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Nous sommes les premiers à arriver au restaurant. (Décidément, nous arrivons toujours trop tôt : voir l’article du concert aux Jacobins). Les serveurs nous reçoivent avec une rigidité étudiée. Ils sont habitués à voir débarquer tous les jours des personnes prêtes à jouer le jeu de l’émerveillement du fait qu’elles se trouvent dans un des meilleurs restaurants du monde. Leur attitude cérémoniale un peu trop artificielle nous semble un obstacle pour bien communiquer avec eux. Pas grave, nous venons déguster l’art de Michel Sarran. Le reste, le restaurant en lui-même, est secondaire.

Je me trompe. Une fois installés, le silence autour de nous, l’austérité des murs, les cheminées en marbre, la lumière tamisée, la blancheur parfaite des nappes, les couteaux Laguiole, les beaux verres colorés… tout contribue à nous éloigner du monde efficace et pratique. Ici le temps s’arrête.

Nous essayons de casser la relation bien figée client-serveur :

– Excusez-moi, savez-vous d’où vient le marbre de la cheminée ? Il est magnifique, demande la Poétesse à la serveuse toute sérieuse et froide.

– Euh… je ne saurais pas vous répondre, madame.

Je ris discrètement. Évidemment la Poétesse a surpris la serveuse, qui n’est pas habituée à se poser ce style de questions. Ils ne doivent pas recevoir souvent des sculpteurs et des poètes. Et quand ils le font, cette information ne doit pas être au centre de leur intérêt.

Quand elle apporte l’entrée, la Poétesse cherche à savoir si l’herbe qui accompagne le saumon est de la coriandre ou du cerfeuil. La serveuse se montre rassurée : elle préfère ce sujet. Pourtant elle se trompe.

-Ce n’est pas de la coriandre, j’en suis sûre, me dit la Poétesse une fois la serveuse partie. Je mangeais cette herbe très souvent dans le nord.

Quand je goûte le saumon avec un morceau de betterave dans sa sauce au lait de coco et de concombre, je sens une explosion étrange de joie. Tout devient limpide et beau. C’est de la magie.

Qu’est-ce qui fait qu’une bouchée de nourriture nous fasse reprendre confiance en la vie ? Quand on est en train de manger et qu’une voix intérieure nous dit que tout reprend du sens, quelle est l’explication rationnelle ?

Nous nous sommes posé ces questions, la Poétesse et moi, en sortant du restaurant de Michel Sarran.

-À mon avis, les molécules du corps reprennent une position plus adaptée au bonheur, j’aventure comme explication.

-Oui, une espèce de magie, une alchimie, que seuls les grands chefs de cuisine possèdent, confirme la Poétesse, qui connaît bien l’œuvre de Michel Sarran. Elle a fait le suivi d’édition du livre Toques et toiles, sur la cuisine de ce grand chef (et d’autres) et sur la peinture décorative de Bernard Cadène.

Les délicieux vins provençaux prolongent les effets de bonheur pour quelques heures de plus.

La réponse, n’étant pas de l’ordre du rationnel, n’arrivera pas. Peu importe, nous avons passé un moment bien spécial dans ce restaurant toulousain.

Nous avons trinqué pour les élèves de l’atelier. Merci du fond du cœur pour ce cadeau ! Vous étiez présents avec nous.

5 commentaires sur “Harmonie moléculaire culinaire

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  1. Bonsoir vous deux,

    Peu importe l’environnement, le service, le décor, seule l’assiette et son contenu est important!!!
    Vous vous êtes régalés tant mieux. Les grands chefs cuisinent des mets exceptionnels, ah la la c’est un vrai métier, de l’art je dirai même.
    Je suis heureuse de savoir que vos papilles ont profité de plats succulents
    Gros bisous
    Evelyne

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    1. Définitivement c’est de l’art. Et même le restaurant nous a bien plu une fois que nous nous sommes habitués au décor et à l’ambiance, qui est, bien sûr, très différente à celle qu’on connaît à l’atelier. C’était un super cadeau ! Merci encore. Bises Evelyne !

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  2. Mmmmum, merçi d’avoir partagé votre table avec nous , ce fut délicieux! Pourtant ,j’hésite sur le véritable nom de cette herbe parfumée qui enjolivait notre assiette—et l’ambiance est chic et distante—je ne suis pas à l’aise—–
    rien ne vaut notre thé partagé avec joie et plaisanteries ,dans notre atelier!!merçi à vous 2
    evelyne h

    Aimé par 1 personne

    1. C’est vrai que nous savons rire à l’atelier. Toujours dans une belle ambiance de joie et de confiance. Au restaurant nous avons adoré le changement d’univers, mais quelque part ça nous surprenait le manque d’une communication franche et directe… On a réussi à créer notre propre bulle. Et on a bien ri. Dans mon récit je ne le dis pas, mais à la fin, nous avons réussi à avoir une communication plus naturelle avec les serveurs, qui doivent préférer une relation d’égal à égal, malgré les consignes qu’ils doivent recevoir sans doute. C’était une belle expérience ! Comme je disais à Evelyne T, nous vous remercions pour ce magnifique cadeau encore une fois. bisous !

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  3. Titiller la serveuse, prétexte à la confrontation des savoirs. Être confrontés à ses propres désirs, à ses propres attentes sans projeter la peur de l’ignorance. Les plus beaux artistes sont ceux de la présence, cette présence à soi, à ce qui est sans distance ni temps ni savoir. Juste savourer l’instant qui se juxtapose pour créer cette succession d’instants à vivre libre de tout jugement.

    Aimé par 1 personne

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