Quelques jours à Paris

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De retour à Muret. Cinq heures du matin. La soirée au restaurant Il Vicolo, rue Mazarine, dans le 6ème s’était très bien passée. Une ambiance détendue et malgré l’immense quantité d’invités, tout le monde respectait le besoin de Michel Houellebecq de mener une vie la plus naturelle possible. Presque pas de téléphones dirigés vers lui pour le photographier, encore moins de « selfies » et personne ne se pressait pour échanger quelques mots avec lui. On aurait dit une fête d’amis. Pour moi, par contre, c’était important de bien l’observer, de le comparer avec son buste en bronze, à côté de lui. Je considère ce buste comme une de mes meilleures oeuvres, et je n’avais pas eu l’occasion de voir directement mon modèle. J’étais le seul à le regarder intensément. Les autres invités restaient discrets. Ils étaient là attirés par son oeuvre littéraire. C’était peut-être cela, des amis autour des mots. Les mots comme une colle sociale. Ce besoin d’histoires depuis la préhistoire.

On a pris la route en sortant du restaurant, vers 22h. Un seul arrêt à Limoges pour faire le plein. On s’est couchés à six heures du matin ! L’après-midi à l’atelier nous avons trouvé tout en ordre… apparemment. Le froid s’était glissé jusqu’à l’intérieur du four de sculpture. Tout l’atelier semblait gelé. Nous avons mis en route le chauffage. Les sculptures en processus de mes élèves, sous leurs sacs en plastique (on doit les couvrir pour que l’argile ne sèche pas) m’ont semblé moins grandes. Nous avons entendu des bruits bizarres, comme si un animal s’était caché dans un des sacs. Des petits bruits de plus en plus forts. Tout à coup on a vu les sacs bouger !

Dans l’atelier il y a souvent des fantômes. Nous aimons penser que nous cohabitons avec pas mal de monde du passé. Cela peut sembler ésotérique, mais si l’on croit aux nouvelles théories scientifiques (ah, ce mot calme un peu les esprits), le temps n’est pas un élément linéaire. Il se plie comme un drap (un drap plié, bien sûr). Le présent coexiste avec le futur et le passé. Il y aurait des ponts entre les temps. C’est là qu’on serait en contact avec des personnes du passé ou du futur. Mais pour rendre l’idée simple, on peut expliquer ce phénomène par de simples fantômes. Bref, nous avons pensé au début que les fantômes se manifestaient. Il faut penser que nous avions fait une nuit blanche. La fatigue permet d’ouvrir la perception. Les barrières rationnelles sont moins solides. D’autres sacs en plastique se sont mis à bouger. Et les sculptures semblaient de plus en plus affaissées !

Nous étions tellement surpris de les voir bouger que nous ne réagissions pas. Ce n’est que quand un grand morceau d’argile est tombé par terre que j’ai couru pour les découvrir. Les sculptures étaient en train de se défaire ! Ce qui me paraissait étrange c’est qu’elles aient attendu le moment où nous étions revenus pour s’auto-détruire. Il n’y avait pas, évidemment (je dis « évidemment » pour rassurer les esprits dits cartésiens) de fantômes ni d’animaux. J’expliquerai à la fin ce qui s’est passé. Pour l’instant je dois dire que j’ai ressenti une frustration terrible de ne pas pouvoir éviter l’auto-destruction de toutes ces oeuvres de mes élèves. Elles avaient passé des heures à travailler sur cette argile redevenue un tas de boue…

Il est difficile de s’éloigner d’un atelier. On sent comme si les oeuvres restaient dans une vulnérabilité immense. C’est comme si notre volonté de créer se répercutait sur leur intégrité : si on s’éloigne, l’oeuvre peut disparaître. On devient superstitieux à force de vivre dans la création tout le temps ; les forces rationnelles n’opèrent pas de la même façon dans un atelier.

Mais je voulais plutôt décrire ce voyage à Paris et à Lille. Ce sera dans l’article de demain…(la suite, cliquez ici)

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Musée du Louvre-Lens, sculpteur : Duseigneur. J’en parlerai dans un autre article.

