Sculpture en pierre d’Avy

Sculpture en pierre - Zorba - Lartigue

Disparu de l’écran depuis des semaines, je reviens avec cette vidéo du processus d’une sculpture en pierre. J’ai essayé de présenter en moins de 3 minutes le travail de deux mois. La pierre permet une espèce d’apprivoisement de la matière ; on doit s’approcher lentement de l’être qui se trouve à l’intérieur sans jamais le blesser. Au début elle semble hostile et sur la défensive, mais après un certain temps, un accord s’établit entre la matière et le sculpteur et on peut enlever des morceaux importants sans trop de difficulté.

Grâce à la confiance que la commanditaire m’a faite, j’ai pu travailler dans une liberté totale, ce qui m’a permis de trouver un lien entre l’expression amusée et amicale de ce golden retriever et la beauté de la pierre. Zorba nous regarde avec l’intelligence spéciale propre aux animaux qui nous accompagnent dans notre passage sur Terre.

« La vie d’artiste est difficile »

Combien de fois j’ai entendu cette phrase, surtout quand j’étais très jeune et que les personnes plus âgées voulaient me dissuader de prendre ce chemin, pour mon bien.

Oui, c’est tout à fait vrai : la vie d’artiste est difficile. Mais les récompenses sont souvent immenses. Et le lien me paraît important. Plus l’effort est grand, plus on atteint des buts stimulants : quand on veut trouver un coin dans la campagne paisible, harmonieux et beau pour faire un pique-nique, il faut marcher et chercher pendant un bon moment. Alors, on trouve un endroit frais sous des arbres immenses, loin des humains ; la nature s’exprime de façon naturelle (comme elle le fait si on la laisse tranquille). Si par contre, on s’arrête à la première table au bord de l’autoroute, on se condamne à la pollution des voitures qui passent, au bruit, à la saleté, à une nature domestiquée, plate, sans intérêt.

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Grenoble – souvenirs de mon adolescence

Pour les artistes, ce lien entre l’effort et les cadeaux que la vie propose est clair. Peut-être parce que notre vie est plus exposée aux caprices de l’existence. Quand une personne choisit le chemin de l’art, elle choisit une vulnérabilité pas toujours facile à gérer. On s’ouvre aux possibilités infinies que chaque pas qu’on prend nous offre, et on s’oblige à tenir debout devant les difficultés que cela suppose.

Tout cela pour dire : nous avons passé des jours intenses cette semaine. La route a été longue, et je ne parle pas du chemin qui nous a amenés en Suisse, mais du processus d’un beau projet en pierre. Tout cela nous a menés vers des expériences intéressantes et riches en émotions, découvertes et ouvertures.

Nous avons fait plus de 1600 km. La plupart du temps sous le soleil. Nous avons traversé une zone d’orage où la grêle était si impétueuse que tout le monde s’est arrêté par manque de visibilité et par peur de ce bruit de bombardement métallique qui s’acharne sur les voitures. Quelques instants plus tard, après un virage, de nouveau le soleil. On a pensé aux automobilistes qui se trouvaient toujours sous l’orage à un ou deux kilomètres derrière nous. Ils imaginaient sans doute un temps pourri partout et pendant tout leur voyage… Ils ne savaient pas que tout près d’eux le ciel était bleu.

« La vie d’artiste est difficile », mais à chaque moment où tout se casse, où rien ne marche, il faut savoir que le ciel est bleu un peu plus loin. D’ailleurs, tout est relatif, comme dirait notre ami Albert : oui, elle est difficile, mais moins qu’une vie qu’on ne choisit pas.

Dans un autre article, je parlerai de ce projet en pierre, du début d’une belle amitié en Suisse, d’un voyage vers mon adolescence, à Grenoble, où habite ma tante, qui a 97 ans, des frontières et du temps.

Sculpture en pierre de Tavel

Un pierre grise, bleutée, très dure. Des outils en carbure de tungstène ont été nécessaires pour la travailler. Une fois polie, elle semble douce. Pourtant, ses arêtes sont agressives. L’opposition entre ces deux aspects est l’un des éléments que je souhaitais pour cette pièce.

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La lumière

Il fait nuit. Pour la première fois je peux rester après le coucher du soleil dans le nouvel espace de l’atelier consacré à la pierre. L’électricité est arrivée : des tuyaux, des boîtes de dérivation, des interrupteurs, des prises, des halogènes… toute une installation impeccable ! (Merci Gérard Antoine). Deux tubes de néon qui attendaient le passage d’électrons depuis des décennies, sous la poussière accumulée, et que nous croyions complètement morts, sont restés pendant quelques instants dans le doute : après quelques lueurs hésitantes, tout à coup, ils se sont allumés. J’aime imaginer que la dernière fois qu’ils l’avaient fait, des ouvriers travaillaient dans cette usine de briques avant le feu de 1957.

