Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 5)

Chaque jour, Isis aboie un peu plus les passants qui veulent découvrir L’Inconnue de Chiragan. Gérard sculpte sur l’estrade du parking, notre chienne est à nos pieds. On a beau la gronder, elle tente de plus belle d’intimider le public.

Nous voilà perplexes : dans la rue, Isis n’aboie quasiment jamais. Elle ne le fait que chez nous, pour défendre la maison ou l’atelier. Mais Gérard travaille ici depuis cinq jours. Ce n’est donc plus « la rue » pour Isis, c’est devenu l’atelier. Même s’ils la grondent, Isis protège ses maîtres.

L’Inconnue de Chiragan originelle a le nez brisé.

« Lorsque je me suis mis à sculpter le nez, les formes se sont faites presque d’elles-mêmes, comme si c’était vraiment ce que la pierre attendait de moi. Mes mains semblaient créer toutes seules le dessin du nez. » Gérard Lartigue

Ma petite contribution physique à l’œuvre ; j’y ai gravé au Dremel, à l’arrière, un indice pour les archéologues des années 3000 :

« Comme le temps n’est pas linéaire, que cette tête en marbre ait été sculptée 2000 ans avant ou après L’Inconnue de Chiragan n’a aucune incidence, pour un matériau dont l’existence se compte en millions d’années. » Gérard Lartigue

L’après-midi a lentement détendu son arc au rythme des dernières retouches. Le soleil commence à taper moins fort. C’est fini. L’œuvre est poncée avec soin, sur certaines zones seulement, pour créer des effets de contraste. Elle est délicatement déménagée par Gérard et Jean-Jacques Abdallah au Moulin des Arts. Elle y sera exposée jusqu’au « finissage » des expositions – et du symposium – le 27 juillet. Le tirage de la tombola aura lieu à 18 heures.

« La voir exposée dans un bel endroit comme le Moulin des Arts, un lieu historique et culturel, donne à l’œuvre une étrangeté qu’elle n’avait pas. Ce n’est plus ma sculpture, mais une sculpture parmi d’autres. » Gérard Lartigue

Marie Penetro a publié des vidéos de la réalisation de l’œuvre sur la page Facebook de l’Association Marbre et Arts.

Chacune des personnes que nous avons connues ici à Saint-Béat, sculpteurs, stagiaires, public, a, sans le savoir peut-être, contribué à la naissance de cette Inconnue de marbre blanc. Chargée de cette richesse humaine, elle va poursuivre sa vie pour, nous l’espérons, quelques siècles ou millénaires. Vue par d’autres générations, perçue, scrutée, caressée par des mains ou par le vent, elle portera au cœur d’une autre humanité son énigme et sa beauté.

Demain sur le blog : la visite de la carrière OMYA de Saint-Béat, et le site archéologique de Montmaurin

Juliette Marne

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L’exposition des sculptures de Jean-Jacques Abdallah à Montmaurin :

J.-J. Abdallah

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Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 4)

Le soleil est revenu, notre marbre s’éclaire de l’intérieur. Le feuillage des marronniers doucement mû par l’air crée sur la sculpture des ombres fluides et sensibles.

Nous l’avons descendue de l’estrade, l’œuvre s’apprécie mieux si on la voit de face plutôt que d’en bas.

L’épaisseur du bloc ne permettait pas de rendre le volume de la tête et de la coiffe de L’Inconnue de Chiragan. Pour redonner de la profondeur dans la masse, Gérard a créé des jeux d’ombres et de diagonales qui recréent l’illusion du volume.

Les archéologues qui découvriront L’Inconnue dans quelques siècles feront-ils le lien avec l’œuvre du IVe siècle qui a servi de modèle ?

« Ma sculpture est peut-être plus vieille que la gallo-romaine originelle. Le bloc qui a été extrait de la carrière de Saint-Béat se trouvait plus en profondeur que celui d’il y a seize siècles… La pierre est donc peut-être plus ancienne », me dit Gérard.

Gérard a une relation au temps différente de la mienne. Plus extensible, moins rythmée, plus fluide.

