Une expression d’intelligence et de paix

Y a-t-il un lien entre les deux caractéristiques ?

8 mars 2017

La première femme à siéger à l’Académie française. Je pense à elle aujourd’hui, le jour de la femme. Elle allait au-delà des frontières. Sans jamais s’enfermer dans une catégorie quelconque, elle se savait universelle. Pour les féministes (et masculinistes, ou tout simplement humanistes) comme moi, elle est un modèle à suivre.

Et pour changer un peu, cet angelot bleu

Une oeuvre plus légère. Un ange qui souffle les âmes vers l’au-delà. Le Souffleur d’âmes. Petite sculpture en bronze patinée en bleu. Le ciel se reflète sur cet être métallique. Numérotée 1/8.

 

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Le souffleur d’âmes

Nouveau-né d’ailleurs

Les limbes m’environnent

Autour de mes ailes

Flottent des choses informes

Certaines sont très tristes

D’autres éberluées

D’autres encore résistent

Au courant fané

Je suis le souffleur

Qui chuchote un chant

J’aide les malhabiles

À passer devant

Leurs âmes inquiètes

Soupirent et s’apaisent

Ma peau est bleu ciel

Les nuées se taisent

Je suis tout au bout

Du puits en spirale

Promesse et tourmente

De l’amour final

Poème de Juliette Marne

Inauguration du buste du député Marcel Cabiddu

Que d’efforts fournis par Emmanuel Richelien ! Il a dû lutter pour accomplir ce projet. Le buste de l’homme qu’il admirait profondément a finalement trouvé sa place à Wingles, petite ville du département du Pas-de-Calais. Hier on a assisté à son inauguration avec la présence du frère, de son beau-frère et d’autres membres de la famille. Parmi les présents : Madame le maire de Wingles Maryse Loup, les députés du Pas-de-Calais Nicolas Bays, Stéphane Saint-André et Michel Lefait, le président du Conseil départemental Michel Dagbert, l’ancien Ministre Jacques Mellick. Merci à tous.

Il y a deux ans, Emmanuel Richelien a lancé un appel d’offres que nous avons eu l’honneur de remporter. L’ancien député-maire de Wingles, ami proche de Laurent Fabius, méritait une statue. Il était décédé en 2004. Ce politicien avait apporté à sa région et à sa ville des changements profonds qui avaient permis à cette zone de se rattacher au progrès, malgré la désindustrialisation inexorable des dernières décennies. C’était un homme de gauche, humaniste, infatigable, sévère et juste.

Au début, Emmanuel Richelien comptait sur le soutien du député Nicolas Bays, et très probablement sur celui de Laurent Fabius. Mais entretemps les attentats sont arrivés, ces attentats qui ont changé notre pays, et la peur s’est installée un peu partout. L’hommage à Marcel Cabiddu est alors devenu compliqué.

Emmanuel Richelien, fidèle à son mentor, a continué le projet. Sa réalisation a pris plus de deux ans. Exit la présence de Laurent Fabius à l’inauguration du buste, car cela devenait trop dangereux : le centre nautique où le buste serait installé ne pourrait pas être sécurisé.

Pour trouver le socle, il a dû faire avec les moyens du bord. Un tronc d’arbre coupé sert de base. Marcel Cabiddu, un homme qui a changé sa région, qui a tellement fait pour que sa ville et son département retrouvent leur dynamisme avec la modernité, cet homme à la mémoire prodigieuse et à l’activité permanente, qui est resté fidèle aux valeurs de gauche, a eu droit à un buste posé sur un tronc d’arbre à côté du beau lac qu’il avait fait aménager. Ce lac est devenu un symbole de la lutte de l’homme contre le chaos. Des marécages et des terrils ont été convertis, sous ses mandats, en un bel endroit pour se promener. Le directeur du parc de nature et de loisirs, Roberto Riu, qui tenait lui aussi à rendre un hommage sincère à Marcel Cabiddu, veillera à l’installation définitive de l’oeuvre sur le site.

