Que dirait Simone Veil de la forme que prend aujourd’hui sa lutte pour libérer la femme ?

Simone Veil a réussi à avancer dans une lutte importante : celle de donner aux femmes le droit de décider au sujet du destin de leur propre corps, ce qui nous semble évident de nos jours, mais qui était loin d’être le cas dans un passé pas si lointain. Pourtant, est-ce que sa lutte continue, et quelles formes prend-elle ? Est-ce que les humains sont vraiment libres aujourd’hui, libres de choisir le destin de leur corps ?

Je pense à toute une série de facteurs qui créent une dépendance ou une vulnérabilité et, donc, une distance avec la maîtrise de notre corps et de notre esprit : les drogues licites (anxiolytiques, antidépresseurs), les contraceptifs chimiques, les pratiques envahissantes du corps médical (traiter le corps comme un objet qui n’appartient pas à « son propriétaire »), le consumérisme qui devient souvent presque une obsession,  les jeux vidéos, la pornographie, les séries TV… etc. A-t-on vraiment le contrôle sur notre esprit et notre corps ?

C’est le fondement de la lutte de Simone Veil. Elle a connu la Shoah, un phénomène tragique durant lequel les humains ont été dépossédés de leur essence. Ils ont été traités comme des objets à détruire en les triant à partir d’un lien spirituel (leur religion). Une fois triés, ils ont été dénudés, marqués, torturés, et assassinés. Veil a connu cette ligne de démarcation qui marque un changement absolu dans l’évolution de la culture occidentale. Une société dite civilisée opte pour détruire toute une partie de sa communauté définie par ses croyances. La liberté de pensée disparaît tout à coup. Les nazis ont fait de toute une communauté, faisant partie d’une société développée, des bouts de chair à détruire. Leur qualité d’être humain a été niée.

Simone Veil a survécu. Elle a dû reconstruire sa nature humaine. Elle comprenait mieux que quiconque l’aspect sacré de la vie. Et comme base de cette vie, le corps et l’esprit ensemble, dans une totale indépendance par rapport au pouvoir. Mais aujourd’hui c’est l’individu qui veut mettre en avant son appartenance à une religion, qui veut marquer son corps avec des tatouages, qui veut le donner à la science de son vivant, qui refuse son propre destin et le met entre les mains d’un corps médical débordé, qui opte pour l’endormissement de son esprit, pour ne pas souffrir d’une anxiété qu’il ne comprend pas, qui préfère un dictateur (Trump) à une femme démocrate et forte (Clinton). L’exemple américain est parlant.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons reprendre la lutte de Simone Veil. C’est ce qui m’a poussé à réaliser son buste en pierre. J’ai pris un bloc de pierre d’Avy (pierre utilisée pour réaliser plusieurs œuvres romaines et gothiques qui se trouvent dans la ville de Saintes) et je me suis consacré les dernières semaines à imprégner ce vieux petit morceau de la planète de  la beauté de son visage. J’ai sculpté ses traits dans une pierre si vieille que le temps d’une vie n’est qu’une étincelle.

On peut observer sur la pierre des restes de coquilles qui datent d’il y a plusieurs millions d’années.

 

Jeu de miroirs et de mémoires (médaillon de Simone Veil)

(Pour lire l’article publié sur le Dauphiné Libéré, cliquez ici)

« J’espère que nous ne croiserons pas de policiers ; on risque une amende », me dit la Poétesse inquiète, car la veille on a acheté une vieille Peugeot et on n’a pas la preuve de l’assurance. Après plus de cinq heures de route, la voiture pleine de pierres de la carrière de Tavel où nous nous sommes arrêtés, nous arrivons près de Sisteron. « Vous êtes arrivés à votre destination finale« , nous dit la voix féminine du GPS, avec son ton toujours aimable mais expéditif. Nous nous retrouvons avec notre chienne et nos 300 kg de pierres au milieu d’un champ plein de moutons. Nous nous dirigeons vers une ferme où un paysan est en train de nourrir ses bêtes. Il s’approche méfiant. Un gros chien de berger court vers la voiture. Quand j’ouvre la vitre, Isis se met à aboyer furieuse. La Poétesse essaye d’écouter le directeur de cabinet au téléphone, qui lui donne les instructions pour arriver. Je serre le collier de la chienne pour la faire taire, mais elle se met à hurler. Le fermier s’éloigne encore plus méfiant devant la scène chaotique. La Poétesse raccroche sans avoir entendu les instructions pour arriver à l’inauguration. Je mets marche arrière et on part vers la ville. Il nous reste quelques minutes. On voit de loin une quantité importante de policiers. Sensibles aux charmes de notre chienne fatiguée, des femmes policiers nous permettent de nous garer en zone interdite dans le parking déjà plein. Nous partons tranquilles, la voiture est surveillée par la police, ce qui empêchera qu’on nous colle une amende. Nous arrivons une minute avant que Christophe Castaner coupe le ruban.

