Belle expérience au Salon du Patrimoine Culturel au Louvre

Artistes et vie publique

C’était un pari important d’exposer au Salon International du Patrimoine Culturel. Paris est la ville des paris, d’où son nom. Plus sérieusement : si un artiste souhaite participer au mouvement de cette ville, une des plus prestigieuses au monde, il faut s’exposer à la lumière (même en étant au sous-sol du Louvre, on est toujours dans la Ville Lumière), à la critique, à l’échec… ou à la réussite (parfois plus dangereuse que l’échec). Ou tout simplement, il faut exposer.

La Poétesse et moi avons rempli notre voiture de nos beaux socles en métal (merci GA), de quelques sculptures en marbre, bronze, pierre, terre cuite, et des livres de sa plume. Il fallait penser à l’éclairage, qui s’est avéré un ingrédient essentiel. Normal quand on expose dans la Ville Lumière… Nous avons réussi à bien mettre en évidence les textures du bronze, les nuances de la pierre, les veines du marbre. Houellebecq faisait peur, éclairé d’en bas. Son aspect de délabrement et son regard ancré dans un univers parallèle surprenaient les passants. Victor Hugo montrait la richesse de son grand front, complexe et riche en reflets. Simone Veil attirait les regards avec sa dignité, sa tristesse et sa volonté de fer d’avancer vers le côté positif des humains.

Sur la photo en haut de l’article, on peut deviner le respect que la présence de cette grande dame inspire à notre ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, homme politique accessible et affable, malgré le poste qu’il occupe – toujours cible de critiques de toutes sortes. Il avait inauguré en 2018 un médaillon de Simone Veil que j’avais réalisé pour une école de Sisteron, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Cette fois, il a découvert son buste en bronze. Un des rôles des artistes est de créer un pont entre les valeurs représentées par les personnages historiques d’un pays et les personnes au pouvoir actuel. Celles-ci ouvrent un espace d’expression aux artistes, et les artistes essaient de définir leur positionnement face aux enjeux du monde, pour que les traces laissées par les humains aient un certain sens. Vaste projet, ambitieux peut-être, mais nécessaire pour exister. Pour l’existence de l’artiste en tout cas.

Je vois l’expression de la Poétesse en train de lire ce dernier paragraphe. « Euh, il faudrait expliquer cette idée de façon plus claire. Elle me semble pertinente, mais pas très lisible. » Isis, notre belle chienne, me regarde comme si elle attendait ma réaction aux mots de sa maîtresse. « J’écrirai plus tard tout un article sur le sujet », dis-je en procrastinant. La fatigue du retour de Paris se fait sentir. Les projets s’accumulent. Le stress se fait présent. Une activité intense nous attend.

Œuvres d’aujourd’hui, patrimoine de demain

Malgré la fatigue, on sent une belle énergie après cette expérience intense au Salon du Patrimoine. De nombreuses rencontres avec des personnes venues découvrir le travail de tous ceux qui se consacrent au patrimoine du pays. La plupart des exposants travaillent la matière de façon exceptionnelle : des céramistes, menuisiers, ferronniers, verriers, architectes, maroquiniers, tailleurs de pierre… la liste est longue. Pourtant, on a constaté un oubli : les artistes. Ce qui est compréhensible : il est difficile de déterminer quelles œuvres sont destinées à devenir du « patrimoine ». C’est toujours le temps qui décide de ces choses-là. Le présent est souvent incapable de savoir ce qui a une valeur pérenne et ce qui est juste une étincelle du moment. Heureusement, la Poétesse a su convaincre les organisateurs de notre engagement envers notre époque : nous souhaitons participer à la création du patrimoine de demain. Nous avons déjà quelques œuvres qui ont vocation à rester longtemps en place (j’aime bien cette expression : vocation à 🙂 ).

