Non, ce n’est pas à la suite de l’incendie de Notre-Dame

Le hasard fait des choses étranges : le lendemain de l’incendie de Notre-Dame nous étions à la fonderie en train de regarder le buste de Victor Hugo dans le feu. Clarisse, la personne qui s’occupe à la fonderie d’embellir le bronze avec de la cire, était en train de le patiner en noir, avec quelques touches de rouge, deux couleurs que Victor Hugo privilégiait dans ses œuvres.

Ce buste est né d’une commande. Un médecin sensible aux idéaux du poète a voulu transmettre à ses deux fils une représentation du visage de l’écrivain. Il constatait peut-être le vide que les nouvelles générations retrouvent autour d’elles dans le rythme du zapping et du superficiel. Il voulait leur transmettre des valeurs autour de la laïcité et des Droits de l’Homme. Victor Hugo se rendait compte à son époque du délabrement des monuments, symboles d’une grandeur qui s’effritait. Il a écrit un livre pour sauver Notre-Dame.

Une fois que le buste en terre a été réalisé, nous avons décidé d’en faire deux tirages en bronze. Il y a trois mois, nous avons apporté l’œuvre en terre à la fonderie, et quelques jours avant l’incendie, celle-ci nous a appelés pour la ciselure et la patine des deux bustes. Au moment de regarder Victor Hugo sous les flammes du chalumeau, nous ne pouvions pas éviter de penser à Notre-Dame en feu, la veille. Une envie très forte de participer à la reconstruction et à la sécurisation de nos monuments s’est mise à brûler en nous.

Les polémiques n’ont pas tardé à éclater : est-ce qu’un monument vaut plus qu’une personne dans la misère ? Comment se fait-il que des millions d’euros se mettent à circuler aussi rapidement quand il s’agit de vieilles pierres et qu’il n’y ait pas un sou pour les pauvres ? Pourquoi la planète entière réagit plus par rapport à un monument à Paris que devant l’incendie d’une bibliothèque d’un pays en développement, qui a vu disparaître dans les flammes des siècle d’histoire ?

Le système montre ses défauts, ses vices. L’inégalité explose aux yeux du monde entier. Une personne est capable de donner plus d’argent que tous les « gilets jaunes » réunis. Ou plutôt, plus d’argent que ce qu’ils voudraient, eux, recevoir. Oui, on voit que la richesse est mal distribuée. Le problème des Gilets jaunes est qu’ils voudraient avoir leur part des bénéfices d’une meilleure redistribution, pour consommer plus, quand au fond le problème est plutôt la mondialisation de la pauvreté : tout est mondialisé aujourd’hui, même la misère. Les pauvres d’autres époques vivaient loin. Aujourd’hui ils veulent une voiture aussi, et un portable. Et ils sont là, dans ce monde si petit, réuni grâce aux réseaux. Et ils nous voient, ils savent comment vivent les gens dans les pays riches. Et nous pourrions les voir aussi : tout est sur la Toile. Sur le Web. Les pauvres du monde entier veulent les maisons, les voitures, les téléphones, les voyages des riches. Mais les Gilets jaunes ne sont pas prêts à sacrifier leurs privilèges pour une justice mondialisée de la richesse.

Plein d’aspects différents de l’injustice planétaire se dévoilent suite à l’incendie d’un monument.

Et Victor Hugo voudrait sauver une deuxième fois Notre-Dame, sans oublier les misérables.

Notre position en tant qu’artistes est difficile : nous défendons la création, les réalisations qui existeront pendant des siècles. On appelle cela la culture. C’est ce qui reste quand les humains meurent. Nous mourrons tous au bout d’un siècle, grand maximum (sauf quelques résistants qui restent un peu plus). Une cathédrale a une vie plus longue. Un poème aussi. Des gens meurent pour donner forme à cette transcendance. Car c’est bien la forme qui compte ! Les mêmes pierres de Notre-Dame, si elles avaient été empilées dans la forme d’un gratte-ciel, n’auraient pas la même importance. Demandez aux gens de l’argent pour reconstruire les tours Jumelles de New York… très peu de fonds seraient réunis. La forme, la signification, n’est pas la même. C’est dans la forme que la création se manifeste. Le bloc de marbre qui a servi à Michel Ange pour réaliser son David a donné plus de sens, d’émerveillement, parfois d’extase, que la plus belle voiture jamais fabriquée. Chaque coup de ciseau est unique, inimitable, insurpassable. La voiture, elle, peut être reproduite à l’infini.

