Sculpture en pierre de Tavel

Un pierre grise, bleutée, très dure. Des outils en carbure de tungstène ont été nécessaires pour la travailler. Une fois polie, elle semble douce. Pourtant, ses arêtes sont agressives. L’opposition entre ces deux aspects est l’un des éléments que je souhaitais pour cette pièce.

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Interview à Kazoart

Cette semaine, KAZoART est allé à la rencontre de Gérard Lartigue, sculpteur et dessinateur, et vous invite à pousser les portes de son atelier… Cet artiste à l’esthétique proche de celle de Rodin, imagine et façonne portraits et corps, explore les volumes dans l’argile, le plâtre, la pierre, ou même sur le papier. Découverte de l’univers d’un sculpteur expressif à l’œuvre vivante !

 

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Gérard Lartigue (C) Anne-Lise Chupin Jegun

Gérard Lartigue en quelques mots…

Le sculpteur et la matière : une histoire sans cesse renouvelée au fil des siècles. Près de Toulouse, Gérard Lartigue créé bustes et nus dans son atelier qu’il partage avec sa compagne écrivaine, Juliette Marne. D’abord peintre, cet artiste devenu sculpteur donne vie à l’argile, le bois, la pierre, cherchant dans la matière l’expressivité du modèle, la subtilité d’une moue ou l’étincelle dans un regard. Le corps humain est ainsi support et but de ses recherches artistiques, sublimé dans toutes ses imperfections. A la manière de Rodin, il explore les volumes, la structure même du corps, cherche à observer la nature humaine sous toutes ses facettes. Ses œuvres, nus ou portraits, tantôt empruntes de sensualité ou de mélancolie, dégagent toujours une puissante sensibilité, marquée par une volonté certaine d’insuffler du vivant dans la matière inerte…

 

K. Parlez-nous un peu de votre parcours…

Pour quelqu’un qui a appris à effacer son histoire, c’est difficile de parler de parcours. Pourquoi effacer son histoire ? Pour une plus grande liberté : plus on est cerné par les chiffres (âge, département de naissance, etc.) et par les dates ou les lieux géographiques, plus on doit continuer à vivre comme le monde nous le dicte. Moins on s’accroche à son histoire, moins on doit répondre aux attentes extérieures.
Cela dit, je peux résumer mon parcours ainsi : j’ai commencé par des études d’ingénieur ! Fils d’un père ingénieur qui souhaitait me laisser les rênes de son entreprise, c’était le chemin idéal. J’ai vite compris que ma voie était complètement autre. J’ai fait les beaux-arts. Vingt ans en tant que peintre m’ont amené à voyager et à exposer au Mexique, aux États-Unis, en Suède… En France, à Paris, Grenoble, Lyon.
Puis j’ai découvert la sculpture et j’ai abandonné les pinceaux. J’entrevoyais déjà dans ma peinture comment la matière prenait place : mes toiles se chargeaient de plus en plus d’huile et d’encaustique.
Avec la sculpture, j’ai compris qu’il me fallait arriver à donner vie à la matière en travaillant autour du corps humain.

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K. Quelles sont vos inspirations et références ?

Parmi les artistes qui m’ont inspiré, Auguste Rodin occupe une place importante. Sa recherche de vérité à partir des volumes qu’on devine à la surface des corps m’a toujours poussé à mieux comprendre la profondeur de la matière. En peinture : Baselitz, Schiele, Tapiès, Miquel Barceló… Entre la peinture et la sculpture : Anselm Kiefer. Parmi les courants, l’expressionnisme allemand, le « néoexpressionnisme », est un mouvement qui me semble toujours d’actualité. L’art comme moyen d’expression au travers de la matière, en faisant appel surtout à nos instincts, à notre partie moins rationnelle.
Pour ce qui est des œuvres, je ne me lasserai jamais des « Prisonniers » de Michel-Ange où l’on apprécie déjà la lutte entre la matière et l’expression de l’artiste grâce aux zones laissées inachevées. Ou dans un registre bien différent : les portraits en peinture de Giacometti, ou les tableaux de Basquiat.

