Sur la route. Nos passagers : Houellebecq, Giacometti, Zola, Barbara, Malraux, un député et le cosmo-chat.

L’inauguration de la sculpture du député aura lieu aujourd’hui, vendredi. Après huit heures de route, on se repose près de Paris pour repartir dans quelques heures. Il est déjà une heure du matin. Nos passagers vont bien. Le député salue tout le monde de sa main levée (sur la photo). Le Cosmo-chat observe la route. Les autres « passagers » dorment tout le temps, sauf ma copilote. On se prépare pour l’alerte rouge exactement à l’endroit où on se dirige… Bon, « on se prépare » c’est une façon de parler : on ne peut rien faire, sauf souhaiter que tout ce monde arrivera à destination comme il faut. D’abord le député pour son vernissage près de Lille. Puis, les autres, à Paris. Ce matin avant de partir, on a fait des photos de Giacometti. Le buste en bronze me semble incroyable : les lumières qu’il reflète, les nuances des couleurs, les textures… ce métal a quelque chose de magique.

Cire pas encore perdue

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On part très tôt avec notre chienne et une bouteille Thermos bien remplie de café. Le passage à la boulangerie est obligé : quatre croissants. Pour échapper aux bouchons aux heures de pointe (à Toulouse les heures de pointe s’étendent de plus en plus, à tel point que les pointes vont bientôt se toucher, ne laissant point de temps sans affluence dans la journée), nous empruntons de petites routes qui passent par les coteaux. Le brouillard forme un océan doux et fantasmagorique. Au loin un château d’eau flotte comme un phare. Les couleurs sont opaques. Les sons, calfeutrés. On s’arrête pour boire notre café en plein brouillard. Le soleil arrive lentement. Une heure et demie de trajet nous permet de nous extasier devant des paysages majestueux.

À la fonderie, Alberto Giacometti nous attend. Il est en cire pour l’instant. Léger. À sa gauche il y a le « master« , la pièce originale en terre cuite, marquée par les restes d’élastomère. Parfois, quand le moule est retiré, la sculpture originale souffre quelques dégâts. Cette fois le master est en pleine forme. Un vrai master ! Il lui faut juste un nettoyage et il sera tout neuf. Dans ce cas, »master » est un bon terme : Giacometti était un vrai maître sculpteur.

Je retouche la pièce avec de la cire rouge.  Cela permet de voir les endroits déjà « réparés ». Giacometti m’observe avec empathie. Il connaît les difficultés du métier.

Giacometti ou la matière torturée

Dans cet hommage à Alberto Giacometti, j’ai essayé de garder le même esprit avec lequel il travaillait ses oeuvres : il s’acharnait sur la matière en l’utilisant comme une substance qui enregistre chaque mouvement de l’artiste. J’ai déjà parlé de cette capacité de l’argile à tout enregistrer, et du danger de lisser ce qui avait témoigné d’un instant important. Chez Giacometti ce sujet est central. Il garde chaque rajout de matière, chaque fente laissée par un couteau, chaque mouvement de l’argile humide qui dégouline ou qui s’aplatit par son propre poids. J’ai voulu montrer aussi la force de son visage pourvu d’une structure lourde et solide. Son regard distant mais intense. Sa bouche sérieuse, entourée de rides qui dénotent une tendance à sourire avec malice.

Buste en bronze. Hauteur : 63 cm

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