L’unicité de la forme donne sens à l’existence humaine. Malgré l’uniformisation des formes (les mêmes meubles, les mêmes marques de vêtements, les mêmes expériences narratives -les séries-, les mêmes voitures, etc.) nous cherchons toujours à nous démarquer des autres. On achète un objet qui sera différent : une toile, une sculpture, un élément décoratif… Nous savons intuitivement que seuless les choses uniques auront une vie plus longue.

Le résultat de cette recherche de construction de choses qui perdurent s’appelle le patrimoine. C’est ce que les artistes cherchent à réaliser. Quelque chose qui dure plus longtemps que la petite vie d’un humain. Et c’est là que la comparaison entre une cathédrale et une vie humaine est compliquée. Une cathédrale implique des millions de vies : tous ceux qui l’ont réalisée, tous ceux qui se sont battus pour la défendre, tous ceux qui y ont trouvé un sens pour leur vie, tous ceux qui en bénéficient indirectement (c’est grâce à des monuments comme Notre-Dame que Paris attire autant de monde). Et l’aspect symbolique : c’est le coeur de l’Europe ! La voir en danger de disparaître dans les flammes était insupportable pour des millions de gens dans le monde entier. Combien ont pleuré devant cette scène terrible ?

Laissons l’injustice du système de côté pour un moment – comme on le fait en général, car ce système existe depuis des décennies. Soyons heureux de voir que Notre-Dame sera reconstruite. Et pour la justice : quand nous serons prêts à vivre comme la plupart des gens sur Terre, c’est à dire sans confort, quand nous serons prêts à sacrifier le nôtre, alors là, oui, nous pourrons nous battre pour le « pouvoir d’achat » de tous.

En attendant, nous devons continuer à créer. C’est une obligation. Auto-imposée. Actuellement nous sommes absorbés par plusieurs projets importants. Comme nous avons « perdu » deux mois de travail à cause de ma pneumonie (entre guillemets, car au fond nous en avons bien profité pour avancer dans d’autres domaines), nous sommes à fond dans le rattrapage de temps. Si je n’écris presque pas sur ce blog et si je ne vois presque personne, c’est que je me consacre entièrement à la sculpture sur pierre. Je vis sous la poussière, entre 10 à 15 heures par jour. Cela me fait retrouver mon énergie (la sculpture, pas la poussière) (mais j’aime bien aussi la poussière… après tout, on est poussière).

Inauguration école Simone Veil : témoignage de Daniel Spagnou, maire de Sisteron

Au salon des maires, dont je parlerai dans un prochain article, nous avons eu le plaisir de revoir Daniel Spagnou. Je partage son témoignage autour du médaillon de Simone Veil que nous avons réalisé pour une école de sa ville.

Christophe Castaner et Daniel Spagnou

Nous avons choisi de baptiser notre école primaire Simone Veil, en hommage à cette grande dame qui a fait notre Histoire.
Nous avons fait appel à Gérard Lartigue pour créer un médaillon qui serait installé sur la façade de l’école. Destiné à être vu d’en bas, il a été réalisé en tenant compte de la hauteur du regard. Le travail a été rapidement effectué et l’œuvre livrée soigneusement emballée. 
Le médaillon a été très apprécié lors de l’inauguration. Ce bas-reliefapporte vie et beauté à l’école. Une trace artistique reste là pour les générations futures.
Surtout, l’artiste a su retranscrire la personnalité préférée des Français à la tenue impeccable et au regard éblouissant. Christophe Castaner, présent pour l’inauguration (alors Secrétaire d’État chargé des Relations avec le Parlement), a fait part de son appréciation de l’œuvre.
Cette œuvre d’art exprime ce que fut Simone Veil, à savoir dignité, droiture et courage, c’est-à-dire le meilleur de la France.
Nous avons apprécié l’excellent travail fourni par Gérard Lartigue, et sommes satisfaits d’avoir placé en lui notre confiance. 

Monument « La Noblesse dans le cœur » ​dédié à Jean d’Ormesson Bouches-du-Rhône, 2018

Témoignage de Laurent Marie, ​Directeur général des services, mairie de Ceyreste :

PhotoFrançoise d’Ormesson, Patrick Ghigonetto (maire de Ceyreste), Juliette Marne, Héloïse d’Ormesson et Gérard Lartigue