Atelier pierre - Lart et Marne

Photo Juliette Marne

Interview à Kazoart

Cette semaine, KAZoART est allé à la rencontre de Gérard Lartigue, sculpteur et dessinateur, et vous invite à pousser les portes de son atelier… Cet artiste à l’esthétique proche de celle de Rodin, imagine et façonne portraits et corps, explore les volumes dans l’argile, le plâtre, la pierre, ou même sur le papier. Découverte de l’univers d’un sculpteur expressif à l’œuvre vivante !

 

Voir la galerie de Gérard Lartigue

Gérard Lartigue (C) Anne-Lise Chupin Jegun

Gérard Lartigue en quelques mots…

Le sculpteur et la matière : une histoire sans cesse renouvelée au fil des siècles. Près de Toulouse, Gérard Lartigue créé bustes et nus dans son atelier qu’il partage avec sa compagne écrivaine, Juliette Marne. D’abord peintre, cet artiste devenu sculpteur donne vie à l’argile, le bois, la pierre, cherchant dans la matière l’expressivité du modèle, la subtilité d’une moue ou l’étincelle dans un regard. Le corps humain est ainsi support et but de ses recherches artistiques, sublimé dans toutes ses imperfections. A la manière de Rodin, il explore les volumes, la structure même du corps, cherche à observer la nature humaine sous toutes ses facettes. Ses œuvres, nus ou portraits, tantôt empruntes de sensualité ou de mélancolie, dégagent toujours une puissante sensibilité, marquée par une volonté certaine d’insuffler du vivant dans la matière inerte…

 

K. Parlez-nous un peu de votre parcours…

Pour quelqu’un qui a appris à effacer son histoire, c’est difficile de parler de parcours. Pourquoi effacer son histoire ? Pour une plus grande liberté : plus on est cerné par les chiffres (âge, département de naissance, etc.) et par les dates ou les lieux géographiques, plus on doit continuer à vivre comme le monde nous le dicte. Moins on s’accroche à son histoire, moins on doit répondre aux attentes extérieures.
Cela dit, je peux résumer mon parcours ainsi : j’ai commencé par des études d’ingénieur ! Fils d’un père ingénieur qui souhaitait me laisser les rênes de son entreprise, c’était le chemin idéal. J’ai vite compris que ma voie était complètement autre. J’ai fait les beaux-arts. Vingt ans en tant que peintre m’ont amené à voyager et à exposer au Mexique, aux États-Unis, en Suède… En France, à Paris, Grenoble, Lyon.
Puis j’ai découvert la sculpture et j’ai abandonné les pinceaux. J’entrevoyais déjà dans ma peinture comment la matière prenait place : mes toiles se chargeaient de plus en plus d’huile et d’encaustique.
Avec la sculpture, j’ai compris qu’il me fallait arriver à donner vie à la matière en travaillant autour du corps humain.

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K. Quelles sont vos inspirations et références ?

Parmi les artistes qui m’ont inspiré, Auguste Rodin occupe une place importante. Sa recherche de vérité à partir des volumes qu’on devine à la surface des corps m’a toujours poussé à mieux comprendre la profondeur de la matière. En peinture : Baselitz, Schiele, Tapiès, Miquel Barceló… Entre la peinture et la sculpture : Anselm Kiefer. Parmi les courants, l’expressionnisme allemand, le « néoexpressionnisme », est un mouvement qui me semble toujours d’actualité. L’art comme moyen d’expression au travers de la matière, en faisant appel surtout à nos instincts, à notre partie moins rationnelle.
Pour ce qui est des œuvres, je ne me lasserai jamais des « Prisonniers » de Michel-Ange où l’on apprécie déjà la lutte entre la matière et l’expression de l’artiste grâce aux zones laissées inachevées. Ou dans un registre bien différent : les portraits en peinture de Giacometti, ou les tableaux de Basquiat.

