La Poétesse au XIIIe Salon du Livre des Gourmets de Lettres, à Toulouse

Belle surprise. L’annonce des prix littéraires allait avoir lieu. Je n’ai pas osé demander à la Poétesse son merveilleux téléphone portable qui sert à mille choses (même à téléphoner) pour enregistrer le moment, au cas où elle gagnerait un prix pour son recueil de nouvelles La Tâche bleue. Superstition ou discrétion de ma part pour éviter de créer de faux espoirs. On annonce le prix : Juliette Marne. J’ai à peine eu le temps de sortir mon téléphone portable, un modèle ancien des années vingt,  et de faire une photo basique de la Poétesse en train de recevoir son diplôme sous une belle statue de Clémence Isaure.

Pour voir la page de Juliette Marne au Salon Les Gourmets de Lettres, cliquez ici. 

 

Portrait de Houellebecq sur papier. Des mots et des taches à l’encre.

L’encre coule sur le papier de façon capricieuse. Je reprends mes vieilles habitudes de peintre pour comprendre le comportement de ce liquide teinté et pour mieux le maîtriser. Il faut se laisser surprendre par l’accident provoqué, et quelque part, dirigé. Un œil de Michel Houellebecq observe le spectateur, l’autre se focalise sur un monde lointain, obscur, étrange. Le visage a l’air sincère et compatissant, presque amical.

Agathe Novak-Lechevalier connaît bien l’écrivain. Elle décrit son œuvre dans un livre précis, analytique, fluide et riche. La Poétesse admire son travail. Nous en discutons souvent. Elle comprend bien l’intérêt d’Agathe pour la poésie de Houellebecq. Elles partagent la même vision de l’aspect esthétique des mots de l’écrivain.

Nous avons rencontré Agathe lors de la publication du Cahier de l’Herne qu’elle a dirigé. Elle avait souhaité publier la photo du buste original du poète-romancier, idée suggérée par Houellebecq lui-même. Nous nous sommes donné rendez-vous à Paris. Une amitié est née.

Quand le moment est venu de choisir une couverture pour le livre qu’elle a écrit par la suite, elle m’a fait l’honneur de penser à mon travail. Elle m’avait vu dessiner. J’ai proposé à Stock plusieurs dessins, tous à l’encre. L’éditrice Alice d’Andigné a choisi celui de l’asymétrie dans le regard de l’écrivain. La maquettiste l’a intégré dans une couverture claire et dépouillée, où le rouge presque orange du titre évite une sobriété austère en lui donnant une touche moderne.

Le livre vient d’être publié. Il sera le 10 octobre dans les librairies. L’encre encore une fois. Cette fois en forme de mots. Des mots directs, agiles, clairs. La lecture de ce livre nous permet de mieux comprendre l’énorme succès de cet écrivain si mal perçu dans certains milieux intellectuels. Agathe Novak-Lechevalier défait une à une les idées reçues sur son œuvre. Le poète est mis en avant. Un homme qui croit en la poésie ne peut pas être le pessimiste absolu que les médias nous décrivent. Le simple fait de croire à la beauté fait de lui un optimiste profond. Le monde va mal, c’est vrai. La banalité envahit tout. Mais les humains restent sensibles à la beauté. Cela va les sauver. Houellebecq console le monde en ouvrant une voie à la poésie, à travers ses romans.

Le livre d’Agathe fera couler beaucoup d’encre. Un dessin à l’encre sur sa couverture lui sied bien. Michel Houellebecq nous observe en attendant, nous les humains.

 

 

Dessin de Houellebecq par Gerard Lartigue

Que dirait Simone Veil de la forme que prend aujourd’hui sa lutte pour libérer la femme ?

Simone Veil a réussi à avancer dans une lutte importante : celle de donner aux femmes le droit de décider au sujet du destin de leur propre corps, ce qui nous semble évident de nos jours, mais qui était loin d’être le cas dans un passé pas si lointain. Pourtant, est-ce que sa lutte continue, et quelles formes prend-elle ? Est-ce que les humains sont vraiment libres aujourd’hui, libres de choisir le destin de leur corps ?

Je pense à toute une série de facteurs qui créent une dépendance ou une vulnérabilité et, donc, une distance avec la maîtrise de notre corps et de notre esprit : les drogues licites (anxiolytiques, antidépresseurs), les contraceptifs chimiques, les pratiques envahissantes du corps médical (traiter le corps comme un objet qui n’appartient pas à « son propriétaire »), le consumérisme qui devient souvent presque une obsession,  les jeux vidéos, la pornographie, les séries TV… etc. A-t-on vraiment le contrôle sur notre esprit et notre corps ?

C’est le fondement de la lutte de Simone Veil. Elle a connu la Shoah, un phénomène tragique durant lequel les humains ont été dépossédés de leur essence. Ils ont été traités comme des objets à détruire en les triant à partir d’un lien spirituel (leur religion). Une fois triés, ils ont été dénudés, marqués, torturés, et assassinés. Veil a connu cette ligne de démarcation qui marque un changement absolu dans l’évolution de la culture occidentale. Une société dite civilisée opte pour détruire toute une partie de sa communauté définie par ses croyances. La liberté de pensée disparaît tout à coup. Les nazis ont fait de toute une communauté, faisant partie d’une société développée, des bouts de chair à détruire. Leur qualité d’être humain a été niée.

Simone Veil a survécu. Elle a dû reconstruire sa nature humaine. Elle comprenait mieux que quiconque l’aspect sacré de la vie. Et comme base de cette vie, le corps et l’esprit ensemble, dans une totale indépendance par rapport au pouvoir. Mais aujourd’hui c’est l’individu qui veut mettre en avant son appartenance à une religion, qui veut marquer son corps avec des tatouages, qui veut le donner à la science de son vivant, qui refuse son propre destin et le met entre les mains d’un corps médical débordé, qui opte pour l’endormissement de son esprit, pour ne pas souffrir d’une anxiété qu’il ne comprend pas, qui préfère un dictateur (Trump) à une femme démocrate et forte (Clinton). L’exemple américain est parlant.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons reprendre la lutte de Simone Veil. C’est ce qui m’a poussé à réaliser son buste en pierre. J’ai pris un bloc de pierre d’Avy (pierre utilisée pour réaliser plusieurs œuvres romaines et gothiques qui se trouvent dans la ville de Saintes) et je me suis consacré les dernières semaines à imprégner ce vieux petit morceau de la planète de  la beauté de son visage. J’ai sculpté ses traits dans une pierre si vieille que le temps d’une vie n’est qu’une étincelle.

On peut observer sur la pierre des restes de coquilles qui datent d’il y a plusieurs millions d’années.

 

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