Galerie virtuelle : KAZoART

J’expose des sculptures, surtout de petit format, à la galerie en ligne KAZoART. Ils m’ont invité à participer à leur projet, qui est de rendre l’art plus accessible au public.  « La sélection est rigoureuse. Il faut une cohérence dans les travaux, qui doivent être des pièces originales, uniques ou tirées à peu d’exemplaires. », dit Mathilde Le Roy, fondatrice de la galerie.

Je mettrai souvent de nouvelles oeuvres. Vous pouvez cliquer le bouton +suivre sur leur site pour être au courant de mon travail : KAZoART

Vente d oeuvre Lartigue

Fin de semaine automnale

Le brouillard matinal revient. Le soleil dessine quelques lignes inclinées en donnant au paysage une dimension presque mystique. Le froid arrive, ce qui nous rappelle la nature cyclique de notre planète. Enfant, les saisons me semblaient un simple caprice de la Terre, sans trop de rapport au temps. C’était un changement constant linéaire, le froid se substituait à la chaleur et la lumière du jour durait moins. Je n’établissais pas de rapports temporels entre les changements. Aujourd’hui, à force de voir se répéter les saisons c’est le côté cyclique qui me perturbe : l’automne annonce l’hiver. Puis le printemps ramène la lumière. Il annonce l’été, qui doit un jour laisser la place à l’automne… Les couleurs pâles et chaudes de cette saison provoquent une certaine nostalgie. Les feuilles mortes…

Nous partons à la campagne, loin de tout, chez une amie avec qui l’on parle de tous les sujets qui nous intéressent en ce moment. J’arrive à oublier ma névralgie pendant quelques heures. L’art toujours au centre, mais la politique et la société apparaissent toujours en toile de fond de nos conversations. J’admire ses dessins et ses aquarelles. Nous nous sentons toujours plus libres après nos discussions.

Pour notre projet de la maison de retraite de Saint-Martory, j’ai commencé le quatorzième buste : un homme sage, cultivé, sérieux, au regard inquiétant. Les traits de son visage racontent une histoire difficile. J’espère avoir bien transcrit dans l’argile son expression intense. Son interview, réalisée par Juliette, apportera une « lecture » plus profonde de la sculpture quand celle-ci sera exposée l’année prochaine.

 

Réalité virtuelle et art

La poétesse est debout, seule, les yeux cachés par un casque holographique, une espèce de loup pour dormir, mais bien épais. Elle lutte contre des Zombies qui l’attaquent. Je ne peux rien faire pour elle ; je ne vois pas ce qu’elle voit. Elle marche sans bouger les pieds, dans un autre monde. Ses mains lancent des objets inexistants. Elle baisse la tête pour éviter un obstacle invisible pour moi. J’aimerais l’aider et la protéger, mais je ne fais pas partie de ce monde de Zombies.

Aldo me passe le casque et j’entre à mon tour dans une maison hantée. J’avance en appuyant sur un bouton d’une des manettes. Je tourne la tête dans tous les sens et découvre un décor impressionnant de réalisme, malgré l’inévitable économie des détails. Le son est envoûtant. Des chauves-souris surgissent tout à coup d’un trou dans le mur. Des livres tombent du haut d’une étagère, une poupée crie et me barre le passage. Le cerveau se laisse convaincre qu’il est vraiment dans cet univers étrange. On a envie de toucher les objets. L’odeur manque.

Mon neveu nous montre un dernier jeu : une espèce de Photoshop géant : j’entre dans une page blanche. Les mouvements des mains créent des lignes dans l’espace qui m’entoure. Je me mets à dessiner un visage. Je devrais dire sculpter, puisque c’est en trois dimensions. La peinture et le dessin rejoignent la sculpture ! On peut retourner « l’objet » créé, passer la main à l’intérieur des lignes, enlever les traits qui dépassent du volume souhaité. Je peux placer des lignes épaisses comme si je modelais un visage avec du fil de fer. Le dessin flotte devant mes yeux. Je l’agrandis. Il est plus grand que moi. Ma main peut entrer dans le crâne de mon personnage !  Je pourrais presque mordre chaque ligne que je viens de créer. Le monde extérieur n’existe plus. Tout est blanc autour du dessin et de moi. Je suis à l’intérieur de cette page 3D, presque vierge. Il faut créer un nouveau monde.

Pour un sculpteur, cette technologie est prometteuse. Je pourrai bientôt faire des esquisses dans l’espace, des ébauches de sculpture dessinées déjà en volume. Aldo ne sait peut-être pas qu’il m’a fait découvrir un outil révolutionnaire.

Malheureusement, je ne peux pas partager sur mon blog un dessin tridimensionnel puisque l’écran est plat. Plat comme les images qu’on connaissait. Les images du futur ne seront pas plates.