Photo du sculpteur accablé, Juliette Marne

Photo au musée, GL

Michel Houellebecq à la Fonderie de Bronze Lauragaise

Aujourd’hui je parlais avec un ami de l’extrême précision qui permet à l’oeil humain d’analyser une expression sur un visage. Il suffit d’un changement presque imperceptible de la matière d’un buste, ce qui arrive souvent à la cuisson ou au séchage de l’argile, pour que l’expression perde la force qu’elle avait quand l’argile était humide. Grâce aux conseils d’un ami sculpteur, François Vandenberghe, j’ai découvert une astuce pour garder presque parfaitement l’expression originale : cuire l’argile à moins de 1000°. Avant cette étape, il suffit de faire sécher très lentement la pièce.

Je risque de me répéter sur ce journal. Ma mémoire en panne depuis ma jeunesse m’empêche de garder le souvenir de tout ce que j’écris. Et me remettre à lire mes textes serait une perte de temps. J’assume donc la répétition de certaines idées ou événements sur ces pages.

Ce matin, à la Fonderie de Bronze Lauragaise (FBL), je pensais à ce sujet et je me demandais si les étapes de cire et de fonte du bronze engendreraient aussi des changements d’expression importants, mais j’ai eu la très agréable surprise de trouver les bustes d’Alberto Giacometti et de Michel Houellebecq exactement comme je les avais réalisés. Ils avaient été ciselés avec une maîtrise totale (merci Stéphane !). Aucun défaut détecté. J’ai juste retouché un détail important : les yeux. Parfois le moule n’arrive pas à entrer dans la pupille et il y a une perte de profondeur du regard. C’est une question d’un dixième de millimètre.

Avec Clarisse on a choisi la patine. Sur les images on voit le processus. Je communique parfaitement bien avec cette jeune femme très douée pour la finition des pièces. Je vois évoluer la surface du buste de façon harmonieuse. Toute l’équipe de la fonderie s’intéresse à chaque étape du processus. Ce matin j’ai eu la sensation de me trouver immergé dans une nouvelle famille. On est tous passionnés par la création avec ce métal qui restera plus longtemps que nous tous sur Terre.

Photos de Juliette Marne, écrivaine.

 

Houellebecq, poète et artiste

Je suis heureux de trouver l’image du buste que j’ai réalisé de Michel Houellebecq dans un beau livre bien riche d’informations et d’analyses littéraires autour de l’écrivain. Le Cahier de l’Herne qui lui est consacré a été réalisé par Agathe Novak-Lechevalier, qui nous a contactés pour nous demander si nous étions d’accord pour faire figurer l’image de ce buste, ce que Michel Houellebecq souhaitait. Pour nous c’était un honneur de partager avec le public notre vision de lui au travers d’une sculpture.

Actuellement ce buste existe en bronze. Sur les images j’ai mis l’étape du buste en cire, juste avant d’être coulé en métal.

Naissance de l’idée de réaliser le buste de Michel Houellebecq : il y a quelques années, nous avons regardé avec une amie, Maryse, un film de Guillaume Nicloux, L’Enlèvement de Michel Houellebecq. J’ai découvert une nouvelle facette de cet écrivain que je ne soupçonnais pas : celle d’une sincérité totale, d’une transparence involontaire, et même d’une amabilité inattendue. J’avais de lui l’image d’un personnage blasé et fermé, d’un provocateur en recherche d’attention. Grâce à ce film, j’ai compris que je me trompais. Houellebecq est d’ailleurs un excellent acteur ! Naturel et complexe, il incarne son propre rôle à la perfection.

Ses romans ne m’attirent pas autant que ses poèmes, que j’ai découverts après avoir vu le film. Sa sensibilité me semble intéressante, et sa vision détachée, libre, même si assez noire, est originale. Il a derrière son masque de personnage décadent une aspiration au bonheur, à l’empathie et à l’amour, vraiment touchante.

A l’époque, j’étais en train de réaliser une série de bustes d’écrivains, en choisissant ceux qui me semblaient pouvoir ouvrir notre vision du monde avec de nouveaux paramètres. La pensée de Michel Houellebecq, un écrivain qui joue avec les peurs à la mode, m’a semblé importante pour mieux percevoir, en reflet, notre société. J’ai donc décidé de sculpter un buste qui montrerait toute la décadence de notre société, qu’il porte dans sa propre chair.

Critique de l’ouvrage par Jean-Jacques-Birgé : « Le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq peut être considéré comme un opus déterminant de son parcours tant il recèle de pépites, inédits ou parutions confidentielles, entretiens ou réflexions passionnants… »La suite ici : https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-birge/blog/291216/le-nouveau-michel-houellebecq-est-un-cahier-de-lherne

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