 

K. Quel est le processus de création d’une de vos œuvres ?

D’abord le dessin : je dois m’imprégner des lignes du modèle en face de moi en le dessinant rapidement pour capter ses mouvements internes, les fameux « volumes sous la surface ». Les creux, les vides, les tensions. Puis je prends de l’argile et avec des gestes rapides, j’essaie d’attraper la forme générale. Je dois mémoriser avec mes mains chaque centimètre du modèle. Les jours suivants, je travaille seul : je cherche la cohérence dans l’expression, dans la composition, dans les différentes textures. Sans perdre la richesse des gestes initiaux.
Je laisse ensuite sécher la pièce pendant une dizaine de jours avant de la cuire. Enfin, je la patine pour récupérer la beauté de la surface de la terre, qui se perd souvent dans l’aspect un peu opaque de la céramique naturelle. Parfois j’utilise de l’encaustique, ce qui rejoint mon métier premier : la peinture. Comme dans le buste que j’ai réalisé de Johnny Hallyday.

K. Quel est votre rapport au matériau et lequel préférez-vous travailler ?

Dans chaque matériau, je trouve une forme d’expression différente : l’argile est manipulable, docile, mais capricieuse (on doit faire attention aux mouvements lents de la terre humide, qui continuent souvent à évoluer après ceux que les mains du sculpteur réalisent) ; le bois est tiède, agréable au toucher, facile à découper, mais il faut bien comprendre sa structure pour mieux s’approprier les formes qu’on veut lui imprimer.
Avec le bronze, toute une équipe doit travailler aux côtés du sculpteur pour réaliser l’œuvre. Je sculpte l’œuvre en terre puis j’interviens à différentes étapes (retouche de la cire, patine du bronze…). J’ai la chance de travailler avec une fonderie de haute qualité artistique : la Fonderie de Bronze Lauragaise.
La pierre : en ce moment, c’est le matériau qui m’attire le plus. On perce les couches de sédimentation formées pendant des millions d’années. Malgré sa dureté, la pierre est docile : elle n’impose pas de structure particulière. Sa nature homogène nous laisse une grande liberté. D’ailleurs, les outils modernes nous permettent de mieux la maîtriser ; je pense souvent à la quantité d’œuvres que Michel-Ange aurait pu réaliser grâce à eux, à notre époque.

K. Pourquoi choisir de traiter le corps humain avant tout ?

Le corps humain est notre lien le plus direct avec la nature. C’est la partie de la « réalité » que nous maîtrisons le mieux. L’explorer est une façon de mieux comprendre la nature. Il nous donne un accès à la vérité dont Rodin parlait. La beauté est une émanation de cette compréhension.

K. Comment voyez-vous et pensez-vous l’équilibre entre réalisme et expressivité dans vos œuvres ?

C’est une bonne question puisqu’elle touche le centre de ma recherche : l’expression « pure » me semble fragile ; elle doit s’ancrer dans un cadre connu pour prendre plus de force. On part toujours d’une réalité. Même les peintres abstraits partent de la matière, qui est réelle (une toile et de l’huile par exemple). Je crois que c’est la matière qui nous donne de l’existence sur Terre. Partir du réalisme est une métaphore de notre matérialité. L’expressivité prend alors toute sa signification. Les variations infinitésimales des traits d’un buste, par exemple celui de Michel Houellebecq, donnent à son visage une expression qui fait référence à des élément de toute notre société : la décadence, le manque d’amour, la lutte individuelle dans la solitude…

Voir la galerie de Gérard Lartigue

Jeu de miroirs et de mémoires (médaillon de Simone Veil)

(Pour lire l’article publié sur le Dauphiné Libéré, cliquez ici)

« J’espère que nous ne croiserons pas de policiers ; on risque une amende », me dit la Poétesse inquiète, car la veille on a acheté une vieille Peugeot et on n’a pas la preuve de l’assurance. Après plus de cinq heures de route, la voiture pleine de pierres de la carrière de Tavel où nous nous sommes arrêtés, nous arrivons près de Sisteron. « Vous êtes arrivés à votre destination finale« , nous dit la voix féminine du GPS, avec son ton toujours aimable mais expéditif. Nous nous retrouvons avec notre chienne et nos 300 kg de pierres au milieu d’un champ plein de moutons. Nous nous dirigeons vers une ferme où un paysan est en train de nourrir ses bêtes. Il s’approche méfiant. Un gros chien de berger court vers la voiture. Quand j’ouvre la vitre, Isis se met à aboyer furieuse. La Poétesse essaye d’écouter le directeur de cabinet au téléphone, qui lui donne les instructions pour arriver. Je serre le collier de la chienne pour la faire taire, mais elle se met à hurler. Le fermier s’éloigne encore plus méfiant devant la scène chaotique. La Poétesse raccroche sans avoir entendu les instructions pour arriver à l’inauguration. Je mets marche arrière et on part vers la ville. Il nous reste quelques minutes. On voit de loin une quantité importante de policiers. Sensibles aux charmes de notre chienne fatiguée, des femmes policiers nous permettent de nous garer en zone interdite dans le parking déjà plein. Nous partons tranquilles, la voiture est surveillée par la police, ce qui empêchera qu’on nous colle une amende. Nous arrivons une minute avant que Christophe Castaner coupe le ruban.

