art content-pour-rien

Notre société a une tendance marquée à mélanger l’art et les loisirs. Les médias ont tendance à mettre les deux domaines dans le même espace médiatique, comme si l’art servait à « distraire », à « divertir », à amuser : on le place dans la section « spectacles ». Même si dans l’art il y a des oeuvres qui font partie du spectacle, comme les arts vivants (performing arts), la peinture et la sculpture appartiennent à un ensemble bien différent où la contemplation est un élément central, absent dans le monde du spectacle. 

L’art dit « contemporain » est le fruit de cet amalgame. Des oeuvres plus proches du théâtre par leur nature temporelle, de présence, de spectacle, se font passer aujourd’hui pour des objets d’art susceptibles d’être vendus (c’est comme si l’on pouvait vendre une pièce de théâtre au lieu de vendre des entrées). Cet « art contemporain » a ainsi pris l’espace des galeries et des musées qui appartenaient aux peintres et aux sculpteurs. Parfois il s’agit vraiment d’art, mais en tant qu’art du vivant, du présent, du spectacle ; il devrait donc être représenté dans un théâtre, ou dans la rue, ou sur une place publique. Sa rétribution commerciale devrait passer par un billet d’entrée, en non par la vente d’un concept. Vendre l’urinoir de Duchamp… absurde ! Mais vendre un billet pour aller voir cet objet (tout urinoir ferait l’affaire) dans un espace décontextualisé (dans les WC cela n’aurait aucun intérêt puisqu’il s’y trouve déjà), pourquoi pas. Ou dans un musée une fois que l’événement est devenu historique. 

 

 

C’est un point de vue…

Points-de-vue-Lartigue

L’accident dans l’art

Je relis mes derniers articles et je constate que j’ai oublié d’expliquer ce qui s’est passé pour que les sculptures se cassent en morceaux, même si on peut le deviner. Mais avant d’en parler, il y a un sujet qui me vient à l’esprit à propos de tout cela : l’accident dans l’art. Et je souhaite en parler parce que la réaction de mes élèves devant leurs oeuvres détruites a été exemplaire : elles ont intégré dans leurs oeuvres la destruction, tout en gardant l’intention qu’elles avaient au départ. Elles ont réussi des sculptures encore plus intéressantes. C’est un ingrédient essentiel en art, l’accident. Il s’agit de cet espace qui se crée entre notre maîtrise sur la matière et les forces extérieures qui dominent le monde « réel ». Un accident arrive par définition quand on ne contrôle pas complètement une situation. Dans l’art cela permet à la matière de s’exprimer « librement ». On peut retrouver à cet instant-là une logique qui échappe à notre raison.

Ce n’est pas pour justifier mon manque de prévision. J’aurais pu supposer que la semaine de mon absence il y aurait une vague de froid exceptionnelle. Même si la planète se réchauffe, il faut s’attendre à des températures plus basses que d’habitude par moments. La prochaine année je serai attentif à ce danger. L’explication est simple : le froid constant pendant des jours, avec des températures négatives, crée de la glace dans l’argile, provoquant des fissures à cause de l’expansion de l’eau dans cet état. C’est ce qui explique le délitement des oeuvres devant nos yeux : la température venait d’augmenter l’après-midi et la glace fondait, laissant l’argile disloquée et molle.

Donc ce n’est pas pour justifier quoi que ce soit, mais pour parler de mon admiration devant l’attitude créatrice de mes élèves. Toutes les sculptures ont pris une nouvelle dimension et nous avons pu alors fêter avec des crêpes et des gâteaux, avec quelques gouttes de Cognac.

Les photos illustrent le retour à notre campagne, loin du brouhaha urbain de Paris. Nos promenades reprennent sur cette terre ondulée face aux Pyrénées.

Suite du voyage à Paris et à Lille

Pour lire la première partie, cliquez sur l’image :

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Le désastre a continué le lendemain de notre retour. Deux des sculptures rescapées se sont effondrées devant moi, comme si le fait de les regarder ramollissait l’argile. Notre chienne observait l’argile bouger et tomber avec un air d’incompréhension totale. J’avais déjà compris le phénomène, dont je parlerai plus tard, mais j’étais impuissant devant cette auto-destruction inexorable. Expliquer le phénomène à Isis, cette belle chienne qui restait attentive à ma réaction, aurait été absurde. Je reprends le récit du voyage.

