Inondation à l’atelier

Une prise de vue du bas vers le haut. La position des acrobates semble réelle. La sculpture prend une dimension importante. Elle est pourtant toute petite. Il s’agit d’une maquette. Isis regarde sa maîtresse en attendant le déclic de l’appareil photo. On dirait qu’elle observe l’acrobate, la jeune femme légère et gracieuse, au-dessus de son homme, mais elle regarde l’objectif.

L’eau est partout dans le hangar. Tout est prévu pour éviter les dégâts des eaux. Les sculptures stockées dans cette partie de l’atelier ne risquent rien. Les socles sont hissés sur des briques, les tables touchent l’eau seulement de leurs pieds métalliques. Les câbles sont débranchés. Dans cette ambiance d’apparente catastrophe, les acrobates semblent plus aériens. Ils touchent à peine le sol. L’eau peut monter.

 

 

J’expose tout le mois de juin à la Galerie de l’Echarpe, à Toulouse

Sculpture marbre - Lartigue.png

Exposition du mardi 30 mai au samedi 1 juillet 2017 

Ouverture de la galerie de 14h à 19h du mardi au samedi

Un nu féminin, « Femme blottie », en marbre, et une jeune femme aux yeux rêveurs, « Marianne » (pour voir les photos du modèle pour ce buste, cliquez ici), seront exposés avec deux portraits déjà présentés dans d’autres expositions, ceux de Rodin d’Alina, jeune femme en terre noire.

Nous sommes allés en ville ! Il fallait apporter les sculptures à la galerie. Nous sommes sortis de notre paradis pour affronter le mouvement rapide des citadins. Ils étaient tous habillés en mode été, malgré le ciel gris. La dernière fois qu’on les avait vus, ils étaient bien couverts, comme nous, d’ailleurs, car il faisait froid. L’été est arrivé sans prévenir. Il a sauté le printemps. Ou l’hiver s’est éternisé, je ne sais pas.

Nous voulions profiter de notre sortie pour nous promener un moment dans la Ville rose, mais la Poétesse devait écrire des poèmes en urgence et moi un article sur l’exposition pour y inviter tous nos amis (juste pour les inviter, sans vouloir les obliger à y aller. C’est exclusivement le plaisir de partager la nouvelle avec eux). Nous sommes donc rentrés. Nous avons bien fait. Notre louve avait chaud et faim dans la voiture. Un délicieux repas nous attendait dans le frigo. Nous avons ouvert un pinot noir (cadeau d’un proche, un autre GG 😉 ) et à 18h nous avons déjeuné. Un cigare, et une fois l’article fini, je prends ma massette… une sculpture m’attend.

Pour regarder les photos du buste de Rodin et d’Alina, cliquez ici :

Alina

Rodin

Deux bustes sont toujours exposés à Ombres Blanches, ceux de Bernard Maris et de Marie N’Diaye (pour lire l’article, cliquez ici).

Un petit cahier de dessin

La Poétesse lui fait une tresse. Elle se regarde dans la glace. Je la dessine une cigarette à la main. Des lignes d’abord chaotiques prennent petit à petit un rythme, un sens. Les doigts fonctionnent comme des capteurs d’une certaine électricité dans l’air. Une photo fige la lumière d’un instant ; un dessin imprime les mouvements de la lumière, du modèle, de la tension variable dans un laps de temps. Je ferme le petit cahier, son cadeau (pour mon dernier anniversaire).

Nos voisins de la briqueterie

Ils arrivent dans une petite voiture rouge avec leur chien. L’homme est un géant et sa compagne, une petite et délicate jeune femme pleine d’énergie. Ils se disputent, se réconcilient, ils dansent, ils se bagarrent, ils font l’amour. Tout cela sans qu’il ne dise pas un seul mot et elle, quand elle s’énerve, sort tout un monologue en finnois. A un moment donné, l’homme lève la voiture à la force des bras pour que sa femme puisse retirer le pot d’échappement, un tuyau long de plus de quatre mètres (on s’étonne que ce tuyau sorte d’une si petite voiture, une vieille Simca 1000), qui servira pour qu’elle monte plusieurs mètres au-dessus de la tête de son homme. Il place le bout du pot d’échappement sur son front pendant qu’elle fait des acrobaties à l’autre bout du tuyau tout près du plafond du chapiteau. Deux acrobates de haut niveau, beaucoup d’humour et de poésie, un vrai chapiteau, le danger, la beauté, tout cela fait partie du cirque Aïtal.

