Prix Nobel de littérature 1990

Depuis des décennies je voulais faire son portrait. L’œuvre qui a déclenché mon intérêt pour cet écrivain, c’est Le Labyrinthe de la solitude, un essai qui analyse la société mexicaine des années 1950. Octavio Paz s’est toujours opposé à toute forme de violence, au point d’abandonner son poste d’ambassadeur en Inde pour protester en 1968 contre son propre gouvernement quand celui-ci avait ordonné une répression violente des étudiants (le nombre de morts n’a jamais été élucidé) lors des Jeux olympiques au Mexique. Dans sa lutte contre la violence, Paz avait aussi soutenu les Républicains pendant la Guerre civile espagnole. Il avait pris la défense d’auteurs comme Alexandre Soljenitsyne et critiqué les activités des sandinistes au Nicaragua et des castristes à Cuba. On devine sur son visage un esprit indépendant, difficile à étiqueter.

Il vit plusieurs années en France comme diplomate après 1946 et y revient en 1959. Marié en deuxième noces à une Française, Marie-José Tramini, il lui consacre quelques-uns de ses meilleurs poèmes.

C’est fait, j’ai fait son buste en argile. Peut-être sera-t-il un jour coulé en bronze (ma dernière obsession, c’est de tout transformer en bronze…). Il ne me reste qu’à découvrir sa poésie.

 

Après… il n’y a pas d’après. J’avance, je fends de grandes roches d’années, masses de lumière compacte, je descends des galeries de mines de sable, je perce des couloirs qui se referment comme des lèvres de granit. Et je retourne à la plaine, la plaine où il est toujours midi, où un soleil identique tombe fixement sur un paysage figé. Et n’en finissent pas de tomber les douze heures, ni de bourdonner les mouches ni de s’étoiler en éclats cette minute qui ne passe pas, qui seulement brûle et ne passe pas.

Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éditions Gallimard, coll. poésie, 1966 (isbn 2-07-031789-7), partie II. aigle ou soleil ? (1949-1950), aigle ou soleil ? plaine, p. 88 – liberté sur parole, 1929 – Octavio Paz

Près d’un siècle de vie engagée

Avec Edgar Morin- buste réalisé par Lartigue 10

Il y a des gens qui aiment aller aux concerts de musique populaire et allumer leur briquet pour montrer qu’ils vibrent à l’unisson de leur chanteur ou groupe musical admiré. Et c’est beau de voir tous ces êtres abandonnés dans un seul mouvement. La sensation est forte. On fait partie d’un ensemble. Dans une société où l’individualisme est prôné sans arrêt, où les cafés dans les villages disparaissent, où les gens préfèrent se coller à un écran le soir au lieu de sortir discuter avec les voisins, tout le monde finit par se sentir isolé. Un concert représente un moment de partage. On met son ego de côté pour se joindre à une vague pleine d’énergie qui ondule autour de nous.

La Poétesse et moi avons ressenti cela dans la conférence d’Edgar Morin. Non, on n’a pas brandi de briquets au-dessus de nos têtes, mais le cœur y était. Le philosophe a partagé son optimisme : la société cherche de plus en plus des réponses différentes, et la pensée complexe en laquelle il croit fait son chemin. Dans le monde actuel, on a appris à tout séparer, à tout classifier de façon cloisonnée ; il est temps de chercher les interconnexions entre les savoirs. L’esprit doit non seulement rester critique, mais aussi créatif et responsable. La mondialisation est là, qu’on le veuille ou pas, mais elle peut être positive si on arrête d’opposer mondialisation et nationalisme. La pensée complexe se base sur la richesse propre aux tissus (Edgar Morin utilise l’image du tissu pour illustrer la complexité), sur l’interconnexion, le tout. Au lieu d’opposer deux concepts simplistes, il faudrait chercher à proposer de nouvelles options de progrès et de conservation imbriqués.

