Plus d’un siècle d’histoire de deux bâtiments industriels français (Muret et Saint-Paul-lès-Dax)

Photo partagée par Bernard Rondé-Oustau. Nous le remercions de nous avoir donné l’autorisation de la publier sur mon blog.

L’histoire d’un bâtiment, l’histoire du travail de plusieurs générations, la vie d’un organisme construit de briques, de poutres, de fer, dont le cœur tourne grâce à la force d’une rivière, dont le feu réchauffe le cœur, et qui respire de la fumée de sa grande cheminée. Il se nourrit de charbon et de marne (argile), et il crache des briques. Cet organisme construit à la fin du XIXe siècle est toujours debout. Un incendie a détruit cet être fabuleux, en 1957. Il ne lui restait que la peau et les os. De ses cendres, le phoenix s’est relevé. Ses murs sont de nouveau solides. Son toit a été reconstruit, et aujourd’hui il donne vie à de nouvelles activités : le cirque, le sport, la musique, la littérature et la sculpture. 
Cette histoire a été racontée par Bernard Rondé-Oustau, arrière-petit-fils d’un des fondateurs de la briqueterie, lors d’une conférence organisée par la Société du Patrimoine du Muretain. Avec son style à la fois élégant et cordial, Bernard nous a fait découvrir la saga des familles Rondé, Oustau et plus tard, Rondé-Oustau. 


Des fibres profondes dans mon inconscient réagissaient devant les images de ce beau bâtiment construit il y a plus d’un siècle. J’imaginais les ouvriers acharnés à le faire vivre, les dirigeants actifs mettant en œuvre leurs ressources d’imagination et leur volonté de fer pour ne jamais permettre à la machinerie de s’arrêter. Les enjeux d’une telle entreprise… J’ai pensé à ce que mes aïeux avaient construit à Saint-Paul-lès-Dax. Une énorme minoterie avec son moulin, son lac et son canal : « La famille Lartigue devient le maître des lieux et s’impose pendant plus d’une centaine d’années comme artisan du renouveau du moulin de Poustagnac. C’est une véritable dynastie qui s’est installée là. » On fabriquait la farine pour la consommation de la région, et un bon fromage, le fromage de Poustagnac. Aujourd’hui elle n’est plus active. Un restaurant moderne s’y est installé, avec une belle terrasse face au lac (cliquez pour voir la vidéo).


La demeure de mes aïeux dans les Landes

Peut-être le coup de foudre pour la briqueterie quand nous l’avons découverte à Muret il y a sept ans vient-il de cette mémoire familiale, inscrite dans mon ADN comme on dirait aujourd’hui. Nous espérons redonner vie avec nos œuvres à ce beau bâtiment. Nous serons toujours redevables à la famille Rondé-Oustau de nous avoir donné l’opportunité d’exercer notre activité artistique en nous accueillant sur son domaine. A notre arrivée, nous avons sans le savoir installé notre four (le Dragon) à la même place où se tenait le four de la forge. Le feu est de nouveau essentiel pour la fabrication, cette fois ce sont des sculptures. Nous avons passé des semaines à isoler les murs et le plafond contre le froid, à remettre en état les portes, les fenêtres… Dans l’espace de travail de la pierre, nous avons remis en service l’immense pont roulant, qui sert aujourd’hui à déplacer les marbres et les pierres calcaires.


La lumière inonde de nouveau l’intérieur du bâtiment. Le matin on entend les oiseaux. La vue sur les arbres, le calme de ce coin au milieu de la nature, l’immensité de cet espace, le murmure de la rivière, tout est idéal pour que la Poétesse puisse entrer dans son univers de mots et moi, dans celui des formes.                                                                                                                                        
Nous avons bien profité des derniers moments de cet hiver de vie sociale autorisée pour assister à la conférence de Bernard Rondé-Oustau. 

Dans la briqueterie Rondé-Oustau, l’atelier de pierre


Combien de fois regarde-t-on la pleine lune dans sa vie ?

