La lumière

Il fait nuit. Pour la première fois je peux rester après le coucher du soleil dans le nouvel espace de l’atelier consacré à la pierre. L’électricité est arrivée : des tuyaux, des boîtes de dérivation, des interrupteurs, des prises, des halogènes… toute une installation impeccable ! (Merci Gérard Antoine). Deux tubes de néon qui attendaient le passage d’électrons depuis des décennies, sous la poussière accumulée, et que nous croyions complètement morts, sont restés pendant quelques instants dans le doute : après quelques lueurs hésitantes, tout à coup, ils se sont allumés. J’aime imaginer que la dernière fois qu’ils l’avaient fait, des ouvriers travaillaient dans cette usine de briques avant le feu de 1957.

Atelier pierre - Lart et Marne

Photo Juliette Marne

Combien de fois regarde-t-on la pleine lune dans sa vie ?

C’est la question que pose le narrateur dans le film de Bernardo Bertolucci Le Ciel protecteur (The Sheltering Sky, traduit en français Un thé au Sahara – je ne comprendrai jamais pourquoi on traduit de cette façon complètement absurde, sans respecter le titre original que l’auteur s’est cassé la tête à trouver). Ce film basé sur un roman de Paul Bowles, qui apparaît dans le film dans son propre rôle, fait un parallèle entre la vie et un voyage. Combien de fois regarde-t-on vraiment la pleine lune dans une vie, combien de fois on la reverra encore ? Une dizaine de fois ? C’est vrai qu’elle est là tous les mois, mais est-ce qu’on se donne la peine de la regarder à chaque fois ? Il y a des choses qu’on ne vit que très peu de fois, mais on a la sensation que les choses sont éternelles, qu’on verra la lune autant de fois qu’on voudra.

Hier c’était la fête de la fin des

cours de sculpture. Cet événement était pour nous très spécial. Nous étions presque tous ensemble. Cette année, quelques conjoints nous ont rejoints. Nous étions autour de 26 (je n’aime pas trop compter). Combien de fois nous allons vivre des moments de partage comme celui d’hier ? Pas beaucoup. Quand la fête est finie, au moment de ramasser les nappes sales et de remplir les sacs poubelles, un vide terrible arrive. C’est un moment qui rappelle la « finitude » de tous les beaux moments sur Terre.

Cet article est assez plombant… Mais au fond, mon message est plutôt gai : c’était tellement agréable et beau de voir tout le monde autour du travail réalisé dans l’atelier autour de cette exposition qu’on attendait depuis des mois, que je voudrais lui donner sa juste dimension dans une vie. Puis j’ai reçu de mes élèves des cadeaux magnifiques pour Juliette et pour moi : un petit voyage dans un lieu insolite (on va choisir une bulle sur un arbre ou quelque chose comme ça), des places pour le cinéma ! (tout le monde m’entend souvent parler des films, alors ils ont su que ça me ferait un plaisir immense), et une carte avec quelques mots où je trouve l’amitié qui s’est tissée entre nous tous.

On a dîné comme des rois ! Une superbe paella confectionné par Jocelyne pour tous, des desserts, du vin…

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Tout le monde avait déjà voté pour les oeuvres exposées. Le premier prix a été octroyé à Evelyne T pour une sculpture réalisée en terre, bois et pierre. L’esprit de recherche est toujours visible dans le travail d’Evelyne. On sent bien une compréhension forte de la matière et une facilité d’exécution. Ses patines sont toujours intéressantes. Son expérience importante lui permet des lignes libres et osées. Le couteau, un vrai couteau, est son outil préféré.

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Le deuxième prix a été attribué à Magali. Un buste imposant, où les détails cohabitent avec des gestes spontanés de l’artiste, nous regarde avec une tension inquiétante. Des mouvements discrets dans les volumes (tête légèrement penchée, une épaule plus haute, etc.) rendent le personnage vivant. On devine la passion avec laquelle l’auteure a créé cette pièce.