Il a parlé de ses années de Résistance, de l’urgence aujourd’hui d’éviter la catastrophe vers laquelle la planète se dirige dans ses formes de production actuelle. Les jeunes de l’association MADETE qui ont participé à l’organisation de cette conférence ont posé des questions intéressantes. Des intervenants ont montré qu’il y a des jeunes qui s’intéressent à fond à la politique et qui veulent un monde différent.

Les étudiants qui ont organisé la conférence nous ont invités sans hésiter à exposer le buste d’Edgar Morin quand nous le leur avons proposé. L’amphithéâtre était plein. Il y avait des personnes de tous les âges. Les jeunes étaient, bien sûr, plus nombreux, puisque l’événement était organisé principalement pour eux. J’en profite pour remercier les organisateurs de leur accueil chaleureux.

Avant l’arrivée du philosophe et sociologue, quand nous avons installé le buste que j’ai réalisé de lui il y a quelques semaines, nous avons distribué une cinquantaine de feuillets où la Poétesse avait imprimé mes articles sur lui (du chamanisme… , Edgar Morin) . Je parlais de son livre sur l’esthétique (dont la lecture m’a incité à réaliser son buste, renvoyant ainsi la balle à son auteur : il parlait du fait que l’artiste est semi-possédé par son modèle), de son idée de comparer les artistes aux chamans, de son visage, tellement bien sculpté par lui pendant près d’un siècle. Un visage plein de sagesse et de joie. J’ai figé pourtant son expression de gravité, et non son très beau sourire qu’il laisse souvent apparaître. Ce choix est personnel. Je considère que c’est la force de sa lutte, son engagement total, qu’il fallait retenir. Son sourire reste dans notre mémoire pour toujours, mais c’est son regard sérieux et plein de lumière qui me pousse à croire aux changements profonds ; c’est cela que j’ai voulu représenter.

A la fin de la conférence, nous avons échangé quelques mots avec lui. C’était touchant pour moi de le voir ému devant son buste. Il nous a remerciés, en disant que ce qui le touchait davantage était le texte que j’avais écrit sur lui. Nous nous sommes serré la main avec force. Une petite étincelle de toute une vie engagée est passée de ses mains aux miennes à cet instant, une sensation de force infinie qui me pousse à continuer la création. On se reverra, c’est sûr.

Photos prises par Juliette Marne, la Poétesse.

Pour découvrir l’appel d’Edgar Morin « Changeons de voie » : http://changeonsdevoie.org/

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/29/edgar-morin-cette-election-est-un-saut-dans-l-inconnu_5119842_3232.html

Exposition du buste d’Edgar Morin

Ce jeudi 4 mai le sociologue et philosophe donnera une conférence à Toulouse

Quelques jours avant le jour fatidique où nous serons en danger de perdre notre démocratie, Edgar Morin « nous propose de prendre de la hauteur pour nous interroger sur les enjeux fondamentaux qui conditionnent notre avenir commun. La pensée complexe qu’il a élaborée depuis quarante ans dans son oeuvre majeure, La Méthode, nous invite à questionner nos manières de réfléchir, nos choix collectifs et à considérer qu’« à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel.» »  (je cite les organisateurs de la conférence, qui citent Edgar Morin).

Buste de Edgar Morin par Lartigue 2

Edgar Morin, Amour, Poésie, Sagesse (1997) :

« N’oublions pas que cette bouche parle, et ce qu’il y a de très beau, c’est que les paroles d’amour sont suivies de silences d’amour. Notre visage permet donc de cristalliser en lui toutes les composantes de l’amour. »

Cette citation est idéale pour présenter son buste, qui sera présent lors de sa conférence. C’est notre façon de lui rendre hommage, de rendre hommage à l’ouverture d’esprit. Les portes risquent de se fermer ce dimanche. Ecoutons ceux qui ont consacré leur vie à donner des bases intellectuelles à notre liberté.

Nous arrivons peut-être à un point de non-retour ce dimanche. L’abstention semble être importante, ce qui mathématiquement provoquera que Le Pen gagne les élections. On suit le même chemin que les Américains : nous nous retrouverons avec une Trump au pouvoir.

