Sculpte-moi un mouton

Sans la volonté de fer, l’audace et l’âme de visionnaires des pionniers de l’Aéropostale, Toulouse ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Combien de Toulousains le savent ? Le XXe siècle a été le théâtre d’une révolution technologique où toutes les nations développées luttaient pour avoir un rôle important dans la conquête de l’air. La France a atteint l’une des premières places grâce à eux, ce qui a permis à Toulouse de devenir le centre européen de l’industrie aéronautique. Qui sait aujourd’hui que le nom de l’Aéropostale a été forgé par Marcel Bouilloux-Lafont ?

Nous voudrions rendre hommage à ces hommes en réalisant une série de bustes dans un contexte littéraire construit par Juliette Marne qui permettrait de leur donner une présence dans ce nouveau millénaire (malheureusement, à l’époque, la place des femmes dans l’aviation était très limitée, raison pour laquelle j’ai aussi sculpté le buste de Maryse Bastié, héroïne dotée d’autant de courage et de détermination que ses collègues). Maryse Bastié aviatrice par Lartigue
Les bustes qui nous permettent de les admirer sont rares, et surtout limités aux plus connus d’entre eux (Jean Mermoz, Antoine de Saint-Exupéry, Didier Daurat, Henri Guillaumet).

Marcel Bouilloux-Lafont et Joseph Roig :

Des dizaines de pilotes effectuent le trajet des pionniers depuis 35 ans pour le rallye Toulouse Saint-Louis, et 10 ans pour le groupe Latécoère. L’ambiance est d’une rare camaderie et d’une admiration immense pour ce que ces pionniers ont accompli il y a un siècle.

Et pour répondre à la question qu’on nous pose souvent : « Comment est né votre désir de participer à cet hommage ? » Tout d’abord, nous devons l’idée à Gérard Antoine, qui a su attirer notre attention vers l’histoire de l’Aéropostale. Nous en avions déjà un aperçu grâce aux romans de Saint-Exupéry, dont Terre des hommes, ode à notre existence en tant qu’humains. Sa vision cosmique qui pouvait passer du macrocosme au microcosme dans un seul paragraphe et sa capacité à apprécier la beauté de la planète m’ont émerveillé. Puis, un jour, nous nous sommes rendu compte que l’histoire de l’Aéropostale était essentielle pour nous : notre travail en sculpture et en littérature depuis des années est centré sur la communication, la transmission, la mémoire. Or, la base de cette immense aventure était d’apporter le courrier d’un point de la planète à un autre. Les mots, au centre de tout. Ces hommes donnaient leur vie pour porter des lettres. Non seulement les humains ont commencé à voler, mais ils ont aussi commencé à communiquer beaucoup plus rapidement. Aujourd’hui, il nous paraîtrait étrange de devoir risquer une vie pour amener quelques mots d’un endroit à un autre, quand il suffit de taper sur son téléphone portable. Ces hommes sont les premiers à avoir créé des réseaux de communication entre les continents.

(Photos vernissage : Aldo Manzanera Lartigue)

Enfin, j’ajoute une photo de notre chienne en mode fantôme rouge… Elle rêve d’un coucher de soleil dans le désert.

Les pionniers de l’Aéropostale : Vernissage à Toulouse le 28 septembre

vernissage aéropostale Toulouse - Lartiguevernissage Toulouse expo aéropostale - Lartigue 1À l’hôtel Le Grand Balcon – Exposition de sculpture

C’est la rentrée. Après un été riche en couleurs, contrastes, changements dans l’atelier, découvertes artistiques, échanges avec des proches, lectures, réalisation de sculptures en terre, pierre et marbre, création de projets, mais aussi ponctué de quelques problèmes de santé, le rythme intense d’activités reprend. Pour les problèmes de santé, il a été nécessaire de passer par des craquements, torsions et piqures d’aiguilles délivrés par des ostéopathes, des étiopathes et des acupuncteurs pour retrouver des neurones moins rebelles. Les migraines diminuent.

Je reprends ce blog.

Deux expositions simultanées à deux pas du Capitole de Toulouse

Exposition à l’hôtel Le Grand Balcon (cliquez ici pour lire l’article)

 

A quelques mètres de l’exposition à l’hôtel Le Grand Balcon, on peut découvrir à Ombres Blanches les bustes de Carlos Fuentes et d’Octavio Paz, le premier, romancier, et le second, poète.

Autant de personnalités qui se sont dépassées grâce à la simple volonté de « faire ce qu’ils devaient faire », et qui ont laissé derrière elles des traces… Et la matière qui enregistre ce que le temps laisse comme traces à son tour sur leurs visages. La forme comme réceptacle de ces vies.

