Suite du voyage à Paris et à Lille

Pour lire la première partie, cliquez sur l’image :

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Le désastre a continué le lendemain de notre retour. Deux des sculptures rescapées se sont effondrées devant moi, comme si le fait de les regarder ramollissait l’argile. Notre chienne observait l’argile bouger et tomber avec un air d’incompréhension totale. J’avais déjà compris le phénomène, dont je parlerai plus tard, mais j’étais impuissant devant cette auto-destruction inexorable. Expliquer le phénomène à Isis, cette belle chienne qui restait attentive à ma réaction, aurait été absurde. Je reprends le récit du voyage.

Nous sommes déjà à Wingles, près de Lille. L’inauguration du buste se passe parfaitement bien. Marcel Cabiddu, député disparu il y a treize ans, avait une quantité importante d’admirateurs et de personnes qui l’aimaient. Ce vendredi treize, beaucoup sont venus pour retrouver sa présence symbolique. Après le discours de Madame la maire de Wingles Maryse Loup, du député du Pas-de-Calais Nicolas Bays, du président du Conseil départemental Michel Dagbert et d’Emmanuel Richelien, ami proche du défunt et organisateur de cet événement, nous dévoilons la sculpture cachée sous un tissu bleu, blanc, rouge. Les réactions sont sincères et émouvantes. Je me retrouve avec le drapeau dans les mains, ce tissu qui rappelait l’engagement de cet homme pour la France.

Nous partons à Lille, sans le député (depuis deux ans que ce buste nous accompagnait à l’atelier, je l’appelle ainsi). L’alerte rouge est levée (on avait prédit des tempêtes de neige et du verglas). Le jour se lève avec un ciel bleu magnifique. La ville est vraiment belle ! Les gens sont dans la rue, le bruit est gai. La voiture me semble plus légère, moins vulnérable. Le député nous manque déjà.

De retour à Paris on passe au musée du Louvre à Lens. Magnifique espace immense où l’on peut apprécier des oeuvres bien choisies de toutes les époques. Le fil conducteur est le temps. Une sculpture égyptienne peut se trouver à côté d’un objet asiatique s’ils ont été créés à la même époque.

L’arrivée à Paris le lendemain se fait en douceur. Nous ne sommes pas pressés. Nos amis nous attendent pour recevoir chez eux les bustes. Surprise : le dimanche soir il y a des bouchons. Nos concitoyens étaient tous ici, à Paris ! Le reste du pays est vide ! (Surprise pour nous, tout le monde doit le savoir). Nous arrivons en retard. Nous passons un bon moment avec nos amis et partons à notre hôtel dans le sud de la ville.

Je garde le souvenir d’un miroir au Musée du Louvre-Lens : un miroir étrange qui m’a rappelé la présence constante de la mort, sans pathos, juste comme une incitation à vivre intensément sans perdre notre temps. La mort peut servir à cela, à nous rappeler de vivre. Ce vieux miroir, habitué à refléter les gens au fil des siècles, doit garder des images un peu coincées entre les différentes époques. Le passé et le futur font penser forcément à ce temps où on est exclu, ou notre existence n’est pas encore arrivée ou est déjà finie, si cela est possible… Cela me ramène à cette idée des fantômes dont j’ai parlé hier à propos du temps plié (cliquez ici).

Giacometti au musée Picasso. Je m’extasie devant les sculptures d’Alberto. Il travaille la matière dans une lutte constante ; il construit et détruit en permanence. Une vidéo montre sa façon de sculpter. Une autre vidéo le montre en train de réaliser une toile. Ses mouvements dénotent un intérêt sur la structure centrale de l’ensemble, structure invisible que ses yeux cherchent sur le modèle. Il met une ligne en haut et tout de suite en bas, puis une diagonale qui met en lien les deux. De même avec l’argile. Une boulette à gauche pour équilibrer celle qu’il vient de placer à droite. Il travaille sur toute la pièce en cherchant l’harmonie générale. Les détails sont en lien avec l’ensemble. L’infiniment petit touche l’infiniment immense.

La dernière oeuvre, celle d’un crâne en bronze, est de Picasso.