Le retour de la figure

Parmi les rencontres qui nous ont marqués, celle avec notre voisin exposant des œuvres magnifiques en cuir, avec un design original, et un savoir-faire rare. Chaque pièce est unique. Il m’a donné des conseils importants autour de la relation entre l’artiste et ses collectionneurs ou ses mécènes. Une autre rencontre : un magistrat qui fait de la photo, de la radio, écrit des livres… Ou celle avec un écrivain aux cheveux longs et argentés qui souhaite un portrait de lui-même en marbre, pour se voir autrement. Des rencontres amicales avec les organisatrices de la section Occitanie (très dynamiques et sympathiques), avec des jeunes intéressés par la démonstration que j’ai faite pendant tout le salon, avec des personne âgées qui nous disaient : « Ah, un vrai sculpteur ! Je croyais que ça n’existait plus ! » ou avec des connaisseurs qui montraient un enthousiasme sincère devant une œuvre figurative : « On commence à en avoir marre de l’art conceptuel, banal et vide. »

On a constaté un retour de l’intérêt pour l’art figuratif en général. Les gens commencent à se rendre compte que leurs impôts servent à payer les fleurs de Jeff Koons (lire à ce sujet l’article pertinent du philosophe Yves Michaud), entre autres œuvres de l’art dit contemporain (cela fait déjà un siècle qu’il occupe la scène, à se répéter dans toutes les formes de tas possibles – tas de terre, tas de chaussures, tas de débris, tas de chaises, tas de formes répétitives, tas de… , comme l’a bien démontré le critique Nicole Esterolle). Et les gens commencent à souhaiter un retour de l’art figuratif, d’un art « basé sur le réel », comme ils nous ont dit.

« Gérard Lartigue ? Je le connais », nous dit une dame en regardant mon travail. « C’est un sculpteur décédé, n’est-ce pas ? » J’arrête de creuser les pupilles de Prosper Mérimée, buste déjà bien avancé, pour lui répondre : « C’est vrai que Gérard Lartigue est un peu mort, mais contrairement aux apparences, il continue à sculpter avec toute son énergie. En fait, c’est moi. » La dame a voulu s’excuser de me traiter de décédé, mais je l’ai rassurée : « J’ai déjà un pied de l’autre côté, ce qui est souvent le cas pour les artistes, car ils s’approchent tellement d’un espace au-delà du temps, qu’ils finissent par faire partie de cet univers où plus personne n’est esclave des secondes qui passent. »

Venez nous voir au Salon du Patrimoine Culturel (invitation)

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INVITATION

Pendant 4 jours, du 24 au 27 octobre prochain, le Salon ouvrira ses portes pour sa 25ème édition sur la thématique : « Le futur en héritage ».

Sculpture en marbre de Carrare, destinée au cimetière du Père-Lachaise

Le patrimoine se définit comme l’ensemble des réalisations, des biens transmis collectivement par les ancêtres. Une part essentielle de notre patrimoine culturel présent est le fait des artistes du passé. Mais qui crée ce qui, à l’avenir, sera considéré comme le patrimoine de ce début de XXIe siècle ?

Les bustes de Charb, de Wolinski et des autres journalistes assassinés de Charlie Hebdo, une femme en marbre de Carrare qui marche au Père-Lachaise, Simone Veil en bronze et en pierre, le buste de Jean d’Ormesson flottant au-dessus d’une pyramide chaotique de livres, mais aussi les bustes de Michel Houellebecq, Marie NDiaye, Edgar Morin, Nelson Mandela, ou encore Victor Hugo, cet infatigable défenseur du patrimoine…

Notre démarche d’artistes – un sculpteur, une écrivaine –, est de créer le patrimoine de demain. Nous croyons à la capacité des formes, de la matière, à recréer la vie. Nous croyons au pouvoir de la poésie pour porter au-delà de nous des traces de notre temps. Responsables de la mémoire de demain, c’est ainsi que nous vivons ce « futur en héritage ».

Chaque jour, Gérard réalisera une démonstration de sculpture d’un buste en terre.

Au plaisir de vous y accueillir !

Juliette Marne et Gérard Lartigue

Détail du visage en marbre de Carrare veiné

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