 

K. Quel est le processus de création d’une de vos œuvres ?

D’abord le dessin : je dois m’imprégner des lignes du modèle en face de moi en le dessinant rapidement pour capter ses mouvements internes, les fameux « volumes sous la surface ». Les creux, les vides, les tensions. Puis je prends de l’argile et avec des gestes rapides, j’essaie d’attraper la forme générale. Je dois mémoriser avec mes mains chaque centimètre du modèle. Les jours suivants, je travaille seul : je cherche la cohérence dans l’expression, dans la composition, dans les différentes textures. Sans perdre la richesse des gestes initiaux.
Je laisse ensuite sécher la pièce pendant une dizaine de jours avant de la cuire. Enfin, je la patine pour récupérer la beauté de la surface de la terre, qui se perd souvent dans l’aspect un peu opaque de la céramique naturelle. Parfois j’utilise de l’encaustique, ce qui rejoint mon métier premier : la peinture. Comme dans le buste que j’ai réalisé de Johnny Hallyday.

K. Quel est votre rapport au matériau et lequel préférez-vous travailler ?

Dans chaque matériau, je trouve une forme d’expression différente : l’argile est manipulable, docile, mais capricieuse (on doit faire attention aux mouvements lents de la terre humide, qui continuent souvent à évoluer après ceux que les mains du sculpteur réalisent) ; le bois est tiède, agréable au toucher, facile à découper, mais il faut bien comprendre sa structure pour mieux s’approprier les formes qu’on veut lui imprimer.
Avec le bronze, toute une équipe doit travailler aux côtés du sculpteur pour réaliser l’œuvre. Je sculpte l’œuvre en terre puis j’interviens à différentes étapes (retouche de la cire, patine du bronze…). J’ai la chance de travailler avec une fonderie de haute qualité artistique : la Fonderie de Bronze Lauragaise.
La pierre : en ce moment, c’est le matériau qui m’attire le plus. On perce les couches de sédimentation formées pendant des millions d’années. Malgré sa dureté, la pierre est docile : elle n’impose pas de structure particulière. Sa nature homogène nous laisse une grande liberté. D’ailleurs, les outils modernes nous permettent de mieux la maîtriser ; je pense souvent à la quantité d’œuvres que Michel-Ange aurait pu réaliser grâce à eux, à notre époque.

K. Pourquoi choisir de traiter le corps humain avant tout ?

Le corps humain est notre lien le plus direct avec la nature. C’est la partie de la « réalité » que nous maîtrisons le mieux. L’explorer est une façon de mieux comprendre la nature. Il nous donne un accès à la vérité dont Rodin parlait. La beauté est une émanation de cette compréhension.

K. Comment voyez-vous et pensez-vous l’équilibre entre réalisme et expressivité dans vos œuvres ?

C’est une bonne question puisqu’elle touche le centre de ma recherche : l’expression « pure » me semble fragile ; elle doit s’ancrer dans un cadre connu pour prendre plus de force. On part toujours d’une réalité. Même les peintres abstraits partent de la matière, qui est réelle (une toile et de l’huile par exemple). Je crois que c’est la matière qui nous donne de l’existence sur Terre. Partir du réalisme est une métaphore de notre matérialité. L’expressivité prend alors toute sa signification. Les variations infinitésimales des traits d’un buste, par exemple celui de Michel Houellebecq, donnent à son visage une expression qui fait référence à des élément de toute notre société : la décadence, le manque d’amour, la lutte individuelle dans la solitude…

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Marianne (vidéo à promouvoir auprès des mairies)

Au moment où les communes cherchent à recréer du lien entre elles et leurs administrés, j’ai pensé que la représentation de cette jeune femme, rebelle et courageuse, qui a donné tellement d’espoir et de force au peuple dans notre Histoire, pourrait trouver sa place dans les mairies de France.

Cette Marianne moderne représente les valeurs de la République. L’expression du modèle est de sérénité, d’assurance, de volonté et en même temps de liberté, d’ouverture, de franchise.

