Sculpture sur marbre à Saint-Béat (récit d’un symposium, jour 1)

Il fait frais, bien plus frais que dans notre atelier de Muret, nous avons laissé la canicule derrière nous.

Trouver le bon raccord de compresseur…

La ligne de démarcation du soleil descend peu à peu sur la colline en face du parking Gallieni où Gérard va commencer sa sculpture, L’Inconnue, réinterprétation contemporaine d’un buste de Chiragan (Martres-Tolosane, époque romaine) :

« Donner vie, en quelque sorte, à cette femme, en l’ancrant dans le présent. »

9h12. Des galets millénaires reposent dans l’eau. Un lézard court ventre à terre le long du muret qui nous sépare du fleuve. Le doux grincement de la meuleuse s’élève et se mêle au murmure de la Garonne que surplombe une ligne de maisons semi-antiques. Un bloc de marbre blanc de 45 x 40 x 20 cm va se métamorphoser en belle femme intemporelle.

L’œuvre est mise en jeu dans une tombola, qui se tiendra le 27 juillet.

Poussière de marbre

Dans nos poumons

Aucune alarme

Le cœur tient bon

Nous irons boire au fleuve

Et puis serons lavés

Dans l’air pyrénéen brille

La poussière dépliée

Juliette Marne

  • Pour lire les autres articles :

Jour 2

Jour 3

Jour 4

Jour 5

  • En savoir plus sur L’Inconnue de Chiragan :

L’Inconnue au MSR

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Marbre et Arts

  • L’exposition des sculptures de Jean-Jacques Abdallah à Montmaurin :

J.-J. Abdallah

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Livraison de « Lignes perpendiculaires », un torse en marbre

C’est toujours avec une certaine angoisse que nous livrons une sculpture qui nous est chère. La taille directe implique une pièce unique, irremplaçable. Chaque coup de ciseaux, chaque trace de gradine, reste « gravé dans le marbre ». Quand un collectionneur acquiert la sculpture, nous avons besoin d’avoir la certitude que le nouveau foyer l’accueille complètement, de tout cœur. C’était le cas cette fois. Un cadeau spécial d’une mère à sa fille pour ses trente ans. La réaction de celle-ci ne laissait pas de doute : elle a passé ses mains sur la surface du torse et d’une voix presque inaudible, comme si elle se parlait à elle-même, elle a lâché une phrase simple, mais tellement réconfortante : « Elle est magnifique. »

C’était à Paris, pas loin des manifestations près de la station Charle-de-Gaulle-Étoile. Dans une famille où l’art est dans chaque coin de la maison. L’arrière-grand-père était déjà un sculpteur célèbre dont nous avons eu l’honneur de voir quelques œuvres. Magnifiques. En marbre de Carrare. Dans la dimension temporelle du marbre, comme je l’ai déjà écrit dans un autre article, ma sculpture n’est pas forcément plus récente : le morceau de marbre de Saint-Béat peut avoir quelques millions de plus ou de moins que le morceau de marbre de Carrare…

Chien en Bronze – le revenant

C’était un beau Braque hongrois, à l’air gentil. Hélène Nougaro nous avait parlé, quand elle était venue à l’atelier, de ses deux chiens, dont l’un était mort prématurément. Nous avions conclu que pour le portrait il s’agissait de celui qui était déjà dans le ciel des Braques.


Les photos de l’étape argile que nous avons envoyées, juste avant de le faire couler en bronze, ont été validées. Mme Nougaro a exprimé de l’admiration pour le travail réalisé.

 
Elle est venue le chercher ce matin, accompagnée du… du modèle ! Bien vivant et en pleine santé ! C’était un choc pour moi de voir arriver le modèle après des semaines à l’imaginer statique sous terre. 
L’expression d’un animal, est plus difficile à percevoir : nous sommes habitués à décoder celle de notre espèce, mais nous ne captons pas en général toutes les subtilités des mouvement internes des animaux dont nous partageons la vie. Chez Fender, j’ai trouvé un regard légèrement inquiet, malgré sa douceur et son intensité.

Pour regarder la vidéo du processus de réalisation, cliquez sur ce lien.