Je vois comment nous nous dirigeons vers un mur, comment nous allons perdre nos libertés les plus chères et je ne vois pas de solution. L’Histoire se déroule sans nous en tant qu’individus.

Le système est à bout de souffle. Et ceux qui ne veulent pas participer au blocage contre Le Pen en s’abstenant de voter, souhaitent montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec un système qui devient de plus en plus injuste, le système néolibéral. C’est l’occasion de montrer qu’ils ne veulent pas être complices de ce système qui écrase les plus faibles. Je comprends leurs arguments, mais c’est triste de voir le prix si cher à payer, celui de perdre notre liberté. Pour nous, en tant qu’artistes, c’est la catastrophe. Un régime dictatorial comme celui qui va peut-être arriver ce dimanche, est synonyme de silence obligé pour les artistes.

Pour lire un autre article sur Edgar Morin, cliquez ici. 

Journée au futur incertain

marbre processus série liberté dans le noir - Lartigue 2

Quoi de mieux pour ne pas stresser sur les résultats de cette journée d’élections que de se mettre à sculpter le marbre ? Le soleil brille sur un ciel bleu sans un seul nuage, ce qui donne envie de croire à un bon présage : demain la France continue à se battre pour des valeurs universelles, en laissant de côté la tentation du repli, de l’égoïsme, de la peur. On verra. Je continue à frapper le marbre. Trouver une forme à l’intérieur de cette pierre qui doit avoir un âge de quelques millénaires me fait relativiser la situation mondiale. En dévoilant le coeur de cette pierre je respire une poussière qui flottait peut-être à l’époque des dinosaures, ou avant. C’est une façon de parler, car j’évite de la respirer avec mon masque pro… 🙂

Le stresse me pousse à écrire des textes sans queue ni tête.

En quelques mots : toucher ce marbre millénaire me tranquillise par rapport à notre court destin en tant que citoyens d’un pays beau et libre au futur prometteur, mais qui a peur. Ce soir la poétesse et moi allons dépouiller les votes de notre ville. Du vrai masochisme. Ou source de joie ? Encore le stress.

marbre processus série liberté dans le noir - Lartigue

Mes outils, de la marque Auriou, sont extraordinaires : ils cassent la pierre en gardant leur bord tranchant intact. Impressionnant. Le savoir-faire d’une entreprise française bien apprécié à l’étranger. La technologie moderne mise au service d’une activité exercée depuis l’âge de pierre, depuis plus de deux millions d’années.

Tout cela pour éviter de penser aux élections.

Je travaille un autre matériau ces jours-ci, à l’opposé du marbre : la cire. Pour la travailler, la difficulté est de trouver la bonne température. Froide, elle est trop dure. Trop chaude, elle n’arrête pas de couler sans s’attacher à la masse. Tiède, on peut la malaxer, mais elle ne s’intègre pas facilement à d’autres morceaux.

Peut-être c’est symbolique de ce moment: entre la dureté du marbre (du concret, de la clarté, de la netteté, des lignes droites…) et la malléabilité de la cire (de la fluidité, de la douceur, du parfum, un symbole écolo),  malléabilité sous la chaleur en temps de réchauffement planétaire (inexistant pour Trump), le juste milieu se trouve dans l’argile… n’importe quoi. C’est le stress.

Je me remets à frapper le marbre.

Inauguration du buste de Charb dans la région parisienne

Buste hommage à Charb par Lartigue
« Et c’est justement notre ville, (…) qui a été choisie par la famille de Charb et l’association Cuba Si France pour offrir le buste original de Charb à Pierre Laurent, gage de l’engagement du PCF aux côtés de ces amis de Charlie-Hebdo. De ce dessinateur dont le crayon militait pour le bonheur de l’humanité, contre le racisme, contre le sexisme, contre l’homophobie, contre tous les intégristes ! C’est un honneur qui est fait à notre ville. Et je vous invite le vendredi 7 avril à venir le partager au théâtre Paul-Eluard à 18h30″
(Extrait du blog du maire de Bezons, Dominique Lesparre. Pour le lire, cliquez ici).

https://dominiquelesparre.com/2017/03/27/a-bezons-hommage-a-charb-dessinateur-engage-et-enrage/

Ma fille Anaéli sera présente à la cérémonie en hommage à Charb. Elle apportera le texte suivant :

Hommage rendu à Charb (Bezons, le vendredi 7 avril 2017)

Je voudrais tout d’abord remercier Cuba Si France de m’avoir permis de participer à cet hommage rendu à Charb.

