Exposition à Toulouse

 

 

Le Marathon des mots, qui met cette année à l’honneur des artistes et écrivains du Golfe du Mexique et des Caraïbes, nous a incités à réaliser une exposition des bustes d’Octavio Paz (j’ai écrit un article qu’on peut lire en cliquant ici)  et de Carlos Fuentes, écrivain et essayiste dont le roman La Plus Limpide Région m’a marqué par sa vision critique et incisive de la société mexicaine. Il a fondé la Revue mexicaine de littérature en 1955, avec la collaboration d’Octavio Paz.

Quand j’avais réalisé le buste de Fuentes, mon intention était de lui faire parvenir une image de son portrait en terre cuite, mais le jour de la cuisson, pendant que le buste était dans le four, l’écrivain est décédé (2012). Cette « coïncidence » m’avait bien frappé. Je suggère la lecture d’une nouvelle que j’ai lue plusieurs fois et qui me semble représentative d’un univers parallèle, dit « magique » souvent présent dans la littérature de l’Amérique Latine: Aura.

 

 

 

Notre chienne nous a accompagnés à l’installation des deux bustes à Toulouse :

 

 

Nous tenons à remercier Christian Thorel, directeur de la librairie, ainsi qu’Hélène Cardona, pour l’accueil toujours enthousiaste qu’ils réservent à nos bustes d’écrivains.

Les deux bustes sont exposés dans la partie d’Ombres Blanches consacrée aux débats, rue Mirepoix.

Réponse à une enquête sur l’art

La revue AREA (vous pouvez cliquer sur ce lien) a lancé une enquête aux artistes. Elle est déjà publiée (numéro 32).

Voici ma réponse :

 

1. En choisissant d’être artiste, j’ai renoncé au confort, à la vie facile, aux trajets bien tracés, au vide spirituel. Je me suis donc engagé à découvrir les zones d’ombre de notre société et à les imprimer dans la matière. Cela impliquait un renoncement total à la forme de vie que je menais. L’art est, comme tout le monde le sait, exigeant. C’est une forme de vie, pas une activité. Ceux qui décident de créer ont du mal à garder une autre activité. 

2. Pour réussir à entrer dans le monde artistique, il est indispensable que l’artiste s’engage pleinement dans un chemin d’honnêteté avec lui-même. L’artiste vit immergé dans son univers. Il ne peut pas faire de compromis avec le quotidien, avec les questions pratiques, utilitaires. Si son engagement avec le monde de l’art n’est pas total, son œuvre risque d’être fausse. 

3. L’art ne peut être au service de rien. L’essence de l’art est une liberté totale. Liberté entendue comme « faire ce que l’on doit faire ». Cela ne veut pas dire que l’art ne puisse pas servir une cause, ce qui arrive souvent, mais il ne doit pas être au service de la cause. 

Une cause externe peut influencer mon expression artistique. Un artiste est une espèce d’antenne qui perçoit son époque avec une sensibilité accrue ; les causes importantes seront toujours une source d’inspiration. Actuellement l’art subit souvent l’influence de ce vide de valeurs et de manque de sens qui nous entoure. Une belle cause est celle de lutter pour un retour à l’esprit critique, aux Lumières.

Prix Nobel de littérature 1990

Depuis des décennies je voulais faire son portrait. L’œuvre qui a déclenché mon intérêt pour cet écrivain, c’est Le Labyrinthe de la solitude, un essai qui analyse la société mexicaine des années 1950. Octavio Paz s’est toujours opposé à toute forme de violence, au point d’abandonner son poste d’ambassadeur en Inde pour protester en 1968 contre son propre gouvernement quand celui-ci avait ordonné une répression violente des étudiants (le nombre de morts n’a jamais été élucidé) lors des Jeux olympiques au Mexique. Dans sa lutte contre la violence, Paz avait aussi soutenu les Républicains pendant la Guerre civile espagnole. Il avait pris la défense d’auteurs comme Alexandre Soljenitsyne et critiqué les activités des sandinistes au Nicaragua et des castristes à Cuba. On devine sur son visage un esprit indépendant, difficile à étiqueter.

Il vit plusieurs années en France comme diplomate après 1946 et y revient en 1959. Marié en deuxième noces à une Française, Marie-José Tramini, il lui consacre quelques-uns de ses meilleurs poèmes.

C’est fait, j’ai fait son buste en argile. Peut-être sera-t-il un jour coulé en bronze (ma dernière obsession, c’est de tout transformer en bronze…). Il ne me reste qu’à découvrir sa poésie.

 

Après… il n’y a pas d’après. J’avance, je fends de grandes roches d’années, masses de lumière compacte, je descends des galeries de mines de sable, je perce des couloirs qui se referment comme des lèvres de granit. Et je retourne à la plaine, la plaine où il est toujours midi, où un soleil identique tombe fixement sur un paysage figé. Et n’en finissent pas de tomber les douze heures, ni de bourdonner les mouches ni de s’étoiler en éclats cette minute qui ne passe pas, qui seulement brûle et ne passe pas.

Liberté sur parole (1958), Octavio Paz (trad. Jean-Clarence Lambert), éditions Gallimard, coll. poésie, 1966 (isbn 2-07-031789-7), partie II. aigle ou soleil ? (1949-1950), aigle ou soleil ? plaine, p. 88 – liberté sur parole, 1929 – Octavio Paz

Se libérer des limites du format

 

sculpture à travailler avec du plâtre

Quand une sculpture n’entre pas dans le four, il me faut la casser en morceaux et la reconstruire une fois cuite, avec du plâtre. Je dois me rappeler cela quand je me surprends en train de m’auto-limiter par rapport à la taille de l’œuvre.

C’est ce que j’ai fait avec cette jeune femme au portable (elle aura un téléphone dans la main droite). La terre cuite et le plâtre se marient bien. La porosité de la terre cuite permet au plâtre de bien s’accrocher. Une structure constituée de fil de fer (grillage à poules par exemple),  rend le plâtre très résistant. Je garderai l’aspect cassé dans la reconstruction. Il y a des ombres intéressantes.

Rodin a trouvé une grande liberté dans sa recherche esthétique quand il a commencé à travailler avec des morceaux de sculpture en les utilisant en guise de pièces détachées. Il s’en fichait si les dimensions ne correspondaient pas. Une tête de Camille Claudel, par exemple, est caressée par une main immense, surdimensionnée (cliquez ici pour voir cette sculpture)

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