Le Cosmo-chat

Nous avons sauvé le Cosmo-chat, notre chat qui habitait dans l’Espace, de l’écrasement dans un cube de ferraille. C’est une peluche qui servait à tout : à nettoyer le pare-brise de la voiture, comme oreiller pour notre chienne pendant les longs trajets, à faire peur aux voleurs de Renaults, à décorer le tableau de bord, à amortir les mouvements d’une sculpture,  etc.

La courroie de distribution s’est cassée et l’Espace s’est retrouvée à la casse quelques jours plus tard. C’était un bon véhicule pour transporter les sculptures. Il faudra en trouver un autre. Le chat est devenu pour le moment un Chat-cra, car il habite temporairement dans la Micra de la poétesse (qui lui a donné ce nouveau nom ésotérique).

 

sculpture-du-depute-lartigue

Le dimanche à l’atelier

Six heures de sommeil, comme d’habitude, mais de bon sommeil depuis que j’utilise le nouveau masque. Le brouillard met du temps à se lever. Les oiseaux blancs sont toujours sur les branches de l’arbre sur le lac. Isis les observe intriguée. Journée libre pour sculpter du matin au soir. Petit moment de lecture avec ma louve en peluche sur moi.

Je lis la biographie de Paul Vachet. L’auteur est Jack Mary. Nous l’avons rencontré pour parler de l’Aéropostale. Dans un mouvement de gentillesse, il nous a offert le livre. Je plonge de plus en plus dans cette belle époque du début de l’aviation. L’humanité en train de découvrir l’univers des oiseaux. Des voyages en ligne droite. D’en haut les chemins tortueux semblent ridicules. La communication se libère de la géologie.

Le soleil se lève. Je mets Bach pour harmoniser le temps et me mettre au boulot.

Du mouvement des bras à la précision des doigts

Pour réaliser une sculpture de plus d’un mètre de hauteur, on doit constamment s’éloigner pour garder une vision de l’ensemble qui permette une cohérence entre les divers éléments. Il faut travailler avec la force des bras, en exécutant des mouvements vastes, en laissant jouer la magie du hasard. On fait des kilomètres dans les va-et-vient entre la sculpture et les murs de l’atelier.

Hier j’ai travaillé sur un bas-relief de moins de 7 cm. J’ai dû le faire assis, immobile, concentré et bien relaxé. Chaque geste sous la loupe devait déposer moins d’un gramme de matière sur l’œuvre. Les lignes devaient être tracées sans le moindre tremblement. La lumière circulaire de la loupe, que j’ai reçue hier par la poste (merci Joëlle et Gérard !) me permettait d’observer chaque ombre et chaque zone de lumière créées sur ce petit médaillon en argile. L’erreur coûte cher dans la réalisation d’une pièce de cette taille : un faux mouvement peut effacer des heures de travail.

Passer d’une dimension à l’autre nous rappelle que la matière est juste une manifestation de notre volonté profonde. Peu importe si nous sommes bien adroits de nos mains ou pas, ce qui compte est le dressage de cette volonté mené au fil de nos jours sur Terre. 

bas-relief à la loupe - Lartigue

Journée de cadeaux

J’ai reçu deux cadeaux aujourd’hui : un livre, Set in Stone, sur les visages en pierre du Moyen Âge, édité par le Metropolitan Museum of Art (offert par la poétesse pour Noël). J’écrirai un article sur ce livre. Au Moyen Âge on considérait le visage comme le foyer de l’âme. Et, le deuxième cadeau, un livre envoyé d’Allemagne par la maison d’édition Rowohlt Berlin sur Michel Houellebecq (dont l’auteur est Julia Encke). Ils ont intégré dans l’ouvrage une photo du buste de l’écrivain, prise le jour où le feu a fixé les couleurs que j’ai choisies pour ce deuxième bronze avec l’aide de Clarisse (qui réalise toujours très bien la patine de mes pièces à la Fonderie de Bronze Lauragaise).

