Sculpture en pierre de Tavel

Un pierre grise, bleutée, très dure. Des outils en carbure de tungstène ont été nécessaires pour la travailler. Une fois polie, elle semble douce. Pourtant, ses arêtes sont agressives. L’opposition entre ces deux aspects est l’un des éléments que je souhaitais pour cette pièce.

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Jeu de miroirs et de mémoires (médaillon de Simone Veil)

(Pour lire l’article publié sur le Dauphiné Libéré, cliquez ici)

« J’espère que nous ne croiserons pas de policiers ; on risque une amende », me dit la Poétesse inquiète, car la veille on a acheté une vieille Peugeot et on n’a pas la preuve de l’assurance. Après plus de cinq heures de route, la voiture pleine de pierres de la carrière de Tavel où nous nous sommes arrêtés, nous arrivons près de Sisteron. « Vous êtes arrivés à votre destination finale« , nous dit la voix féminine du GPS, avec son ton toujours aimable mais expéditif. Nous nous retrouvons avec notre chienne et nos 300 kg de pierres au milieu d’un champ plein de moutons. Nous nous dirigeons vers une ferme où un paysan est en train de nourrir ses bêtes. Il s’approche méfiant. Un gros chien de berger court vers la voiture. Quand j’ouvre la vitre, Isis se met à aboyer furieuse. La Poétesse essaye d’écouter le directeur de cabinet au téléphone, qui lui donne les instructions pour arriver. Je serre le collier de la chienne pour la faire taire, mais elle se met à hurler. Le fermier s’éloigne encore plus méfiant devant la scène chaotique. La Poétesse raccroche sans avoir entendu les instructions pour arriver à l’inauguration. Je mets marche arrière et on part vers la ville. Il nous reste quelques minutes. On voit de loin une quantité importante de policiers. Sensibles aux charmes de notre chienne fatiguée, des femmes policiers nous permettent de nous garer en zone interdite dans le parking déjà plein. Nous partons tranquilles, la voiture est surveillée par la police, ce qui empêchera qu’on nous colle une amende. Nous arrivons une minute avant que Christophe Castaner coupe le ruban.

médaillon Simone Veil - Lartigue

Simone Veil a vécu l’Holocauste, elle a vu des scènes que nous ne pouvons pas imaginer aujourd’hui. Ses beaux yeux sont restés pour toujours imprégnés de l’horreur, imbibés d’ombre, tout en gardant l’étincelle qu’ont ceux qui contemplent le présent et qui fabriquent le futur, sans jamais perdre l’espoir.

Elle a été souvent photographiée, pas seulement à cause de la place importante qu’elle méritait dans notre société, ni à cause de sa beauté, mais plutôt par sa présence, son allure d’une immense dignité. Elle a su échapper au statut de victime. Les photographes ont cherché à attraper la profondeur de son regard. Je réalise son buste à partir de leurs clichés. Nous l’exposons au Salon des maires. Le maire de Sisteron, qui l’a connue, retrouve peut-être dans le buste le regard qui l’a marqué. Il nous commande un médaillon pour la future école Simone Veil. Elle observera des générations arriver et partir. Les enfants se rappelleront le regard intense et le petit sourire critique mais bienveillant de cette femme qui « a fait l’Histoire », comme l’a bien signalé Christophe Castaner dans son discours hier : « Il y a des gens qui marquent l’Histoire… il y a aussi des gens qui font l’Histoire. Simone Veil faisait partie de ceux qui font l’Histoire… »

Les enfants interprètent une chanson d’Anne Sylvestre adaptée pour Simone Veil. Ils connaissent par coeur les citations qu’ils doivent intégrer à la chanson. Le résultat est touchant. Sans tomber dans le pathos, j’essaie d’imaginer le visage ému de Mme Veil devant ce groupe d’enfants. Je vois ses yeux légèrement humides, sans qu’elle perde son éternel sourire.

Le maire Daniel Spagnou nous a donné carte blanche pour réaliser l’œuvre. Pour nous, la condition idéale pour créer est celle de la confiance. Nous remercions Monsieur le maire de Sisteron de nous avoir permis d’honorer cette femme en imprégnant l’argile de sa beauté et de sa force : Simone Veil a donné une nouvelle direction à l’Histoire de France.

Photos @JulietteMarne

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Pour voir le buste que j’ai réalisé de Simone Veil, cliquez ici Simone Veil par Lartigue

 

Marianne (vidéo à promouvoir auprès des mairies)

Au moment où les communes cherchent à recréer du lien entre elles et leurs administrés, j’ai pensé que la représentation de cette jeune femme, rebelle et courageuse, qui a donné tellement d’espoir et de force au peuple dans notre Histoire, pourrait trouver sa place dans les mairies de France.