Nous sommes déjà à Wingles, près de Lille. L’inauguration du buste se passe parfaitement bien. Marcel Cabiddu, député disparu il y a treize ans, avait une quantité importante d’admirateurs et de personnes qui l’aimaient. Ce vendredi treize, beaucoup sont venus pour retrouver sa présence symbolique. Après le discours de Madame la maire de Wingles Maryse Loup, du député du Pas-de-Calais Nicolas Bays, du président du Conseil départemental Michel Dagbert et d’Emmanuel Richelien, ami proche du défunt et organisateur de cet événement, nous dévoilons la sculpture cachée sous un tissu bleu, blanc, rouge. Les réactions sont sincères et émouvantes. Je me retrouve avec le drapeau dans les mains, ce tissu qui rappelait l’engagement de cet homme pour la France.

Nous partons à Lille, sans le député (depuis deux ans que ce buste nous accompagnait à l’atelier, je l’appelle ainsi). L’alerte rouge est levée (on avait prédit des tempêtes de neige et du verglas). Le jour se lève avec un ciel bleu magnifique. La ville est vraiment belle ! Les gens sont dans la rue, le bruit est gai. La voiture me semble plus légère, moins vulnérable. Le député nous manque déjà.

De retour à Paris on passe au musée du Louvre à Lens. Magnifique espace immense où l’on peut apprécier des oeuvres bien choisies de toutes les époques. Le fil conducteur est le temps. Une sculpture égyptienne peut se trouver à côté d’un objet asiatique s’ils ont été créés à la même époque.

L’arrivée à Paris le lendemain se fait en douceur. Nous ne sommes pas pressés. Nos amis nous attendent pour recevoir chez eux les bustes. Surprise : le dimanche soir il y a des bouchons. Nos concitoyens étaient tous ici, à Paris ! Le reste du pays est vide ! (Surprise pour nous, tout le monde doit le savoir). Nous arrivons en retard. Nous passons un bon moment avec nos amis et partons à notre hôtel dans le sud de la ville.

Je garde le souvenir d’un miroir au Musée du Louvre-Lens : un miroir étrange qui m’a rappelé la présence constante de la mort, sans pathos, juste comme une incitation à vivre intensément sans perdre notre temps. La mort peut servir à cela, à nous rappeler de vivre. Ce vieux miroir, habitué à refléter les gens au fil des siècles, doit garder des images un peu coincées entre les différentes époques. Le passé et le futur font penser forcément à ce temps où on est exclu, ou notre existence n’est pas encore arrivée ou est déjà finie, si cela est possible… Cela me ramène à cette idée des fantômes dont j’ai parlé hier à propos du temps plié (cliquez ici).

Giacometti au musée Picasso. Je m’extasie devant les sculptures d’Alberto. Il travaille la matière dans une lutte constante ; il construit et détruit en permanence. Une vidéo montre sa façon de sculpter. Une autre vidéo le montre en train de réaliser une toile. Ses mouvements dénotent un intérêt sur la structure centrale de l’ensemble, structure invisible que ses yeux cherchent sur le modèle. Il met une ligne en haut et tout de suite en bas, puis une diagonale qui met en lien les deux. De même avec l’argile. Une boulette à gauche pour équilibrer celle qu’il vient de placer à droite. Il travaille sur toute la pièce en cherchant l’harmonie générale. Les détails sont en lien avec l’ensemble. L’infiniment petit touche l’infiniment immense.

La dernière oeuvre, celle d’un crâne en bronze, est de Picasso.

Pour réaliser le buste d’Alberto Giacometti, qu’on peut voir sur l’onglet OEUVRE (cliquez ici)  , je me suis basé sur sa façon de travailler l’argile.

L’exposition à la Fondation Luis Vuitton de la collection Chtchoukine est merveilleuse. Des tableaux que je n’avais jamais vus de Matisse, de Gauguin, de Picasso… La sensibilité de ce collectionneur russe est impressionnante.

Nous retrouvons nos amies de l’ambassade philippine et nous passons un moment bien agréable dans un bar près des Halles. Le projet de la sculpture pour une place de Paris avance bien.

