À la recherche de Tennessee

uste Johnny Hallyday pour couler en bronze et G Lartigue

photo @Juliette Marne

Le monde sauvage des Etats-Unis attire Johnny. Il aime ses espaces immenses et la sensation de liberté. En fait, il s’agit d’un monde nouveau, sans passé, où la nouveauté est la valeur suprême. Malheureusement il ne s’agit pas de liberté : c’est un pays où règne la loi du plus fort, où presque tout le monde a une arme, où les restrictions imposées par l’État sont abondantes, où la police est omniprésente, où l’on est coupable sauf preuve du contraire, où la justice est en général une affaire économique (bénéfique à ceux qui sont riches). C’est un des aspects qui m’interpellent du phénomène Johnny : son rêve américain. Il veut se fabriquer un personnage comme les Américains le font : en se réinventant. Il se donne un nom en anglais. Il admire les cowboys. Il aime les motos, la musique américaine, les routes infinies. Il partage avec son public l’image qu’il se fait de ce monde nouveau où tout est possible. Il réussit à fabriquer ce monde pour lui. Les limites semblent tomber. Sa liberté devient immense : il atteint son destin sur Terre. Faire rêver.

 

Est-ce qu’on en fait trop sur la mort de Johnny Halliday ?

Il n’écrivait ni les paroles ni sa musique… Argument récurrent qui me semble erroné : le fait qu’il n’était pas compositeur n’enlève rien à son talent en tant qu’interprète. Gérard Depardieu, Juliette Binoche, Catherine Deneuve, au cinéma, ne sont « que » des interprètes. Les meilleurs violonistes, les meilleurs danseurs, les meilleurs chanteurs d’opéra, etc., ne sont pas moins artistes que les compositeurs, les écrivains, les metteurs en scène, les peintres, les sculpteurs. Un acteur crée un personnage en l’incarnant. La personne de l’acteur ne compte plus. Le personnage prend toute la place. Proust décrit bien le phénomène : une chanteuse d’opéra de haut niveau est celle qui est capable de s’effacer pour laisser vivre le personnage qu’elle interprète. Si l’on retrouve des traits de l’acteur ou du chanteur, c’est au détriment du personnage.

Jean-Philippe Smet a su incarner le Johnny Hallyday que toute la France connaît. Il a su créer un chanteur de rock passionné, fort, mythique. Jean-Philippe Smet était pourtant humble et sincère. Son personnage a fait rêver plusieurs générations. Johnny est décédé presque le même jour qu’un écrivain connu de tous : Jean D’Ormesson. Ce grand écrivain craignait de mourir en même temps qu’une star, comme Cocteau, mort le même jour qu’Edith Piaf.

Deux univers différents. L’un qui fait appel aux instincts profonds, à l’instant présent, aux émotions, et l’autre, à notre intellect, à l’intemporel.

Il ne faut pas les mettre en opposition. Ce monde binaire auquel l’électronique nous habitue est trop manichéen. Nous sommes des êtres complexes pour qui

l’énergie insufflée par la voix de Johnny est aussi importante que les jeux d’esprit de Jean d’Ormesson.

Je me suis décidé aujourd’hui à réaliser le buste de Johnny Hallyday. Je montrerai le processus sur ce blog. J’ai mis en boucle « Te manquer », ce qui m’a aidé à travailler.

 

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