Le plan du Père-Lachaise

Ce plan du cimetière du Père-Lachaise a servi de guide à des millions de personnes qui sont venues à Paris du monde entier avant la pandémie. Elles s’en servaient pour localiser les tombes ou les sculptures les plus célèbres.

Le fait qu ‘aujourd’hui il puisse guider celles qui souhaitent découvrir La Pharaonne, c’est-à-dire la grande sculpture en marbre que nous avons livrée il y a plus d ‘un an suite à une commande assez mystérieuse, est pour moi quelque chose d’émouvant.



Quand j’avais à peine 13 ans j’ai suivi ce plan. Je ne me rappelle pas les tombes que j’ai voulu découvrir ; à l’époque je n’avais pas une notion claire de ce que la mort signifiait, et encore moins, une connaissance des artistes, politiciens, écrivains, poètes, scientifiques et d’autres savants qui allaient jouer un rôle important dans mon évolution en tant que sculpteur.

Pour moi, ce plan n’était que la représentation d’un labyrinthe truffé de vieilles pierres cassées servant à couvrir des cadavres dont les noms m’évoquaient une vague notion d’Histoire. Comment aurais-je pu imaginer à l’époque qu’il me rendrait service un jour pour trouver une œuvre réalisée par mes mains ? À cet âge-là, je n’envisageais pas encore de devenir artiste.

Aujourd’hui, après trente ans de création, la Poétesse et moi nous permettons de savourer une petite fenêtre qui s’ouvre vers tous ces gens que nous considérons comme nos maîtres et parfois comme des amis et qui ne sont plus de ce monde.

Ce marbre encore éclatant de lumière contraste avec la noirceur propre aux cimetières. La Pharaonne va donner son premier pas dans l´obscurité, dans une ambiance de paix et de vie. Oui, dans un cimetière on aperçoit la vie de façon plus limpide…..

Bonne nouvelle à propos d’une étincelle d’éternité

« Bonjour, je suis Mme X et je vous appelle parce que j’ai découvert au cimetière du Père-Lachaise une sculpture d’une femme dont le nom n’apparaît nulle part. J’ai trouvé la signature sur votre sculpture et j’ai cherché votre nom sur Internet. Je voudrais donc savoir qui a eu le privilège d’avoir une représentation de sa personne en marbre dans le Carré Romantique de ce cimetière ? »

La Poétesse a dû lui expliquer que la tombe est vide, que la personne représentée est vivante, qu’il s’agit d’une écrivaine qui était célèbre il y a quelques années, tout en évitant de montrer sa surprise en apprenant cette nouvelle ; la dame n’aurait pas compris notre ignorance d’un tel événement.

La sculpture en marbre de Carrare d’une femme faisant un pas vers l’avant, vers l’inconnu, vers l’éternité est finalement installée au Père-Lachaise !

Poème : Juliette Marne

Nous avions promis aux personnes qui suivent notre activité artistique que nous les inviterions au dévoilement de l’oeuvre quand elle se trouverait à sa place finale, au cimetière, mais le coronavirus en a décidé autrement : elle a été installée dans la plus grande discrétion pour éviter tout rassemblement en période de pandémie. Même nous, les réalisateurs de l’oeuvre, ne savions rien.

Il a fallu fêter l’événement. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’honneur d’avoir une oeuvre placée comme monument public pour les siècles à venir dans le cimetière le plus visité au monde, entourée d’oeuvres artistiques très significatives réalisées par des sculpteurs comme : David d’Angers (1788-1856), Jean-Baptiste Clésinger (1814-1883) (monument de Chopin), Antoine-Auguste Préault (1809-1879), Louis Ernest Barrias (1841-1905), Aimé Millet (1819-1891), Léopold Morice (1846 -1920), Charlotte Dubray (1855-1931), Gustave Crauk (1827-1905), Prix de Rome de sculpture en 1851, Paul-Albert Bartholomé (ami d’Edgar Degas), Henri Bouchard (1875-1960),  Alfred Boucher (1850-1934), René de Saint- Marceaux (1845-1915), Paul Dubois (1829–1905), Henri-Michel-Antoine Chapu (1833-1891), Laurent-Honoré Marqueste (1848-1920), prix de Rome en 1871, Paul Jean-Baptiste Gasq (1860-1944), premier prix de Rome en 1890, Denys Puech (1854-1942), Étienne Leroux (1836-1906), Aimé-Jules Dalou (1838-1902)…

Il faut monter à Paris et ouvrir une bouteille de Champagne sur la tombe vide de cette femme à l’âme égyptienne, qu’on appelle Hatshepsout, un pharaon féminin (je sais, c’est interdit, mais on le fera symboliquement).

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