Un monument en bronze pour la Belgique

Hier c’était une journée spéciale. Un projet commencé il y a plus d’un an est en train de se concrétiser : la sculpture en bronze est coulée, ciselée et patinée, prête à partir pour la Belgique. L’équipe de la Fonderie de Bronze Lauragaise dirigée par Nicolas Parc a bien réussi le changement de matière de ce personnage. Le passage de l’argile à la cire est réalisé par Clément Scavino. La naissance en bronze est accompagnée par Claude Marty (enrobage et décrottage). Le travail de ciselage réalisé par Stéphane Aubry est impeccable. Clarisse Fabre, qui s’occupe de la patine, est toujours à l’écoute. Très douée pour les nuances de couleurs. Maintenant nous devons nous occuper du socle en granite du Sidobre. L’inauguration est prévue pour l’année prochaine, en avril.

Le sentiment de bonheur est fort. On est sur la ligne finale d’une longue compétition. Au début il y avait plusieurs sculpteurs en lice. Il a fallu vivre des mois d’incertitude avant d’être sélectionnés. Les recherches, les idées, les propositions de la poétesse m’ont donné la base pour mieux saisir la personnalité de cet homme de sciences.

Maintenant il est là, prêt à voyager vers son emplacement définitif. Il verra passer les années devant un paysage changeant, le parc de l’université dont il a été le recteur. La neige, la pluie, le vent, les feuilles mortes qui s’intègrent à la terre pour nourrir de nouvelles feuilles, le soleil… Il sera là, toujours droit, avec un petit sourire aux lèvres. Monument pour la Belgique - Lartigue 1

Fin de semaine automnale

Le brouillard matinal revient. Le soleil dessine quelques lignes inclinées en donnant au paysage une dimension presque mystique. Le froid arrive, ce qui nous rappelle la nature cyclique de notre planète. Enfant, les saisons me semblaient un simple caprice de la Terre, sans trop de rapport au temps. C’était un changement constant linéaire, le froid se substituait à la chaleur et la lumière du jour durait moins. Je n’établissais pas de rapports temporels entre les changements. Aujourd’hui, à force de voir se répéter les saisons c’est le côté cyclique qui me perturbe : l’automne annonce l’hiver. Puis le printemps ramène la lumière. Il annonce l’été, qui doit un jour laisser la place à l’automne… Les couleurs pâles et chaudes de cette saison provoquent une certaine nostalgie. Les feuilles mortes…

Nous partons à la campagne, loin de tout, chez une amie avec qui l’on parle de tous les sujets qui nous intéressent en ce moment. J’arrive à oublier ma névralgie pendant quelques heures. L’art toujours au centre, mais la politique et la société apparaissent toujours en toile de fond de nos conversations. J’admire ses dessins et ses aquarelles. Nous nous sentons toujours plus libres après nos discussions.

Pour notre projet de la maison de retraite de Saint-Martory, j’ai commencé le quatorzième buste : un homme sage, cultivé, sérieux, au regard inquiétant. Les traits de son visage racontent une histoire difficile. J’espère avoir bien transcrit dans l’argile son expression intense. Son interview, réalisée par Juliette, apportera une « lecture » plus profonde de la sculpture quand celle-ci sera exposée l’année prochaine.

 

Réalité virtuelle et art

La poétesse est debout, seule, les yeux cachés par un casque holographique, une espèce de loup pour dormir, mais bien épais. Elle lutte contre des Zombies qui l’attaquent. Je ne peux rien faire pour elle ; je ne vois pas ce qu’elle voit. Elle marche sans bouger les pieds, dans un autre monde. Ses mains lancent des objets inexistants. Elle baisse la tête pour éviter un obstacle invisible pour moi. J’aimerais l’aider et la protéger, mais je ne fais pas partie de ce monde de Zombies.

Aldo me passe le casque et j’entre à mon tour dans une maison hantée. J’avance en appuyant sur un bouton d’une des manettes. Je tourne la tête dans tous les sens et découvre un décor impressionnant de réalisme, malgré l’inévitable économie des détails. Le son est envoûtant. Des chauves-souris surgissent tout à coup d’un trou dans le mur. Des livres tombent du haut d’une étagère, une poupée crie et me barre le passage. Le cerveau se laisse convaincre qu’il est vraiment dans cet univers étrange. On a envie de toucher les objets. L’odeur manque.