Après les événements, je me suis lancé dans la réalisation des bustes des caricaturistes assassinés: Cabu, Charb, Wolinski, Tignous, Honoré, de l’économiste Bernard Maris et de la psychanalyste Elsa Cayat.

Non pas pour les considérer comme des victimes – des victimes, malheureusement, il y en aurait plus tard des centaines d’autres – mais comme des soldats qui luttaient pour nous, pour le droit à défendre l’esprit critique.

Un jour, j’ai eu une image : la liberté d’expression pouvait être vue comme un territoire ou un pays, à l’intérieur duquel les citoyens évoluent. Plus le territoire est grand, plus les possibilités pour tout un chacun de penser, de parler, de jouir de cette liberté sont importantes. Aux frontières, loin de nous, des soldats veillent et nous protègent. Pour que notre territoire reste le plus étendu possible, ils repoussent le plus loin possible les limites de la liberté d’expression. Artistes, penseurs, dessinateurs de presse, ces soldats sont toutes les femmes et tous les hommes qui agissent pour que l’ensemble de la société puisse bénéficier de la plus large liberté possible.

Si nous cédons à la peur en décidant d’abandonner ne serait-ce qu’une petite partie de ce territoire aux extrémistes, c’est la bataille qui est irrémédiablement perdue.

À la veille d’élections où plusieurs candidats jouent sur les peurs, je suis heureux, ce soir, de pouvoir rendre cet hommage à Charb, dont l’humour et la sincérité nous signalaient les dangers des dérives communautaires et religieuses radicales, sans pour autant nous rendre peureux, au contraire.

Le rire fait de nous des êtres plus forts.
Les nouvelles générations ont le droit de vivre sans peur.

Gérard Lartigue, artiste sculpteur

 

Après la cérémonie :

Le Parisien  :

« Ils refusent de le laisser tomber dans l’oubli. Stéphane Charbonnier, plus connu sous le nom de Charb, continue de les habiter. Ce vendredi soir, au théâtre Paul Eluard de Bezons, ils ont rendu hommage au rédacteur en chef de Charlie Hebdo, tué en janvier 2015. A droite de la pièce, sous un drapeau cubain, Charly, président de l’association Cuba Si France, à laquelle était «attachée Charb», indique-t-il, dévoile un buste couleur grise, représentant le dessinateur, réalisé par le sculpteur Gérard Lartigue… »

L’Humanité :

« En septembre 2015, à la Fête de l’Humanité, le sculpteur Gérard Lartigue avait exposé, au stand de Cuba Si, les bustes en terre cuite des dessinateurs de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015. Vendredi 7 avril, l’association Cuba Si, que soutenait activement Charb, a offert le buste du caricaturiste aux communistes du Val d’Oise, au théâtre Paul Eluard de Bezons, en présence de la famille de Charb, du maire communiste de la ville, Dominique Lesparre, du secrétaire national du PCF, Pierre Laurent, et de Marika Bret et Gérard Biard, de Charlie Hebdo… »

 

Inauguration du buste du député Marcel Cabiddu

Que d’efforts fournis par Emmanuel Richelien ! Il a dû lutter pour accomplir ce projet. Le buste de l’homme qu’il admirait profondément a finalement trouvé sa place à Wingles, petite ville du département du Pas-de-Calais. Hier on a assisté à son inauguration avec la présence du frère, de son beau-frère et d’autres membres de la famille. Parmi les présents : Madame le maire de Wingles Maryse Loup, les députés du Pas-de-Calais Nicolas Bays, Stéphane Saint-André et Michel Lefait, le président du Conseil départemental Michel Dagbert, l’ancien Ministre Jacques Mellick. Merci à tous.