Je poste alors une image d’une de mes sculptures photographiée par Juliette. Le résultat est virtuel. Et surprenant. Le sujet de la sculpture est la relation que, de nos jours, nous entretenons avec le portable : une jeune femme reçoit une mauvaise nouvelle sur son téléphone. L’ombre sur la photo montre au contraire deux femmes qui se touchent la main dans une relation directe, sans technologie.

femme en plâtre bataclan par Lartigue - photo J Marne

 

L’expression

modèle et son buste - Lartigue

Qu’est-ce que « capter une expression » ? Est-ce simplement le fait de copier un visage avec ses tensions, ses dissymétries, ses ombres plus ou moins profondes, ses rides ou ses blessures, le mouvement des sourcils vers le haut ou vers le bas, la bouche fermée ou montrant les dents, le rictus marqué ou les commissures pointant vers le bas, et surtout ses yeux brillants ou opaques, bien ouverts ou rêveurs, posés sur un point lointain ou concentrés sur une réalité toute proche ?

Non, c’est bien plus que cela. D’ailleurs, copier une expression n’est pas possible, ni souhaitable. Il faut avant tout prendre en compte que les expressions sont fugaces ; même si l’on utilise un moyen technique, comme un appareil photo, force est de constater que les « attraper » n’est pas facile. Si l’on veut les représenter, on doit savoir qu’elles sont trop subtiles pour être réduites à une formule simple. Bien sûr, par essence, il y a le sourire, la colère, la peur, la stupeur, etc., mais une expression à un instant précis a des nuances infinies. Derrière un sourire une immense nostalgie peut se cacher ou au contraire, les larmes peuvent être l’effet d’une grande joie. Une expression est toute une série de forces internes qui se manifestent à un moment donné.

Alors, comment inscrire ces mouvements de l’âme sur une surface en terre ?  Je répondrai dans un prochain article.

Merci à Mathilde d’avoir posé pour ce buste. Et de me permettre de publier sa photo.

Buste de jeune femme - M - par Lartigue

Étape « cire » à la Fonderie de Bronze Lauragaise

Étape importante : la sculpture, dont le « master » n’existe plus, est « imprimée » en cire. Le moule fait son métier de moule : il redonne existence à une forme dont il est le seul dépositaire. Il possède l’information précise de l’oeuvre, en négatif.

La sculpture a changé de nature. Le matériau, produit par les abeilles, est léger, mince, d’une dureté cassante. Mais c’est la même forme. Toute la lutte contre, et avec, l’argile, toutes les traces laissées par les outils, par les doigts du sculpteur, par la force de pesanteur et par les mouvements propres à la terre, sont inscrits dans ce nouveau matériau. Le travail réalisé à la fonderie est comme d’habitude d’une haute qualité. Le respect envers l’expression des artistes est total. 

Plus tard ce sera le bronze qui « parlera » de tout cela. Il racontera l’histoire entière de ce buste, de la naissance des premiers volumes en terre humide et malléable, aux finitions réalisées sur une argile sèche et dure. On verra dans les yeux de cet homme, recteur d’une université de Belgique et grand vulgarisateur scientifique, son honnêteté, sa volonté, son humanisme. Le bronze reflétera l’âme de ce personnage. 

 

Le paysage et la texture

Observer un paysage sert à découvrir des valeurs visuelles pour mieux comprendre la matière. Si on élimine la couleur, un élément dominant qui sature très vite notre cerveau d’informations, on peut apprécier d’autres valeurs : la texture, par exemple. Si on arrive à transmettre dans l’argile la sensation du volume immense des nuages, léger et lumineux, du rythme délicat d’une série d’arbres alignés, ou de la surface lisse d’une rivière contrastant avec la rugosité des rochers aux alentours, on rend alors la matière plus vivante, car moins monotone. Nos sens sont ouverts à la complexité du monde. La sensualité se développe plus dans la richesse d’information que dans la perfection et la platitude du monde décoratif.

D’un côté Thanatos apporte la décadence, la décomposition, l’érosion, la chute, l’obscurité, et de l’autre, Eros lutte pour introduire la richesse des formes et des textures, la complexité, l’abondance. L’art se trouve dans l’équilibre de ces deux forces.

Nous sommes allés à Grenoble livrer une sculpture dédiée à la mémoire de l’amour d’un couple. Leur amour continue à vivre malgré la disparition de la femme de notre ami écrivain : la poésie, les romans, la peinture, et maintenant la sculpture alimentent le feu de cette passion.

De retour, un saut au Pont du Gard, au coucher du soleil, quand tous les touristes étaient déjà partis. Ce beau monument pour nous tous seuls. Mon cou se libère de sa névralgie et me permet d’admirer ces pierres posées il y a une vingtaine de siècles.

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