​« Notre école primaire en construction allait être la première en France à être baptisée Jean d’Ormesson. Pour donner à cet événement l’ampleur qu’il méritait, nous avons souhaité mettre en œuvre le dispositif du 1 % culturel.
Votre projet a remporté notre appel d’offres pour deux raisons : une réelle proposition artistique (la pyramide de livres chaotique, etc.) et la fidélité au modèle. Dès l’ébauche, vous avez su capter l’expression et les détails du visage de l’académicien. Votre projet, dans son ensemble, était déjà très abouti. C’était rassurant pour nous, car ce monument dédié à Jean d’Ormesson allait représenter un marqueur essentiel du mandat de l’équipe municipale.
En outre, nos contraintes étaient fortes, tant en termes techniques que de délai. Votre atelier a su relever ces défis. La communication avec vous était fluide et transparente, votre professionnalisme constant.
Au moment du dévoilement, nous étions dans l’expectative. Une telle commande, pour une municipalité, est un saut dans l’inconnu. Qu’allaient donner les volumes, la patine, etc. ?
L’aspect et le rendu de l’œuvre ont été nettement supérieurs à ce que nous pouvions espérer. Votre projet, dans son ensemble, a été salué, y compris par la famille de Jean d’Ormesson qui nous a fait l’honneur d’être présente à l’inauguration.
Le monument apporte une touche culturelle, esthétique et artistique qui valorise le groupe scolaire devant lequel il est installé. »

Pour lire l’article sur l’inauguration, cliquez ici


Pour découvrir d’autres témoignages autour de nos projets, cliquez ici

 

Que dirait Simone Veil de la forme que prend aujourd’hui sa lutte pour libérer la femme ?

Simone Veil a réussi à avancer dans une lutte importante : celle de donner aux femmes le droit de décider au sujet du destin de leur propre corps, ce qui nous semble évident de nos jours, mais qui était loin d’être le cas dans un passé pas si lointain. Pourtant, est-ce que sa lutte continue, et quelles formes prend-elle ? Est-ce que les humains sont vraiment libres aujourd’hui, libres de choisir le destin de leur corps ?

Je pense à toute une série de facteurs qui créent une dépendance ou une vulnérabilité et, donc, une distance avec la maîtrise de notre corps et de notre esprit : les drogues licites (anxiolytiques, antidépresseurs), les contraceptifs chimiques, les pratiques envahissantes du corps médical (traiter le corps comme un objet qui n’appartient pas à « son propriétaire »), le consumérisme qui devient souvent presque une obsession,  les jeux vidéos, la pornographie, les séries TV… etc. A-t-on vraiment le contrôle sur notre esprit et notre corps ?

C’est le fondement de la lutte de Simone Veil. Elle a connu la Shoah, un phénomène tragique durant lequel les humains ont été dépossédés de leur essence. Ils ont été traités comme des objets à détruire en les triant à partir d’un lien spirituel (leur religion). Une fois triés, ils ont été dénudés, marqués, torturés, et assassinés. Veil a connu cette ligne de démarcation qui marque un changement absolu dans l’évolution de la culture occidentale. Une société dite civilisée opte pour détruire toute une partie de sa communauté définie par ses croyances. La liberté de pensée disparaît tout à coup. Les nazis ont fait de toute une communauté, faisant partie d’une société développée, des bouts de chair à détruire. Leur qualité d’être humain a été niée.

Simone Veil a survécu. Elle a dû reconstruire sa nature humaine. Elle comprenait mieux que quiconque l’aspect sacré de la vie. Et comme base de cette vie, le corps et l’esprit ensemble, dans une totale indépendance par rapport au pouvoir. Mais aujourd’hui c’est l’individu qui veut mettre en avant son appartenance à une religion, qui veut marquer son corps avec des tatouages, qui veut le donner à la science de son vivant, qui refuse son propre destin et le met entre les mains d’un corps médical débordé, qui opte pour l’endormissement de son esprit, pour ne pas souffrir d’une anxiété qu’il ne comprend pas, qui préfère un dictateur (Trump) à une femme démocrate et forte (Clinton). L’exemple américain est parlant.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons reprendre la lutte de Simone Veil. C’est ce qui m’a poussé à réaliser son buste en pierre. J’ai pris un bloc de pierre d’Avy (pierre utilisée pour réaliser plusieurs œuvres romaines et gothiques qui se trouvent dans la ville de Saintes) et je me suis consacré les dernières semaines à imprégner ce vieux petit morceau de la planète de  la beauté de son visage. J’ai sculpté ses traits dans une pierre si vieille que le temps d’une vie n’est qu’une étincelle.

On peut observer sur la pierre des restes de coquilles qui datent d’il y a plusieurs millions d’années.