Nous rencontrons le lendemain une amie dont j’ai fait le buste. Elle est une ancienne élève de Maurice Béjart. On discute sur la mémoire, si je me souviens bien…

Paris, ville  toujours vivante, changeante, en mouvement constant, et pourtant bien ancrée, clouée par la tour Eiffel à côté de la Seine. Le monde entier se donne rendez-vous sur ce point du globe terrestre. Tout le monde est attiré par sa lumière. L’art est cette lumière qui attire les humains de toute la planète comme des insectes. À chaque pas les yeux peuvent s’attarder sur une sculpture, sur un monument, sur une façade, sur une vitrine… Je me sens rassuré de constater que l’art, même s’il ne semble pas « utile », reste au centre de la vie humaine.

Ah, l’histoire des sculptures qui se défont toutes seules : il est tard, j’en parlerai demain.

Quelques jours à Paris

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De retour à Muret. Cinq heures du matin. La soirée au restaurant Il Vicolo, rue Mazarine, dans le 6ème s’était très bien passée. Une ambiance détendue et malgré l’immense quantité d’invités, tout le monde respectait le besoin de Michel Houellebecq de mener une vie la plus naturelle possible. Presque pas de téléphones dirigés vers lui pour le photographier, encore moins de « selfies » et personne ne se pressait pour échanger quelques mots avec lui. On aurait dit une fête d’amis. Pour moi, par contre, c’était important de bien l’observer, de le comparer avec son buste en bronze, à côté de lui. Je considère ce buste comme une de mes meilleures oeuvres, et je n’avais pas eu l’occasion de voir directement mon modèle. J’étais le seul à le regarder intensément. Les autres invités restaient discrets. Ils étaient là attirés par son oeuvre littéraire. C’était peut-être cela, des amis autour des mots. Les mots comme une colle sociale. Ce besoin d’histoires depuis la préhistoire.

On a pris la route en sortant du restaurant, vers 22h. Un seul arrêt à Limoges pour faire le plein. On s’est couchés à six heures du matin ! L’après-midi à l’atelier nous avons trouvé tout en ordre… apparemment. Le froid s’était glissé jusqu’à l’intérieur du four de sculpture. Tout l’atelier semblait gelé. Nous avons mis en route le chauffage. Les sculptures en processus de mes élèves, sous leurs sacs en plastique (on doit les couvrir pour que l’argile ne sèche pas) m’ont semblé moins grandes. Nous avons entendu des bruits bizarres, comme si un animal s’était caché dans un des sacs. Des petits bruits de plus en plus forts. Tout à coup on a vu les sacs bouger !

Dans l’atelier il y a souvent des fantômes. Nous aimons penser que nous cohabitons avec pas mal de monde du passé. Cela peut sembler ésotérique, mais si l’on croit aux nouvelles théories scientifiques (ah, ce mot calme un peu les esprits), le temps n’est pas un élément linéaire. Il se plie comme un drap (un drap plié, bien sûr). Le présent coexiste avec le futur et le passé. Il y aurait des ponts entre les temps. C’est là qu’on serait en contact avec des personnes du passé ou du futur. Mais pour rendre l’idée simple, on peut expliquer ce phénomène par de simples fantômes. Bref, nous avons pensé au début que les fantômes se manifestaient. Il faut penser que nous avions fait une nuit blanche. La fatigue permet d’ouvrir la perception. Les barrières rationnelles sont moins solides. D’autres sacs en plastique se sont mis à bouger. Et les sculptures semblaient de plus en plus affaissées !

Nous étions tellement surpris de les voir bouger que nous ne réagissions pas. Ce n’est que quand un grand morceau d’argile est tombé par terre que j’ai couru pour les découvrir. Les sculptures étaient en train de se défaire ! Ce qui me paraissait étrange c’est qu’elles aient attendu le moment où nous étions revenus pour s’auto-détruire. Il n’y avait pas, évidemment (je dis « évidemment » pour rassurer les esprits dits cartésiens) de fantômes ni d’animaux. J’expliquerai à la fin ce qui s’est passé. Pour l’instant je dois dire que j’ai ressenti une frustration terrible de ne pas pouvoir éviter l’auto-destruction de toutes ces oeuvres de mes élèves. Elles avaient passé des heures à travailler sur cette argile redevenue un tas de boue…

Il est difficile de s’éloigner d’un atelier. On sent comme si les oeuvres restaient dans une vulnérabilité immense. C’est comme si notre volonté de créer se répercutait sur leur intégrité : si on s’éloigne, l’oeuvre peut disparaître. On devient superstitieux à force de vivre dans la création tout le temps ; les forces rationnelles n’opèrent pas de la même façon dans un atelier.

