Que dirait Simone Veil de la forme que prend aujourd’hui sa lutte pour libérer la femme ?

Simone Veil a réussi à avancer dans une lutte importante : celle de donner aux femmes le droit de décider au sujet du destin de leur propre corps, ce qui nous semble évident de nos jours, mais qui était loin d’être le cas dans un passé pas si lointain. Pourtant, est-ce que sa lutte continue, et quelles formes prend-elle ? Est-ce que les humains sont vraiment libres aujourd’hui, libres de choisir le destin de leur corps ?

Je pense à toute une série de facteurs qui créent une dépendance ou une vulnérabilité et, donc, une distance avec la maîtrise de notre corps et de notre esprit : les drogues licites (anxiolytiques, antidépresseurs), les contraceptifs chimiques, les pratiques envahissantes du corps médical (traiter le corps comme un objet qui n’appartient pas à « son propriétaire »), le consumérisme qui devient souvent presque une obsession,  les jeux vidéos, la pornographie, les séries TV… etc. A-t-on vraiment le contrôle sur notre esprit et notre corps ?

C’est le fondement de la lutte de Simone Veil. Elle a connu la Shoah, un phénomène tragique durant lequel les humains ont été dépossédés de leur essence. Ils ont été traités comme des objets à détruire en les triant à partir d’un lien spirituel (leur religion). Une fois triés, ils ont été dénudés, marqués, torturés, et assassinés. Veil a connu cette ligne de démarcation qui marque un changement absolu dans l’évolution de la culture occidentale. Une société dite civilisée opte pour détruire toute une partie de sa communauté définie par ses croyances. La liberté de pensée disparaît tout à coup. Les nazis ont fait de toute une communauté, faisant partie d’une société développée, des bouts de chair à détruire. Leur qualité d’être humain a été niée.

Simone Veil a survécu. Elle a dû reconstruire sa nature humaine. Elle comprenait mieux que quiconque l’aspect sacré de la vie. Et comme base de cette vie, le corps et l’esprit ensemble, dans une totale indépendance par rapport au pouvoir. Mais aujourd’hui c’est l’individu qui veut mettre en avant son appartenance à une religion, qui veut marquer son corps avec des tatouages, qui veut le donner à la science de son vivant, qui refuse son propre destin et le met entre les mains d’un corps médical débordé, qui opte pour l’endormissement de son esprit, pour ne pas souffrir d’une anxiété qu’il ne comprend pas, qui préfère un dictateur (Trump) à une femme démocrate et forte (Clinton). L’exemple américain est parlant.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons reprendre la lutte de Simone Veil. C’est ce qui m’a poussé à réaliser son buste en pierre. J’ai pris un bloc de pierre d’Avy (pierre utilisée pour réaliser plusieurs œuvres romaines et gothiques qui se trouvent dans la ville de Saintes) et je me suis consacré les dernières semaines à imprégner ce vieux petit morceau de la planète de  la beauté de son visage. J’ai sculpté ses traits dans une pierre si vieille que le temps d’une vie n’est qu’une étincelle.

On peut observer sur la pierre des restes de coquilles qui datent d’il y a plusieurs millions d’années.

 

Buste de Simone de Beauvoir – 2018

Malgré son expression souvent sévère, cette personne a ouvert un chemin de liberté immense pour la société, à l’époque trop rigide et patriarcale. Les femmes devaient supporter une imposition masculine, de nos jours inimaginable. Grâce à elle, et à d’autres personnes qui se sont battues pour une plus grande égalité, les femmes ont les mêmes droits que les hommes (voir l’article sur Simone Veil en cliquant ici) .

Buste de Simone de Beauvoir - par Gérard Lartigue

Il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui une épouse demandant la permission de son mari pour faire un chèque, ou de devoir supporter les élections sans leur participation ! Il y a encore aujourd’hui des combats à mener pour que toutes les personnes de la société, vieilles ou jeunes, appartenant au sexe masculin ou féminin (ou neutre si l’on veut), roses, noires, vertes, blanches ou brunes, toutes les personnes,  donc, aient les mêmes droits. La tendance de privilégier l’individu par rapport au social, de tout cloisonner, de tout séparer, de tout réduire à une relation binaire où le manichéisme est toujours facile, tendance transmise par les séries télé, les films, les modes… cette tendance ne nous convient pas. Il faut savoir que l’univers de l’audiovisuel provient essentiellement des États-Unis. Nous importons sans nous rendre compte toute une forme de pensée qui envahit rapidement les jeunes générations.

Bref, on doit ensemble se battre pour rester ensemble. En gardant les libertés acquises.

Garder les libertés signifie apprendre à vivre de façon responsable. Nous pouvons acquérir les bases pour décider ce qui est bon ou mauvais pour notre société. Malheureusement notre système est de plus en plus normatif. Les règlements s’accumulent et nous nous laissons glisser vers la radicalité sans nous en rendre compte : on se trouve tous les jours confrontés à des messages du style « fumer tue ». Message faux. Fumer ne tue pas, de même que conduire ne tue pas. Ce qui tue, c’est fumer en excès, conduire trop vite ou en étant sous l’emprise de l’alcool. Une balle ne tue pas. C’est sa vitesse qui tue. Manger de la viande ne tue pas la nature ; c’est l’excès de viande que nous consommons qui tue la nature. Les excès sont nuisibles, on le sait. Être radical, c’est aller vers les extrêmes. Être responsable, c’est chercher un équilibre.

Je souhaite que cette année 2018 nous permette de nous diriger vers une plus grande liberté, dans l’égalité… ensemble (je dis « ensemble » pour éviter le terme « fraternité », car il faudrait de nos jours ajouter « sororité », encore une fois avec cette tendance de nous séparer).

 

Simone de Beauvoir - Lartigue

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