médaillon Simone Veil - Lartigue

Simone Veil a vécu l’Holocauste, elle a vu des scènes que nous ne pouvons pas imaginer aujourd’hui. Ses beaux yeux sont restés pour toujours imprégnés de l’horreur, imbibés d’ombre, tout en gardant l’étincelle qu’ont ceux qui contemplent le présent et qui fabriquent le futur, sans jamais perdre l’espoir.

Elle a été souvent photographiée, pas seulement à cause de la place importante qu’elle méritait dans notre société, ni à cause de sa beauté, mais plutôt par sa présence, son allure d’une immense dignité. Elle a su échapper au statut de victime. Les photographes ont cherché à attraper la profondeur de son regard. Je réalise son buste à partir de leurs clichés. Nous l’exposons au Salon des maires. Le maire de Sisteron, qui l’a connue, retrouve peut-être dans le buste le regard qui l’a marqué. Il nous commande un médaillon pour la future école Simone Veil. Elle observera des générations arriver et partir. Les enfants se rappelleront le regard intense et le petit sourire critique mais bienveillant de cette femme qui « a fait l’Histoire », comme l’a bien signalé Christophe Castaner dans son discours hier : « Il y a des gens qui marquent l’Histoire… il y a aussi des gens qui font l’Histoire. Simone Veil faisait partie de ceux qui font l’Histoire… »

Les enfants interprètent une chanson d’Anne Sylvestre adaptée pour Simone Veil. Ils connaissent par coeur les citations qu’ils doivent intégrer à la chanson. Le résultat est touchant. Sans tomber dans le pathos, j’essaie d’imaginer le visage ému de Mme Veil devant ce groupe d’enfants. Je vois ses yeux légèrement humides, sans qu’elle perde son éternel sourire.

Le maire Daniel Spagnou nous a donné carte blanche pour réaliser l’œuvre. Pour nous, la condition idéale pour créer est celle de la confiance. Nous remercions Monsieur le maire de Sisteron de nous avoir permis d’honorer cette femme en imprégnant l’argile de sa beauté et de sa force : Simone Veil a donné une nouvelle direction à l’Histoire de France.

Photos @JulietteMarne

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Pour voir le buste que j’ai réalisé de Simone Veil, cliquez ici Simone Veil par Lartigue

 

Buste de Simone de Beauvoir – 2018

Malgré son expression souvent sévère, cette personne a ouvert un chemin de liberté immense pour la société, à l’époque trop rigide et patriarcale. Les femmes devaient supporter une imposition masculine, de nos jours inimaginable. Grâce à elle, et à d’autres personnes qui se sont battues pour une plus grande égalité, les femmes ont les mêmes droits que les hommes (voir l’article sur Simone Veil en cliquant ici) .

Buste de Simone de Beauvoir - par Gérard Lartigue

Il nous est difficile d’imaginer aujourd’hui une épouse demandant la permission de son mari pour faire un chèque, ou de devoir supporter les élections sans leur participation ! Il y a encore aujourd’hui des combats à mener pour que toutes les personnes de la société, vieilles ou jeunes, appartenant au sexe masculin ou féminin (ou neutre si l’on veut), roses, noires, vertes, blanches ou brunes, toutes les personnes,  donc, aient les mêmes droits. La tendance de privilégier l’individu par rapport au social, de tout cloisonner, de tout séparer, de tout réduire à une relation binaire où le manichéisme est toujours facile, tendance transmise par les séries télé, les films, les modes… cette tendance ne nous convient pas. Il faut savoir que l’univers de l’audiovisuel provient essentiellement des États-Unis. Nous importons sans nous rendre compte toute une forme de pensée qui envahit rapidement les jeunes générations.

Bref, on doit ensemble se battre pour rester ensemble. En gardant les libertés acquises.

