Information codée sur l’argile

L’équilibre est difficile : avancer sans trop défaire les traces fraîches chargées de signification. Ne me demandez pas quelle signification, mais chaque coup d’un outil ou d’un geste de la main sur l’argile est susceptible de refléter un élément inconscient de la personnalité de l’artiste, comme le ferait une signature. Sur une expertise en écriture il y a une quantité importante d’information sur l’auteur d’un texte. L’argile est un matériau qui enregistre de façon très sensible les traces qu’on laisse sur elle. On peut même laisser une empreinte digitale. Bref, le travail de finition est dangereux, il peut enlever des secrets codés dans l’argile…

Quelques retouches de plus, et j’arrête. La patience du modèle est infinie, mais je ne dois pas exagérer. Ce soir un Mont d’Or fondu et la journée sera finie… euh… le Mont d’or est pour dimanche, mais j’anticipe 🙂

Dans le rôle de Pygmalion

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Le soir à l’atelier

Le moment où l’argile « prend vie » est toujours surprenant. On travaille sur une masse de boue pendant quelques heures et à un instant précis on sent entre ses mains un être qui cherche à se libérer. Les sculpteurs parlent souvent de cela. L’oeuvre déjà dans la pierre avant d’enlever les morceaux qui la couvrent. Avant je pensais qu’il s’agissait d’une métaphore ou d’une façon poétique de décrire le processus de création, mais aujourd’hui je sais qu’il s’agit d’un phénomène « réel » ; la sculpture prend vie vraiment. On commence alors à travailler de façon différente. C’est la sculpture qui mène la danse. On doit juste suivre ce qu’elle attend de vos mains.

Photos et modèle : Juliette Marne

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