Un petit cahier de dessin

La Poétesse lui fait une tresse. Elle se regarde dans la glace. Je la dessine une cigarette à la main. Des lignes d’abord chaotiques prennent petit à petit un rythme, un sens. Les doigts fonctionnent comme des capteurs d’une certaine électricité dans l’air. Une photo fige la lumière d’un instant ; un dessin imprime les mouvements de la lumière, du modèle, de la tension variable dans un laps de temps. Je ferme le petit cahier, son cadeau (pour mon dernier anniversaire).

Information codée sur l’argile

L’équilibre est difficile : avancer sans trop défaire les traces fraîches chargées de signification. Ne me demandez pas quelle signification, mais chaque coup d’un outil ou d’un geste de la main sur l’argile est susceptible de refléter un élément inconscient de la personnalité de l’artiste, comme le ferait une signature. Sur une expertise en écriture il y a une quantité importante d’information sur l’auteur d’un texte. L’argile est un matériau qui enregistre de façon très sensible les traces qu’on laisse sur elle. On peut même laisser une empreinte digitale. Bref, le travail de finition est dangereux, il peut enlever des secrets codés dans l’argile…

Quelques retouches de plus, et j’arrête. La patience du modèle est infinie, mais je ne dois pas exagérer. Ce soir un Mont d’Or fondu et la journée sera finie… euh… le Mont d’or est pour dimanche, mais j’anticipe 🙂

Dans le rôle de Pygmalion

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Le soir à l’atelier

Le moment où l’argile « prend vie » est toujours surprenant. On travaille sur une masse de boue pendant quelques heures et à un instant précis on sent entre ses mains un être qui cherche à se libérer. Les sculpteurs parlent souvent de cela. L’oeuvre déjà dans la pierre avant d’enlever les morceaux qui la couvrent. Avant je pensais qu’il s’agissait d’une métaphore ou d’une façon poétique de décrire le processus de création, mais aujourd’hui je sais qu’il s’agit d’un phénomène « réel » ; la sculpture prend vie vraiment. On commence alors à travailler de façon différente. C’est la sculpture qui mène la danse. On doit juste suivre ce qu’elle attend de vos mains.

Photos et modèle : Juliette Marne

Sculpture et peinture

Blanc et noir, lumière et ombre. Deux dimensions puisque c’est une image sur l’écran d’un ordinateur, mais on devine la troisième. Les couleurs, les lignes, la matière d’un tableau comme fond pour un buste. Deux images d’une même ambiance. Deux époques, deux espaces différents,

avec le sujet comme point en commun. 2008 et 2016.

Terre et fusain et mots partagés

Les yeux doivent apprendre à observer sans tout classer dans le cerveau, les mains doivent recevoir des ordres directement du regard, sans le filtre de la raison. Dessiner aide à cet apprentissage. Peu importe le résultat. Ce qui compte c’est l’exercice.

Les petites sculptures que je réalise en quelques minutes sont des ébauches nées dans le même esprit que le dessin : une façon d’apprendre à observer.

Et, le plus important pour moi, vivre des moments inoubliables, partager avec des êtres aimés la passion de créer. Cela donne envie de laisser des traces sur une toile ou sur un papier ou sur l’argile fraîche. Un simple échange de mots autour d’un verre de vin suffit. Ou simplement laisser le silence s’infiltrer dans nos pensées.

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