Démonstration au Salon des Maires, Paris 2017

Début d’un visage. Les maires et les adjoints qui passent devant le stand s’arrêtent, surpris de voir un sculpteur en train de réaliser un buste. On est les seuls artistes de tout le salon. Pourtant la France est peuplée de sculptures et les élus ont toujours donné un espace important à l’art. Cette démonstration et les mots de la poétesse ont aidé à ouvrir un chemin à notre proposition, remettre l’art au coeur de nos espaces publics. Nous remercions l’invitation de Monsieur et Madame Dechaumont sur leur stand.

 

démo sculpture salon des maires

Expo salon des maires invités par fonderies Dechaumont

Le temps plié : Salon des Maires à Paris

Le temps n’est pas linéaire : il est plié. Ce qui implique des ponts entre le passé, le futur et le présent. L’art est un moyen de voyager en traversant ces ponts.

Nous sommes à Paris pour faire la promotion de notre travail autour du patrimoine. Mardi, mercredi et jeudi, nous serons au Salon des Maires.

Réalité virtuelle et art

La poétesse est debout, seule, les yeux cachés par un casque holographique, une espèce de loup pour dormir, mais bien épais. Elle lutte contre des Zombies qui l’attaquent. Je ne peux rien faire pour elle ; je ne vois pas ce qu’elle voit. Elle marche sans bouger les pieds, dans un autre monde. Ses mains lancent des objets inexistants. Elle baisse la tête pour éviter un obstacle invisible pour moi. J’aimerais l’aider et la protéger, mais je ne fais pas partie de ce monde de Zombies.

Aldo me passe le casque et j’entre à mon tour dans une maison hantée. J’avance en appuyant sur un bouton d’une des manettes. Je tourne la tête dans tous les sens et découvre un décor impressionnant de réalisme, malgré l’inévitable économie des détails. Le son est envoûtant. Des chauves-souris surgissent tout à coup d’un trou dans le mur. Des livres tombent du haut d’une étagère, une poupée crie et me barre le passage. Le cerveau se laisse convaincre qu’il est vraiment dans cet univers étrange. On a envie de toucher les objets. L’odeur manque.

Mon neveu nous montre un dernier jeu : une espèce de Photoshop géant : j’entre dans une page blanche. Les mouvements des mains créent des lignes dans l’espace qui m’entoure. Je me mets à dessiner un visage. Je devrais dire sculpter, puisque c’est en trois dimensions. La peinture et le dessin rejoignent la sculpture ! On peut retourner « l’objet » créé, passer la main à l’intérieur des lignes, enlever les traits qui dépassent du volume souhaité. Je peux placer des lignes épaisses comme si je modelais un visage avec du fil de fer. Le dessin flotte devant mes yeux. Je l’agrandis. Il est plus grand que moi. Ma main peut entrer dans le crâne de mon personnage !  Je pourrais presque mordre chaque ligne que je viens de créer. Le monde extérieur n’existe plus. Tout est blanc autour du dessin et de moi. Je suis à l’intérieur de cette page 3D, presque vierge. Il faut créer un nouveau monde.

Pour un sculpteur, cette technologie est prometteuse. Je pourrai bientôt faire des esquisses dans l’espace, des ébauches de sculpture dessinées déjà en volume. Aldo ne sait peut-être pas qu’il m’a fait découvrir un outil révolutionnaire.

Malheureusement, je ne peux pas partager sur mon blog un dessin tridimensionnel puisque l’écran est plat. Plat comme les images qu’on connaissait. Les images du futur ne seront pas plates.

Je poste alors une image d’une de mes sculptures photographiée par Juliette. Le résultat est virtuel. Et surprenant. Le sujet de la sculpture est la relation que, de nos jours, nous entretenons avec le portable : une jeune femme reçoit une mauvaise nouvelle sur son téléphone. L’ombre sur la photo montre au contraire deux femmes qui se touchent la main dans une relation directe, sans technologie.

femme en plâtre bataclan par Lartigue - photo J Marne

 

L’expression

modèle et son buste - Lartigue

Qu’est-ce que « capter une expression » ? Est-ce simplement le fait de copier un visage avec ses tensions, ses dissymétries, ses ombres plus ou moins profondes, ses rides ou ses blessures, le mouvement des sourcils vers le haut ou vers le bas, la bouche fermée ou montrant les dents, le rictus marqué ou les commissures pointant vers le bas, et surtout ses yeux brillants ou opaques, bien ouverts ou rêveurs, posés sur un point lointain ou concentrés sur une réalité toute proche ?