Mais je voulais plutôt décrire ce voyage à Paris et à Lille. Ce sera dans l’article de demain…(la suite, cliquez ici)

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Musée du Louvre-Lens, sculpteur : Duseigneur. J’en parlerai dans un autre article.

Photo du sculpteur accablé, Juliette Marne

Photo au musée, GL

Houellebecq, poète et artiste

Je suis heureux de trouver l’image du buste que j’ai réalisé de Michel Houellebecq dans un beau livre bien riche d’informations et d’analyses littéraires autour de l’écrivain. Le Cahier de l’Herne qui lui est consacré a été réalisé par Agathe Novak-Lechevalier, qui nous a contactés pour nous demander si nous étions d’accord pour faire figurer l’image de ce buste, ce que Michel Houellebecq souhaitait. Pour nous c’était un honneur de partager avec le public notre vision de lui au travers d’une sculpture.

Actuellement ce buste existe en bronze. Sur les images j’ai mis l’étape du buste en cire, juste avant d’être coulé en métal.

Naissance de l’idée de réaliser le buste de Michel Houellebecq : il y a quelques années, nous avons regardé avec une amie, Maryse, un film de Guillaume Nicloux, L’Enlèvement de Michel Houellebecq. J’ai découvert une nouvelle facette de cet écrivain que je ne soupçonnais pas : celle d’une sincérité totale, d’une transparence involontaire, et même d’une amabilité inattendue. J’avais de lui l’image d’un personnage blasé et fermé, d’un provocateur en recherche d’attention. Grâce à ce film, j’ai compris que je me trompais. Houellebecq est d’ailleurs un excellent acteur ! Naturel et complexe, il incarne son propre rôle à la perfection.

Ses romans ne m’attirent pas autant que ses poèmes, que j’ai découverts après avoir vu le film. Sa sensibilité me semble intéressante, et sa vision détachée, libre, même si assez noire, est originale. Il a derrière son masque de personnage décadent une aspiration au bonheur, à l’empathie et à l’amour, vraiment touchante.

A l’époque, j’étais en train de réaliser une série de bustes d’écrivains, en choisissant ceux qui me semblaient pouvoir ouvrir notre vision du monde avec de nouveaux paramètres. La pensée de Michel Houellebecq, un écrivain qui joue avec les peurs à la mode, m’a semblé importante pour mieux percevoir, en reflet, notre société. J’ai donc décidé de sculpter un buste qui montrerait toute la décadence de notre société, qu’il porte dans sa propre chair.

Critique de l’ouvrage par Jean-Jacques-Birgé : « Le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq peut être considéré comme un opus déterminant de son parcours tant il recèle de pépites, inédits ou parutions confidentielles, entretiens ou réflexions passionnants… »La suite ici : https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-birge/blog/291216/le-nouveau-michel-houellebecq-est-un-cahier-de-lherne

Le brouillard entre 2016 et 2017

Un ami a répondu à mon dernier article en me disant qu’il considérait que la société ne devenait pas de « plus en plus rationnelle ». Je me suis peut-être mal exprimé : en disant cela, je ne voulais pas dire que la raison se développe ; je voulais dire que face au vide laissé par le savoir (les lumières), la société se base pour survivre sur le squelette laissé par le savoir, sur une rationalité ankylosée, sur les formules, les répétitions, tout ce que l’hémisphère gauche de notre cerveau sait bien gérer. On a délaissé depuis longtemps l’esprit critique pour le remplacer par des automatismes faciles qui nous déresponsabilisent.

L’héritage laissé par le Siècle des Lumières est en danger. On va entrer, paraît-il, dans une période obscure imposée par un mauvais concept de la démocratie, par un populisme rampant. L’ignorance s’impose sur le savoir. Le savoir est considéré comme négatif. Il gêne.

Une bonne image de cette étape de transition : le brouillard. J’ai pris ces photos ce matin. La beauté du paysage n’a rien à voir avec l’obscurité vers laquelle le monde se dirige actuellement. Mais le manque de visibilité, si. On se trouve dans un moment d’attente, de présages, relativement calme, presque immobile. On n’a pas envie de voir ce qui va arriver. Ce brouillard est agréable, mystérieux. Si on était certain que le soleil arrivera après, tout irait bien. « Jusqu’ici, tout va bien ».

