Exposition à Toulouse

 

 

Le Marathon des mots, qui met cette année à l’honneur des artistes et écrivains du Golfe du Mexique et des Caraïbes, nous a incités à réaliser une exposition des bustes d’Octavio Paz (j’ai écrit un article qu’on peut lire en cliquant ici)  et de Carlos Fuentes, écrivain et essayiste dont le roman La Plus Limpide Région m’a marqué par sa vision critique et incisive de la société mexicaine. Il a fondé la Revue mexicaine de littérature en 1955, avec la collaboration d’Octavio Paz.

Quand j’avais réalisé le buste de Fuentes, mon intention était de lui faire parvenir une image de son portrait en terre cuite, mais le jour de la cuisson, pendant que le buste était dans le four, l’écrivain est décédé (2012). Cette « coïncidence » m’avait bien frappé. Je suggère la lecture d’une nouvelle que j’ai lue plusieurs fois et qui me semble représentative d’un univers parallèle, dit « magique » souvent présent dans la littérature de l’Amérique Latine: Aura.

 

 

 

Notre chienne nous a accompagnés à l’installation des deux bustes à Toulouse :

 

 

Nous tenons à remercier Christian Thorel, directeur de la librairie, ainsi qu’Hélène Cardona, pour l’accueil toujours enthousiaste qu’ils réservent à nos bustes d’écrivains.

Les deux bustes sont exposés dans la partie d’Ombres Blanches consacrée aux débats, rue Mirepoix.

Prix Nobel de littérature 1990

Depuis des décennies je voulais faire son portrait. L’œuvre qui a déclenché mon intérêt pour cet écrivain, c’est Le Labyrinthe de la solitude, un essai qui analyse la société mexicaine des années 1950. Octavio Paz s’est toujours opposé à toute forme de violence, au point d’abandonner son poste d’ambassadeur en Inde pour protester en 1968 contre son propre gouvernement quand celui-ci avait ordonné une répression violente des étudiants (le nombre de morts n’a jamais été élucidé) lors des Jeux olympiques au Mexique. Dans sa lutte contre la violence, Paz avait aussi soutenu les Républicains pendant la Guerre civile espagnole. Il avait pris la défense d’auteurs comme Alexandre Soljenitsyne et critiqué les activités des sandinistes au Nicaragua et des castristes à Cuba. On devine sur son visage un esprit indépendant, difficile à étiqueter.

Il vit plusieurs années en France comme diplomate après 1946 et y revient en 1959. Marié en deuxième noces à une Française, Marie-José Tramini, il lui consacre quelques-uns de ses meilleurs poèmes.

C’est fait, j’ai fait son buste en argile. Peut-être sera-t-il un jour coulé en bronze (ma dernière obsession, c’est de tout transformer en bronze…). Il ne me reste qu’à découvrir sa poésie.

 

Après… il n’y a pas d’après. J’avance, je fends de grandes roches d’années, masses de lumière compacte, je descends des galeries de mines de sable, je perce des couloirs qui se referment comme des lèvres de granit. Et je retourne à la plaine, la plaine où il est toujours midi, où un soleil identique tombe fixement sur un paysage figé. Et n’en finissent pas de tomber les douze heures, ni de bourdonner les mouches ni de s’étoiler en éclats cette minute qui ne passe pas, qui seulement brûle et ne passe pas.

Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éditions Gallimard, coll. poésie, 1966 (isbn 2-07-031789-7), partie II. aigle ou soleil ? (1949-1950), aigle ou soleil ? plaine, p. 88 – liberté sur parole, 1929 – Octavio Paz

Marguerite Yourcenar réparée

Buste de Yourcenar réparé - Lartigue

Sur cette image, on voit le blanc du plâtre. Le buste sera patiné plus tard. Dans l’explosion au four, elle avait perdu sa joue gauche, sa bouche et la moitié de la mâchoire. Cette sculpture est la deuxième que je réalise de cette écrivaine que j’admire. La première fait partie d’une collection privée.

Pour approcher sa façon de voir le monde, les interviews des Yeux ouverts  par Matthieu Galey donnent une bonne idée.

Pour voir le buste avant la cuisson, cliquez ici

Une expression d’intelligence et de paix

Y a-t-il un lien entre les deux caractéristiques ?

8 mars 2017

La première femme à siéger à l’Académie française. Je pense à elle aujourd’hui, le jour de la femme. Elle allait au-delà des frontières. Sans jamais s’enfermer dans une catégorie quelconque, elle se savait universelle. Pour les féministes (et masculinistes, ou tout simplement humanistes) comme moi, elle est un modèle à suivre.