Pour réaliser le buste d’Alberto Giacometti, qu’on peut voir sur l’onglet OEUVRE (cliquez ici)  , je me suis basé sur sa façon de travailler l’argile.

L’exposition à la Fondation Luis Vuitton de la collection Chtchoukine est merveilleuse. Des tableaux que je n’avais jamais vus de Matisse, de Gauguin, de Picasso… La sensibilité de ce collectionneur russe est impressionnante.

Nous retrouvons nos amies de l’ambassade philippine et nous passons un moment bien agréable dans un bar près des Halles. Le projet de la sculpture pour une place de Paris avance bien.

Nous rencontrons le lendemain une amie dont j’ai fait le buste. Elle est une ancienne élève de Maurice Béjart. On discute sur la mémoire, si je me souviens bien…

Paris, ville  toujours vivante, changeante, en mouvement constant, et pourtant bien ancrée, clouée par la tour Eiffel à côté de la Seine. Le monde entier se donne rendez-vous sur ce point du globe terrestre. Tout le monde est attiré par sa lumière. L’art est cette lumière qui attire les humains de toute la planète comme des insectes. À chaque pas les yeux peuvent s’attarder sur une sculpture, sur un monument, sur une façade, sur une vitrine… Je me sens rassuré de constater que l’art, même s’il ne semble pas « utile », reste au centre de la vie humaine.

Ah, l’histoire des sculptures qui se défont toutes seules : il est tard, j’en parlerai demain.

Quelques jours à Paris

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De retour à Muret. Cinq heures du matin. La soirée au restaurant Il Vicolo, rue Mazarine, dans le 6ème s’était très bien passée. Une ambiance détendue et malgré l’immense quantité d’invités, tout le monde respectait le besoin de Michel Houellebecq de mener une vie la plus naturelle possible. Presque pas de téléphones dirigés vers lui pour le photographier, encore moins de « selfies » et personne ne se pressait pour échanger quelques mots avec lui. On aurait dit une fête d’amis. Pour moi, par contre, c’était important de bien l’observer, de le comparer avec son buste en bronze, à côté de lui. Je considère ce buste comme une de mes meilleures oeuvres, et je n’avais pas eu l’occasion de voir directement mon modèle. J’étais le seul à le regarder intensément. Les autres invités restaient discrets. Ils étaient là attirés par son oeuvre littéraire. C’était peut-être cela, des amis autour des mots. Les mots comme une colle sociale. Ce besoin d’histoires depuis la préhistoire.

On a pris la route en sortant du restaurant, vers 22h. Un seul arrêt à Limoges pour faire le plein. On s’est couchés à six heures du matin ! L’après-midi à l’atelier nous avons trouvé tout en ordre… apparemment. Le froid s’était glissé jusqu’à l’intérieur du four de sculpture. Tout l’atelier semblait gelé. Nous avons mis en route le chauffage. Les sculptures en processus de mes élèves, sous leurs sacs en plastique (on doit les couvrir pour que l’argile ne sèche pas) m’ont semblé moins grandes. Nous avons entendu des bruits bizarres, comme si un animal s’était caché dans un des sacs. Des petits bruits de plus en plus forts. Tout à coup on a vu les sacs bouger !

Dans l’atelier il y a souvent des fantômes. Nous aimons penser que nous cohabitons avec pas mal de monde du passé. Cela peut sembler ésotérique, mais si l’on croit aux nouvelles théories scientifiques (ah, ce mot calme un peu les esprits), le temps n’est pas un élément linéaire. Il se plie comme un drap (un drap plié, bien sûr). Le présent coexiste avec le futur et le passé. Il y aurait des ponts entre les temps. C’est là qu’on serait en contact avec des personnes du passé ou du futur. Mais pour rendre l’idée simple, on peut expliquer ce phénomène par de simples fantômes. Bref, nous avons pensé au début que les fantômes se manifestaient. Il faut penser que nous avions fait une nuit blanche. La fatigue permet d’ouvrir la perception. Les barrières rationnelles sont moins solides. D’autres sacs en plastique se sont mis à bouger. Et les sculptures semblaient de plus en plus affaissées !

