Big Brother is breathing with you, ou Respiration télésurveillée

Inspirer, expirer… acte quotidien indispensable pour vivre. Nous devons respirer sans arrêt depuis notre naissance jusqu’au dernier soupir. On ne peut pas se permettre d’arrêter le passage de l’air dans nos poumons pendant plus de quelques minutes sans mourir. C’est d’une évidence stupéfiante, mais on n’y pense qu’au moment où cet exercice, simple pourtant, devient compliqué.

Heureusement nous avons un système de santé

unique au monde. On l’apprécie encore mieux quand il vous sauve la vie. Souvent on l’imagine vétuste, mais il se développe au rythme de la plus haute technologie.

La nuit je dois porter un masque qui régule ma respiration. Chaque inspiration et chaque expiration sont surveillées de loin grâce à Internet. L’appareil enregistre et envoie automatiquement mon comportement respiratoire à l’organisme qui se charge de veiller sur ma bonne utilisation de l’oxygène dans l’air pendant la nuit.

La dernière nuit a été encore difficile. Mon corps doit s’habituer à la machine. Quand mes poumons oublient de respirer, l’appareil les gonfle pour qu’ils reprennent un rythme normal. Mais au début ils luttent pour faire ce qu’ils veulent. S’ils ne veulent pas prendre l’air, ils résistent à la machine (ils se disent : « cette machine nous gonfle »). Il faut qu’ils cèdent petit à petit. L’inspiration finira par arriver la nuit aussi.

 

Rêves retrouvés

Depuis des mois je ne me souviens pas d’un seul rêve. Comme si cette vie parallèle s’était tarie pour moi. Les personnes disparues que je retrouvais dans mes rêves se sont effacées depuis longtemps. Je me levais tous les jours avec une sensation de vide.

Aujourd’hui nous avons découvert la cause. Mon sommeil paradoxal est presque inexistant. Ma respiration s’arrête toutes les minutes pendant 27 secondes (ce qui signifie que je respire 33 secondes par minute). Parfois elle s’arrête pendant 57 secondes. Bref, comme le médecin nous’a dit à la Clinique de l’Union : « c’est l’agonie ». Apnée sévère. Heureusement le coeur et le cerveau sont encore en bonne santé. Je n’irai pas jusqu’à dire que mon cerveau est normal, mais il fonctionne, à sa façon.

Il suffira d’un masque d’oxygène pour retrouver mes rêves. À partir de la semaine prochaine, je recommence à respirer la nuit.

le sculpteur s'envole

Photo @Juliette Marne

 

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