Exposition à Ombre Blanches, dans l’espace consacré aux débats, rue Mirepoix (Cliquez ici pour lire l’article). 

EXPOSITION : Les pionniers de l’Aéropostale

Les bustes de sept héros de l’Aéropostale et d’une aviatrice sont exposés à l’Hôtel du Grand Balcon, à Toulouse (à côté du Capitole, 8-10 rue Romiguières) jusqu’au 30 septembre. (Exposition prolongée jusqu’au 12 octobre).

Ceux qui connaissent l’histoire des pionniers de l’Aéropostale savent que parmi d’autres, Saint-Exupéry et Jean Mermoz séjournaient dans cet hôtel au début du siècle dernier. On peut encore aujourd’hui passer une nuit dans la chambre que l’écrivain du Petit Prince, de Vol de Nuit et de Terre des Hommes occupait.

Guillaumet est resté célèbre pour son aventure dans les Andes, où il a réussi à survivre après cinq jours de marche dans la neige suite à la panne de son avion dans la cordillère : « Ce que j’ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l’aurait fait », a-t-il dit à Saint-Exupéry lorsqu’on l’a retrouvé.

Didier Daurat, leur chef, figure marquante de l’Aéropostale, s’occupait d’embaucher, d’encourager, de former les aviateurs.Expo au Grand Hôtel - Toulouse - Capitole 5

La mort de Saint-Exupéry me semble une tragédie grecque. En 1998 on retrouve la gourmette de « Saint-Ex » dans les filets d’un pêcheur, et trois ans plus tard on remonte les morceaux de l’épave. Le pilote de chasse de la Luftwaffe qui a tiré sur l’avion d’observation Lightning P-38 le 31 juillet 1944 ne savait pas qu’il était en train d’abattre l’écrivain Saint-Exupéry, qu’il admirait depuis sa jeunesse et dont les récits ont suscité sa vocation de pilote. Les livres de Saint-Exupéry ont donc créé le « personnage » qui allait lui donner la mort. La mort s’infiltre dans son destin à partir de ses propres textes. Le pilote allemand a appris il y a une quinzaine d’années, à l’âge de 88 ans, l’identité du pilote qu’il avait abattu lors de la Seconde Guerre mondiale.

 

En réalisant ces bustes, j’ai appris à admirer le sens du devoir que ces aviateurs possédaient. Ils avaient compris l’importance de faire ce que l’on doit faire dans la vie (action qui est peut-être l’essence même de la liberté). Ils devaient faire parvenir le courrier d’un point de la Terre à un autre. C’est tout. Et ils étaient prêts à donner leur vie pour accomplir leur mission. Leur travail était plus qu’une passion.

Aujourd’hui, on a la possibilité d’envoyer simplement un sms pour communiquer, les satellites s’occuperont du transport (c’est le même effort technologique pour envoyer un message à la personne d’en face, quand on ne veut pas se lever pour lui dire quelque chose, que pour l’envoyer à quelqu’un à l’autre bout de la planète). À l’époque il fallait compter sur ces aventuriers courageux pour faire arriver nos mots d’un continent à un autre. Ils l’ont souvent payé de leur vie. Mais les mots voyageaient.

Nous remercions le directeur de l’hôtel, Monsieur Okda, qui accueille les œuvres au bar du rez-de-chaussée, près des immenses photos des aviateurs.

Un vernissage aura lieu le jeudi 28 septembre. J’en reparlerai en temps voulu.

Le site de l’hôtel : http://grandbalconhotel.com/fr/

 

 

Hôtel Le Grand Balcon

Combien de fois regarde-t-on la pleine lune dans sa vie ?

C’est la question que pose le narrateur dans le film de Bernardo Bertolucci Le Ciel protecteur (The Sheltering Sky, traduit en français Un thé au Sahara – je ne comprendrai jamais pourquoi on traduit de cette façon complètement absurde, sans respecter le titre original que l’auteur s’est cassé la tête à trouver). Ce film basé sur un roman de Paul Bowles, qui apparaît dans le film dans son propre rôle, fait un parallèle entre la vie et un voyage. Combien de fois regarde-t-on vraiment la pleine lune dans une vie, combien de fois on la reverra encore ? Une dizaine de fois ? C’est vrai qu’elle est là tous les mois, mais est-ce qu’on se donne la peine de la regarder à chaque fois ? Il y a des choses qu’on ne vit que très peu de fois, mais on a la sensation que les choses sont éternelles, qu’on verra la lune autant de fois qu’on voudra.

Hier c’était la fête de la fin des

cours de sculpture. Cet événement était pour nous très spécial. Nous étions presque tous ensemble. Cette année, quelques conjoints nous ont rejoints. Nous étions autour de 26 (je n’aime pas trop compter). Combien de fois nous allons vivre des moments de partage comme celui d’hier ? Pas beaucoup. Quand la fête est finie, au moment de ramasser les nappes sales et de remplir les sacs poubelles, un vide terrible arrive. C’est un moment qui rappelle la « finitude » de tous les beaux moments sur Terre.