Barbara, chanteuse de la nuit

Dans le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq, l’auteur affirme être touché par « L’Aigle noir » de Barbara. Il trouve la première phrase profondément poétique, « Un beau jour/ ou peut-être une nuit », car elle est « totalisatrice« , caractéristique essentielle de la poésie. Elle signifie « n’importe quand », « c’est une absolutisation du discours », nous dit Michel Houellebecq. Il s’identifiait à l’enfant fragile que l’aigle noir prenait dans ses serres, avant qu’on lui apprenne qu’il s’agit (comme l’a révélé Barbara) d’un inceste. La poésie de cette chanson reste pour lui intacte.

La dédicace de Marie NDiaye

Nous étions dans un café avec notre amie V. quand J. m’a fait remarquer que Marie NDiaye venait de s’installer à la table derrière nous. Nous lui avons dit bonjour quand nos regards se sont croisés tout en sachant que pour elle, nous étions juste trois inconnus. C’était curieux de coïncider dans le même café quand nous attendions tous l’heure du débat.

Juste avant d’entrer dans l’espace des débats, V. nous a quittés. Nous nous sommes installés à côté du buste, à la première rangée. Le public a bien apprécié l’humour de Jean-Yves Cendrey, qui présentait son livre La France comme ma poche. Nous étions un peu distraits, car nous dessinions le visage de la belle écrivaine. En tout cas j’étais distrait ; on sait que les hommes sont plutôt mono-perceptifs. J’ai bien aimé le rythme lent et précis de Marie NDiaye. Elle prend son temps pour bien répondre avec les mots les plus pertinents.

A la fin du débat, pendant que les personnes qui voulaient une dédicace faisaient la queue, nous sommes allés dire bonjour à un modèle – arrivé juste après le début de la rencontre avec ses parents – qui m’a permis de faire une de mes meilleures oeuvres. Je publierai bientôt les images de la sculpture.

Nous avons abordé Marie NDiaye quand tout le monde était parti. Nous étions heureux de pouvoir partager avec elle un des dessins que nous avions réalisés d’elle, et de lui parler de notre projet d’exposer les écrivains qui nous interpellent pour « donner un visage » aux auteurs des idées qui nous semblent importantes pour notre époque.

C’était difficile de savoir ce que l’écrivaine a pensé de se voir représentée en trois dimensions. Elle regardait avec attention son buste. Elle nous a dit qu’elle l’avait déjà vu sur Internet. Nous étions tellement joyeux d’avoir pu partager un moment avec cette écrivaine, qu’on sortant de la librairie l’alarme s’est mise à sonner… Nous nous sommes regardés et nous avons éclaté de rire : évidemment nous avions pris le livre de Marie NDiaye pour lui demander une dédicace et nous avions oublié de le payer. Heureusement, les libraires nous connaissent bien (invités par Christian Thorel, le directeur, nous avons souvent exposé des bustes d’écrivains à Ombres blanches) et ils n’étaient pas trop surpris de notre étourderie.

Nous allons lire tranquillement ce soir le livre La Cheffe, roman d’une cuisinière (page 6 du PDF).

 

Dernières touches du buste d’Edgar Morin

Maintenant que le buste d’Edgar Morin est terminé, on se prépare pour aller en ville. Sortir de l’atelier n’est pas évident : quitter ce bruit apaisant de la rivière et sa petite chute d’eau, échanger la vue des immenses troncs d’arbres qui dansent avec le vent pour le mouvement de ces boîtes métalliques qu’on appelle « voitures » et retrouver les humains en quantités non négligeables en train de se déplacer très vite comme s’ils étaient pressés (en fait ils doivent être pressés), tout cela implique un changement d’esprit pour réussir à courir à la même vitesse que les autres, et pour avoir l’air d’un citadin, ce qui veut dire fermer le champ visuel à ce qui se trouve sur le trottoir pour ne pas tomber, et raidir les tympans pour éviter l’entrée du vacarme urbain. On doit retrouver une expression de « j’aime les pavés » ou de « je m’en fiche du ciel bleu », et se fondre dans la masse.

Tout cet effort pour aller rencontrer une écrivaine que nous admirons, Marie NDiaye, à Ombres Blanches, Toulouse.

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Marie Ndiaye présentera demain 14 février son dernier livre à Ombres Blanches, à Toulouse, en présence de son buste.

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Elle parlera de La Cheffe, roman d’une cuisinière, son dernier livre. Renseignements : Ombres Blanches (cliquez ici)

Son buste est exposé à Ombres Blanches depuis plus d’un mois. Et il restera encore quelques jours.