Mon neveu nous montre un dernier jeu : une espèce de Photoshop géant : j’entre dans une page blanche. Les mouvements des mains créent des lignes dans l’espace qui m’entoure. Je me mets à dessiner un visage. Je devrais dire sculpter, puisque c’est en trois dimensions. La peinture et le dessin rejoignent la sculpture ! On peut retourner « l’objet » créé, passer la main à l’intérieur des lignes, enlever les traits qui dépassent du volume souhaité. Je peux placer des lignes épaisses comme si je modelais un visage avec du fil de fer. Le dessin flotte devant mes yeux. Je l’agrandis. Il est plus grand que moi. Ma main peut entrer dans le crâne de mon personnage !  Je pourrais presque mordre chaque ligne que je viens de créer. Le monde extérieur n’existe plus. Tout est blanc autour du dessin et de moi. Je suis à l’intérieur de cette page 3D, presque vierge. Il faut créer un nouveau monde.

Pour un sculpteur, cette technologie est prometteuse. Je pourrai bientôt faire des esquisses dans l’espace, des ébauches de sculpture dessinées déjà en volume. Aldo ne sait peut-être pas qu’il m’a fait découvrir un outil révolutionnaire.

Malheureusement, je ne peux pas partager sur mon blog un dessin tridimensionnel puisque l’écran est plat. Plat comme les images qu’on connaissait. Les images du futur ne seront pas plates.

Je poste alors une image d’une de mes sculptures photographiée par Juliette. Le résultat est virtuel. Et surprenant. Le sujet de la sculpture est la relation que, de nos jours, nous entretenons avec le portable : une jeune femme reçoit une mauvaise nouvelle sur son téléphone. L’ombre sur la photo montre au contraire deux femmes qui se touchent la main dans une relation directe, sans technologie.

femme en plâtre bataclan par Lartigue - photo J Marne

 

Le paysage et la texture

Observer un paysage sert à découvrir des valeurs visuelles pour mieux comprendre la matière. Si on élimine la couleur, un élément dominant qui sature très vite notre cerveau d’informations, on peut apprécier d’autres valeurs : la texture, par exemple. Si on arrive à transmettre dans l’argile la sensation du volume immense des nuages, léger et lumineux, du rythme délicat d’une série d’arbres alignés, ou de la surface lisse d’une rivière contrastant avec la rugosité des rochers aux alentours, on rend alors la matière plus vivante, car moins monotone. Nos sens sont ouverts à la complexité du monde. La sensualité se développe plus dans la richesse d’information que dans la perfection et la platitude du monde décoratif.

D’un côté Thanatos apporte la décadence, la décomposition, l’érosion, la chute, l’obscurité, et de l’autre, Eros lutte pour introduire la richesse des formes et des textures, la complexité, l’abondance. L’art se trouve dans l’équilibre de ces deux forces.

Nous sommes allés à Grenoble livrer une sculpture dédiée à la mémoire de l’amour d’un couple. Leur amour continue à vivre malgré la disparition de la femme de notre ami écrivain : la poésie, les romans, la peinture, et maintenant la sculpture alimentent le feu de cette passion.

De retour, un saut au Pont du Gard, au coucher du soleil, quand tous les touristes étaient déjà partis. Ce beau monument pour nous tous seuls. Mon cou se libère de sa névralgie et me permet d’admirer ces pierres posées il y a une vingtaine de siècles.

Un anniversaire exceptionnel

Le matin la poétesse descend les cinq étages de l’immeuble où nous séjournons à Paris chez une amie (partie en vacances avec sa famille) qui aime les mots, comme nous, pour chercher des croissants délicieux (aux amandes, mon préféré). La veille en rentrant chez notre amie tard le soir, nous nous sommes rendu compte que depuis des jours on était juste à côté de l’ESCP , l’école où ma fille a fait un mastère spécialisé de management de l’édition. A midi je déjeune avec elle. Elle m’offre un des tableaux à l’huile qu’elle a réalisés dans un stage de portraits à Paris, tableau qui est pour moi le symbole du début d’une belle carrière artistique. L’émotion est forte.

L’après-midi la poétesse et moi nous promenons dans un quartier de galeries entre l’avenue Saint-Germain des Prés et la Seine, après avoir dessiné tous les deux une sculpture de Picasso devant l’église de Saint Germain des Prés, dédiée à Apollinaire.