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue 2

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue

Marianne clonée

J’enlève la « chape » en plâtre gris sans difficulté. Le moment de dévoiler la Marianne clonée en plâtre est arrivé. Il est tôt. J’hésite. C’est un moment important : la nouvelle Marianne va découvrir l’atelier où elle a été créée. Je me décide à enlever le moule en élastomère pour être sûr de faire une surprise positive à la poétesse qui dort encore. La nouvelle sculpture est réussie : elle est fidèle à sa jumelle. La nouvelle matière est lumineuse et fine.

Sur les photos : la Marianne originelle le soir, avant de céder la place au plâtre, et la Marianne en plâtre couchée sur son moule.

Marianne moule élastomèreMarianne en plâtre

Louise Bourgeois

Elle appelle « Maman » son immense araignée en bronze qui trône sur le parvis du Musée Guggenheim de Bilbao. Après 30 ans de psychanalyse, elle déclare : « La vérité c’est que Freud ne fit rien pour les artistes, ou pour le problème des artistes, le tourment des artistes (…) Être artiste implique une forme de souffrance. Voilà pourquoi les artistes se répètent – parce qu’ils n’ont pas accès à un remède ».

Son visage est une agglutination de tensions, de lignes de forces, de courants d’énergie, fluide et perturbante. On devine un caractère intense, difficile, riche… intéressant.

 

buste louise bourgeois - Lartigue 2-2

Étiquettes

Encore une fois, je suis confronté à une nouvelle forme d’étiquetage : depuis que j’ai reçu l’appareil pour respirer, j’entends autour de moi des témoignages, bien intentionnés, sur telle ou telle personne « déjà appareillée ». Je deviens une personne appareillée ! Il est vrai que peut-être je devrai porter toutes les nuits qui me restent de vie mon masque pour respirer, mais cela ne fait pas de moi quelqu’un d’appareillé ! La nuance est dans l’idée qu’on se fait de soi. Je me sens libre, complet, naturel, sain. Après, si c’est mieux d’utiliser l’appareil, je le ferai, mais cet acte ne change pas ma nature.
C’est comme les fumeurs ou pas fumeurs. Est-ce que je suis un fumeur ? Non, je suis quelqu’un qui fume quand je veux. Et si je ne veux pas je ne fume pas. Peut-être la différence se trouve dans la conscience du choix. Je choisis de fumer. Je ne suis pas dépendant de la fumée. Je choisis de mieux respirer, mais je me sens capable de vivre sans mon appareil.
Quand quelqu’un me demandait il y a longtemps : « tu fumes ? » , la question me surprenait parce que je me disais que la personne pouvait bien voir si j’avais ou pas une cigarette à la main. Si à cet instant-là, je ne fumais pas, je répondais : « Non, je ne fume pas ».
Toutes les étiquettes me semblent superflues. Végétarien ? On pourrait dire :  » j’ai décidé de ne pas manger de viande », sans se sentir obligé de se coller une étiquette sur le front. Français ? Pourquoi pas, mais le concept de nationalité est artificiel aussi.
À la limite, je suis artiste. Ma seule étiquette. J’aime bien cette étiquette. Elle est artificielle aussi, mais elle me convient. Artificielle, parce que je pourrais faire un jour de la philosophie ou de la métaphysique ou devenir ermite. Je préfère l’étiquette : humain. Tant que je reste en vie, je peux me définir comme ça : un humain. Après, je serai mort (étiquette définitive). Ou dit d’une autre façon : je ne serai pas. Ni vivant ni mort. Je n’aurai plus d’étiquettes. Ni de « je » .

Aujourd’hui, je suis un mouleur de Mariannes…

Buste de Simone de Beauvoir – 2018

Malgré son expression souvent sévère, cette personne a ouvert un chemin de liberté immense pour la société, à l’époque trop rigide et patriarcale. Les femmes devaient supporter une imposition masculine, de nos jours inimaginable. Grâce à elle, et à d’autres personnes qui se sont battues pour une plus grande égalité, les femmes ont les mêmes droits que les hommes (voir l’article sur Simone Veil en cliquant ici) .