Garder les libertés signifie apprendre à vivre de façon responsable. Nous pouvons acquérir les bases pour décider ce qui est bon ou mauvais pour notre société. Malheureusement notre système est de plus en plus normatif. Les règlements s’accumulent et nous nous laissons glisser vers la radicalité sans nous en rendre compte : on se trouve tous les jours confrontés à des messages du style « fumer tue ». Message faux. Fumer ne tue pas, de même que conduire ne tue pas. Ce qui tue, c’est fumer en excès, conduire trop vite ou en étant sous l’emprise de l’alcool. Une balle ne tue pas. C’est sa vitesse qui tue. Manger de la viande ne tue pas la nature ; c’est l’excès de viande que nous consommons qui tue la nature. Les excès sont nuisibles, on le sait. Être radical, c’est aller vers les extrêmes. Être responsable, c’est chercher un équilibre.

Je souhaite que cette année 2018 nous permette de nous diriger vers une plus grande liberté, dans l’égalité… ensemble (je dis « ensemble » pour éviter le terme « fraternité », car il faudrait de nos jours ajouter « sororité », encore une fois avec cette tendance de nous séparer).

 

Simone de Beauvoir - Lartigue

Soirée-débat sur l’affaire Dreyfus

Nous présenterons, la poétesse et moi (surtout la poétesse), un projet de réalisation d’un monument à Emile Zola et Alfred Dreyfus.
Ce sera l’occasion de revenir, en mots et en images, sur cette Affaire Dreyfus qui changea le cours de l’Histoire, et vit l’apparition du mot « intellectuel ».
De la sculpture à la littérature, de la matière aux idées, il n’y a qu’un pas.
Un immense merci à Francis de Nistos et Martine Castéran pour leur amitié et leur soutien à ce projet.

affaire dreyfus - zola bustes par Gérard Lartigue

Pour voir l’ébauche du buste : cliquez ici. 

Prix Nobel de littérature 1990

Depuis des décennies je voulais faire son portrait. L’œuvre qui a déclenché mon intérêt pour cet écrivain, c’est Le Labyrinthe de la solitude, un essai qui analyse la société mexicaine des années 1950. Octavio Paz s’est toujours opposé à toute forme de violence, au point d’abandonner son poste d’ambassadeur en Inde pour protester en 1968 contre son propre gouvernement quand celui-ci avait ordonné une répression violente des étudiants (le nombre de morts n’a jamais été élucidé) lors des Jeux olympiques au Mexique. Dans sa lutte contre la violence, Paz avait aussi soutenu les Républicains pendant la Guerre civile espagnole. Il avait pris la défense d’auteurs comme Alexandre Soljenitsyne et critiqué les activités des sandinistes au Nicaragua et des castristes à Cuba. On devine sur son visage un esprit indépendant, difficile à étiqueter.

Il vit plusieurs années en France comme diplomate après 1946 et y revient en 1959. Marié en deuxième noces à une Française, Marie-José Tramini, il lui consacre quelques-uns de ses meilleurs poèmes.

C’est fait, j’ai fait son buste en argile. Peut-être sera-t-il un jour coulé en bronze (ma dernière obsession, c’est de tout transformer en bronze…). Il ne me reste qu’à découvrir sa poésie.

 

Après… il n’y a pas d’après. J’avance, je fends de grandes roches d’années, masses de lumière compacte, je descends des galeries de mines de sable, je perce des couloirs qui se referment comme des lèvres de granit. Et je retourne à la plaine, la plaine où il est toujours midi, où un soleil identique tombe fixement sur un paysage figé. Et n’en finissent pas de tomber les douze heures, ni de bourdonner les mouches ni de s’étoiler en éclats cette minute qui ne passe pas, qui seulement brûle et ne passe pas.

Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éditions Gallimard, coll. poésie, 1966 (isbn 2-07-031789-7), partie II. aigle ou soleil ? (1949-1950), aigle ou soleil ? plaine, p. 88 – liberté sur parole, 1929 – Octavio Paz

Près d’un siècle de vie engagée

Avec Edgar Morin- buste réalisé par Lartigue 10

Il y a des gens qui aiment aller aux concerts de musique populaire et allumer leur briquet pour montrer qu’ils vibrent à l’unisson de leur chanteur ou groupe musical admiré. Et c’est beau de voir tous ces êtres abandonnés dans un seul mouvement. La sensation est forte. On fait partie d’un ensemble. Dans une société où l’individualisme est prôné sans arrêt, où les cafés dans les villages disparaissent, où les gens préfèrent se coller à un écran le soir au lieu de sortir discuter avec les voisins, tout le monde finit par se sentir isolé. Un concert représente un moment de partage. On met son ego de côté pour se joindre à une vague pleine d’énergie qui ondule autour de nous.