Non, c’est bien plus que cela. D’ailleurs, copier une expression n’est pas possible, ni souhaitable. Il faut avant tout prendre en compte que les expressions sont fugaces ; même si l’on utilise un moyen technique, comme un appareil photo, force est de constater que les « attraper » n’est pas facile. Si l’on veut les représenter, on doit savoir qu’elles sont trop subtiles pour être réduites à une formule simple. Bien sûr, par essence, il y a le sourire, la colère, la peur, la stupeur, etc., mais une expression à un instant précis a des nuances infinies. Derrière un sourire une immense nostalgie peut se cacher ou au contraire, les larmes peuvent être l’effet d’une grande joie. Une expression est toute une série de forces internes qui se manifestent à un moment donné.

Alors, comment inscrire ces mouvements de l’âme sur une surface en terre ?  Je répondrai dans un prochain article.

Merci à Mathilde d’avoir posé pour ce buste. Et de me permettre de publier sa photo.

Buste de jeune femme - M - par Lartigue

Étape « cire » à la Fonderie de Bronze Lauragaise

Étape importante : la sculpture, dont le « master » n’existe plus, est « imprimée » en cire. Le moule fait son métier de moule : il redonne existence à une forme dont il est le seul dépositaire. Il possède l’information précise de l’oeuvre, en négatif.

La sculpture a changé de nature. Le matériau, produit par les abeilles, est léger, mince, d’une dureté cassante. Mais c’est la même forme. Toute la lutte contre, et avec, l’argile, toutes les traces laissées par les outils, par les doigts du sculpteur, par la force de pesanteur et par les mouvements propres à la terre, sont inscrits dans ce nouveau matériau. Le travail réalisé à la fonderie est comme d’habitude d’une haute qualité. Le respect envers l’expression des artistes est total. 

Plus tard ce sera le bronze qui « parlera » de tout cela. Il racontera l’histoire entière de ce buste, de la naissance des premiers volumes en terre humide et malléable, aux finitions réalisées sur une argile sèche et dure. On verra dans les yeux de cet homme, recteur d’une université de Belgique et grand vulgarisateur scientifique, son honnêteté, sa volonté, son humanisme. Le bronze reflétera l’âme de ce personnage. 

 

Le paysage et la texture

Observer un paysage sert à découvrir des valeurs visuelles pour mieux comprendre la matière. Si on élimine la couleur, un élément dominant qui sature très vite notre cerveau d’informations, on peut apprécier d’autres valeurs : la texture, par exemple. Si on arrive à transmettre dans l’argile la sensation du volume immense des nuages, léger et lumineux, du rythme délicat d’une série d’arbres alignés, ou de la surface lisse d’une rivière contrastant avec la rugosité des rochers aux alentours, on rend alors la matière plus vivante, car moins monotone. Nos sens sont ouverts à la complexité du monde. La sensualité se développe plus dans la richesse d’information que dans la perfection et la platitude du monde décoratif.

D’un côté Thanatos apporte la décadence, la décomposition, l’érosion, la chute, l’obscurité, et de l’autre, Eros lutte pour introduire la richesse des formes et des textures, la complexité, l’abondance. L’art se trouve dans l’équilibre de ces deux forces.

Nous sommes allés à Grenoble livrer une sculpture dédiée à la mémoire de l’amour d’un couple. Leur amour continue à vivre malgré la disparition de la femme de notre ami écrivain : la poésie, les romans, la peinture, et maintenant la sculpture alimentent le feu de cette passion.

De retour, un saut au Pont du Gard, au coucher du soleil, quand tous les touristes étaient déjà partis. Ce beau monument pour nous tous seuls. Mon cou se libère de sa névralgie et me permet d’admirer ces pierres posées il y a une vingtaine de siècles.

Vibrations de la matière

Travailler la pierre est en grande partie une affaire de vibrations. Il y a bien sûr l’éternelle éducation des yeux pour mieux comprendre les volumes, et le développement de la capacité des mains pour bien recréer les formes du modèle, mais au moment de frapper la gradine avec le maillet, un facteur essentiel est notre sensibilité aux vibrations de la matière. C’est une opération inconsciente. Le geste répété de frappe amène le sculpteur vers une harmonie entre les mains, le maillet, la gradine ou le ciseau qui déclenche une forte vibration dans la surface dure et inerte, et la pierre qui libère un morceau sans endommager le reste. Il s’agit de séparer avec des ondes les particules de la masse compacte de la pierre. C’est la raison pour laquelle on utilise la main droite pour frapper l’outil : on pourrait penser que la frappe, en apparence un geste si simple, devrait être effectuée par la main gauche et le contrôle de l’outil, plus complexe, par la main droite. Mais en réalité, ce qui doit être réalisé avec une précision maîtrisée, c’est la frappe. On dirige l’énergie qui séparera les particules collées depuis des millions d’années avec la main droite (si on est droitier). La frappe pénètre la matière et doit trouver de l’autre côté du morceau à détacher une sortie de l’onde de frappe.  Un coup vers le cœur de la pierre se noie et fait éclater un seul point superficiel, avec le risque d’endommager la pierre en profondeur, tandis qu’un coup presque tangentiel sur un morceau saillant coupera celui-ci avec facilité.

 

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