Couleur, texture et mouvement

La couleur me manque. Depuis que je me consacre à la sculpture, je travaille exclusivement avec la lumière et l’ombre, en éliminant la couleur. Depuis des années je ne touche plus à mes huiles. Mes pinceaux attendent sous la poussière devant une toile commencée il y a trois ans et qui est restée à l’étape de l’ébauche en noir et blanc, le fusain sur la toile. Chaque décembre je renouvelle les voeux de Nouvel An de reprendre la peinture…  et chaque année ils restent stériles. Je ne trouve pas le temps : il me faudrait m’isoler pendant des jours pour me déconnecter du monde (un peu plus) et ainsi entrer dans l’état nécessaire pour travailler en deux dimensions avec des couleurs. Au fond, je crois que j’ai choisi la sculpture et que j’ai abandonné la peinture (après m’y être consacré pendant deux décennies). Un jour je reprendrai mes pinceaux…

En attendant, je m’extasie devant les couleurs de cet automne prolongé dans l’hiver. Regarder ces verts chrome à côté des couleurs de rouille des feuilles des vignes me provoque une envie forte de peindre. Les rangées de sarments hachent les surfaces velouteuses des collines.  Tout cela sous un ciel vibrant, d’une texture intense. Voilà pour la couleur et la texture. Pour le mouvement, je remets une image de ma chienne malheureuse en train de souffrir dans le froid… Je plaisante : elle exulte de courir dans la campagne dans le temps doux et limpide de ces derniers jours.

Il [l’homme] ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre (Jean de LA BRUYÈRE, XI)

Une dame de quatre-vingts ans, Marie, raconte son expérience dans une maison de retraite.

  • Dans la maison de retraite où je vais, les personnes ont des têtes très sympas et intéressantes. Aimerais-tu les sculpter, Gérard ?

Avant que je réponde, une autre personne intervient :

  • Elle est bien, cette maison de retraite, Marie ?
  • Oui, elle est bien. Les gens semblent contents et je m’y plais.
  • Mais tu résides là ? demande une troisième personne.
  • Non, je m’occupe de leur donner des cours de poterie. J’y vais une fois par mois. Je pense que cette activité les garde en forme.

On a tendance à croire qu’être vieux est synonyme de dépendance et de maladie. On pense que la vieillesse signifie perte de mémoire et des facultés cérébrales. Une maison de retraite est souvent l’espace social où les humains qui n’ont plus toutes leurs facultés finissent leur vie, dans un relatif oubli (je parlerai dans un autre article d’une maison de retraite à Saint Martory qui est unique : les personnes âgées restent des personnes dans tous les sens du terme, avec le respect qu’on leur doit, et ils sont au centre d’une attention très humaine). Mais ce n’est pas une fatalité. Loin de là. Tant que la personne garde un rôle social ou une passion créatrice ou un réseau social fort, les maladies sont moins nombreuses. Le problème actuel c’est que la retraite implique souvent une perte de sens dans la vie de la personne, une chute dans un vide : le rôle social de la personne disparaît. Parfois cela permet de se consacrer à des activités qu’on n’avait pas pu réaliser avant, ce qui est plutôt libérateur, mais malheureusement dans beaucoup de cas le système ne sait pas ouvrir des portes aux personnes âgées. C’est un des changements urgents de notre société : apprécier de nouveau la sagesse de ceux qui ont déjà une expérience immense. Au lieu de les écarter, on devrait leur demander conseil, ou des cours, ou un partage de savoir.

Pour les sculpteurs la retraite n’existe pas. On doit mourir avec une mirette à la main, en croyant qu’il y aura toujours une sculpture à faire encore plus proche du but recherché. Il ne faut pas demander quel but, car ça fait partie de la recherche. 😉

J’ai mis une photo d’une vieille dame qui s’appelle Hélène et de Barbara, la chanteuse. Deux esprits pleins de vie. Une avec un regard mélancolique et passionné et l’autre observatrice, charmante, douce et intense.

L’église est celle de Saint-Amans, près de Muret. Les matins de temps en temps, on va se promener dans ce coin. Il faut grimper les collines, histoire de faire marcher la pompe de sang un peu plus vite que quand je sculpte. Les jambes doivent aussi faire de l’exercice.

 

 

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