La Poétesse et moi avons ressenti cela dans la conférence d’Edgar Morin. Non, on n’a pas brandi de briquets au-dessus de nos têtes, mais le cœur y était. Le philosophe a partagé son optimisme : la société cherche de plus en plus des réponses différentes, et la pensée complexe en laquelle il croit fait son chemin. Dans le monde actuel, on a appris à tout séparer, à tout classifier de façon cloisonnée ; il est temps de chercher les interconnexions entre les savoirs. L’esprit doit non seulement rester critique, mais aussi créatif et responsable. La mondialisation est là, qu’on le veuille ou pas, mais elle peut être positive si on arrête d’opposer mondialisation et nationalisme. La pensée complexe se base sur la richesse propre aux tissus (Edgar Morin utilise l’image du tissu pour illustrer la complexité), sur l’interconnexion, le tout. Au lieu d’opposer deux concepts simplistes, il faudrait chercher à proposer de nouvelles options de progrès et de conservation imbriqués.

Il a parlé de ses années de Résistance, de l’urgence aujourd’hui d’éviter la catastrophe vers laquelle la planète se dirige dans ses formes de production actuelle. Les jeunes de l’association MADETE qui ont participé à l’organisation de cette conférence ont posé des questions intéressantes. Des intervenants ont montré qu’il y a des jeunes qui s’intéressent à fond à la politique et qui veulent un monde différent.

Les étudiants qui ont organisé la conférence nous ont invités sans hésiter à exposer le buste d’Edgar Morin quand nous le leur avons proposé. L’amphithéâtre était plein. Il y avait des personnes de tous les âges. Les jeunes étaient, bien sûr, plus nombreux, puisque l’événement était organisé principalement pour eux. J’en profite pour remercier les organisateurs de leur accueil chaleureux.

Avant l’arrivée du philosophe et sociologue, quand nous avons installé le buste que j’ai réalisé de lui il y a quelques semaines, nous avons distribué une cinquantaine de feuillets où la Poétesse avait imprimé mes articles sur lui (du chamanisme… , Edgar Morin) . Je parlais de son livre sur l’esthétique (dont la lecture m’a incité à réaliser son buste, renvoyant ainsi la balle à son auteur : il parlait du fait que l’artiste est semi-possédé par son modèle), de son idée de comparer les artistes aux chamans, de son visage, tellement bien sculpté par lui pendant près d’un siècle. Un visage plein de sagesse et de joie. J’ai figé pourtant son expression de gravité, et non son très beau sourire qu’il laisse souvent apparaître. Ce choix est personnel. Je considère que c’est la force de sa lutte, son engagement total, qu’il fallait retenir. Son sourire reste dans notre mémoire pour toujours, mais c’est son regard sérieux et plein de lumière qui me pousse à croire aux changements profonds ; c’est cela que j’ai voulu représenter.

A la fin de la conférence, nous avons échangé quelques mots avec lui. C’était touchant pour moi de le voir ému devant son buste. Il nous a remerciés, en disant que ce qui le touchait davantage était le texte que j’avais écrit sur lui. Nous nous sommes serré la main avec force. Une petite étincelle de toute une vie engagée est passée de ses mains aux miennes à cet instant, une sensation de force infinie qui me pousse à continuer la création. On se reverra, c’est sûr.

Photos prises par Juliette Marne, la Poétesse.

Pour découvrir l’appel d’Edgar Morin « Changeons de voie » : http://changeonsdevoie.org/

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/29/edgar-morin-cette-election-est-un-saut-dans-l-inconnu_5119842_3232.html

Exposition du buste d’Edgar Morin

Ce jeudi 4 mai le sociologue et philosophe donnera une conférence à Toulouse

Quelques jours avant le jour fatidique où nous serons en danger de perdre notre démocratie, Edgar Morin « nous propose de prendre de la hauteur pour nous interroger sur les enjeux fondamentaux qui conditionnent notre avenir commun. La pensée complexe qu’il a élaborée depuis quarante ans dans son oeuvre majeure, La Méthode, nous invite à questionner nos manières de réfléchir, nos choix collectifs et à considérer qu’« à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel.» »  (je cite les organisateurs de la conférence, qui citent Edgar Morin).