Cet article est assez plombant… Mais au fond, mon message est plutôt gai : c’était tellement agréable et beau de voir tout le monde autour du travail réalisé dans l’atelier autour de cette exposition qu’on attendait depuis des mois, que je voudrais lui donner sa juste dimension dans une vie. Puis j’ai reçu de mes élèves des cadeaux magnifiques pour Juliette et pour moi : un petit voyage dans un lieu insolite (on va choisir une bulle sur un arbre ou quelque chose comme ça), des places pour le cinéma ! (tout le monde m’entend souvent parler des films, alors ils ont su que ça me ferait un plaisir immense), et une carte avec quelques mots où je trouve l’amitié qui s’est tissée entre nous tous.

On a dîné comme des rois ! Une superbe paella confectionné par Jocelyne pour tous, des desserts, du vin…

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 2

 

Tout le monde avait déjà voté pour les oeuvres exposées. Le premier prix a été octroyé à Evelyne T pour une sculpture réalisée en terre, bois et pierre. L’esprit de recherche est toujours visible dans le travail d’Evelyne. On sent bien une compréhension forte de la matière et une facilité d’exécution. Ses patines sont toujours intéressantes. Son expérience importante lui permet des lignes libres et osées. Le couteau, un vrai couteau, est son outil préféré.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 10

Le deuxième prix a été attribué à Magali. Un buste imposant, où les détails cohabitent avec des gestes spontanés de l’artiste, nous regarde avec une tension inquiétante. Des mouvements discrets dans les volumes (tête légèrement penchée, une épaule plus haute, etc.) rendent le personnage vivant. On devine la passion avec laquelle l’auteure a créé cette pièce.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 9

Le troisième prix a été attribué à Valérie pour une petite sirène très expressive. Valérie est arrivée à l’atelier en septembre et elle montre déjà une capacité d’observation bien évidente. Normalement elle déborde d’énergie, mais dès qu’elle se met à sculpter, tout son être se concentre sur l’oeuvre. L’argile commence à devenir une vraie passion pour elle.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017 19

Je ne parlerai pas des autres sculptures, toutes intéressantes et spéciales. Je dirai seulement que je vois une ouverture dans la perception de tous les participants de l’atelier, idéale pour mieux observer le monde et pour participer à sa création (le monde est en création constante). Un concours est toujours un jeu, auquel il faut jouer souvent, mais sans trop y croire. C’est une façon de se confronter à soi-même. Félicitations à tous.

Ce soir il pleut. Il fait froid. Le bruit de la pluie remplace l’agréable brouhaha d’hier. L’année prochaine on entendra de nouveau cette musique humaine.

Fête fin d année atelier briqueterie 2017

Exposition à Toulouse

 

 

Le Marathon des mots, qui met cette année à l’honneur des artistes et écrivains du Golfe du Mexique et des Caraïbes, nous a incités à réaliser une exposition des bustes d’Octavio Paz (j’ai écrit un article qu’on peut lire en cliquant ici)  et de Carlos Fuentes, écrivain et essayiste dont le roman La Plus Limpide Région m’a marqué par sa vision critique et incisive de la société mexicaine. Il a fondé la Revue mexicaine de littérature en 1955, avec la collaboration d’Octavio Paz.

Quand j’avais réalisé le buste de Fuentes, mon intention était de lui faire parvenir une image de son portrait en terre cuite, mais le jour de la cuisson, pendant que le buste était dans le four, l’écrivain est décédé (2012). Cette « coïncidence » m’avait bien frappé. Je suggère la lecture d’une nouvelle que j’ai lue plusieurs fois et qui me semble représentative d’un univers parallèle, dit « magique » souvent présent dans la littérature de l’Amérique Latine: Aura.

 

 

 

Notre chienne nous a accompagnés à l’installation des deux bustes à Toulouse :

 

 

Nous tenons à remercier Christian Thorel, directeur de la librairie, ainsi qu’Hélène Cardona, pour l’accueil toujours enthousiaste qu’ils réservent à nos bustes d’écrivains.

Les deux bustes sont exposés dans la partie d’Ombres Blanches consacrée aux débats, rue Mirepoix.

J’expose tout le mois de juin à la Galerie de l’Echarpe, à Toulouse

Sculpture marbre - Lartigue.png

Exposition du mardi 30 mai au samedi 1 juillet 2017 

Ouverture de la galerie de 14h à 19h du mardi au samedi

Un nu féminin, « Femme blottie », en marbre, et une jeune femme aux yeux rêveurs, « Marianne » (pour voir les photos du modèle pour ce buste, cliquez ici), seront exposés avec deux portraits déjà présentés dans d’autres expositions, ceux de Rodin d’Alina, jeune femme en terre noire.

