« La vie d’artiste est difficile »

Combien de fois j’ai entendu cette phrase, surtout quand j’étais très jeune et que les personnes plus âgées voulaient me dissuader de prendre ce chemin, pour mon bien.

Oui, c’est tout à fait vrai : la vie d’artiste est difficile. Mais les récompenses sont souvent immenses. Et le lien me paraît important. Plus l’effort est grand, plus on atteint des buts stimulants : quand on veut trouver un coin dans la campagne paisible, harmonieux et beau pour faire un pique-nique, il faut marcher et chercher pendant un bon moment. Alors, on trouve un endroit frais sous des arbres immenses, loin des humains ; la nature s’exprime de façon naturelle (comme elle le fait si on la laisse tranquille). Si par contre, on s’arrête à la première table au bord de l’autoroute, on se condamne à la pollution des voitures qui passent, au bruit, à la saleté, à une nature domestiquée, plate, sans intérêt.

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Grenoble – souvenirs de mon adolescence

Pour les artistes, ce lien entre l’effort et les cadeaux que la vie propose est clair. Peut-être parce que notre vie est plus exposée aux caprices de l’existence. Quand une personne choisit le chemin de l’art, elle choisit une vulnérabilité pas toujours facile à gérer. On s’ouvre aux possibilités infinies que chaque pas qu’on prend nous offre, et on s’oblige à tenir debout devant les difficultés que cela suppose.

Tout cela pour dire : nous avons passé des jours intenses cette semaine. La route a été longue, et je ne parle pas du chemin qui nous a amenés en Suisse, mais du processus d’un beau projet en pierre. Tout cela nous a menés vers des expériences intéressantes et riches en émotions, découvertes et ouvertures.

Nous avons fait plus de 1600 km. La plupart du temps sous le soleil. Nous avons traversé une zone d’orage où la grêle était si impétueuse que tout le monde s’est arrêté par manque de visibilité et par peur de ce bruit de bombardement métallique qui s’acharne sur les voitures. Quelques instants plus tard, après un virage, de nouveau le soleil. On a pensé aux automobilistes qui se trouvaient toujours sous l’orage à un ou deux kilomètres derrière nous. Ils imaginaient sans doute un temps pourri partout et pendant tout leur voyage… Ils ne savaient pas que tout près d’eux le ciel était bleu.

« La vie d’artiste est difficile », mais à chaque moment où tout se casse, où rien ne marche, il faut savoir que le ciel est bleu un peu plus loin. D’ailleurs, tout est relatif, comme dirait notre ami Albert : oui, elle est difficile, mais moins qu’une vie qu’on ne choisit pas.

Dans un autre article, je parlerai de ce projet en pierre, du début d’une belle amitié en Suisse, d’un voyage vers mon adolescence, à Grenoble, où habite ma tante, qui a 97 ans, des frontières et du temps.

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