Nous étions tellement surpris de les voir bouger que nous ne réagissions pas. Ce n’est que quand un grand morceau d’argile est tombé par terre que j’ai couru pour les découvrir. Les sculptures étaient en train de se défaire ! Ce qui me paraissait étrange c’est qu’elles aient attendu le moment où nous étions revenus pour s’auto-détruire. Il n’y avait pas, évidemment (je dis « évidemment » pour rassurer les esprits dits cartésiens) de fantômes ni d’animaux. J’expliquerai à la fin ce qui s’est passé. Pour l’instant je dois dire que j’ai ressenti une frustration terrible de ne pas pouvoir éviter l’auto-destruction de toutes ces oeuvres de mes élèves. Elles avaient passé des heures à travailler sur cette argile redevenue un tas de boue…

Il est difficile de s’éloigner d’un atelier. On sent comme si les oeuvres restaient dans une vulnérabilité immense. C’est comme si notre volonté de créer se répercutait sur leur intégrité : si on s’éloigne, l’oeuvre peut disparaître. On devient superstitieux à force de vivre dans la création tout le temps ; les forces rationnelles n’opèrent pas de la même façon dans un atelier.

Mais je voulais plutôt décrire ce voyage à Paris et à Lille. Ce sera dans l’article de demain…(la suite, cliquez ici)

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Musée du Louvre-Lens, sculpteur : Duseigneur. J’en parlerai dans un autre article.

Photo du sculpteur accablé, Juliette Marne

Photo au musée, GL

Houellebecq, poète et artiste

Je suis heureux de trouver l’image du buste que j’ai réalisé de Michel Houellebecq dans un beau livre bien riche d’informations et d’analyses littéraires autour de l’écrivain. Le Cahier de l’Herne qui lui est consacré a été réalisé par Agathe Novak-Lechevalier, qui nous a contactés pour nous demander si nous étions d’accord pour faire figurer l’image de ce buste, ce que Michel Houellebecq souhaitait. Pour nous c’était un honneur de partager avec le public notre vision de lui au travers d’une sculpture.

Actuellement ce buste existe en bronze. Sur les images j’ai mis l’étape du buste en cire, juste avant d’être coulé en métal.

Naissance de l’idée de réaliser le buste de Michel Houellebecq : il y a quelques années, nous avons regardé avec une amie, Maryse, un film de Guillaume Nicloux, L’Enlèvement de Michel Houellebecq. J’ai découvert une nouvelle facette de cet écrivain que je ne soupçonnais pas : celle d’une sincérité totale, d’une transparence involontaire, et même d’une amabilité inattendue. J’avais de lui l’image d’un personnage blasé et fermé, d’un provocateur en recherche d’attention. Grâce à ce film, j’ai compris que je me trompais. Houellebecq est d’ailleurs un excellent acteur ! Naturel et complexe, il incarne son propre rôle à la perfection.

Ses romans ne m’attirent pas autant que ses poèmes, que j’ai découverts après avoir vu le film. Sa sensibilité me semble intéressante, et sa vision détachée, libre, même si assez noire, est originale. Il a derrière son masque de personnage décadent une aspiration au bonheur, à l’empathie et à l’amour, vraiment touchante.

A l’époque, j’étais en train de réaliser une série de bustes d’écrivains, en choisissant ceux qui me semblaient pouvoir ouvrir notre vision du monde avec de nouveaux paramètres. La pensée de Michel Houellebecq, un écrivain qui joue avec les peurs à la mode, m’a semblé importante pour mieux percevoir, en reflet, notre société. J’ai donc décidé de sculpter un buste qui montrerait toute la décadence de notre société, qu’il porte dans sa propre chair.

