2018, année de grands changements

LA PIERRE

Le monde est en train de changer profondément. Une nouvelle conscience prend forme à grande vitesse. Les humains commencent à vouloir traiter les animaux et la nature en général de façon plus respectueuse. La production massive est mise sur la sellette. Les bénéfices de l’ère industrielle deviennent suspects. La richesse accumulée par une proportion bien réduite de la population est à la fois convoitée et détestée. Les inégalités s’accroissent. Les masses populaires prennent la parole sur les réseaux sociaux. On trouve des boucs émissaires dans tous les domaines. Les têtes sont prêtes à tomber.

Tous ces mots c’était pour arriver à « têtes ». C’est fait. Je poste les photos d’une tête en pierre d’un homme au regard sévère que je suis en train de réaliser. L’aspect « pas fini » crée des contrastes intéressants avec les zones bien polies. La rugosité de la surface permet d’apprécier la profondeur de la matière. En travaillant la pierre, le sculpteur est sensible à la lumière qu’elle dégage. C’est un matériau dur, mais en le touchant plus longtemps on sent sa tiédeur. On perçoit une énergie à l’intérieur, qu’on peut libérer par quelques coups de ciseau. Moins docile que l’argile, la pierre se laisse façonner quand on trouve le rythme constant des frappes. On entre dans un état de méditation en la travaillant.

Je suis persuadé que les humains vont commencer à montrer de la lassitude face à tant de « virtualité » dans leur quotidien. Bientôt, ils vont de nouveau apprécier la pierre. Actuellement on l’utilise pour faire des trottoirs, pour marcher dessus, ou pour nos salles de bain. On a oublié sa magie. La pierre reprendra sa place au centre de nos espaces publics et dans nos maisons.

 

 

Soirée-débat sur l’affaire Dreyfus

Nous présenterons, la poétesse et moi (surtout la poétesse), un projet de réalisation d’un monument à Emile Zola et Alfred Dreyfus.
Ce sera l’occasion de revenir, en mots et en images, sur cette Affaire Dreyfus qui changea le cours de l’Histoire, et vit l’apparition du mot « intellectuel ».
De la sculpture à la littérature, de la matière aux idées, il n’y a qu’un pas.
Un immense merci à Francis de Nistos et Martine Castéran pour leur amitié et leur soutien à ce projet.

affaire dreyfus - zola bustes par Gérard Lartigue

Pour voir l’ébauche du buste : cliquez ici. 

Big Brother is breathing with you, ou Respiration télésurveillée

Inspirer, expirer… acte quotidien indispensable pour vivre. Nous devons respirer sans arrêt depuis notre naissance jusqu’au dernier soupir. On ne peut pas se permettre d’arrêter le passage de l’air dans nos poumons pendant plus de quelques minutes sans mourir. C’est d’une évidence stupéfiante, mais on n’y pense qu’au moment où cet exercice, simple pourtant, devient compliqué.

Heureusement nous avons un système de santé

unique au monde. On l’apprécie encore mieux quand il vous sauve la vie. Souvent on l’imagine vétuste, mais il se développe au rythme de la plus haute technologie.

La nuit je dois porter un masque qui régule ma respiration. Chaque inspiration et chaque expiration sont surveillées de loin grâce à Internet. L’appareil enregistre et envoie automatiquement mon comportement respiratoire à l’organisme qui se charge de veiller sur ma bonne utilisation de l’oxygène dans l’air pendant la nuit.

La dernière nuit a été encore difficile. Mon corps doit s’habituer à la machine. Quand mes poumons oublient de respirer, l’appareil les gonfle pour qu’ils reprennent un rythme normal. Mais au début ils luttent pour faire ce qu’ils veulent. S’ils ne veulent pas prendre l’air, ils résistent à la machine (ils se disent : « cette machine nous gonfle »). Il faut qu’ils cèdent petit à petit. L’inspiration finira par arriver la nuit aussi.

