de couverture pour son livre de nouvelles La Tâche bleue et le buste que j’ai réalisé d’elle, photo prise lors de l’exposition organisée à Toulouse par la maison d’édition Auzas.

 

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Samedi 10 décembre, la Médiathèque François Mitterrand de Muret accueille 10 auteurs du Muretain

Juliette Marne

Observatrice des mouvements de la conscience humaine qui touchent le centre de notre vie moderne, Juliette Marne se base sur le langage comme un moyen pour proposer une cohérence différente à notre existence. Les mots, les symboles, les images et les sons se mêlent sur le papier. Sa plume est incisive et claire.

Elle vit à Muret avec son compagnon, le sculpteur Gérard Lartigue. Dans leur atelier, ils explorent ensemble et solitairement les chemins de l’art.

La Tâche bleue est son premier recueil de nouvelles.

«Dix histoires où le fantastique parfois s’invite discrètement, comme dans Le Passage où une apparition réveille le souvenir d’un deuil difficile. La tonalité d’ensemble est cependant réaliste, presque “noire” avec le règlement de compte d’une employée désabusée (À la droguerie), sociale quand les origines des élèves ou les différences entraînent des suspicions diverses, parfois cruelles. Le style est sans fioritures, la narration nerveuse, les paysages intérieurs intelligemment suggérés.» (Michel Baglin, Texture, 1er trim. 2015)

Pour lire l’article complet :

Petite République

« Femme sans racines »

Sculpture à la tronçonneuse et poème de Juliette Marne

« La statue sarcophage »

 

« Suspendue telle une damnée
À un fil non électrique
La statue de bois lardée
De tes coups ésotériques
Ô grand homme qui dépèces
Un grand tronc qui pèse une tonne
La tronçonneuse façonne
La prisonnière frissonne
Tu voudrais lui donner vie
À ce bout de bois coupé
Tentatives détachées
Perspectives au poing levé
Mais la femme qu’il y a dedans 
Refuse de se laisser faire
Elle se resserre par-devant
Tu la découpes par-derrière
Dans le vide enchaînée
Elle oscille en sablier
Tu la saisis, elle est née
Grande aiguille du temps déliée
Sur le tronc sec et vivant
Deux seins hyperréalistes
C’est la Belle au Bois Levant
Aux cernes comptés comme supplice
Le marbre brun de ses pointes
Enjoint de les caresser 
Et plus bas les jambes jointes
Le V d’un oiseau blessé
Cette fille Fayoum charmée
Au corps duveteux se donne
Mais la tête aux yeux fermés
Sous le capuchon fredonne
Prise en un songe égyptien
Un sarcophage de bois peint
Elle écoule un verbe ancien
Sa chair tranchée vaut du pain
La sculpture est achevée
Une tendinite te lance
Son secret est conservé
Dans l’aubier d’un orme de France »

Juliette Marne

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