J’espère réussir à figer dans une photo l’instant où son regard croisera le regard de son portrait en trois dimensions. J’imagine qu’elle sera surprise. Demain soir j’en parlerai.

Mon ordinateur est toujours en manque d’électricité, raison pour laquelle cette fois j’écris le strict minimum…

Pour lire l’article précédent sur cette écrivaine très intéressante : Marie NDiaye.

Quelques jours à Paris

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De retour à Muret. Cinq heures du matin. La soirée au restaurant Il Vicolo, rue Mazarine, dans le 6ème s’était très bien passée. Une ambiance détendue et malgré l’immense quantité d’invités, tout le monde respectait le besoin de Michel Houellebecq de mener une vie la plus naturelle possible. Presque pas de téléphones dirigés vers lui pour le photographier, encore moins de « selfies » et personne ne se pressait pour échanger quelques mots avec lui. On aurait dit une fête d’amis. Pour moi, par contre, c’était important de bien l’observer, de le comparer avec son buste en bronze, à côté de lui. Je considère ce buste comme une de mes meilleures oeuvres, et je n’avais pas eu l’occasion de voir directement mon modèle. J’étais le seul à le regarder intensément. Les autres invités restaient discrets. Ils étaient là attirés par son oeuvre littéraire. C’était peut-être cela, des amis autour des mots. Les mots comme une colle sociale. Ce besoin d’histoires depuis la préhistoire.

On a pris la route en sortant du restaurant, vers 22h. Un seul arrêt à Limoges pour faire le plein. On s’est couchés à six heures du matin ! L’après-midi à l’atelier nous avons trouvé tout en ordre… apparemment. Le froid s’était glissé jusqu’à l’intérieur du four de sculpture. Tout l’atelier semblait gelé. Nous avons mis en route le chauffage. Les sculptures en processus de mes élèves, sous leurs sacs en plastique (on doit les couvrir pour que l’argile ne sèche pas) m’ont semblé moins grandes. Nous avons entendu des bruits bizarres, comme si un animal s’était caché dans un des sacs. Des petits bruits de plus en plus forts. Tout à coup on a vu les sacs bouger !

Dans l’atelier il y a souvent des fantômes. Nous aimons penser que nous cohabitons avec pas mal de monde du passé. Cela peut sembler ésotérique, mais si l’on croit aux nouvelles théories scientifiques (ah, ce mot calme un peu les esprits), le temps n’est pas un élément linéaire. Il se plie comme un drap (un drap plié, bien sûr). Le présent coexiste avec le futur et le passé. Il y aurait des ponts entre les temps. C’est là qu’on serait en contact avec des personnes du passé ou du futur. Mais pour rendre l’idée simple, on peut expliquer ce phénomène par de simples fantômes. Bref, nous avons pensé au début que les fantômes se manifestaient. Il faut penser que nous avions fait une nuit blanche. La fatigue permet d’ouvrir la perception. Les barrières rationnelles sont moins solides. D’autres sacs en plastique se sont mis à bouger. Et les sculptures semblaient de plus en plus affaissées !

Nous étions tellement surpris de les voir bouger que nous ne réagissions pas. Ce n’est que quand un grand morceau d’argile est tombé par terre que j’ai couru pour les découvrir. Les sculptures étaient en train de se défaire ! Ce qui me paraissait étrange c’est qu’elles aient attendu le moment où nous étions revenus pour s’auto-détruire. Il n’y avait pas, évidemment (je dis « évidemment » pour rassurer les esprits dits cartésiens) de fantômes ni d’animaux. J’expliquerai à la fin ce qui s’est passé. Pour l’instant je dois dire que j’ai ressenti une frustration terrible de ne pas pouvoir éviter l’auto-destruction de toutes ces oeuvres de mes élèves. Elles avaient passé des heures à travailler sur cette argile redevenue un tas de boue…

Il est difficile de s’éloigner d’un atelier. On sent comme si les oeuvres restaient dans une vulnérabilité immense. C’est comme si notre volonté de créer se répercutait sur leur intégrité : si on s’éloigne, l’oeuvre peut disparaître. On devient superstitieux à force de vivre dans la création tout le temps ; les forces rationnelles n’opèrent pas de la même façon dans un atelier.

Mais je voulais plutôt décrire ce voyage à Paris et à Lille. Ce sera dans l’article de demain…(la suite, cliquez ici)

musee-louvre-de-lens-sculpteur-duseigneur

Musée du Louvre-Lens, sculpteur : Duseigneur. J’en parlerai dans un autre article.

Photo du sculpteur accablé, Juliette Marne

Photo au musée, GL

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