Il y a deux ans, Emmanuel Richelien a lancé un appel d’offres que nous avons eu l’honneur de remporter. L’ancien député-maire de Wingles, ami proche de Laurent Fabius, méritait une statue. Il était décédé en 2004. Ce politicien avait apporté à sa région et à sa ville des changements profonds qui avaient permis à cette zone de se rattacher au progrès, malgré la désindustrialisation inexorable des dernières décennies. C’était un homme de gauche, humaniste, infatigable, sévère et juste.

Au début, Emmanuel Richelien comptait sur le soutien du député Nicolas Bays, et très probablement sur celui de Laurent Fabius. Mais entretemps les attentats sont arrivés, ces attentats qui ont changé notre pays, et la peur s’est installée un peu partout. L’hommage à Marcel Cabiddu est alors devenu compliqué.

Emmanuel Richelien, fidèle à son mentor, a continué le projet. Sa réalisation a pris plus de deux ans. Exit la présence de Laurent Fabius à l’inauguration du buste, car cela devenait trop dangereux : le centre nautique où le buste serait installé ne pourrait pas être sécurisé.

Pour trouver le socle, il a dû faire avec les moyens du bord. Un tronc d’arbre coupé sert de base. Marcel Cabiddu, un homme qui a changé sa région, qui a tellement fait pour que sa ville et son département retrouvent leur dynamisme avec la modernité, cet homme à la mémoire prodigieuse et à l’activité permanente, qui est resté fidèle aux valeurs de gauche, a eu droit à un buste posé sur un tronc d’arbre à côté du beau lac qu’il avait fait aménager. Ce lac est devenu un symbole de la lutte de l’homme contre le chaos. Des marécages et des terrils ont été convertis, sous ses mandats, en un bel endroit pour se promener. Le directeur du parc de nature et de loisirs, Roberto Riu, qui tenait lui aussi à rendre un hommage sincère à Marcel Cabiddu, veillera à l’installation définitive de l’oeuvre sur le site.

Emmanuel Richelien a réussi à rendre hommage au député Marcel Cabiddu. Il aurait préféré un socle en pierre. Il aurait peut-être souhaité un emplacement lié à l’activité qui fut celle du député : la politique. Mais le buste est là. Il trône au milieu d’un espace magnifique entouré par la nature. Il a évité la solution typique de notre temps et de notre société parfois un peu trop plate : une simple plaque commémorative. Au lieu de cela, il a réussi à imposer un buste, avec la présence du personnage, avec sa force de caractère et ce regard généreux dans lequel on devine une foi absolue dans les valeurs humanistes.

La présence, hier soir à l’inauguration, de personnes qui admiraient Marcel Cabiddu, qui visiblement l’appréciaient, ont prouvé par leur réaction qu’Emmanuel Richelien a eu raison. Notre société a besoin de récits, de magie, d’espoir, et l’art est là pour offrir cela. Ceux qui ne comprennent pas ce besoin et qui préfèrent peupler notre pays de plaques commémoratives se trompent. Les plaques se trouvent du côté de la mort. Les sculptures et les objets d’art proposent la vie et la transmission de valeurs.

Photos de Juliette Marne.

Merci à tous ceux qui sont venus. Marcel Cabiddu semblait heureux de les « retrouver ».

Le brouillard entre 2016 et 2017

Un ami a répondu à mon dernier article en me disant qu’il considérait que la société ne devenait pas de « plus en plus rationnelle ». Je me suis peut-être mal exprimé : en disant cela, je ne voulais pas dire que la raison se développe ; je voulais dire que face au vide laissé par le savoir (les lumières), la société se base pour survivre sur le squelette laissé par le savoir, sur une rationalité ankylosée, sur les formules, les répétitions, tout ce que l’hémisphère gauche de notre cerveau sait bien gérer. On a délaissé depuis longtemps l’esprit critique pour le remplacer par des automatismes faciles qui nous déresponsabilisent.