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Le troisième prix a été attribué à Valérie pour une petite sirène très expressive. Valérie est arrivée à l’atelier en septembre et elle montre déjà une capacité d’observation bien évidente. Normalement elle déborde d’énergie, mais dès qu’elle se met à sculpter, tout son être se concentre sur l’oeuvre. L’argile commence à devenir une vraie passion pour elle.

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Je ne parlerai pas des autres sculptures, toutes intéressantes et spéciales. Je dirai seulement que je vois une ouverture dans la perception de tous les participants de l’atelier, idéale pour mieux observer le monde et pour participer à sa création (le monde est en création constante). Un concours est toujours un jeu, auquel il faut jouer souvent, mais sans trop y croire. C’est une façon de se confronter à soi-même. Félicitations à tous.

Ce soir il pleut. Il fait froid. Le bruit de la pluie remplace l’agréable brouhaha d’hier. L’année prochaine on entendra de nouveau cette musique humaine.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017

Inondation à l’atelier

Une prise de vue du bas vers le haut. La position des acrobates semble réelle. La sculpture prend une dimension importante. Elle est pourtant toute petite. Il s’agit d’une maquette. Isis regarde sa maîtresse en attendant le déclic de l’appareil photo. On dirait qu’elle observe l’acrobate, la jeune femme légère et gracieuse, au-dessus de son homme, mais elle regarde l’objectif.

L’eau est partout dans le hangar. Tout est prévu pour éviter les dégâts des eaux. Les sculptures stockées dans cette partie de l’atelier ne risquent rien. Les socles sont hissés sur des briques, les tables touchent l’eau seulement de leurs pieds métalliques. Les câbles sont débranchés. Dans cette ambiance d’apparente catastrophe, les acrobates semblent plus aériens. Ils touchent à peine le sol. L’eau peut monter.

 

 

Sculpter avec modèle

Une photo est censée représenter fidèlement la réalité. Nous sommes tellement habitués à appréhender le monde au travers des images (Internet, télévision, journaux, etc.) que nous avons tendance à croire qu’il est exactement ce qu’elles dépeignent. En vérité, les photos apportent très peu d’information. Pour un sculpteur cela est d’une évidence absolue : sculpter un corps ou un visage (ou les deux, ça m’arrive 😉 ) avec modèle vivant est incroyablement plus facile qu’à partir de photos et de vidéos. La différence est totale. Il n’y a pas photo.

Il y a deux semaines nous avons eu le plaisir de recevoir un groupe de personnes intéressées par l’art. Elles sont venues découvrir l’atelier, mes sculptures et notre façon de travailler ensemble, la poétesse et moi. Un des visiteurs s’est prêté au jeu de servir de modèle. L’événement a été organisé par Anne Nières, qui donne des conférences d’art dans la région et organise des sorties culturelles.

J’ai trouvé sa tête bien intéressante pour la sculpter. Un visage très expressif, la tête bien géométrique, une moustache dessinée avec soin, des yeux rieurs.

Après une introduction à notre univers de création et en particulier à celui de la sculpture, Juliette a expliqué au modèle qu’il pouvait bouger, parler, rire. Elle l’a bombardé de photos pour que je puisse plus tard travailler les détails.

L’expérience m’a semblé réussie : j’ai pu faire une démonstration de mon travail dans une ambiance à la fois détendue et d’une grande attention. Ils ont posé beaucoup de questions. Je dois dire qu’en général j’ai peur des questions, car souvent elles se centrent sur des sujets plutôt pratiques (voir mon article, cliquez ici).  Cette fois, les questions concernaient la création. Nous avons reçu des mots encourageants à la fin de la séance.

Recevoir des gens dans l’atelier pour parler d’art est une façon de remplir l’espace d’énergie. Une fois que tout le monde est parti, l’atelier retrouve son silence avec un fond de bruit d’eau qui court. La petite cascade ne se tarit jamais. Et le ciel gris tissé par les branches des arbres nous rappelle que l’hiver est toujours là.

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