Buste de Edgar Morin par Lartigue 2

Edgar Morin, Amour, Poésie, Sagesse (1997) :

« N’oublions pas que cette bouche parle, et ce qu’il y a de très beau, c’est que les paroles d’amour sont suivies de silences d’amour. Notre visage permet donc de cristalliser en lui toutes les composantes de l’amour. »

Cette citation est idéale pour présenter son buste, qui sera présent lors de sa conférence. C’est notre façon de lui rendre hommage, de rendre hommage à l’ouverture d’esprit. Les portes risquent de se fermer ce dimanche. Ecoutons ceux qui ont consacré leur vie à donner des bases intellectuelles à notre liberté.

Nous arrivons peut-être à un point de non-retour ce dimanche. L’abstention semble être importante, ce qui mathématiquement provoquera que Le Pen gagne les élections. On suit le même chemin que les Américains : nous nous retrouverons avec une Trump au pouvoir.

Je vois comment nous nous dirigeons vers un mur, comment nous allons perdre nos libertés les plus chères et je ne vois pas de solution. L’Histoire se déroule sans nous en tant qu’individus.

Le système est à bout de souffle. Et ceux qui ne veulent pas participer au blocage contre Le Pen en s’abstenant de voter, souhaitent montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec un système qui devient de plus en plus injuste, le système néolibéral. C’est l’occasion de montrer qu’ils ne veulent pas être complices de ce système qui écrase les plus faibles. Je comprends leurs arguments, mais c’est triste de voir le prix si cher à payer, celui de perdre notre liberté. Pour nous, en tant qu’artistes, c’est la catastrophe. Un régime dictatorial comme celui qui va peut-être arriver ce dimanche, est synonyme de silence obligé pour les artistes.

Pour lire un autre article sur Edgar Morin, cliquez ici. 

Journée au futur incertain

marbre processus série liberté dans le noir - Lartigue 2

Quoi de mieux pour ne pas stresser sur les résultats de cette journée d’élections que de se mettre à sculpter le marbre ? Le soleil brille sur un ciel bleu sans un seul nuage, ce qui donne envie de croire à un bon présage : demain la France continue à se battre pour des valeurs universelles, en laissant de côté la tentation du repli, de l’égoïsme, de la peur. On verra. Je continue à frapper le marbre. Trouver une forme à l’intérieur de cette pierre qui doit avoir un âge de quelques millénaires me fait relativiser la situation mondiale. En dévoilant le coeur de cette pierre je respire une poussière qui flottait peut-être à l’époque des dinosaures, ou avant. C’est une façon de parler, car j’évite de la respirer avec mon masque pro… 🙂

Le stresse me pousse à écrire des textes sans queue ni tête.

En quelques mots : toucher ce marbre millénaire me tranquillise par rapport à notre court destin en tant que citoyens d’un pays beau et libre au futur prometteur, mais qui a peur. Ce soir la poétesse et moi allons dépouiller les votes de notre ville. Du vrai masochisme. Ou source de joie ? Encore le stress.

marbre processus série liberté dans le noir - Lartigue

Mes outils, de la marque Auriou, sont extraordinaires : ils cassent la pierre en gardant leur bord tranchant intact. Impressionnant. Le savoir-faire d’une entreprise française bien apprécié à l’étranger. La technologie moderne mise au service d’une activité exercée depuis l’âge de pierre, depuis plus de deux millions d’années.

Tout cela pour éviter de penser aux élections.

Je travaille un autre matériau ces jours-ci, à l’opposé du marbre : la cire. Pour la travailler, la difficulté est de trouver la bonne température. Froide, elle est trop dure. Trop chaude, elle n’arrête pas de couler sans s’attacher à la masse. Tiède, on peut la malaxer, mais elle ne s’intègre pas facilement à d’autres morceaux.