Le soir une surprise m’attend. On a rendez-vous avec deux amies philippines pour parler d’un projet de sculpture. Nous arrivons au restaurant chinois près des Champs-Elysées et tous nos amis philippins sont là. Ils ouvrent deux bouteilles de mon vin préféré, Saint-Estèphe, bouteilles qui ont plus d’un quart de siècle ! A chaque moment de flottement dans les conversations multiples où se mêlent l’anglais, le français et leur langue (le tagalog, dont ils nous apprennent quelques mots) en plus de leurs dialectes, on lève nos verres pour trinquer en criant « joyeux anniversaire ». Même le propriétaire du restaurant se joint à cette tradition inventée lors de cette soirée. Nous fêtons que le projet prend un nouvel élan. Nos amis nous font sentir bien acceptés dans leur groupe. Ils font preuve d’une générosité spéciale. Nous partons avec des cadeaux, du champagne, un Médoc 82, et des centaines de photos pour garder une trace de ces moments de partage.

On rentre le lendemain. Dans le train je fais une série de dessins. La poétesse est exténuée. Elle dort après avoir lu quelques chapitres de Terre des Hommes, de Saint-Exupéry.

train de retour de Paris 17

Combien de fois regarde-t-on la pleine lune dans sa vie ?

C’est la question que pose le narrateur dans le film de Bernardo Bertolucci Le Ciel protecteur (The Sheltering Sky, traduit en français Un thé au Sahara – je ne comprendrai jamais pourquoi on traduit de cette façon complètement absurde, sans respecter le titre original que l’auteur s’est cassé la tête à trouver). Ce film basé sur un roman de Paul Bowles, qui apparaît dans le film dans son propre rôle, fait un parallèle entre la vie et un voyage. Combien de fois regarde-t-on vraiment la pleine lune dans une vie, combien de fois on la reverra encore ? Une dizaine de fois ? C’est vrai qu’elle est là tous les mois, mais est-ce qu’on se donne la peine de la regarder à chaque fois ? Il y a des choses qu’on ne vit que très peu de fois, mais on a la sensation que les choses sont éternelles, qu’on verra la lune autant de fois qu’on voudra.

Hier c’était la fête de la fin des

cours de sculpture. Cet événement était pour nous très spécial. Nous étions presque tous ensemble. Cette année, quelques conjoints nous ont rejoints. Nous étions autour de 26 (je n’aime pas trop compter). Combien de fois nous allons vivre des moments de partage comme celui d’hier ? Pas beaucoup. Quand la fête est finie, au moment de ramasser les nappes sales et de remplir les sacs poubelles, un vide terrible arrive. C’est un moment qui rappelle la « finitude » de tous les beaux moments sur Terre.

Cet article est assez plombant… Mais au fond, mon message est plutôt gai : c’était tellement agréable et beau de voir tout le monde autour du travail réalisé dans l’atelier autour de cette exposition qu’on attendait depuis des mois, que je voudrais lui donner sa juste dimension dans une vie. Puis j’ai reçu de mes élèves des cadeaux magnifiques pour Juliette et pour moi : un petit voyage dans un lieu insolite (on va choisir une bulle sur un arbre ou quelque chose comme ça), des places pour le cinéma ! (tout le monde m’entend souvent parler des films, alors ils ont su que ça me ferait un plaisir immense), et une carte avec quelques mots où je trouve l’amitié qui s’est tissée entre nous tous.

On a dîné comme des rois ! Une superbe paella confectionné par Jocelyne pour tous, des desserts, du vin…

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 2

 

Tout le monde avait déjà voté pour les oeuvres exposées. Le premier prix a été octroyé à Evelyne T pour une sculpture réalisée en terre, bois et pierre. L’esprit de recherche est toujours visible dans le travail d’Evelyne. On sent bien une compréhension forte de la matière et une facilité d’exécution. Ses patines sont toujours intéressantes. Son expérience importante lui permet des lignes libres et osées. Le couteau, un vrai couteau, est son outil préféré.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 10

Le deuxième prix a été attribué à Magali. Un buste imposant, où les détails cohabitent avec des gestes spontanés de l’artiste, nous regarde avec une tension inquiétante. Des mouvements discrets dans les volumes (tête légèrement penchée, une épaule plus haute, etc.) rendent le personnage vivant. On devine la passion avec laquelle l’auteure a créé cette pièce.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 9

Le troisième prix a été attribué à Valérie pour une petite sirène très expressive. Valérie est arrivée à l’atelier en septembre et elle montre déjà une capacité d’observation bien évidente. Normalement elle déborde d’énergie, mais dès qu’elle se met à sculpter, tout son être se concentre sur l’oeuvre. L’argile commence à devenir une vraie passion pour elle.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 19

Je ne parlerai pas des autres sculptures, toutes intéressantes et spéciales. Je dirai seulement que je vois une ouverture dans la perception de tous les participants de l’atelier, idéale pour mieux observer le monde et pour participer à sa création (le monde est en création constante). Un concours est toujours un jeu, auquel il faut jouer souvent, mais sans trop y croire. C’est une façon de se confronter à soi-même. Félicitations à tous.