 

Inauguration à Mons, Belgique, du monument en hommage à Jacques Franeau

Comme promis, voici la vidéo pour partager avec vous tous un moment important de notre vie. Cet homme, un grand vulgarisateur de la science, humaniste et progressiste, a ouvert la porte de l’université de Mons à tous ceux qui n’auraient eu autrement accès à l’éducation supérieure. L’ancien Premier ministre de la Belgique, Elio Di Rupio, a fait partie de ceux-là. Si vous écoutez son discours, vous remarquerez une émotion sincère et une admiration sans faille envers le grand-père de notre ami Gaspard Franeau.

Comme pour tous nos projets en bronze, nous remercions spécialement Nicolas Parc, gérant de la Fonderie de Bronze Lauragaise et son équipe : Clarisse, Frédéric, Joffrey, Claude, Stéphane et Clément.

Pour le socle en granite du Sidobre, un grand merci à M. Chabbert, avec qui nous avons pu développer l’idée souhaitée par le commanditaire : une base qui sort de la terre en forme brute, rugueuse, pour petit à petit atteindre le degré de poli parfait qui représente l’évolution que l’homme impose à la matière.

Pendant ces deux ans du projet, une belle amitié est née avec Gaspard Franeau, qui s’est investi à fond dans cet hommage à son grand-père. Nous espérons avoir bien capté l’essence de ce grand homme.

Dans une époque où l’obscurantisme nous envahit subrepticement, parfois violemment, il est temps de chercher dans les paroles de tous ceux qui se sont battus pour l’ouverture d’esprit, une nouvelle sagesse qui nous sauvera.

 

A la veille de l’inauguration du monument Jacques Franeau

Nous avons traversé la France du sud au nord pour arriver à une magnifique ville en Belgique : Mons. La beauté de sa place centrale, de ses rues étroites sinueuses aux maisons en brique très variées et riches en textures, l’ambiance d’une ville universitaire, les constructions imposantes qui dénotent la puissance d’une autre époque, et la quantité surprenante de sculptures urbaines, tout cela nous a surpris agréablement.

La tension pendant tout le trajet était évidente. Nous portions dans la fourgonnette le fameux socle en granite du Sidobre de 750 kilos. Cela imposait une conduite stable et douce. C’était la dernière ligne droite d’un long projet de deux ans. Bon, ligne droite est une façon de parler : un accident sur l’autoroute nous a obligés à prendre de petites routes pendant un bon moment, avec leurs virages, dos d’âne, villages à traverser… Mais tout s’est bien passé. Nous n’avions pas droit à l’erreur à ce stade de l’aventure.

Nous avons été très bien reçus. La responsabilité que la réalisation de ce projet signifiait a été bien récompensée : en échange d’une ouverture à d’autres dimensions du temps – c’est ce que l’art permet – nous avons reçu des gestes d’amitié sincères.

A demain pour le récit de l’inauguration.

Monument à Mons (Belgique) en l’honneur de Jacques Franeau

Invitation Jacques Franeau A5 projet A V4-1 Sculpteur Lartigue

Deux ans après notre premier contact avec Gaspard Franeau, le petit-fils de Jacques Franeau, homme de sciences, l’inauguration du monument en son honneur aura lieu à Mons, Belgique.

Nous partons bientôt pour une nouvelle aventure. Nos bagages : 750 kilos de granite du Sidobre (pour un socle spécial) et quelques dizaines de kilos de bronze pour le buste, coulé par la Fonderie de Bronze Lauragaise.

Ce projet a permis la naissance d’une amitié avec Gaspard Franeau et la découverte de l’univers scientifique de son grand-père, qui donnait une importance immense à la divulgation de son savoir.

Ce qui constitue la base d’une œuvre de cette envergure est la représentation de la personnalité de l’homme, que l’on perçoit chargée d’un poids historique. On devine dans son regard la conscience du caractère intemporel de l’image qu’il renvoie. C’est cela que le sculpteur doit imprimer dans la matière.

Rendez-vous dans moins de deux semaines pour les photos de l’œuvre et de l’inauguration.

« La science n’est en soi ni un bien ni un mal et n’a de sens que parce qu’elle est la source de connaissances objectives à la disposition des hommes.
C’est à eux de s’en servir pour le bien de tous. »
Jacques Franeau 

Vidéo de la réalisation du monument en hommage à Jean d’Ormesson

Nous remercions encore une fois toutes les personnes qui ont participé à la réalisation de ce projet (voici le lien vers l’article où je parle de tous ceux qui ont participé au projet) et à Héloïse et Françoise d’Ormesson, fille et épouse de l’écrivain, qui avec leur présence ont donné une signification spéciale au dévoilement de l’œuvre. C’était un moment émouvant, intense.

N’hésitez pas à partager la vidéo ! Merci.

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