médaillon Simone Veil - Lartigue

Simone Veil a vécu l’Holocauste, elle a vu des scènes que nous ne pouvons pas imaginer aujourd’hui. Ses beaux yeux sont restés pour toujours imprégnés de l’horreur, imbibés d’ombre, tout en gardant l’étincelle qu’ont ceux qui contemplent le présent et qui fabriquent le futur, sans jamais perdre l’espoir.

Elle a été souvent photographiée, pas seulement à cause de la place importante qu’elle méritait dans notre société, ni à cause de sa beauté, mais plutôt par sa présence, son allure d’une immense dignité. Elle a su échapper au statut de victime. Les photographes ont cherché à attraper la profondeur de son regard. Je réalise son buste à partir de leurs clichés. Nous l’exposons au Salon des maires. Le maire de Sisteron, qui l’a connue, retrouve peut-être dans le buste le regard qui l’a marqué. Il nous commande un médaillon pour la future école Simone Veil. Elle observera des générations arriver et partir. Les enfants se rappelleront le regard intense et le petit sourire critique mais bienveillant de cette femme qui « a fait l’Histoire », comme l’a bien signalé Christophe Castaner dans son discours hier : « Il y a des gens qui marquent l’Histoire… il y a aussi des gens qui font l’Histoire. Simone Veil faisait partie de ceux qui font l’Histoire… »

Les enfants interprètent une chanson d’Anne Sylvestre adaptée pour Simone Veil. Ils connaissent par coeur les citations qu’ils doivent intégrer à la chanson. Le résultat est touchant. Sans tomber dans le pathos, j’essaie d’imaginer le visage ému de Mme Veil devant ce groupe d’enfants. Je vois ses yeux légèrement humides, sans qu’elle perde son éternel sourire.

Le maire Daniel Spagnou nous a donné carte blanche pour réaliser l’œuvre. Pour nous, la condition idéale pour créer est celle de la confiance. Nous remercions Monsieur le maire de Sisteron de nous avoir permis d’honorer cette femme en imprégnant l’argile de sa beauté et de sa force : Simone Veil a donné une nouvelle direction à l’Histoire de France.

Photos @JulietteMarne

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Pour voir le buste que j’ai réalisé de Simone Veil, cliquez ici Simone Veil par Lartigue

 

Ce soir on fête un beau projet

Les livres étaient son univers. Dans le désordre de ces objets rectangulaires, il construisait son propre paradis d’émerveillement et de bonheur. Il se savait privilégié. Il était heureux, comme tous ceux qui aiment la vie et qui profitent de chaque seconde pour apprendre à appréhender le monde.

Nous avons eu l’honneur de remporter le concours pour un monument consacré à Jean d’Ormesson. Il sera placé dans une école qui portera son nom, près de Marseille. L’inauguration est prévue fin juin.

Une pensée à tous ceux qui nous apportent constamment leur soutien. La « vie des artistes » n’est pas la plus stable, ni la plus facile, mais avec ce soutien immense, nous ne sommes jamais seuls.

Cette fois, pas d’image de mes œuvres, juste cette photo d’un pont de Bordeaux où nous étions il y a quelques jours, quand nous sommes allés chercher une pierre à la carrière d’Avy. Il s’agit du plus grand pont levant d’Europe, le pont Jacques Chaban-Delmas, qui m’a fait penser à mon père, avec qui j’aurais bien aimé partager notre joie.

Pont Chaban-Delmas - photo Lartigue

 

 

Quand les couples achètent de l’art (ou pas)

Depuis le début de ma vie d’artiste, je suis souvent confronté à l’expérience suivante : une personne souhaite acquérir une de mes œuvres, disons que c’est un homme (je parlerai plus tard des cas où c’est une femme). Il est convaincu de l’acte qu’il s’apprête à réaliser, même si celui-ci implique un sacrifice. Si l’homme est seul, l’acquisition se fait directement sans entraves. S’il est en couple, les choses peuvent devenir compliquées : sa femme peut trouver le tarif exorbitant ou ne pas comprendre que son mari s’apprête à dépenser une somme colossale pour un bout de terre (cuite ou pas, c’est juste de la terre) ou pour une toile couverte d’huile. Si l’oeuvre est un nu féminin, elle se pose des questions sur l’attirance physique de son mari pour une autre femme, même si immobile, aveugle, sourde et muette. S’il s’agit du buste de son mari, elle est confrontée tout à coup à l’immortalité de son compagnon et à sa propre absence dans cette immortalité qu’elle ne partagera pas.