L’héritage laissé par le Siècle des Lumières est en danger. On va entrer, paraît-il, dans une période obscure imposée par un mauvais concept de la démocratie, par un populisme rampant. L’ignorance s’impose sur le savoir. Le savoir est considéré comme négatif. Il gêne.

Une bonne image de cette étape de transition : le brouillard. J’ai pris ces photos ce matin. La beauté du paysage n’a rien à voir avec l’obscurité vers laquelle le monde se dirige actuellement. Mais le manque de visibilité, si. On se trouve dans un moment d’attente, de présages, relativement calme, presque immobile. On n’a pas envie de voir ce qui va arriver. Ce brouillard est agréable, mystérieux. Si on était certain que le soleil arrivera après, tout irait bien. « Jusqu’ici, tout va bien ».

Transmission

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Ce soir nous avons eu le plaisir de rencontrer Brigitte Émile-Zola, l’arrière-petite-fille de l’écrivain. Elle est venue présenter les livres publiant les lettres que Zola a écrites à Jeanne Rozerot, la femme qu’il aimait, mère de ses deux enfants, et à son épouse Alexandrine, à l’époque de l’affaire Dreyfus. Plaisir parce que la vie de cet auteur dont j’ai toujours admiré le courage à défendre une cause difficile et dangereuse (ce qui semble l’avoir tué à la fin), à une époque où il aurait été plus facile de simplement laisser faire comme la plupart des gens, la vie donc de cet auteur si important dans l’histoire de la littérature, ou simplement dans l’Histoire tout court, est devenue plus proche, plus réelle. Le fait que son fils, Jacques Émile-Zola, soit l’homme qui a élevé la femme avec qui nous avons discuté, ramène dans le présent et dans notre univers actuel l’auteur qui jusqu’à hier était pour moi un personnage historique enfermé dans les livres.

buste-zola-par-lartigue

Je suis en train de réaliser le buste d’Émile Zola pour saluer le courage d’un homme qui a cru en la justice. Notre époque a besoin de ce courage. Et d’une nouvelle confiance dans nos institutions.

Pour en savoir plus :

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20080522.BIB1369/les-zola.html

Les deux ouvrages épistolaires ont été établis par Brigitte Émile-Zola et Alain Pagès, professeur de littérature à l’université de la Sorbonne-Nouvelle, et auteur de plusieurs ouvrages sur le grand écrivain:

http://www.lepoint.fr/culture/alain-pages-depoussiere-zola-01-07-2014-1842161_3.php

Les livres :

http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/Lettres-a-Alexandrine

http://www.cahiers-naturalistes.com/lettres_a_jeanne_rozerot.html

La rencontre était organisée par le Prix du Jeune Écrivain.

« Jusqu’ici tout va bien »

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Comme je disais hier, tout semble « normal », le quotidien est toujours là, sans aucun changement apparent. « Jusqu’ici, tout va bien », comme disait l’homme qui tombait d’un immeuble de 50 étages avant d’atteindre le sol, dans le film La Haine de Mathieu Kassovitz. Pourtant tout est différent depuis hier. Les possibilités de franchir encore une fois la ligne qui sépare ce qui est « normal » de ce qui est tragique, inacceptable, terrible, et tous les adjectifs qui décrivent l’horreur sont ouvertes. Le pays le plus puissant de la planète a mis au gouvernail un homme fou.

Le temps de retrouver du sens est arrivé. Vivre sans direction claire est devenu dangereux. Cet article semble drastique, mais je pense que nous vivons une période drastique. Pourtant je reste optimiste. L’Europe peut se réveiller. C’est le moment. Et dans tout cela, l’art a un rôle à jouer. Je n’ai aucune idée duquel, mais il deviendra évident dans les années à venir.

Je mets dans la page de mon journal de ce matin l’image d’une probable liberté guidant le peuple, un peu cassée…

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