Dessin du Monument aux morts à Muret

Ce dimanche nous nous sommes levés avant 7 heures. Comme d’habitude. Nous démarrons la journée à la Place de la Paix, sur une terrasse de café, mon crayon électronique à la main. La Poétesse lit. Les habitués commencent à arriver malgré le ciel gris et l’obscurité pas encore dissipée. Isis dort à nos pieds. Je dessine en écoutant les discussions autour de nous. On a l’impression que les cafés reprennent vie depuis quelque temps.

Une journée de poussière de marbre m’attend. Je travaille sur un bloc de 450 kilos. 

La sculpture que je dessine a été réalisée par Jacques Labatut en 1921 pour commémorer l’Armistice du 11 novembre 1918. Une femme du peuple (une paysanne de l’époque) représente la France. Elle tient dans sa main un rameau d’olivier, symbole de la paix.

Aujourd’hui elle tiendrait à la place, peut-être, un smartphone, symbole du lien engendré par les réseaux sociaux. 

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Nous sommes les premiers à arriver au restaurant. (Décidément, nous arrivons toujours trop tôt : voir l’article du concert aux Jacobins). Les serveurs nous reçoivent avec une rigidité étudiée. Ils sont habitués à voir débarquer tous les jours des personnes prêtes à jouer le jeu de l’émerveillement du fait qu’elles se trouvent dans un des meilleurs restaurants du monde. Leur attitude cérémoniale un peu trop artificielle nous semble un obstacle pour bien communiquer avec eux. Pas grave, nous venons déguster l’art de Michel Sarran. Le reste, le restaurant en lui-même, est secondaire.

Je me trompe. Une fois installés, le silence autour de nous, l’austérité des murs, les cheminées en marbre, la lumière tamisée, la blancheur parfaite des nappes, les couteaux Laguiole, les beaux verres colorés… tout contribue à nous éloigner du monde efficace et pratique. Ici le temps s’arrête.

Nous essayons de casser la relation bien figée client-serveur :

– Excusez-moi, savez-vous d’où vient le marbre de la cheminée ? Il est magnifique, demande la Poétesse à la serveuse toute sérieuse et froide.

– Euh… je ne saurais pas vous répondre, madame.

Je ris discrètement. Évidemment la Poétesse a surpris la serveuse, qui n’est pas habituée à se poser ce style de questions. Ils ne doivent pas recevoir souvent des sculpteurs et des poètes. Et quand ils le font, cette information ne doit pas être au centre de leur intérêt.

Quand elle apporte l’entrée, la Poétesse cherche à savoir si l’herbe qui accompagne le saumon est de la coriandre ou du cerfeuil. La serveuse se montre rassurée : elle préfère ce sujet. Pourtant elle se trompe.

-Ce n’est pas de la coriandre, j’en suis sûre, me dit la Poétesse une fois la serveuse partie. Je mangeais cette herbe très souvent dans le nord.

Quand je goûte le saumon avec un morceau de betterave dans sa sauce au lait de coco et de concombre, je sens une explosion étrange de joie. Tout devient limpide et beau. C’est de la magie.

Qu’est-ce qui fait qu’une bouchée de nourriture nous fasse reprendre confiance en la vie ? Quand on est en train de manger et qu’une voix intérieure nous dit que tout reprend du sens, quelle est l’explication rationnelle ?

Nous nous sommes posé ces questions, la Poétesse et moi, en sortant du restaurant de Michel Sarran.

-À mon avis, les molécules du corps reprennent une position plus adaptée au bonheur, j’aventure comme explication.

-Oui, une espèce de magie, une alchimie, que seuls les grands chefs de cuisine possèdent, confirme la Poétesse, qui connaît bien l’œuvre de Michel Sarran. Elle a fait le suivi d’édition du livre Toques et toiles, sur la cuisine de ce grand chef (et d’autres) et sur la peinture décorative de Bernard Cadène.

Les délicieux vins provençaux prolongent les effets de bonheur pour quelques heures de plus.

La réponse, n’étant pas de l’ordre du rationnel, n’arrivera pas. Peu importe, nous avons passé un moment bien spécial dans ce restaurant toulousain.

Nous avons trinqué pour les élèves de l’atelier. Merci du fond du cœur pour ce cadeau ! Vous étiez présents avec nous.

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