Juliette Marne

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Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 3)

Cet article aurait dû être posté hier mais j’ai passé la journée avec un outil Fein entre les mains, à poncer l’arrière de l’œuvre.

Ce travail simple et méditatif m’a menée jusqu’en fin d’après-midi. Le marbre de Saint-Béat est plus tendre que celui de Carrare que Gérard a travaillé dernièrement. Il est blanc-gris, et nous avons eu la chance que l’association Marbre et Arts nous fournisse un bloc très beau, homogène et clair, aux cristaux harmonieux.

Gérard travaille déjà les finitions du visage qui, comme L’Inconnue de Chiragan, est asymétrique : la coiffe est plus volumineuse du côté gauche.

En 2015, il avait déjà réalisé plusieurs autres bustes (en terre) à partir des œuvres gallo-romaines du site de Martres-Tolosane :

https://lartiguesculpteur.com/2016/10/28/exposition-a-martres-tolosane/amp/

Toutes les sculptures en marbre exposées dans la région

  • « Après le travail de stylisation, je redonne de la vie à l’œuvre en brisant les formes trop géométriques. Et je continue à affiner le regard et l’expression. »
  • Il y a longtemps, un de nos bustes exposé à Carcassonne, en extérieur, avait été vandalisé. Alors, cette nuit, nous avons mis L’Inconnue en lieu sûr.

Nous sommes encore à Saint-Béat aujourd’hui et demain (mercredi), sur le parking Gallieni. Puis l’œuvre restera exposée jusqu’au jour de la tombola, le 27 juillet. Des billets sont disponibles à l’Office du Tourisme et au Moulin des Arts.

Juliette Marne

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Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 2)

Ce matin, les Pyrénées à Saint-Béat ressemblent aux Vosges natales de mon père, telles qu’elles se profilent dans mes souvenirs. Le gris pâle et l’ardoise dominent. Les nuages dévalent les montagnes au ralenti, nous envahissant en silence. La brume noie les sommets, comme on dit dans les romans, ou plutôt « les sommets sont noyés de brume », la forme passive mettant l’accent sur ces fameux sommets qui semblent beaucoup plus bas qu’hier.

10h30. Les cloches voisines retentissent avec au moins trois ou quatre tonalités différentes. Ce n’est pas un enregistrement, comme dans tant d’églises désormais ; on voit de petites cloches frappées sur le côté, qui se balancent. Avec le bruit des outils des sculpteurs, voilà ce que ça donne :

Quelques Saint-Béatais se dirigent vers l’église. La consigne pour les sculpteurs : « Pas de disqueuse pendant la messe. » Une heure plus tard, au sortir de l’église, les fidèles repassent devant l’œuvre, observant de loin.

Il faut pourtant beaucoup, beaucoup de bruit de machines fabriquées par l’homme, pour extraire de la pierre une figure silencieuse.

L’eau révèle les nuances du marbre

Gérard se détend un instant :

« Ça y est, la sculpture commence à devenir vivante. Jusqu’ici, je ne l’avais pas encore ressentie. Je me disais : si ça se trouve, c’est un oiseau qui est pris dans ce marbre, pas une femme. »

« C’est le meilleur moment, me dit Marie Penetro, la présidente de l’association Marbre et Arts. On voit l’expression commencer à se dessiner. La personne est là, elle sort de la pierre. » Marie est peintre figurative, admiratrice des œuvres de la Renaissance.

Pendant le symposium, le sculpteur Ousmane Dermé donne un stage de bronze. Hier soir au restaurant, Gérard l’a dessiné. Dans un prochain article, Ousmane nous parlera de sa passion de sculpteur.

Juliette Marne

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Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 1)

Il fait frais, bien plus frais que dans notre atelier de Muret, nous avons laissé la canicule derrière nous.