Je caricature la situation pour illustrer une réalité : la passion qu’on ressent pour une œuvre artistique est devenue, dans notre société d’un individualisme forcené,  une expérience solitaire. On n’arrive plus à communiquer les émotions ressenties, et encore moins, l’état de contemplation dans lequel on entre devant un objet esthétique.

Il y a quelques jours nous avons vécu cette situation de nouveau : un homme nous a recontactés pour commander le buste d’un collègue qui partait à la retraite. Il avait déjà commandé un buste il y a six ans, celui de son patron. Le nouveau tarif l’a un peu surpris (en six ans l’augmentation de la valeur commerciale de mes œuvres a été, c’est vrai, étonnante), mais il m’a envoyé les photos de son collègue sans hésiter. Il a demandé à sa femme de nous appeler pour fixer les conditions de paiement. Elle en a profité pour nous demander une réduction de plus de la moitié (de 60 %) « pour conclure le contrat ». Nous avons supposé une réticence plus profonde. Son marchandage n’était que la surface. Pour être sûrs de cela, nous nous sommes prêtés au jeu : nous avons proposé un tarif légèrement plus haut de celui qu’elle demandait. Cela a suffi pour qu’elle demande trois jours de réflexion :  à la fin, elle a refusé notre proposition. Son mari devra maintenant offrir à son collègue un cadeau plus conventionnel peut-être.

Il faut noter qu’il s’agit d’un couple dans une situation financière privilégiée. Quand une personne souhaite une réduction à cause d’une difficulté économique, baisser les tarifs pour rendre accessible une œuvre d’art est même réconfortant. Quand c’est du marchandage gratuit, c’est gênant.

Cet incident me rappelle un événement très drôle : lors d’une exposition de peinture où la plupart de mes toiles étaient des nus féminins, j’avais reçu la promesse de vente pour une dizaine de toiles avant l’heure du vernissage. Elle venait d’un groupe d’hommes qui étaient arrivés en avance parce que leur entreprise se trouvait tout près. Leurs femmes sont arrivées progressivement dans la soirée et les ventes sont tombées à l’eau au même rythme.

Prochain article : le besoin de transcendance des hommes.

 

dessin fusain et encre - Lartigue

Dessin sur Kazoart Cliquez ici 

Vidéo (une minute) du buste d’un rugbyman célèbre

Un monsieur fort gentil, au langage franc et sympathique, est venu voir la « maquette ». On appelle maquette la pièce présentée, mais en réalité, si on veut gagner un appel d’offres, il faut faire la sculpture définitive pour convaincre le commanditaire de la qualité de l’œuvre. Il nous a raconté que son village avait déjà commandé deux sculptures de ce rugbyman dans le passé, et que le résultat était bien au-dessous de leurs attentes. Il nous a montré les photos. Effectivement, l’œuvre était terriblement ratée. Deux fois.

Il a été convaincu par le buste que nous lui avons présenté, mais il nous a prévenus qu’il n’était pas le seul à décider. Le budget que la mairie proposait était tellement bas que, une fois la fonderie payée, le bénéfice était dérisoire . Nous avons accepté pour trois raisons : l’œuvre en argile était déjà réalisée, cela signifiait du travail pour la fonderie, et, finalement, le monument se trouverait à un endroit magnifique, face aux Pyrénées, à une étape importante du Tour de France.

Erreur. De toute façon, ils ont voté contre. Ils ont choisi une autre proposition moins chère qui serait réalisée à Bordeaux. Nous avons eu au téléphone le monsieur très sympathique et franc. Il était dépité.

C’est leur troisième sculpture de Robert Paparemborde. Peut-être que cette fois elle sera réussie. On le souhaite, surtout pour ce héros du sport qui mérite une bonne place dans la mémoire collective.

 

C’est le pari des appels d’offres. Un jeu intéressant, parfois truqué, parfois absurde, parfois injuste, souvent intense et passionnant, comme tous les jeux.

Voici la vidéo que nous avons présentée au conseil de cette mairie :

Buste rugbyman par Lartigue

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