Chien en Bronze – le revenant

Je devais faire son portrait à partir de photos de mauvaise qualité : prises de trop près, floues, de petit format, et de basse résolution. C’était un beau Braque hongrois, à l’air gentil. La personne qui a passé commande nous avait parlé, quand elle était venue à l’atelier, de ses deux chiens, dont l’un était mort prématurément. Nous avions conclu que pour le portrait il s’agissait de celui qui était déjà dans le ciel des Braques.
J’ai travaillé pendant des semaines. Nous avions essayé à trois reprises d’obtenir plus de photos, car celles que la propriétaire nous avait envoyées ne me donnaient pas une idée nette des volumes du chien trépassé. Comme nous ne recevions aucune réponse, nous avons compris qu’elle n’en avait plus, et puisque le portraituré n’était plus de ce monde, il fallait éviter d’embêter Mme N. 
J’ai pris le choix de réaliser l’œuvre plus grande de ce que nous avions promis, pour faire plaisir à la personne que nous imaginions triste après la perte de ce chien. 
Les photos que nous avons envoyées de l’étape argile, juste avant de le faire couler en bronze, ont été bien validées. Mme N. avait même exprimé de l’admiration pour le travail réalisé. 
Nous l’avons livré ce matin. La nouvelle propriétaire est venue le chercher accompagné du… du modèle ! Bien vivant et en pleine santé ! C’était un choc pour moi de voir arriver le modèle après des semaines à l’imaginer bien statique sous terre. 
L’expression d’un animal, est plus difficile à bien percevoir : nous sommes habitués à bien décoder celle de notre espèce, mais nous ne captons pas en général toutes les subtilités des mouvement internes des animaux dont nous partageons la vie. Chez Fender, j’ai trouvé un regard légèrement inquiet, malgré sa douceur et son intensité.

Inauguration à Mons, Belgique, du monument en hommage à Jacques Franeau

Comme promis, voici la vidéo pour partager avec vous tous un moment important de notre vie. Cet homme, un grand vulgarisateur de la science, humaniste et progressiste, a ouvert la porte de l’université de Mons à tous ceux qui n’auraient eu autrement accès à l’éducation supérieure. L’ancien Premier ministre de la Belgique, Elio Di Rupio, a fait partie de ceux-là. Si vous écoutez son discours, vous remarquerez une émotion sincère et une admiration sans faille envers le grand-père de notre ami Gaspard Franeau.

Comme pour tous nos projets en bronze, nous remercions spécialement Nicolas Parc, gérant de la Fonderie de Bronze Lauragaise et son équipe : Clarisse, Frédéric, Joffrey, Claude, Stéphane et Clément.

Pour le socle en granite du Sidobre, un grand merci à M. Chabbert, avec qui nous avons pu développer l’idée souhaitée par le commanditaire : une base qui sort de la terre en forme brute, rugueuse, pour petit à petit atteindre le degré de poli parfait qui représente l’évolution que l’homme impose à la matière.

Pendant ces deux ans du projet, une belle amitié est née avec Gaspard Franeau, qui s’est investi à fond dans cet hommage à son grand-père. Nous espérons avoir bien capté l’essence de ce grand homme.

Dans une époque où l’obscurantisme nous envahit subrepticement, parfois violemment, il est temps de chercher dans les paroles de tous ceux qui se sont battus pour l’ouverture d’esprit, une nouvelle sagesse qui nous sauvera.

 

A la veille de l’inauguration du monument Jacques Franeau

Nous avons traversé la France du sud au nord pour arriver à une magnifique ville en Belgique : Mons. La beauté de sa place centrale, de ses rues étroites sinueuses aux maisons en brique très variées et riches en textures, l’ambiance d’une ville universitaire, les constructions imposantes qui dénotent la puissance d’une autre époque, et la quantité surprenante de sculptures urbaines, tout cela nous a surpris agréablement.

La tension pendant tout le trajet était évidente. Nous portions dans la fourgonnette le fameux socle en granite du Sidobre de 750 kilos. Cela imposait une conduite stable et douce. C’était la dernière ligne droite d’un long projet de deux ans. Bon, ligne droite est une façon de parler : un accident sur l’autoroute nous a obligés à prendre de petites routes pendant un bon moment, avec leurs virages, dos d’âne, villages à traverser… Mais tout s’est bien passé. Nous n’avions pas droit à l’erreur à ce stade de l’aventure.

Nous avons été très bien reçus. La responsabilité que la réalisation de ce projet signifiait a été bien récompensée : en échange d’une ouverture à d’autres dimensions du temps – c’est ce que l’art permet – nous avons reçu des gestes d’amitié sincères.

A demain pour le récit de l’inauguration.

Monument à Mons (Belgique) en l’honneur de Jacques Franeau

Invitation Jacques Franeau A5 projet A V4-1 Sculpteur Lartigue

Deux ans après notre premier contact avec Gaspard Franeau, le petit-fils de Jacques Franeau, homme de sciences, l’inauguration du monument en son honneur aura lieu à Mons, Belgique.