Ma sœur, la Poétesse et moi sommes partis de Muret le matin. Un pique-nique sur une aire d’autoroute. L’arrivée à Hossegor : le port, les bateaux, la forêt au bord de la mer, et déjà des touristes partout. Nous rendons visite à ma tante Thérèse, une dame de près de 90 ans très gentille, élégante et discrète. Toute la famille l’a toujours appelée « Poupette », tellement elle est fine et petite. On ne s’était pas vu depuis des années. Après nous être mis au courant de tous les changements familiaux, nous repartons.

On se promène et on tombe dans un parc d’arbres de liège ! Des chênes, m’apprend la Poétesse. Je ressens une envie étrange de me jeter contre les troncs, tellement  l’écorce de liège est épaisse, tiède et élastique. Je pense à la quantité de bouchons de vin que chaque arbre pourrait produire.

Après avoir pris une bière dans la zone touristique (tout est touristique), nous partons à Saint-Jean-de-Luz pour assister au spectacle du cirque Aïtal, le soir. On voit de loin le chapiteau et les camions qui sont d’habitude garés, entre leurs périodes de spectacles, dans le hangar où se trouve notre atelier.

Je me rends compte que j’ai oublié mon cahier de dessin. Leurs positions acrobatiques sont idéales pour faire des esquisses. Je retiens en mémoire celle où elle tourne dans les airs, lancée par son homme pour atterrir sur lui la tête en bas. Elle lâche une de ses mains et avec l’autre comme seul appui elle pose tout son poids sur le front de son compagnon, en écartant les jambes horizontalement bien droites.

De retour à l’atelier, je décide de faire une structure en fil de fer et de réaliser cette position en plâtre.

 

Près d’un siècle de vie engagée

Avec Edgar Morin- buste réalisé par Lartigue 10

Il y a des gens qui aiment aller aux concerts de musique populaire et allumer leur briquet pour montrer qu’ils vibrent à l’unisson de leur chanteur ou groupe musical admiré. Et c’est beau de voir tous ces êtres abandonnés dans un seul mouvement. La sensation est forte. On fait partie d’un ensemble. Dans une société où l’individualisme est prôné sans arrêt, où les cafés dans les villages disparaissent, où les gens préfèrent se coller à un écran le soir au lieu de sortir discuter avec les voisins, tout le monde finit par se sentir isolé. Un concert représente un moment de partage. On met son ego de côté pour se joindre à une vague pleine d’énergie qui ondule autour de nous.

La Poétesse et moi avons ressenti cela dans la conférence d’Edgar Morin. Non, on n’a pas brandi de briquets au-dessus de nos têtes, mais le cœur y était. Le philosophe a partagé son optimisme : la société cherche de plus en plus des réponses différentes, et la pensée complexe en laquelle il croit fait son chemin. Dans le monde actuel, on a appris à tout séparer, à tout classifier de façon cloisonnée ; il est temps de chercher les interconnexions entre les savoirs. L’esprit doit non seulement rester critique, mais aussi créatif et responsable. La mondialisation est là, qu’on le veuille ou pas, mais elle peut être positive si on arrête d’opposer mondialisation et nationalisme. La pensée complexe se base sur la richesse propre aux tissus (Edgar Morin utilise l’image du tissu pour illustrer la complexité), sur l’interconnexion, le tout. Au lieu d’opposer deux concepts simplistes, il faudrait chercher à proposer de nouvelles options de progrès et de conservation imbriqués.

Il a parlé de ses années de Résistance, de l’urgence aujourd’hui d’éviter la catastrophe vers laquelle la planète se dirige dans ses formes de production actuelle. Les jeunes de l’association MADETE qui ont participé à l’organisation de cette conférence ont posé des questions intéressantes. Des intervenants ont montré qu’il y a des jeunes qui s’intéressent à fond à la politique et qui veulent un monde différent.

Les étudiants qui ont organisé la conférence nous ont invités sans hésiter à exposer le buste d’Edgar Morin quand nous le leur avons proposé. L’amphithéâtre était plein. Il y avait des personnes de tous les âges. Les jeunes étaient, bien sûr, plus nombreux, puisque l’événement était organisé principalement pour eux. J’en profite pour remercier les organisateurs de leur accueil chaleureux.