Cette Marianne moderne représente les valeurs de la République. L’expression du modèle est de sérénité, d’assurance, de volonté et en même temps de liberté, d’ouverture, de franchise.

8 exemplaires seulement (tirage artistique). L’œuvre mesure 63 cm. Elle est réalisée en plâtre.

Contact : artiste@art-france.fr     tél – 06 67 16 63 17

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Et quelques photos du buste en plâtre :

 

Journée de cadeaux

J’ai reçu deux cadeaux aujourd’hui : un livre, Set in Stone, sur les visages en pierre du Moyen Âge, édité par le Metropolitan Museum of Art (offert par la poétesse pour Noël). J’écrirai un article sur ce livre. Au Moyen Âge on considérait le visage comme le foyer de l’âme. Et, le deuxième cadeau, un livre envoyé d’Allemagne par la maison d’édition Rowohlt Berlin sur Michel Houellebecq (dont l’auteur est Julia Encke). Ils ont intégré dans l’ouvrage une photo du buste de l’écrivain, prise le jour où le feu a fixé les couleurs que j’ai choisies pour ce deuxième bronze avec l’aide de Clarisse (qui réalise toujours très bien la patine de mes pièces à la Fonderie de Bronze Lauragaise).

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue 2

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue

Marianne clonée

J’enlève la « chape » en plâtre gris sans difficulté. Le moment de dévoiler la Marianne clonée en plâtre est arrivé. Il est tôt. J’hésite. C’est un moment important : la nouvelle Marianne va découvrir l’atelier où elle a été créée. Je me décide à enlever le moule en élastomère pour être sûr de faire une surprise positive à la poétesse qui dort encore. La nouvelle sculpture est réussie : elle est fidèle à sa jumelle. La nouvelle matière est lumineuse et fine.

Sur les photos : la Marianne originelle le soir, avant de céder la place au plâtre, et la Marianne en plâtre couchée sur son moule.

Marianne moule élastomèreMarianne en plâtre

2018, année de grands changements

LA PIERRE

Le monde est en train de changer profondément. Une nouvelle conscience prend forme à grande vitesse. Les humains commencent à vouloir traiter les animaux et la nature en général de façon plus respectueuse. La production massive est mise sur la sellette. Les bénéfices de l’ère industrielle deviennent suspects. La richesse accumulée par une proportion bien réduite de la population est à la fois convoitée et détestée. Les inégalités s’accroissent. Les masses populaires prennent la parole sur les réseaux sociaux. On trouve des boucs émissaires dans tous les domaines. Les têtes sont prêtes à tomber.

Tous ces mots c’était pour arriver à « têtes ». C’est fait. Je poste les photos d’une tête en pierre d’un homme au regard sévère que je suis en train de réaliser. L’aspect « pas fini » crée des contrastes intéressants avec les zones bien polies. La rugosité de la surface permet d’apprécier la profondeur de la matière. En travaillant la pierre, le sculpteur est sensible à la lumière qu’elle dégage. C’est un matériau dur, mais en le touchant plus longtemps on sent sa tiédeur. On perçoit une énergie à l’intérieur, qu’on peut libérer par quelques coups de ciseau. Moins docile que l’argile, la pierre se laisse façonner quand on trouve le rythme constant des frappes. On entre dans un état de méditation en la travaillant.

Je suis persuadé que les humains vont commencer à montrer de la lassitude face à tant de « virtualité » dans leur quotidien. Bientôt, ils vont de nouveau apprécier la pierre. Actuellement on l’utilise pour faire des trottoirs, pour marcher dessus, ou pour nos salles de bain. On a oublié sa magie. La pierre reprendra sa place au centre de nos espaces publics et dans nos maisons.

 

 

Galerie virtuelle : KAZoART

J’expose des sculptures, surtout de petit format, à la galerie en ligne KAZoART. Ils m’ont invité à participer à leur projet, qui est de rendre l’art plus accessible au public.  « La sélection est rigoureuse. Il faut une cohérence dans les travaux, qui doivent être des pièces originales, uniques ou tirées à peu d’exemplaires. », dit Mathilde Le Roy, fondatrice de la galerie.