Emmanuel Richelien a réussi à rendre hommage au député Marcel Cabiddu. Il aurait préféré un socle en pierre. Il aurait peut-être souhaité un emplacement lié à l’activité qui fut celle du député : la politique. Mais le buste est là. Il trône au milieu d’un espace magnifique entouré par la nature. Il a évité la solution typique de notre temps et de notre société parfois un peu trop plate : une simple plaque commémorative. Au lieu de cela, il a réussi à imposer un buste, avec la présence du personnage, avec sa force de caractère et ce regard généreux dans lequel on devine une foi absolue dans les valeurs humanistes.

La présence, hier soir à l’inauguration, de personnes qui admiraient Marcel Cabiddu, qui visiblement l’appréciaient, ont prouvé par leur réaction qu’Emmanuel Richelien a eu raison. Notre société a besoin de récits, de magie, d’espoir, et l’art est là pour offrir cela. Ceux qui ne comprennent pas ce besoin et qui préfèrent peupler notre pays de plaques commémoratives se trompent. Les plaques se trouvent du côté de la mort. Les sculptures et les objets d’art proposent la vie et la transmission de valeurs.

Photos de Juliette Marne.

Merci à tous ceux qui sont venus. Marcel Cabiddu semblait heureux de les « retrouver ».

Sur la route. Nos passagers : Houellebecq, Giacometti, Zola, Barbara, Malraux, un député et le cosmo-chat.

L’inauguration de la sculpture du député aura lieu aujourd’hui, vendredi. Après huit heures de route, on se repose près de Paris pour repartir dans quelques heures. Il est déjà une heure du matin. Nos passagers vont bien. Le député salue tout le monde de sa main levée (sur la photo). Le Cosmo-chat observe la route. Les autres « passagers » dorment tout le temps, sauf ma copilote. On se prépare pour l’alerte rouge exactement à l’endroit où on se dirige… Bon, « on se prépare » c’est une façon de parler : on ne peut rien faire, sauf souhaiter que tout ce monde arrivera à destination comme il faut. D’abord le député pour son vernissage près de Lille. Puis, les autres, à Paris. Ce matin avant de partir, on a fait des photos de Giacometti. Le buste en bronze me semble incroyable : les lumières qu’il reflète, les nuances des couleurs, les textures… ce métal a quelque chose de magique.

Michel Houellebecq à la Fonderie de Bronze Lauragaise

Aujourd’hui je parlais avec un ami de l’extrême précision qui permet à l’oeil humain d’analyser une expression sur un visage. Il suffit d’un changement presque imperceptible de la matière d’un buste, ce qui arrive souvent à la cuisson ou au séchage de l’argile, pour que l’expression perde la force qu’elle avait quand l’argile était humide. Grâce aux conseils d’un ami sculpteur, François Vandenberghe, j’ai découvert une astuce pour garder presque parfaitement l’expression originale : cuire l’argile à moins de 1000°. Avant cette étape, il suffit de faire sécher très lentement la pièce.

Je risque de me répéter sur ce journal. Ma mémoire en panne depuis ma jeunesse m’empêche de garder le souvenir de tout ce que j’écris. Et me remettre à lire mes textes serait une perte de temps. J’assume donc la répétition de certaines idées ou événements sur ces pages.

Ce matin, à la Fonderie de Bronze Lauragaise (FBL), je pensais à ce sujet et je me demandais si les étapes de cire et de fonte du bronze engendreraient aussi des changements d’expression importants, mais j’ai eu la très agréable surprise de trouver les bustes d’Alberto Giacometti et de Michel Houellebecq exactement comme je les avais réalisés. Ils avaient été ciselés avec une maîtrise totale (merci Stéphane !). Aucun défaut détecté. J’ai juste retouché un détail important : les yeux. Parfois le moule n’arrive pas à entrer dans la pupille et il y a une perte de profondeur du regard. C’est une question d’un dixième de millimètre.