 

Rêves retrouvés

Depuis des mois je ne me souviens pas d’un seul rêve. Comme si cette vie parallèle s’était tarie pour moi. Les personnes disparues que je retrouvais dans mes rêves se sont effacées depuis longtemps. Je me levais tous les jours avec une sensation de vide.

Aujourd’hui nous avons découvert la cause. Mon sommeil paradoxal est presque inexistant. Ma respiration s’arrête toutes les minutes pendant 27 secondes (ce qui signifie que je respire 33 secondes par minute). Parfois elle s’arrête pendant 57 secondes. Bref, comme le médecin nous’a dit à la Clinique de l’Union : « c’est l’agonie ». Apnée sévère. Heureusement le coeur et le cerveau sont encore en bonne santé. Je n’irai pas jusqu’à dire que mon cerveau est normal, mais il fonctionne, à sa façon.

Il suffira d’un masque d’oxygène pour retrouver mes rêves. À partir de la semaine prochaine, je recommence à respirer la nuit.

le sculpteur s'envole

Photo @Juliette Marne

 

À la recherche de Tennessee

uste Johnny Hallyday pour couler en bronze et G Lartigue

photo @Juliette Marne

Le monde sauvage des Etats-Unis attire Johnny. Il aime ses espaces immenses et la sensation de liberté propre d’un monde nouveau, sans passé, où la nouveauté est la valeur suprême. Malheureusement, de nos jours, il ne s’agit plus de liberté : actuellement c’est un pays où règne la loi du plus fort, où presque tout le monde a une arme, où les restrictions imposées par l’État sont abondantes, où la police est omniprésente, où l’on est coupable sauf preuve du contraire, où la justice est en général une affaire économique (bénéfique à ceux qui sont riches).

Mais Johnny réussit son rêve américain. Il crée un personnage au caractère de cowboy. Il aime les motos, la musique américaine, les routes infinies. Il partage avec son public l’image qu’il se fait de ce monde nouveau où tout est possible. Il réussit à dépasser les limites. Sa liberté devient immense : il atteint son destin sur Terre. Faire rêver.

 

Est-ce qu’on en fait trop sur la mort de Johnny Halliday ?

Il n’écrivait ni les paroles ni sa musique… Argument récurrent qui me semble erroné : le fait qu’il n’était pas compositeur n’enlève rien à son talent en tant qu’interprète. Gérard Depardieu, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, au cinéma, ne sont « que » des interprètes. Les meilleurs violonistes, les meilleurs danseurs, les meilleurs chanteurs d’opéra, etc., ne sont pas moins artistes que les compositeurs, les écrivains, les metteurs en scène, les peintres, les sculpteurs. Un acteur crée un personnage en l’incarnant. La personne de l’acteur ne compte plus. Le personnage prend toute la place. Proust décrit bien le phénomène : une chanteuse d’opéra de haut niveau est celle qui est capable de s’effacer pour laisser vivre le personnage qu’elle interprète. Si l’on retrouve des traits de l’acteur ou du chanteur, c’est au détriment du personnage.

Jean-Philippe Smet a su incarner le Johnny Hallyday que toute la France connaît. Il a su créer un chanteur de rock passionné, fort, mythique. Jean-Philippe Smet était pourtant humble et sincère. Son personnage a fait rêver plusieurs générations. Johnny est décédé presque le même jour qu’un écrivain connu de tous : Jean D’Ormesson. Ce grand écrivain craignait de mourir en même temps qu’une star, comme Cocteau, mort le même jour qu’Edith Piaf.

Deux univers différents. L’un qui fait appel aux instincts profonds, à l’instant présent, aux émotions, et l’autre, à notre intellect, à l’intemporel.

Il ne faut pas les mettre en opposition. Ce monde binaire auquel l’électronique nous habitue est trop manichéen. Nous sommes des êtres complexes pour qui

l’énergie insufflée par la voix de Johnny est aussi importante que les jeux d’esprit de Jean d’Ormesson.

Je me suis décidé aujourd’hui à réaliser le buste de Johnny Hallyday. Je montrerai le processus sur ce blog. J’ai mis en boucle « Te manquer », ce qui m’a aidé à travailler.

 

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