Critique de l’ouvrage par Jean-Jacques-Birgé : « Le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq peut être considéré comme un opus déterminant de son parcours tant il recèle de pépites, inédits ou parutions confidentielles, entretiens ou réflexions passionnants… »La suite ici : https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-birge/blog/291216/le-nouveau-michel-houellebecq-est-un-cahier-de-lherne

Le brouillard entre 2016 et 2017

Un ami a répondu à mon dernier article en me disant qu’il considérait que la société ne devenait pas de « plus en plus rationnelle ». Je me suis peut-être mal exprimé : en disant cela, je ne voulais pas dire que la raison se développe ; je voulais dire que face au vide laissé par le savoir (les lumières), la société se base pour survivre sur le squelette laissé par le savoir, sur une rationalité ankylosée, sur les formules, les répétitions, tout ce que l’hémisphère gauche de notre cerveau sait bien gérer. On a délaissé depuis longtemps l’esprit critique pour le remplacer par des automatismes faciles qui nous déresponsabilisent.

L’héritage laissé par le Siècle des Lumières est en danger. On va entrer, paraît-il, dans une période obscure imposée par un mauvais concept de la démocratie, par un populisme rampant. L’ignorance s’impose sur le savoir. Le savoir est considéré comme négatif. Il gêne.

Une bonne image de cette étape de transition : le brouillard. J’ai pris ces photos ce matin. La beauté du paysage n’a rien à voir avec l’obscurité vers laquelle le monde se dirige actuellement. Mais le manque de visibilité, si. On se trouve dans un moment d’attente, de présages, relativement calme, presque immobile. On n’a pas envie de voir ce qui va arriver. Ce brouillard est agréable, mystérieux. Si on était certain que le soleil arrivera après, tout irait bien. « Jusqu’ici, tout va bien ».

Couleur, texture et mouvement

La couleur me manque. Depuis que je me consacre à la sculpture, je travaille exclusivement avec la lumière et l’ombre, en éliminant la couleur. Depuis des années je ne touche plus à mes huiles. Mes pinceaux attendent sous la poussière devant une toile commencée il y a trois ans et qui est restée à l’étape de l’ébauche en noir et blanc, le fusain sur la toile. Chaque décembre je renouvelle les voeux de Nouvel An de reprendre la peinture…  et chaque année ils restent stériles. Je ne trouve pas le temps : il me faudrait m’isoler pendant des jours pour me déconnecter du monde (un peu plus) et ainsi entrer dans l’état nécessaire pour travailler en deux dimensions avec des couleurs. Au fond, je crois que j’ai choisi la sculpture et que j’ai abandonné la peinture (après m’y être consacré pendant deux décennies). Un jour je reprendrai mes pinceaux…

En attendant, je m’extasie devant les couleurs de cet automne prolongé dans l’hiver. Regarder ces verts chrome à côté des couleurs de rouille des feuilles des vignes me provoque une envie forte de peindre. Les rangées de sarments hachent les surfaces velouteuses des collines.  Tout cela sous un ciel vibrant, d’une texture intense. Voilà pour la couleur et la texture. Pour le mouvement, je remets une image de ma chienne malheureuse en train de souffrir dans le froid… Je plaisante : elle exulte de courir dans la campagne dans le temps doux et limpide de ces derniers jours.

Un matin d’automne au soleil

Politiquement il n’est pas correct de parler de l’aspect positif de ce phénomène, mais ce matin on marchait en respirant un air doux sous les rayons du soleil, dans une atmosphère limpide et tiède. Le silence de la campagne était parfait. On croyait entendre le mouvement des ailes des oiseaux au loin. La chaîne des Pyrénées découpait l’horizon avec une ligne irrégulière très précise. La fatigue semblait s’estomper au rythme du brouillard absorbé par la terre presque chaude. Isis courait comme une folle. Ju aussi 🙂 .  Moi j’observais l’immobilité du paysage, immobile, par terre.

C’est ça aussi la vie d’un sculpteur : quelques moments de beauté loin de l’atelier. Histoire de recharger la « batterie de la créativité ».

Sculpture monumentale

Sculpture de 250cm de hauteur. Un visage immense de Fragulphe, le héros fondateur de Saint Frajou. Cinq jours de travail face à une vue magnifique. Un jour, pendant une pause, j’ai photographié ces vaches. J’aime l’effet d’une vache sur l’autre. Photo à montrer dans une exposition future.

Pour regarder la vidéo :

sculpture monumentale à Saint Frajou

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