Trouver le bon raccord de compresseur…

La ligne de démarcation du soleil descend peu à peu sur la colline en face du parking Gallieni où Gérard va commencer sa sculpture, L’Inconnue, réinterprétation contemporaine d’un buste de Chiragan (Martres-Tolosane, époque romaine) :

« Donner vie, en quelque sorte, à cette femme, en l’ancrant dans le présent. »

9h12. Des galets millénaires reposent dans l’eau. Un lézard court ventre à terre le long du muret qui nous sépare du fleuve. Le doux grincement de la meuleuse s’élève et se mêle au murmure de la Garonne que surplombe une ligne de maisons semi-antiques. Un bloc de marbre blanc de 45 x 40 x 20 cm va se métamorphoser en belle femme intemporelle.

L’œuvre est mise en jeu dans une tombola, qui se tiendra le 27 juillet.

Poussière de marbre

Dans nos poumons

Aucune alarme

Le cœur tient bon

Nous irons boire au fleuve

Et puis serons lavés

Dans l’air pyrénéen brille

La poussière dépliée

Juliette Marne

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Sculpter avec modèle

Une photo est censée représenter fidèlement la réalité. Nous sommes tellement habitués à appréhender le monde au travers des images (Internet, télévision, journaux, etc.) que nous avons tendance à croire qu’il est exactement ce qu’elles dépeignent. En vérité, les photos apportent très peu d’information. Pour un sculpteur cela est d’une évidence absolue : sculpter un corps ou un visage (ou les deux, ça m’arrive 😉 ) avec modèle vivant est incroyablement plus facile qu’à partir de photos et de vidéos. La différence est totale. Il n’y a pas photo.

Il y a deux semaines nous avons eu le plaisir de recevoir un groupe de personnes intéressées par l’art. Elles sont venues découvrir l’atelier, mes sculptures et notre façon de travailler ensemble, la poétesse et moi. Un des visiteurs s’est prêté au jeu de servir de modèle. L’événement a été organisé par Anne Nières, qui donne des conférences d’art dans la région et organise des sorties culturelles.

J’ai trouvé sa tête bien intéressante pour la sculpter. Un visage très expressif, la tête bien géométrique, une moustache dessinée avec soin, des yeux rieurs.

Après une introduction à notre univers de création et en particulier à celui de la sculpture, Juliette a expliqué au modèle qu’il pouvait bouger, parler, rire. Elle l’a bombardé de photos pour que je puisse plus tard travailler les détails.

L’expérience m’a semblé réussie : j’ai pu faire une démonstration de mon travail dans une ambiance à la fois détendue et d’une grande attention. Ils ont posé beaucoup de questions. Je dois dire qu’en général j’ai peur des questions, car souvent elles se centrent sur des sujets plutôt pratiques (voir mon article, cliquez ici).  Cette fois, les questions concernaient la création. Nous avons reçu des mots encourageants à la fin de la séance.

Recevoir des gens dans l’atelier pour parler d’art est une façon de remplir l’espace d’énergie. Une fois que tout le monde est parti, l’atelier retrouve son silence avec un fond de bruit d’eau qui court. La petite cascade ne se tarit jamais. Et le ciel gris tissé par les branches des arbres nous rappelle que l’hiver est toujours là.

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Démonstration de sculpture à Muret ce dimanche

Je ne connais pas les dimensions du tronc d’arbre que je devrai sculpter ce dimanche. L’endroit : à Muret, près de la Salle de Fêtes, mais je ne sais pas exactement où. Quelle essence ? Pas la moindre notion. La météo : aucune idée. Je n’aime pas chercher les prévisions… c’est comme si on te racontait la fin d’un film. Le mystère fait partie du futur ; il fait partie de ce jour qui n’existe pas encore et dont on ne connait pas grand-chose. Bref, je ne connais pas les conditions de la démonstration à Muret ce dimanche. J’arriverai à 10h et je travaillerai toute la journée.

Je dois dormir pour être en forme. Des rêves de forêts sculptées frappent à la porte. Le bois mort prend une forme d’un corps féminin et sa sève se met à circuler. Le ventre se gonfle légèrement et la poitrine se soulève. Elle va ouvrir la bouche. J’ai du mal à lui caresser les lèvres avec les dents de la chaîne agressive…

 

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