Buste de Simone de Beauvoir - par Gérard Lartigue

Il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui une épouse demandant la permission de son mari pour faire un chèque, ou de devoir supporter les élections sans leur participation ! Il y a encore aujourd’hui des combats à mener pour que toutes les personnes de la société, vieilles ou jeunes, appartenant au sexe masculin ou féminin (ou neutre si l’on veut), roses, noires, vertes, blanches ou brunes, toutes les personnes,  donc, aient les mêmes droits. La tendance de privilégier l’individu par rapport au social, de tout cloisonner, de tout séparer, de tout réduire à une relation binaire où le manichéisme est toujours facile, tendance transmise par les séries télé, les films, les modes… cette tendance ne nous convient pas. Il faut savoir que l’univers de l’audiovisuel provient essentiellement des États-Unis. Nous importons sans nous rendre compte toute une forme de pensée qui envahit rapidement les jeunes générations.

Bref, on doit ensemble se battre pour rester ensemble. En gardant les libertés acquises.

Garder les libertés signifie apprendre à vivre de façon responsable. Nous pouvons acquérir les bases pour décider ce qui est bon ou mauvais pour notre société. Malheureusement notre système est de plus en plus normatif. Les règlements s’accumulent et nous nous laissons glisser vers la radicalité sans nous en rendre compte : on se trouve tous les jours confrontés à des messages du style « fumer tue ». Message faux. Fumer ne tue pas, de même que conduire ne tue pas. Ce qui tue, c’est fumer en excès, conduire trop vite ou en étant sous l’emprise de l’alcool. Une balle ne tue pas. C’est sa vitesse qui tue. Manger de la viande ne tue pas la nature ; c’est l’excès de viande que nous consommons qui tue la nature. Les excès sont nuisibles, on le sait. Être radical, c’est aller vers les extrêmes. Être responsable, c’est chercher un équilibre.

Je souhaite que cette année 2018 nous permette de nous diriger vers une plus grande liberté, dans l’égalité… ensemble (je dis « ensemble » pour éviter le terme « fraternité », car il faudrait de nos jours ajouter « sororité », encore une fois avec cette tendance de nous séparer).

 

Simone de Beauvoir - Lartigue

2018, année de grands changements

LA PIERRE

Le monde est en train de changer profondément. Une nouvelle conscience prend forme à grande vitesse. Les humains commencent à vouloir traiter les animaux et la nature en général de façon plus respectueuse. La production massive est mise sur la sellette. Les bénéfices de l’ère industrielle deviennent suspects. La richesse accumulée par une proportion bien réduite de la population est à la fois convoitée et détestée. Les inégalités s’accroissent. Les masses populaires prennent la parole sur les réseaux sociaux. On trouve des boucs émissaires dans tous les domaines. Les têtes sont prêtes à tomber.

Tous ces mots c’était pour arriver à « têtes ». C’est fait. Je poste les photos d’une tête en pierre d’un homme au regard sévère que je suis en train de réaliser. L’aspect « pas fini » crée des contrastes intéressants avec les zones bien polies. La rugosité de la surface permet d’apprécier la profondeur de la matière. En travaillant la pierre, le sculpteur est sensible à la lumière qu’elle dégage. C’est un matériau dur, mais en le touchant plus longtemps on sent sa tiédeur. On perçoit une énergie à l’intérieur, qu’on peut libérer par quelques coups de ciseau. Moins docile que l’argile, la pierre se laisse façonner quand on trouve le rythme constant des frappes. On entre dans un état de méditation en la travaillant.

Je suis persuadé que les humains vont commencer à montrer de la lassitude face à tant de « virtualité » dans leur quotidien. Bientôt, ils vont de nouveau apprécier la pierre. Actuellement on l’utilise pour faire des trottoirs, pour marcher dessus, ou pour nos salles de bain. On a oublié sa magie. La pierre reprendra sa place au centre de nos espaces publics et dans nos maisons.

 

 

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