Ce soir il pleut. Il fait froid. Le bruit de la pluie remplace l’agréable brouhaha d’hier. L’année prochaine on entendra de nouveau cette musique humaine.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017

Inondation à l’atelier

Une prise de vue du bas vers le haut. La position des acrobates semble réelle. La sculpture prend une dimension importante. Elle est pourtant toute petite. Il s’agit d’une maquette. Isis regarde sa maîtresse en attendant le déclic de l’appareil photo. On dirait qu’elle observe l’acrobate, la jeune femme légère et gracieuse, au-dessus de son homme, mais elle regarde l’objectif.

L’eau est partout dans le hangar. Tout est prévu pour éviter les dégâts des eaux. Les sculptures stockées dans cette partie de l’atelier ne risquent rien. Les socles sont hissés sur des briques, les tables touchent l’eau seulement de leurs pieds métalliques. Les câbles sont débranchés. Dans cette ambiance d’apparente catastrophe, les acrobates semblent plus aériens. Ils touchent à peine le sol. L’eau peut monter.

 

 

Un petit cahier de dessin

La Poétesse lui fait une tresse. Elle se regarde dans la glace. Je la dessine une cigarette à la main. Des lignes d’abord chaotiques prennent petit à petit un rythme, un sens. Les doigts fonctionnent comme des capteurs d’une certaine électricité dans l’air. Une photo fige la lumière d’un instant ; un dessin imprime les mouvements de la lumière, du modèle, de la tension variable dans un laps de temps. Je ferme le petit cahier, son cadeau (pour mon dernier anniversaire).

Nos voisins de la briqueterie

Ils arrivent dans une petite voiture rouge avec leur chien. L’homme est un géant et sa compagne, une petite et délicate jeune femme pleine d’énergie. Ils se disputent, se réconcilient, ils dansent, ils se bagarrent, ils font l’amour. Tout cela sans qu’il ne dise pas un seul mot et elle, quand elle s’énerve, sort tout un monologue en finnois. A un moment donné, l’homme lève la voiture à la force des bras pour que sa femme puisse retirer le pot d’échappement, un tuyau long de plus de quatre mètres (on s’étonne que ce tuyau sorte d’une si petite voiture, une vieille Simca 1000), qui servira pour qu’elle monte plusieurs mètres au-dessus de la tête de son homme. Il place le bout du pot d’échappement sur son front pendant qu’elle fait des acrobaties à l’autre bout du tuyau tout près du plafond du chapiteau. Deux acrobates de haut niveau, beaucoup d’humour et de poésie, un vrai chapiteau, le danger, la beauté, tout cela fait partie du cirque Aïtal.

Ma sœur, la Poétesse et moi sommes partis de Muret le matin. Un pique-nique sur une aire d’autoroute. L’arrivée à Hossegor : le port, les bateaux, la forêt au bord de la mer, et déjà des touristes partout. Nous rendons visite à ma tante Thérèse, une dame de près de 90 ans très gentille, élégante et discrète. Toute la famille l’a toujours appelée « Poupette », tellement elle est fine et petite. On ne s’était pas vu depuis des années. Après nous être mis au courant de tous les changements familiaux, nous repartons.

On se promène et on tombe dans un parc d’arbres de liège ! Des chênes, m’apprend la Poétesse. Je ressens une envie étrange de me jeter contre les troncs, tellement  l’écorce de liège est épaisse, tiède et élastique. Je pense à la quantité de bouchons de vin que chaque arbre pourrait produire.

Après avoir pris une bière dans la zone touristique (tout est touristique), nous partons à Saint-Jean-de-Luz pour assister au spectacle du cirque Aïtal, le soir. On voit de loin le chapiteau et les camions qui sont d’habitude garés, entre leurs périodes de spectacles, dans le hangar où se trouve notre atelier.

Je me rends compte que j’ai oublié mon cahier de dessin. Leurs positions acrobatiques sont idéales pour faire des esquisses. Je retiens en mémoire celle où elle tourne dans les airs, lancée par son homme pour atterrir sur lui la tête en bas. Elle lâche une de ses mains et avec l’autre comme seul appui elle pose tout son poids sur le front de son compagnon, en écartant les jambes horizontalement bien droites.

De retour à l’atelier, je décide de faire une structure en fil de fer et de réaliser cette position en plâtre.

 

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