Nous partons bientôt pour une nouvelle aventure. Nos bagages : 750 kilos de granite du Sidobre (pour un socle spécial) et quelques dizaines de kilos de bronze pour le buste, coulé par la Fonderie de Bronze Lauragaise.

Ce projet a permis la naissance d’une amitié avec Gaspard Franeau et la découverte de l’univers scientifique de son grand-père, qui donnait une importance immense à la divulgation de son savoir.

Ce qui constitue la base d’une œuvre de cette envergure est la représentation de la personnalité de l’homme, que l’on perçoit chargée d’un poids historique. On devine dans son regard la conscience du caractère intemporel de l’image qu’il renvoie. C’est cela que le sculpteur doit imprimer dans la matière.

Rendez-vous dans moins de deux semaines pour les photos de l’œuvre et de l’inauguration.

« La science n’est en soi ni un bien ni un mal et n’a de sens que parce qu’elle est la source de connaissances objectives à la disposition des hommes.
C’est à eux de s’en servir pour le bien de tous. »
Jacques Franeau 

Vidéo de la réalisation du monument en hommage à Jean d’Ormesson

Nous remercions encore une fois toutes les personnes qui ont participé à la réalisation de ce projet (voici le lien vers l’article où je parle de tous ceux qui ont participé au projet) et à Héloïse et Françoise d’Ormesson, fille et épouse de l’écrivain, qui avec leur présence ont donné une signification spéciale au dévoilement de l’œuvre. C’était un moment émouvant, intense.

N’hésitez pas à partager la vidéo ! Merci.

Surveillée par la gendarmerie, la sculpture de Jean d’Ormesson va dormir couchée dans la fourgonnette de la Fonderie de Bronze Lauragaise après un long trajet de sept heures d’un midi à un autre plus provençal. Il fera de beaux rêves au milieu d’un intense concert de cigales.

Demain matin c’est le jour de l’installation. La grue sera là. L’école élémentaire qui portera son nom vient d’être terminée. Une belle construction moderne et lumineuse en harmonie avec la nature qui l’entoure. Jusqu’à cet instant, tout s’est bien déroulé, dans un planning bien serré. Le moindre grain de sable dans l’engrenage aurait signifié un retard qui aurait provoqué l’annulation de l’inauguration.

Demain c’est la dernière étape : la sculpture de 520 kg sortira horizontalement du véhicule et se placera verticalement sur une dalle de 2 tonnes.

A suivre demain, le récit de l’installation…

 

Journée de cadeaux

J’ai reçu deux cadeaux aujourd’hui : un livre, Set in Stone, sur les visages en pierre du Moyen Âge, édité par le Metropolitan Museum of Art (offert par la poétesse pour Noël). J’écrirai un article sur ce livre. Au Moyen Âge on considérait le visage comme le foyer de l’âme. Et, le deuxième cadeau, un livre envoyé d’Allemagne par la maison d’édition Rowohlt Berlin sur Michel Houellebecq (dont l’auteur est Julia Encke). Ils ont intégré dans l’ouvrage une photo du buste de l’écrivain, prise le jour où le feu a fixé les couleurs que j’ai choisies pour ce deuxième bronze avec l’aide de Clarisse (qui réalise toujours très bien la patine de mes pièces à la Fonderie de Bronze Lauragaise).

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue 2

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue

Un monument en bronze pour la Belgique

Hier c’était une journée spéciale. Un projet commencé il y a plus d’un an est en train de se concrétiser : la sculpture en bronze est coulée, ciselée et patinée, prête à partir pour la Belgique. L’équipe de la Fonderie de Bronze Lauragaise dirigée par Nicolas Parc a bien réussi le changement de matière de ce personnage. Le passage de l’argile à la cire est réalisé par Clément Scavino. La naissance en bronze est accompagnée par Claude Marty (enrobage et décrottage). Le travail de ciselage réalisé par Stéphane Aubry est impeccable. Clarisse Fabre, qui s’occupe de la patine, est toujours à l’écoute. Très douée pour les nuances de couleurs. Maintenant nous devons nous occuper du socle en granite du Sidobre. L’inauguration est prévue pour l’année prochaine, en avril.

Le sentiment de bonheur est fort. On est sur la ligne finale d’une longue compétition. Au début il y avait plusieurs sculpteurs en lice. Il a fallu vivre des mois d’incertitude avant d’être sélectionnés. Les recherches, les idées, les propositions de la poétesse m’ont donné la base pour mieux saisir la personnalité de cet homme de sciences.

Maintenant il est là, prêt à voyager vers son emplacement définitif. Il verra passer les années devant un paysage changeant, le parc de l’université dont il a été le recteur. La neige, la pluie, le vent, les feuilles mortes qui s’intègrent à la terre pour nourrir de nouvelles feuilles, le soleil… Il sera là, toujours droit, avec un petit sourire aux lèvres. Monument pour la Belgique - Lartigue 1

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