8 exemplaires seulement (tirage artistique). L’œuvre mesure 63 cm. Elle est réalisée en plâtre.

Contact : artiste@art-france.fr     tél – 06 67 16 63 17

Merci de partager cette vidéo si vous le souhaitez.

 

 

Et quelques photos du buste en plâtre :

 

Le dimanche à l’atelier

Six heures de sommeil, comme d’habitude, mais de bon sommeil depuis que j’utilise le nouveau masque. Le brouillard met du temps à se lever. Les oiseaux blancs sont toujours sur les branches de l’arbre sur le lac. Isis les observe intriguée. Journée libre pour sculpter du matin au soir. Petit moment de lecture avec ma louve en peluche sur moi.

Je lis la biographie de Paul Vachet. L’auteur est Jack Mary. Nous l’avons rencontré pour parler de l’Aéropostale. Dans un mouvement de gentillesse, il nous a offert le livre. Je plonge de plus en plus dans cette belle époque du début de l’aviation. L’humanité en train de découvrir l’univers des oiseaux. Des voyages en ligne droite. D’en haut les chemins tortueux semblent ridicules. La communication se libère de la géologie.

Le soleil se lève. Je mets Bach pour harmoniser le temps et me mettre au boulot.

Du mouvement des bras à la précision des doigts

Pour réaliser une sculpture de plus d’un mètre de hauteur, on doit constamment s’éloigner pour garder une vision de l’ensemble qui permette une cohérence entre les divers éléments. Il faut travailler avec la force des bras, en exécutant des mouvements vastes, en laissant jouer la magie du hasard. On fait des kilomètres dans les va-et-vient entre la sculpture et les murs de l’atelier.

Hier j’ai travaillé sur un bas-relief de moins de 7 cm. J’ai dû le faire assis, immobile, concentré et bien relaxé. Chaque geste sous la loupe devait déposer moins d’un gramme de matière sur l’œuvre. Les lignes devaient être tracées sans le moindre tremblement. La lumière circulaire de la loupe, que j’ai reçue hier par la poste (merci Joëlle et Gérard !) me permettait d’observer chaque ombre et chaque zone de lumière créées sur ce petit médaillon en argile. L’erreur coûte cher dans la réalisation d’une pièce de cette taille : un faux mouvement peut effacer des heures de travail.

Passer d’une dimension à l’autre nous rappelle que la matière est juste une manifestation de notre volonté profonde. Peu importe si nous sommes bien adroits de nos mains ou pas, ce qui compte est le dressage de cette volonté mené au fil de nos jours sur Terre. 

bas-relief à la loupe - Lartigue

Étiquettes

Encore une fois, je suis confronté à une nouvelle forme d’étiquetage : depuis que j’ai reçu l’appareil pour respirer, j’entends autour de moi des témoignages, bien intentionnés, sur telle ou telle personne « déjà appareillée ». Je deviens une personne appareillée ! Il est vrai que peut-être je devrai porter toutes les nuits qui me restent de vie mon masque pour respirer, mais cela ne fait pas de moi quelqu’un d’appareillé ! La nuance est dans l’idée qu’on se fait de soi. Je me sens libre, complet, naturel, sain. Après, si c’est mieux d’utiliser l’appareil, je le ferai, mais cet acte ne change pas ma nature.
C’est comme les fumeurs ou pas fumeurs. Est-ce que je suis un fumeur ? Non, je suis quelqu’un qui fume quand je veux. Et si je ne veux pas je ne fume pas. Peut-être la différence se trouve dans la conscience du choix. Je choisis de fumer. Je ne suis pas dépendant de la fumée. Je choisis de mieux respirer, mais je me sens capable de vivre sans mon appareil.
Quand quelqu’un me demandait il y a longtemps : « tu fumes ? » , la question me surprenait parce que je me disais que la personne pouvait bien voir si j’avais ou pas une cigarette à la main. Si à cet instant-là, je ne fumais pas, je répondais : « Non, je ne fume pas ».
Toutes les étiquettes me semblent superflues. Végétarien ? On pourrait dire :  » j’ai décidé de ne pas manger de viande », sans se sentir obligé de se coller une étiquette sur le front. Français ? Pourquoi pas, mais le concept de nationalité est artificiel aussi.
À la limite, je suis artiste. Ma seule étiquette. J’aime bien cette étiquette. Elle est artificielle aussi, mais elle me convient. Artificielle, parce que je pourrais faire un jour de la philosophie ou de la métaphysique ou devenir ermite. Je préfère l’étiquette : humain. Tant que je reste en vie, je peux me définir comme ça : un humain. Après, je serai mort (étiquette définitive). Ou dit d’une autre façon : je ne serai pas. Ni vivant ni mort. Je n’aurai plus d’étiquettes. Ni de « je » .

