Ils arrivent dans une petite voiture rouge avec leur chien. L’homme est un géant et sa compagne, une petite et délicate jeune femme pleine d’énergie. Ils se disputent, se réconcilient, ils dansent, ils se bagarrent, ils font l’amour. Tout cela sans qu’il ne dise pas un seul mot et elle, quand elle s’énerve, sort tout un monologue en finnois. A un moment donné, l’homme lève la voiture à la force des bras pour que sa femme puisse retirer le pot d’échappement, un tuyau long de plus de quatre mètres (on s’étonne que ce tuyau sorte d’une si petite voiture, une vieille Simca 1000), qui servira pour qu’elle monte plusieurs mètres au-dessus de la tête de son homme. Il place le bout du pot d’échappement sur son front pendant qu’elle fait des acrobaties à l’autre bout du tuyau tout près du plafond du chapiteau. Deux acrobates de haut niveau, beaucoup d’humour et de poésie, un vrai chapiteau, le danger, la beauté, tout cela fait partie du cirque Aïtal.

Ma sœur, la Poétesse et moi sommes partis de Muret le matin. Un pique-nique sur une aire d’autoroute. L’arrivée à Hossegor : le port, les bateaux, la forêt au bord de la mer, et déjà des touristes partout. Nous rendons visite à ma tante Thérèse, une dame de près de 90 ans très gentille, élégante et discrète. Toute la famille l’a toujours appelée « Poupette », tellement elle est fine et petite. On ne s’était pas vu depuis des années. Après nous être mis au courant de tous les changements familiaux, nous repartons.

On se promène et on tombe dans un parc d’arbres de liège ! Des chênes, m’apprend la Poétesse. Je ressens une envie étrange de me jeter contre les troncs, tellement  l’écorce de liège est épaisse, tiède et élastique. Je pense à la quantité de bouchons de vin que chaque arbre pourrait produire.

Après avoir pris une bière dans la zone touristique (tout est touristique), nous partons à Saint-Jean-de-Luz pour assister au spectacle du cirque Aïtal, le soir. On voit de loin le chapiteau et les camions qui sont d’habitude garés, entre leurs périodes de spectacles, dans le hangar où se trouve notre atelier.

Je me rends compte que j’ai oublié mon cahier de dessin. Leurs positions acrobatiques sont idéales pour faire des esquisses. Je retiens en mémoire celle où elle tourne dans les airs, lancée par son homme pour atterrir sur lui la tête en bas. Elle lâche une de ses mains et avec l’autre comme seul appui elle pose tout son poids sur le front de son compagnon, en écartant les jambes horizontalement bien droites.

De retour à l’atelier, je décide de faire une structure en fil de fer et de réaliser cette position en plâtre.