Avec Clarisse on a choisi la patine. Sur les images on voit le processus. Je communique parfaitement bien avec cette jeune femme très douée pour la finition des pièces. Je vois évoluer la surface du buste de façon harmonieuse. Toute l’équipe de la fonderie s’intéresse à chaque étape du processus. Ce matin j’ai eu la sensation de me trouver immergé dans une nouvelle famille. On est tous passionnés par la création avec ce métal qui restera plus longtemps que nous tous sur Terre.

Photos de Juliette Marne, écrivaine.

 

Quelques pistes pour reconnaître un bon dessin

Pour cette analyse je vais utiliser un dessin d’Anaéli. Sans vouloir tomber dans les formules, si chères à notre société de plus en plus basée sur l’hémisphère gauche du cerveau, donc de plus en plus rationnelle et de moins en moins instinctive, je vais essayer de donner quelques pistes :

Dessin réalisé par Anaéli Lartigue (ma fille)  

 

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  • Richesse des traits : quand on dessine on peut se baser sur une seule ligne, toujours de la même épaisseur, ou essayer des traits très différents, ou hachés. La ligne peut être nerveuse par moments ou douce. Visible, perdue entre des taches. Cette richesse peut rendre le dessin « vibrant », ou dramatique, ou vif.
  • Variété de « textures »: les lignes ne servent pas seulement à délimiter un objet ; elles peuvent créer des surfaces, des profondeurs, des sensations de dureté ou de souplesse… Une ligne répétée en parallèle peut devenir une simple ombre. Utilisée de façon chaotique, elle peut représenter un rocher ou, si elle a une ondulation organisée, elle devient liquide…
  • Composition : mouvement ou pas, espace occupé sur la feuille, directions des lignes et des différentes surfaces. Un dessin peut nous sembler équilibré dans l’espace, ou en mouvement. La surface peut nous sembler trop grande ou bien utilisée. La composition est la façon de placer nos lignes sur la surface : un artiste le fera en connaissance de cause ; il pourra créer un équilibre précaire ou une tension ou une stabilité totale. Dans ce dessin d’Anaéli, on devine le mouvement de la vague, une masse d’eau qui va dans le sens inverse du mouvement de la femme : la vague se lève, elle baisse la tête et se protège.
  • Thème : déjà, il faut savoir si un dessin a un thème ou pas. Parfois, il s’agit d’un simple exercice d’observation. Dans ce cas, on voit parfaitement bien qu’il y a un thème. Je ne le décris pas pour laisser l’interprétation ouverte.
  • Ambiance : le sujet du dessin peut être souligné par la façon de le traiter. Un sujet dramatique comme celui-là mérite bien quelques taches d’encre tombées « par hasard », des lignes insistantes, parfois entrecoupées, des noirs profonds, des espaces libres pour contraster avec le côté sombre.
  • Esprit de synthèse : un dessin est souvent mieux réussi quand, avec moins de moyens, on exprime davantage d’émotions ou d’idées. Quand on doit décrire beaucoup de choses pour exprimer une idée sans trop d’importance, le dessin est moins intéressant. Dans ce cas, il me semble que le sujet est très direct, fort, vivant et que les moyens ont été trouvés rapidement et spontanément.

 

Modèle vivant à la briqueterie. Portrait.

Un autre exemple de l’importance de la lumière. Sur ce buste on peut voir quatre variantes de lumière. On peut constater comment l’oeuvre semble changer. Pour lire sur ce sujet, vous pouvez cliquer sur :

Lumières, volume et mouvement

Jeune femme rêveuse. Le buste est prêt pour la cuisson. Le modèle a posé pour le groupe de sculpture du samedi après-midi pendant huit heures (deux séances). J’ai travaillé encore quelques heures avec le modèle en dehors de mes cours. Je remercie Oriane pour ces moments de partage avec mes élèves et pour avoir posé encore quelques heures pour cette sculpture.

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