Journée de cadeaux

J’ai reçu deux cadeaux aujourd’hui : un livre, Set in Stone, sur les visages en pierre du Moyen Âge, édité par le Metropolitan Museum of Art (offert par la poétesse pour Noël). J’écrirai un article sur ce livre. Au Moyen Âge on considérait le visage comme le foyer de l’âme. Et, le deuxième cadeau, un livre envoyé d’Allemagne par la maison d’édition Rowohlt Berlin sur Michel Houellebecq (dont l’auteur est Julia Encke). Ils ont intégré dans l’ouvrage une photo du buste de l’écrivain, prise le jour où le feu a fixé les couleurs que j’ai choisies pour ce deuxième bronze avec l’aide de Clarisse (qui réalise toujours très bien la patine de mes pièces à la Fonderie de Bronze Lauragaise).

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue 2

Livre de Julia Encke sur Houellebecq avec photo du buste réalisé par Lartigue

Soirée-débat sur l’affaire Dreyfus

Nous présenterons, la poétesse et moi (surtout la poétesse), un projet de réalisation d’un monument à Emile Zola et Alfred Dreyfus.
Ce sera l’occasion de revenir, en mots et en images, sur cette Affaire Dreyfus qui changea le cours de l’Histoire, et vit l’apparition du mot « intellectuel ».
De la sculpture à la littérature, de la matière aux idées, il n’y a qu’un pas.
Un immense merci à Francis de Nistos et Martine Castéran pour leur amitié et leur soutien à ce projet.

affaire dreyfus - zola bustes par Gérard Lartigue

Pour voir l’ébauche du buste : cliquez ici. 

Exposition à Toulouse

 

 

Le Marathon des mots, qui met cette année à l’honneur des artistes et écrivains du Golfe du Mexique et des Caraïbes, nous a incités à réaliser une exposition des bustes d’Octavio Paz (j’ai écrit un article qu’on peut lire en cliquant ici)  et de Carlos Fuentes, écrivain et essayiste dont le roman La Plus Limpide Région m’a marqué par sa vision critique et incisive de la société mexicaine. Il a fondé la Revue mexicaine de littérature en 1955, avec la collaboration d’Octavio Paz.

Quand j’avais réalisé le buste de Fuentes, mon intention était de lui faire parvenir une image de son portrait en terre cuite, mais le jour de la cuisson, pendant que le buste était dans le four, l’écrivain est décédé (2012). Cette « coïncidence » m’avait bien frappé. Je suggère la lecture d’une nouvelle que j’ai lue plusieurs fois et qui me semble représentative d’un univers parallèle, dit « magique » souvent présent dans la littérature de l’Amérique Latine: Aura.

 

 

 

Notre chienne nous a accompagnés à l’installation des deux bustes à Toulouse :

 

 

Nous tenons à remercier Christian Thorel, directeur de la librairie, ainsi qu’Hélène Cardona, pour l’accueil toujours enthousiaste qu’ils réservent à nos bustes d’écrivains.

Les deux bustes sont exposés dans la partie d’Ombres Blanches consacrée aux débats, rue Mirepoix.

Prix Nobel de littérature 1990

Depuis des décennies je voulais faire son portrait. L’œuvre qui a déclenché mon intérêt pour cet écrivain, c’est Le Labyrinthe de la solitude, un essai qui analyse la société mexicaine des années 1950. Octavio Paz s’est toujours opposé à toute forme de violence, au point d’abandonner son poste d’ambassadeur en Inde pour protester en 1968 contre son propre gouvernement quand celui-ci avait ordonné une répression violente des étudiants (le nombre de morts n’a jamais été élucidé) lors des Jeux olympiques au Mexique. Dans sa lutte contre la violence, Paz avait aussi soutenu les Républicains pendant la Guerre civile espagnole. Il avait pris la défense d’auteurs comme Alexandre Soljenitsyne et critiqué les activités des sandinistes au Nicaragua et des castristes à Cuba. On devine sur son visage un esprit indépendant, difficile à étiqueter.

Il vit plusieurs années en France comme diplomate après 1946 et y revient en 1959. Marié en deuxième noces à une Française, Marie-José Tramini, il lui consacre quelques-uns de ses meilleurs poèmes.

C’est fait, j’ai fait son buste en argile. Peut-être sera-t-il un jour coulé en bronze (ma dernière obsession, c’est de tout transformer en bronze…). Il ne me reste qu’à découvrir sa poésie.

 

Après… il n’y a pas d’après. J’avance, je fends de grandes roches d’années, masses de lumière compacte, je descends des galeries de mines de sable, je perce des couloirs qui se referment comme des lèvres de granit. Et je retourne à la plaine, la plaine où il est toujours midi, où un soleil identique tombe fixement sur un paysage figé. Et n’en finissent pas de tomber les douze heures, ni de bourdonner les mouches ni de s’étoiler en éclats cette minute qui ne passe pas, qui seulement brûle et ne passe pas.

Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éditions Gallimard, coll. poésie, 1966 (isbn 2-07-031789-7), partie II. aigle ou soleil ? (1949-1950), aigle ou soleil ? plaine, p. 88 – liberté sur parole, 1929 – Octavio Paz

Marguerite Yourcenar réparée

Buste de Yourcenar réparé - Lartigue

Sur cette image, on voit le blanc du plâtre. Le buste sera patiné plus tard. Dans l’explosion au four, elle avait perdu sa joue gauche, sa bouche et la moitié de la mâchoire. Cette sculpture est la deuxième que je réalise de cette écrivaine que j’admire. La première fait partie d’une collection privée.

Pour approcher sa façon de voir le monde, les interviews des Yeux ouverts  par Matthieu Galey donnent une bonne idée.

Pour voir le buste avant la cuisson, cliquez ici

Une expression d’intelligence et de paix

Y a-t-il un lien entre les deux caractéristiques ?

8 mars 2017

La première femme à siéger à l’Académie française. Je pense à elle aujourd’hui, le jour de la femme. Elle allait au-delà des frontières. Sans jamais s’enfermer dans une catégorie quelconque, elle se savait universelle. Pour les féministes (et masculinistes, ou tout simplement humanistes) comme moi, elle est un modèle à suivre.

Barbara, chanteuse de la nuit

Dans le Cahier de l’Herne consacré à Michel Houellebecq, l’auteur affirme être touché par « L’Aigle noir » de Barbara. Il trouve la première phrase profondément poétique, « Un beau jour/ ou peut-être une nuit », car elle est « totalisatrice« , caractéristique essentielle de la poésie. Elle signifie « n’importe quand », « c’est une absolutisation du discours », nous dit Michel Houellebecq. Il s’identifiait à l’enfant fragile que l’aigle noir prenait dans ses serres, avant qu’on lui apprenne qu’il s’agit (comme l’a révélé Barbara) d’un inceste. La poésie de cette chanson reste pour lui intacte.

La dédicace de Marie NDiaye

Nous étions dans un café avec notre amie V. quand J. m’a fait remarquer que Marie NDiaye venait de s’installer à la table derrière nous. Nous lui avons dit bonjour quand nos regards se sont croisés tout en sachant que pour elle, nous étions juste trois inconnus. C’était curieux de coïncider dans le même café quand nous attendions tous l’heure du débat.

Juste avant d’entrer dans l’espace des débats, V. nous a quittés. Nous nous sommes installés à côté du buste, à la première rangée. Le public a bien apprécié l’humour de Jean-Yves Cendrey, qui présentait son livre La France comme ma poche. Nous étions un peu distraits, car nous dessinions le visage de la belle écrivaine. En tout cas j’étais distrait ; on sait que les hommes sont plutôt mono-perceptifs. J’ai bien aimé le rythme lent et précis de Marie NDiaye. Elle prend son temps pour bien répondre avec les mots les plus pertinents.

A la fin du débat, pendant que les personnes qui voulaient une dédicace faisaient la queue, nous sommes allés dire bonjour à un modèle – arrivé juste après le début de la rencontre avec ses parents – qui m’a permis de faire une de mes meilleures oeuvres. Je publierai bientôt les images de la sculpture.

Nous avons abordé Marie NDiaye quand tout le monde était parti. Nous étions heureux de pouvoir partager avec elle un des dessins que nous avions réalisés d’elle, et de lui parler de notre projet d’exposer les écrivains qui nous interpellent pour « donner un visage » aux auteurs des idées qui nous semblent importantes pour notre époque.

C’était difficile de savoir ce que l’écrivaine a pensé de se voir représentée en trois dimensions. Elle regardait avec attention son buste. Elle nous a dit qu’elle l’avait déjà vu sur Internet. Nous étions tellement joyeux d’avoir pu partager un moment avec cette écrivaine, qu’on sortant de la librairie l’alarme s’est mise à sonner… Nous nous sommes regardés et nous avons éclaté de rire : évidemment nous avions pris le livre de Marie NDiaye pour lui demander une dédicace et nous avions oublié de le payer. Heureusement, les libraires nous connaissent bien (invités par Christian Thorel, le directeur, nous avons souvent exposé des bustes d’écrivains à Ombres blanches) et ils n’étaient pas trop surpris de notre étourderie.

Nous allons lire tranquillement ce soir le livre La Cheffe, roman d’une cuisinière (page 6 du PDF).

 

Dernières touches du buste d’Edgar Morin

Maintenant que le buste d’Edgar Morin est terminé, on se prépare pour aller en ville. Sortir de l’atelier n’est pas évident : quitter ce bruit apaisant de la rivière et sa petite chute d’eau, échanger la vue des immenses troncs d’arbres qui dansent avec le vent pour le mouvement de ces boîtes métalliques qu’on appelle « voitures » et retrouver les humains en quantités non négligeables en train de se déplacer très vite comme s’ils étaient pressés (en fait ils doivent être pressés), tout cela implique un changement d’esprit pour réussir à courir à la même vitesse que les autres, et pour avoir l’air d’un citadin, ce qui veut dire fermer le champ visuel à ce qui se trouve sur le trottoir pour ne pas tomber, et raidir les tympans pour éviter l’entrée du vacarme urbain. On doit retrouver une expression de « j’aime les pavés » ou de « je m’en fiche du ciel bleu », et se fondre dans la masse.

Tout cet effort pour aller rencontrer une écrivaine que nous admirons, Marie NDiaye, à Ombres Blanches, Toulouse.

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