Peut-être c’est symbolique de ce moment: entre la dureté du marbre (du concret, de la clarté, de la netteté, des lignes droites…) et la malléabilité de la cire (de la fluidité, de la douceur, du parfum, un symbole écolo),  malléabilité sous la chaleur en temps de réchauffement planétaire (inexistant pour Trump), le juste milieu se trouve dans l’argile… n’importe quoi. C’est le stress.

Je me remets à frapper le marbre.

Inauguration du buste de Charb dans la région parisienne

Buste hommage à Charb par Lartigue
« Et c’est justement notre ville, (…) qui a été choisie par la famille de Charb et l’association Cuba Si France pour offrir le buste original de Charb à Pierre Laurent, gage de l’engagement du PCF aux côtés de ces amis de Charlie-Hebdo. De ce dessinateur dont le crayon militait pour le bonheur de l’humanité, contre le racisme, contre le sexisme, contre l’homophobie, contre tous les intégristes ! C’est un honneur qui est fait à notre ville. Et je vous invite le vendredi 7 avril à venir le partager au théâtre Paul-Eluard à 18h30″
(Extrait du blog du maire de Bezons, Dominique Lesparre. Pour le lire, cliquez ici).

https://dominiquelesparre.com/2017/03/27/a-bezons-hommage-a-charb-dessinateur-engage-et-enrage/

Ma fille Anaéli sera présente à la cérémonie en hommage à Charb. Elle apportera le texte suivant :

Hommage rendu à Charb (Bezons, le vendredi 7 avril 2017)

Je voudrais tout d’abord remercier Cuba Si France de m’avoir permis de participer à cet hommage rendu à Charb.

Après les événements, je me suis lancé dans la réalisation des bustes des caricaturistes assassinés: Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, de l’économiste Bernard Maris et de la psychanalyste Elsa Cayat.

Non pas pour les considérer comme des victimes – des victimes, malheureusement, il y en aurait plus tard des centaines d’autres – mais comme des soldats qui luttaient pour nous, pour le droit à défendre l’esprit critique.

Un jour, j’ai eu une image : la liberté d’expression pouvait être vue comme un territoire ou un pays, à l’intérieur duquel les citoyens évoluent. Plus le territoire est grand, plus les possibilités pour tout un chacun de penser, de parler, de jouir de cette liberté sont importantes. Aux frontières, loin de nous, des soldats veillent et nous protègent. Pour que notre territoire reste le plus étendu possible, ils repoussent le plus loin possible les limites de la liberté d’expression. Artistes, penseurs, dessinateurs de presse, ces soldats sont toutes les femmes et tous les hommes qui agissent pour que l’ensemble de la société puisse bénéficier de la plus large liberté possible.

Si nous cédons à la peur en décidant d’abandonner ne serait-ce qu’une petite partie de ce territoire aux extrémistes, c’est la bataille qui est irrémédiablement perdue.

À la veille d’élections où plusieurs candidats jouent sur les peurs, je suis heureux, ce soir, de pouvoir rendre cet hommage à Charb, dont l’humour et la sincérité nous signalaient les dangers des dérives communautaires et religieuses radicales, sans pour autant nous rendre peureux, au contraire.

Le rire fait de nous des êtres plus forts.
Les nouvelles générations ont le droit de vivre sans peur.

Gérard Lartigue, artiste sculpteur

 

Après la cérémonie :

Le Parisien  :

« Ils refusent de le laisser tomber dans l’oubli. Stéphane Charbonnier, plus connu sous le nom de Charb, continue de les habiter. Ce vendredi soir, au théâtre Paul Eluard de Bezons, ils ont rendu hommage au rédacteur en chef de Charlie Hebdo, tué en janvier 2015. A droite de la pièce, sous un drapeau cubain, Charly, président de l’association Cuba Si France, à laquelle était «attachée Charb», indique-t-il, dévoile un buste couleur grise, représentant le dessinateur, réalisé par le sculpteur Gérard Lartigue… »

L’Humanité :

« En septembre 2015, à la Fête de l’Humanité, le sculpteur Gérard Lartigue avait exposé, au stand de Cuba Si, les bustes en terre cuite des dessinateurs de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015. Vendredi 7 avril, l’association Cuba Si, que soutenait activement Charb, a offert le buste du caricaturiste aux communistes du Val d’Oise, au théâtre Paul Eluard de Bezons, en présence de la famille de Charb, du maire communiste de la ville, Dominique Lesparre, du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, et de Marika Bret et Gérard Biard, de Charlie Hebdo… »

 

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