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  • Pourquoi attaches-tu une importance si grande à la ressemblance d’un buste avec son modèle ? me demande avec un intérêt évident la Poétesse.
  • Ce n’est pas tellement la ressemblance en elle-même, lui réponds-je pas encore bien sûr de ce que je vais répondre, c’est plutôt le désir d’attraper le modèle, de capter l’essence de sa vie, sa nature profonde, et de la mêler à la terre. Je cherche à reproduire un instant de vie dans un regard, dans une expression. Transcender le présent.

La Poétesse me lance un sourire moqueur. Elle sait que je déteste expliquer mes motivations dans la création. Utiliser des mots communiquer, transcender, présent, instant, éternité, essence… me soûle ! Mais comment ouvrir l’univers de l’art à la raison si on ne passe pas par les mots ? La raison est si limitée ! Une oeuvre d’art devrait s’expliquer elle-même. Ou ne pas s’expliquer, point. (Virgule, et après le mot point, un point). La raison aime les explications, mais l’art ne s’adresse pas à la raison. Il nous interpelle par… disons par les tripes. On sent le regard d’un buste et un petit frisson nous parcourt. Deux yeux immobiles nous regardent à partir d’un autre temps, ou d’une autre dimension. Temps, dimension… toujours les mots qui m’exaspèrent.

Photo – Juliette Marne