Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 1)

Il fait frais, bien plus frais que dans notre atelier de Muret, nous avons laissé la canicule derrière nous.

Trouver le bon raccord de compresseur…

La ligne de démarcation du soleil descend peu à peu sur la colline en face du parking Gallieni où Gérard va commencer sa sculpture, L’Inconnue, réinterprétation contemporaine d’un buste de Chiragan (Martres-Tolosane, époque romaine) :

« Donner vie, en quelque sorte, à cette femme, en l’ancrant dans le présent. »

9h12. Des galets millénaires reposent dans l’eau. Un lézard court ventre à terre le long du muret qui nous sépare du fleuve. Le doux grincement de la meuleuse s’élève et se mêle au murmure de la Garonne que surplombe une ligne de maisons semi-antiques. Un bloc de marbre blanc de 45 x 40 x 20 cm va se métamorphoser en belle femme intemporelle.

L’œuvre est mise en jeu dans une tombola, qui se tiendra le 27 juillet.

Poussière de marbre

Dans nos poumons

Aucune alarme

Le cœur tient bon

Nous irons boire au fleuve

Et puis serons lavés

Dans l’air pyrénéen brille

La poussière dépliée

Juliette Marne

  • Pour lire les autres articles :

Jour 2

Jour 3

Jour 4

Jour 5

  • En savoir plus sur L’Inconnue de Chiragan :

L’Inconnue au MSR

  • Association Marbre et Arts :

Marbre et Arts

  • L’exposition des sculptures de Jean-Jacques Abdallah à Montmaurin :

J.-J. Abdallah

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J’expose tout le mois de juin à la Galerie de l’Echarpe, à Toulouse

Sculpture marbre - Lartigue.png

Exposition du mardi 30 mai au samedi 1 juillet 2017 

Ouverture de la galerie de 14h à 19h du mardi au samedi

Un nu féminin, « Femme blottie », en marbre, et une jeune femme aux yeux rêveurs, « Marianne » (pour voir les photos du modèle pour ce buste, cliquez ici), seront exposés avec deux portraits déjà présentés dans d’autres expositions, ceux de Rodin d’Alina, jeune femme en terre noire.

Nous sommes allés en ville ! Il fallait apporter les sculptures à la galerie. Nous sommes sortis de notre paradis pour affronter le mouvement rapide des citadins. Ils étaient tous habillés en mode été, malgré le ciel gris. La dernière fois qu’on les avait vus, ils étaient bien couverts, comme nous, d’ailleurs, car il faisait froid. L’été est arrivé sans prévenir. Il a sauté le printemps. Ou l’hiver s’est éternisé, je ne sais pas.

Nous voulions profiter de notre sortie pour nous promener un moment dans la Ville rose, mais la Poétesse devait écrire des poèmes en urgence et moi un article sur l’exposition pour y inviter tous nos amis (juste pour les inviter, sans vouloir les obliger à y aller. C’est exclusivement le plaisir de partager la nouvelle avec eux). Nous sommes donc rentrés. Nous avons bien fait. Notre louve avait chaud et faim dans la voiture. Un délicieux repas nous attendait dans le frigo. Nous avons ouvert un pinot noir (cadeau d’un proche, un autre GG 😉 ) et à 18h nous avons déjeuné. Un cigare, et une fois l’article fini, je prends ma massette… une sculpture m’attend.

Pour regarder les photos du buste de Rodin et d’Alina, cliquez ici :

Alina

Rodin

Deux bustes sont toujours exposés à Ombres Blanches, ceux de Bernard Maris et de Marie N’Diaye (pour lire l’article, cliquez ici).

Journée au futur incertain

marbre processus série liberté dans le noir - Lartigue 2

Quoi de mieux pour ne pas stresser sur les résultats de cette journée d’élections que de se mettre à sculpter le marbre ? Le soleil brille sur un ciel bleu sans un seul nuage, ce qui donne envie de croire à un bon présage : demain la France continue à se battre pour des valeurs universelles, en laissant de côté la tentation du repli, de l’égoïsme, de la peur. On verra. Je continue à frapper le marbre. Trouver une forme à l’intérieur de cette pierre qui doit avoir un âge de quelques millénaires me fait relativiser la situation mondiale. En dévoilant le coeur de cette pierre je respire une poussière qui flottait peut-être à l’époque des dinosaures, ou avant. C’est une façon de parler, car j’évite de la respirer avec mon masque pro… 🙂

Le stresse me pousse à écrire des textes sans queue ni tête.

En quelques mots : toucher ce marbre millénaire me tranquillise par rapport à notre court destin en tant que citoyens d’un pays beau et libre au futur prometteur, mais qui a peur. Ce soir la poétesse et moi allons dépouiller les votes de notre ville. Du vrai masochisme. Ou source de joie ? Encore le stress.

marbre processus série liberté dans le noir - Lartigue

Mes outils, de la marque Auriou, sont extraordinaires : ils cassent la pierre en gardant leur bord tranchant intact. Impressionnant. Le savoir-faire d’une entreprise française bien apprécié à l’étranger. La technologie moderne mise au service d’une activité exercée depuis l’âge de pierre, depuis plus de deux millions d’années.

Tout cela pour éviter de penser aux élections.

Je travaille un autre matériau ces jours-ci, à l’opposé du marbre : la cire. Pour la travailler, la difficulté est de trouver la bonne température. Froide, elle est trop dure. Trop chaude, elle n’arrête pas de couler sans s’attacher à la masse. Tiède, on peut la malaxer, mais elle ne s’intègre pas facilement à d’autres morceaux.

Peut-être c’est symbolique de ce moment: entre la dureté du marbre (du concret, de la clarté, de la netteté, des lignes droites…) et la malléabilité de la cire (de la fluidité, de la douceur, du parfum, un symbole écolo),  malléabilité sous la chaleur en temps de réchauffement planétaire (inexistant pour Trump), le juste milieu se trouve dans l’argile… n’importe quoi. C’est le stress.

Je me remets à frapper le marbre.

« Surrender »

Pourquoi « surrender » ? J’aime ce mot en anglais qui peut signifier en même temps un abandon et une acceptation. C’est arrêter de contrôler. C’est s’abandonner aux forces qui dirigent la vie. Je sais, dans notre époque on aime sentir qu’on est capable de tout contrôler, de tout comprendre, rationnellement. On a envie de dire : « De quelles forces parle ce sculpteur qui s’imagine créer dans un état second comme Edgar Morin le suggère ? N’est-il pas plutôt un peu toqué, comme tous les artistes ? » Quand on est surpris par les bruits dans une vieille maison, par exemple, on s’invente des explications rassurantes : « C’est le vent, ou les poutres qui se plaignent, ou un rongeur qui se promène dans les murs ». Mais si on ne croyait pas vraiment aux forces étranges d’une réalité à part, on n’aurait pas besoin de s’expliquer ces bruits.

Je m’éloigne du sujet, encore une fois. Donc, surrender. Cette sculpture me fait penser à cette attitude à mon avis intéressante, courageuse et intelligente d’accepter la vie telle qu’elle se présente à nous, tout en se mettant en mouvement vers l’avant. Je voudrais l’appeler donc Abandon et volonté. Cette belle jeune femme montre sa détermination à avancer malgré les moments difficiles. Elle n’offre pas de résistance, et elle lutte pour rendre la vie plus belle.

 

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