Je mettrai souvent de nouvelles oeuvres. Vous pouvez cliquer le bouton +suivre sur leur site pour être au courant de mon travail : KAZoART

Vente d oeuvre Lartigue

Un anniversaire exceptionnel

Le matin la poétesse descend les cinq étages de l’immeuble où nous séjournons à Paris chez une amie (partie en vacances avec sa famille) qui aime les mots, comme nous, pour chercher des croissants délicieux (aux amandes, mon préféré). La veille en rentrant chez notre amie tard le soir, nous nous sommes rendu compte que depuis des jours on était juste à côté de l’ESCP , l’école où ma fille a fait un mastère spécialisé de management de l’édition. A midi je déjeune avec elle. Elle m’offre un des tableaux à l’huile qu’elle a réalisés dans un stage de portraits à Paris, tableau qui est pour moi le symbole du début d’une belle carrière artistique. L’émotion est forte.

L’après-midi la poétesse et moi nous promenons dans un quartier de galeries entre l’avenue Saint-Germain des Prés et la Seine, après avoir dessiné tous les deux une sculpture de Picasso devant l’église de Saint Germain des Prés, dédiée à Apollinaire.

Le soir une surprise m’attend. On a rendez-vous avec deux amies philippines pour parler d’un projet de sculpture. Nous arrivons au restaurant chinois près des Champs-Elysées et tous nos amis philippins sont là. Ils ouvrent deux bouteilles de mon vin préféré, Saint-Estèphe, bouteilles qui ont plus d’un quart de siècle ! A chaque moment de flottement dans les conversations multiples où se mêlent l’anglais, le français et leur langue (le tagalog, dont ils nous apprennent quelques mots) en plus de leurs dialectes, on lève nos verres pour trinquer en criant « joyeux anniversaire ». Même le propriétaire du restaurant se joint à cette tradition inventée lors de cette soirée. Nous fêtons que le projet prend un nouvel élan. Nos amis nous font sentir bien acceptés dans leur groupe. Ils font preuve d’une générosité spéciale. Nous partons avec des cadeaux, du champagne, un Médoc 82, et des centaines de photos pour garder une trace de ces moments de partage.

On rentre le lendemain. Dans le train je fais une série de dessins. La poétesse est exténuée. Elle dort après avoir lu quelques chapitres de Terre des Hommes, de Saint-Exupéry.

train de retour de Paris 17

Exposition du buste d’Edgar Morin

Ce jeudi 4 mai le sociologue et philosophe donnera une conférence à Toulouse

Quelques jours avant le jour fatidique où nous serons en danger de perdre notre démocratie, Edgar Morin « nous propose de prendre de la hauteur pour nous interroger sur les enjeux fondamentaux qui conditionnent notre avenir commun. La pensée complexe qu’il a élaborée depuis quarante ans dans son oeuvre majeure, La Méthode, nous invite à questionner nos manières de réfléchir, nos choix collectifs et à considérer qu’« à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel.» »  (je cite les organisateurs de la conférence, qui citent Edgar Morin).

Buste de Edgar Morin par Lartigue 2

Edgar Morin, Amour, Poésie, Sagesse (1997) :

« N’oublions pas que cette bouche parle, et ce qu’il y a de très beau, c’est que les paroles d’amour sont suivies de silences d’amour. Notre visage permet donc de cristalliser en lui toutes les composantes de l’amour. »

Cette citation est idéale pour présenter son buste, qui sera présent lors de sa conférence. C’est notre façon de lui rendre hommage, de rendre hommage à l’ouverture d’esprit. Les portes risquent de se fermer ce dimanche. Ecoutons ceux qui ont consacré leur vie à donner des bases intellectuelles à notre liberté.

Nous arrivons peut-être à un point de non-retour ce dimanche. L’abstention semble être importante, ce qui mathématiquement provoquera que Le Pen gagne les élections. On suit le même chemin que les Américains : nous nous retrouverons avec une Trump au pouvoir.

Je vois comment nous nous dirigeons vers un mur, comment nous allons perdre nos libertés les plus chères et je ne vois pas de solution. L’Histoire se déroule sans nous en tant qu’individus.

Le système est à bout de souffle. Et ceux qui ne veulent pas participer au blocage contre Le Pen en s’abstenant de voter, souhaitent montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec un système qui devient de plus en plus injuste, le système néolibéral. C’est l’occasion de montrer qu’ils ne veulent pas être complices de ce système qui écrase les plus faibles. Je comprends leurs arguments, mais c’est triste de voir le prix si cher à payer, celui de perdre notre liberté. Pour nous, en tant qu’artistes, c’est la catastrophe. Un régime dictatorial comme celui qui va peut-être arriver ce dimanche, est synonyme de silence obligé pour les artistes.

Pour lire un autre article sur Edgar Morin, cliquez ici. 

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