Aujourd’hui, je suis un mouleur de Mariannes…

2018, année de grands changements

LA PIERRE

Le monde est en train de changer profondément. Une nouvelle conscience prend forme à grande vitesse. Les humains commencent à vouloir traiter les animaux et la nature en général de façon plus respectueuse. La production massive est mise sur la sellette. Les bénéfices de l’ère industrielle deviennent suspects. La richesse accumulée par une proportion bien réduite de la population est à la fois convoitée et détestée. Les inégalités s’accroissent. Les masses populaires prennent la parole sur les réseaux sociaux. On trouve des boucs émissaires dans tous les domaines. Les têtes sont prêtes à tomber.

Tous ces mots c’était pour arriver à « têtes ». C’est fait. Je poste les photos d’une tête en pierre d’un homme au regard sévère que je suis en train de réaliser. L’aspect « pas fini » crée des contrastes intéressants avec les zones bien polies. La rugosité de la surface permet d’apprécier la profondeur de la matière. En travaillant la pierre, le sculpteur est sensible à la lumière qu’elle dégage. C’est un matériau dur, mais en le touchant plus longtemps on sent sa tiédeur. On perçoit une énergie à l’intérieur, qu’on peut libérer par quelques coups de ciseau. Moins docile que l’argile, la pierre se laisse façonner quand on trouve le rythme constant des frappes. On entre dans un état de méditation en la travaillant.

Je suis persuadé que les humains vont commencer à montrer de la lassitude face à tant de « virtualité » dans leur quotidien. Bientôt, ils vont de nouveau apprécier la pierre. Actuellement on l’utilise pour faire des trottoirs, pour marcher dessus, ou pour nos salles de bain. On a oublié sa magie. La pierre reprendra sa place au centre de nos espaces publics et dans nos maisons.

 

 

Soirée-débat sur l’affaire Dreyfus

Nous présenterons, la poétesse et moi (surtout la poétesse), un projet de réalisation d’un monument à Emile Zola et Alfred Dreyfus.
Ce sera l’occasion de revenir, en mots et en images, sur cette Affaire Dreyfus qui changea le cours de l’Histoire, et vit l’apparition du mot « intellectuel ».
De la sculpture à la littérature, de la matière aux idées, il n’y a qu’un pas.
Un immense merci à Francis de Nistos et Martine Castéran pour leur amitié et leur soutien à ce projet.

affaire dreyfus - zola bustes par Gérard Lartigue

Pour voir l’ébauche du buste : cliquez ici. 

Démonstration au Salon des Maires, Paris 2017

Début d’un visage. Les maires et les adjoints qui passent devant le stand s’arrêtent, surpris de voir un sculpteur en train de réaliser un buste. On est les seuls artistes de tout le salon. Pourtant la France est peuplée de sculptures et les élus ont toujours donné un espace important à l’art. Cette démonstration et les mots de la poétesse ont aidé à ouvrir un chemin à notre proposition, remettre l’art au coeur de nos espaces publics. Nous remercions l’invitation de Monsieur et Madame Dechaumont sur leur stand.

 

démo sculpture salon des maires

Expo salon des maires invités par fonderies Dechaumont

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