Edgar Morin

Ce diaporama nécessite JavaScript.

(pour lire l’article précédant sur la réalisation de cette oeuvre, cliquez ici)

« Si le chaman est celui qui détient le plus profond et véridique savoir, si le prophète est celui qui dénonce et qui annonce, alors on peut se demander si leur mission n’a pas conjointement ressuscité depuis les Lumières sous une nouvelle forme chez certains artistes et écrivains ».

« Le chamanisme apportait jusqu’à l’extrême une façon d’entrer dans l’invisible, dans le monde autre – pour le chaman le monde des esprits, pour l’artiste ou l’auteur d’aujourd’hui devenu le monde de l’esprit. »

« Toute création artistique comporte une coopération variable entre un état second d’inspiration, sorte de transe atténuée, ou demi-transe, et l’état conscient. »

« Si on prend le cas du portrait, le peintre ressent un état de semi-transe, de semi-possession par la personne qu’il représente. »

Evelyne, une amie passionnée d’art, m’a prêté le livre Sur l’esthétique d’Edgar Morin. Il parle de cet état de semi-transe et de possession qui me surprend chaque fois que je réalise un buste. Une espèce d’acceptation de se laisser envahir par une volonté étrangère pour que les mains travaillent mieux. Le philosophe ne savait pas qu’il serait un jour le modèle en question, celui qui possède l’artiste pour la réalisation d’une oeuvre qui restera sur Terre plus longtemps que nous. J’espère faire arriver à lui un jour l’image de son propre buste.

 

Quelle imagination !

L’imagination est-elle vraiment la source de la création artistique ? Combien de fois on entend dire que tel artiste a une imagination formidable ou : « moi, je ne pourrais pas réaliser ce tableau, je n’ai pas d’imagination ».

Le dictionnaire Larousse nous donne une définition de l’imagination : « Faculté de l’esprit d’évoquer, sous forme d’images mentales, des objets ou des faits connus par une perception, une expérience antérieure ».

C’est une erreur de croire que les artistes ont plus d’imagination que les autres. L’imagination est un processus simple : il suffit de fabriquer une image dans la tête est c’est tout. Tout le monde peut le faire.

On peut décortiquer la définition pour mieux comprendre le rôle de l’imagination dans la création artistique. Le secret est là : pour évoquer sous forme d’images mentales quelque chose, il faut passer par la perception ou par une expérience antérieure. Et c’est là que la différence se fait entre ceux qui s’y consacrent et les autres. Les artistes passent leur temps à développer leur perception, à vivre des expériences pour avoir un matériau de travail.

La fabrication des images est donc simple. Mais celle d’un artiste, s’il a appris à bien percevoir, à bien regarder, à bien « connaître » disons une main, ou un visage ou un paysage, à bien le sentir, à bien le découvrir dans ses moindres détails, sera bien plus complexe que celle de quelqu’un qui doit le synthétiser pour ne pas perdre de temps sur quelque chose qui ne lui sert pas à grand-chose. Si un artiste dessine une main, il saura (en principe) suivre chaque changement de ligne, chaque lumière, chaque ombre et on sentira que l’oeuvre a une force spéciale. Si un informaticien dessine une main, il risque d’oublier les tendons qu’on perçoit sous la peau…

Bref, c’est dans la perception que se joue la différence. Apprendre à percevoir le monde n’est pas facile. On a la tendance de faire le résumé le plus simple possible des choses pour ne pas perdre de temps à décrire chaque objet dont on parle : imaginez que pour dire « table » on soit obligé de dire : la planche en bois qui a quatre pieds de telle hauteur avec une surface lisse, de telle couleur, etc etc. On préfère dire « table »…

L’artiste, lui il préfère regarder l’objet et le dessiner avec la tasse de café dessus et la fumée de sa cigarette sous la lumière du soleil du matin. Et si on lui demande si ce qu’il a dessiné est une table, il dira : je ne suis pas sûr.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