C’est la question que pose le narrateur dans le film de Bernardo Bertolucci Le Ciel protecteur (The Sheltering Sky, traduit en français Un thé au Sahara – je ne comprendrai jamais pourquoi on traduit de cette façon complètement absurde, sans respecter le titre original que l’auteur s’est cassé la tête à trouver). Ce film basé sur un roman de Paul Bowles, qui apparaît dans le film dans son propre rôle, fait un parallèle entre la vie et un voyage. Combien de fois regarde-t-on vraiment la pleine lune dans une vie, combien de fois on la reverra encore ? Une dizaine de fois ? C’est vrai qu’elle est là tous les mois, mais est-ce qu’on se donne la peine de la regarder à chaque fois ? Il y a des choses qu’on ne vit que très peu de fois, mais on a la sensation que les choses sont éternelles, qu’on verra la lune autant de fois qu’on voudra.

Hier c’était la fête de la fin des

cours de sculpture. Cet événement était pour nous très spécial. Nous étions presque tous ensemble. Cette année, quelques conjoints nous ont rejoints. Nous étions autour de 26 (je n’aime pas trop compter). Combien de fois nous allons vivre des moments de partage comme celui d’hier ? Pas beaucoup. Quand la fête est finie, au moment de ramasser les nappes sales et de remplir les sacs poubelles, un vide terrible arrive. C’est un moment qui rappelle la « finitude » de tous les beaux moments sur Terre.

Cet article est assez plombant… Mais au fond, mon message est plutôt gai : c’était tellement agréable et beau de voir tout le monde autour du travail réalisé dans l’atelier autour de cette exposition qu’on attendait depuis des mois, que je voudrais lui donner sa juste dimension dans une vie. Puis j’ai reçu de mes élèves des cadeaux magnifiques pour Juliette et pour moi : un petit voyage dans un lieu insolite (on va choisir une bulle sur un arbre ou quelque chose comme ça), des places pour le cinéma ! (tout le monde m’entend souvent parler des films, alors ils ont su que ça me ferait un plaisir immense), et une carte avec quelques mots où je trouve l’amitié qui s’est tissée entre nous tous.

On a dîné comme des rois ! Une superbe paella confectionné par Jocelyne pour tous, des desserts, du vin…

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 2

 

Tout le monde avait déjà voté pour les oeuvres exposées. Le premier prix a été octroyé à Evelyne T pour une sculpture réalisée en terre, bois et pierre. L’esprit de recherche est toujours visible dans le travail d’Evelyne. On sent bien une compréhension forte de la matière et une facilité d’exécution. Ses patines sont toujours intéressantes. Son expérience importante lui permet des lignes libres et osées. Le couteau, un vrai couteau, est son outil préféré.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 10

Le deuxième prix a été attribué à Magali. Un buste imposant, où les détails cohabitent avec des gestes spontanés de l’artiste, nous regarde avec une tension inquiétante. Des mouvements discrets dans les volumes (tête légèrement penchée, une épaule plus haute, etc.) rendent le personnage vivant. On devine la passion avec laquelle l’auteure a créé cette pièce.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 9

Le troisième prix a été attribué à Valérie pour une petite sirène très expressive. Valérie est arrivée à l’atelier en septembre et elle montre déjà une capacité d’observation bien évidente. Normalement elle déborde d’énergie, mais dès qu’elle se met à sculpter, tout son être se concentre sur l’oeuvre. L’argile commence à devenir une vraie passion pour elle.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 19

Je ne parlerai pas des autres sculptures, toutes intéressantes et spéciales. Je dirai seulement que je vois une ouverture dans la perception de tous les participants de l’atelier, idéale pour mieux observer le monde et pour participer à sa création (le monde est en création constante). Un concours est toujours un jeu, auquel il faut jouer souvent, mais sans trop y croire. C’est une façon de se confronter à soi-même. Félicitations à tous.

Ce soir il pleut. Il fait froid. Le bruit de la pluie remplace l’agréable brouhaha d’hier. L’année prochaine on entendra de nouveau cette musique humaine.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