Nous sommes allés en ville ! Il fallait apporter les sculptures à la galerie. Nous sommes sortis de notre paradis pour affronter le mouvement rapide des citadins. Ils étaient tous habillés en mode été, malgré le ciel gris. La dernière fois qu’on les avait vus, ils étaient bien couverts, comme nous, d’ailleurs, car il faisait froid. L’été est arrivé sans prévenir. Il a sauté le printemps. Ou l’hiver s’est éternisé, je ne sais pas.

Nous voulions profiter de notre sortie pour nous promener un moment dans la Ville rose, mais la Poétesse devait écrire des poèmes en urgence et moi un article sur l’exposition pour y inviter tous nos amis (juste pour les inviter, sans vouloir les obliger à y aller. C’est exclusivement le plaisir de partager la nouvelle avec eux). Nous sommes donc rentrés. Nous avons bien fait. Notre louve avait chaud et faim dans la voiture. Un délicieux repas nous attendait dans le frigo. Nous avons ouvert un pinot noir (cadeau d’un proche, un autre GG 😉 ) et à 18h nous avons déjeuné. Un cigare, et une fois l’article fini, je prends ma massette… une sculpture m’attend.

Pour regarder les photos du buste de Rodin et d’Alina, cliquez ici :

Alina

Rodin

Deux bustes sont toujours exposés à Ombres Blanches, ceux de Bernard Maris et de Marie N’Diaye (pour lire l’article, cliquez ici).

De retour de Paris

En train de dessiner le buste de Victor Hugo par Rodin

Un café à la gare le matin, fatigués mais satisfaits de notre voyage, prêts à prendre notre car pour quitter Paris. Le soleil rasant créait de longues ombres dans la salle d’attente. Pas mal de monde. Sur le mur d’en face j’ai observé pendant quelques minutes le profil d’un couple d’amoureux. Je pouvais les observer sans être envahissant puisqu’il s’agissait de leur ombre. L’homme avait un profil de boxeur, le nez cassé et épais, le front court et massif. Son cou de taureau se devinait sous une veste élégante, bien coupée et souple. Il avait des rides et le front dégarni. La femme bien plus jeune avait des yeux énormes, ronds, presque beaux. On aurait dit qu’elle avait eu des problèmes de thyroïde. Je percevais clairement ses cils dessinés sur le mur. Elle clignait des yeux pour dissimuler ses larmes. Ils s’embrassaient souvent pour oublier le moment de plus en plus proche de la séparation. Leurs ombres bougeaient sur un espace de solitude, comme détachés du monde. Le soleil frappait toute la surface autour d’eux. Leur existence était dans l’ombre. Leur amour n’appartenait pas au monde des mortels.

Le passage d’un nuage a présagé leur disparition. L’annonce d’un train les a lancés dans les bras l’un de l’autre. Quelques instants plus tard, le soleil a disparu et la gare est devenue une gare typique inondé de voyageurs au regard ennuyé. La plupart partaient pour des raisons professionnelles, sans émotions particulières. Un mouvement constant d’humains dans une horlogerie bien réglée malgré les apparentes exceptions, tel ce couple déchiré. Qui sait, peut-être que si on comptait tous les jours les cas dramatiques, leur quantité serait similaire, ce qui impliquerait que ces adieux douloureux font partie de la machinerie.

Le car est confortable. Derrière nous un couple âgé de personnes bien habillées qui contrastent avec l’apparence assez décontractée des autres passagers, parle à voix haute depuis qu’on est partis. La poétesse écrit à côté de moi. Au loin je vois Orléans, sa cathédrale. La route est chargée. La fatigue accumulée rend mon activité cérébrale lente et lourde, mais mon esprit se sent léger. Quelques jours à Paris et le trajet artistique que nous construisons prend une nouvelle dimension. Les réactions devant notre travail, en sculpture et en littérature, sont fortes (je dois parler de notre rencontre très prometteuse de projets artistiques avec plusieurs personnes). Notre vie semble avancer sur un chemin difficile mais riche. 

C’était une bonne idée de rentrer en car. Nous ne souffrons aucune interruption puisque tout le monde doit rester assis (surtout le chauffeur) ; personne ne vient nous interrompre, ce qui n’arrive pas dans un train. Tout le monde est attaché (ceinture obligatoire) pendant le trajet. L’univers défile devant nous comme dans un film. Un long film de neuf heures.

Dessins au musée Rodin par Lartigue 5

Dessin du buste de Victor Hugo sculpté par Rodin

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