Avant l’arrivée du philosophe et sociologue, quand nous avons installé le buste que j’ai réalisé de lui il y a quelques semaines, nous avons distribué une cinquantaine de feuillets où la Poétesse avait imprimé mes articles sur lui (du chamanisme… , Edgar Morin) . Je parlais de son livre sur l’esthétique (dont la lecture m’a incité à réaliser son buste, renvoyant ainsi la balle à son auteur : il parlait du fait que l’artiste est semi-possédé par son modèle), de son idée de comparer les artistes aux chamans, de son visage, tellement bien sculpté par lui pendant près d’un siècle. Un visage plein de sagesse et de joie. J’ai figé pourtant son expression de gravité, et non son très beau sourire qu’il laisse souvent apparaître. Ce choix est personnel. Je considère que c’est la force de sa lutte, son engagement total, qu’il fallait retenir. Son sourire reste dans notre mémoire pour toujours, mais c’est son regard sérieux et plein de lumière qui me pousse à croire aux changements profonds ; c’est cela que j’ai voulu représenter.

A la fin de la conférence, nous avons échangé quelques mots avec lui. C’était touchant pour moi de le voir ému devant son buste. Il nous a remerciés, en disant que ce qui le touchait davantage était le texte que j’avais écrit sur lui. Nous nous sommes serré la main avec force. Une petite étincelle de toute une vie engagée est passée de ses mains aux miennes à cet instant, une sensation de force infinie qui me pousse à continuer la création. On se reverra, c’est sûr.

Photos prises par Juliette Marne, la Poétesse.

Pour découvrir l’appel d’Edgar Morin « Changeons de voie » : http://changeonsdevoie.org/

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/04/29/edgar-morin-cette-election-est-un-saut-dans-l-inconnu_5119842_3232.html

Exposition du buste d’Edgar Morin

Ce jeudi 4 mai le sociologue et philosophe donnera une conférence à Toulouse

Quelques jours avant le jour fatidique où nous serons en danger de perdre notre démocratie, Edgar Morin « nous propose de prendre de la hauteur pour nous interroger sur les enjeux fondamentaux qui conditionnent notre avenir commun. La pensée complexe qu’il a élaborée depuis quarante ans dans son oeuvre majeure, La Méthode, nous invite à questionner nos manières de réfléchir, nos choix collectifs et à considérer qu’« à force de sacrifier l’essentiel pour l’urgence, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel.» »  (je cite les organisateurs de la conférence, qui citent Edgar Morin).

Buste de Edgar Morin par Lartigue 2

Edgar Morin, Amour, Poésie, Sagesse (1997) :

« N’oublions pas que cette bouche parle, et ce qu’il y a de très beau, c’est que les paroles d’amour sont suivies de silences d’amour. Notre visage permet donc de cristalliser en lui toutes les composantes de l’amour. »

Cette citation est idéale pour présenter son buste, qui sera présent lors de sa conférence. C’est notre façon de lui rendre hommage, de rendre hommage à l’ouverture d’esprit. Les portes risquent de se fermer ce dimanche. Ecoutons ceux qui ont consacré leur vie à donner des bases intellectuelles à notre liberté.

Nous arrivons peut-être à un point de non-retour ce dimanche. L’abstention semble être importante, ce qui mathématiquement provoquera que Le Pen gagne les élections. On suit le même chemin que les Américains : nous nous retrouverons avec une Trump au pouvoir.

Je vois comment nous nous dirigeons vers un mur, comment nous allons perdre nos libertés les plus chères et je ne vois pas de solution. L’Histoire se déroule sans nous en tant qu’individus.

Le système est à bout de souffle. Et ceux qui ne veulent pas participer au blocage contre Le Pen en s’abstenant de voter, souhaitent montrer qu’ils ne sont pas d’accord avec un système qui devient de plus en plus injuste, le système néolibéral. C’est l’occasion de montrer qu’ils ne veulent pas être complices de ce système qui écrase les plus faibles. Je comprends leurs arguments, mais c’est triste de voir le prix si cher à payer, celui de perdre notre liberté. Pour nous, en tant qu’artistes, c’est la catastrophe. Un régime dictatorial comme celui qui va peut-être arriver ce dimanche, est synonyme de silence obligé pour les artistes.

Pour lire un autre article sur Edgar Morin, cliquez ici. 

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