Et pour changer un peu, cet angelot bleu

Une oeuvre plus légère. Un ange qui souffle les âmes vers l’au-delà. Le Souffleur d’âmes. Petite sculpture en bronze patinée en bleu. Le ciel se reflète sur cet être métallique. Numérotée 1/8.

 

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Le souffleur d’âmes

Nouveau-né d’ailleurs

Les limbes m’environnent

Autour de mes ailes

Flottent des choses informes

Certaines sont très tristes

D’autres éberluées

D’autres encore résistent

Au courant fané

Je suis le souffleur

Qui chuchote un chant

J’aide les malhabiles

À passer devant

Leurs âmes inquiètes

Soupirent et s’apaisent

Ma peau est bleu ciel

Les nuées se taisent

Je suis tout au bout

Du puits en spirale

Promesse et tourmente

De l’amour final

Poème de Juliette Marne

Le bronze va couler

Après des mois d’attente, un beau projet a été confirmé. Le bronze coulera dans l’espace laissé vide par la cire pour redonner vie à la mémoire d’un personnage aux principes humanistes si nécessaires de nos jours. Nous sommes très contents, ce projet nous tenait à coeur. Il s’agit d’une sculpture pour la Belgique ; je parlerai de ce sujet plus en détail dans le futur. Avec l’accord des personnes impliquées.

Pour l’instant, je sors, pour regarder la lumière arriver. Un beau jour. Idéal pour sculpter en écoutant le Requiem de Gabriel Fauré, dont j’ai fait ce buste.

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Gabriel Fauré

L’accident dans l’art

Je relis mes derniers articles et je constate que j’ai oublié d’expliquer ce qui s’est passé pour que les sculptures se cassent en morceaux, même si on peut le deviner. Mais avant d’en parler, il y a un sujet qui me vient à l’esprit à propos de tout cela : l’accident dans l’art. Et je souhaite en parler parce que la réaction de mes élèves devant leurs oeuvres détruites a été exemplaire : elles ont intégré dans leurs oeuvres la destruction, tout en gardant l’intention qu’elles avaient au départ. Elles ont réussi des sculptures encore plus intéressantes. C’est un ingrédient essentiel en art, l’accident. Il s’agit de cet espace qui se crée entre notre maîtrise sur la matière et les forces extérieures qui dominent le monde « réel ». Un accident arrive par définition quand on ne contrôle pas complètement une situation. Dans l’art cela permet à la matière de s’exprimer « librement ». On peut retrouver à cet instant-là une logique qui échappe à notre raison.

Ce n’est pas pour justifier mon manque de prévision. J’aurais pu supposer que la semaine de mon absence il y aurait une vague de froid exceptionnelle. Même si la planète se réchauffe, il faut s’attendre à des températures plus basses que d’habitude par moments. La prochaine année je serai attentif à ce danger. L’explication est simple : le froid constant pendant des jours, avec des températures négatives, crée de la glace dans l’argile, provoquant des fissures à cause de l’expansion de l’eau dans cet état. C’est ce qui explique le délitement des oeuvres devant nos yeux : la température venait d’augmenter l’après-midi et la glace fondait, laissant l’argile disloquée et molle.

Donc ce n’est pas pour justifier quoi que ce soit, mais pour parler de mon admiration devant l’attitude créatrice de mes élèves. Toutes les sculptures ont pris une nouvelle dimension et nous avons pu alors fêter avec des crêpes et des gâteaux, avec quelques gouttes de Cognac.

Les photos illustrent le retour à notre campagne, loin du brouhaha urbain de Paris. Nos promenades reprennent sur cette terre ondulée face aux Pyrénées.

Suite du voyage à Paris et à Lille

Pour lire la première partie, cliquez sur l’image :

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Le désastre a continué le lendemain de notre retour. Deux des sculptures rescapées se sont effondrées devant moi, comme si le fait de les regarder ramollissait l’argile. Notre chienne observait l’argile bouger et tomber avec un air d’incompréhension totale. J’avais déjà compris le phénomène, dont je parlerai plus tard, mais j’étais impuissant devant cette auto-destruction inexorable. Expliquer le phénomène à Isis, cette belle chienne qui restait attentive à ma réaction, aurait été absurde. Je reprends le récit du voyage.

Nous sommes déjà à Wingles, près de Lille. L’inauguration du buste se passe parfaitement bien. Marcel Cabiddu, député disparu il y a treize ans, avait une quantité importante d’admirateurs et de personnes qui l’aimaient. Ce vendredi treize, beaucoup sont venus pour retrouver sa présence symbolique. Après le discours de Madame la maire de Wingles Maryse Loup, du député du Pas-de-Calais Nicolas Bays, du président du Conseil départemental Michel Dagbert et d’Emmanuel Richelien, ami proche du défunt et organisateur de cet événement, nous dévoilons la sculpture cachée sous un tissu bleu, blanc, rouge. Les réactions sont sincères et émouvantes. Je me retrouve avec le drapeau dans les mains, ce tissu qui rappelait l’engagement de cet homme pour la France.

Nous partons à Lille, sans le député (depuis deux ans que ce buste nous accompagnait à l’atelier, je l’appelle ainsi). L’alerte rouge est levée (on avait prédit des tempêtes de neige et du verglas). Le jour se lève avec un ciel bleu magnifique. La ville est vraiment belle ! Les gens sont dans la rue, le bruit est gai. La voiture me semble plus légère, moins vulnérable. Le député nous manque déjà.

De retour à Paris on passe au musée du Louvre à Lens. Magnifique espace immense où l’on peut apprécier des oeuvres bien choisies de toutes les époques. Le fil conducteur est le temps. Une sculpture égyptienne peut se trouver à côté d’un objet asiatique s’ils ont été créés à la même époque.

L’arrivée à Paris le lendemain se fait en douceur. Nous ne sommes pas pressés. Nos amis nous attendent pour recevoir chez eux les bustes. Surprise : le dimanche soir il y a des bouchons. Nos concitoyens étaient tous ici, à Paris ! Le reste du pays est vide ! (Surprise pour nous, tout le monde doit le savoir). Nous arrivons en retard. Nous passons un bon moment avec nos amis et partons à notre hôtel dans le sud de la ville.

Je garde le souvenir d’un miroir au Musée du Louvre-Lens : un miroir étrange qui m’a rappelé la présence constante de la mort, sans pathos, juste comme une incitation à vivre intensément sans perdre notre temps. La mort peut servir à cela, à nous rappeler de vivre. Ce vieux miroir, habitué à refléter les gens au fil des siècles, doit garder des images un peu coincées entre les différentes époques. Le passé et le futur font penser forcément à ce temps où on est exclu, ou notre existence n’est pas encore arrivée ou est déjà finie, si cela est possible… Cela me ramène à cette idée des fantômes dont j’ai parlé hier à propos du temps plié (cliquez ici).

Giacometti au musée Picasso. Je m’extasie devant les sculptures d’Alberto. Il travaille la matière dans une lutte constante ; il construit et détruit en permanence. Une vidéo montre sa façon de sculpter. Une autre vidéo le montre en train de réaliser une toile. Ses mouvements dénotent un intérêt sur la structure centrale de l’ensemble, structure invisible que ses yeux cherchent sur le modèle. Il met une ligne en haut et tout de suite en bas, puis une diagonale qui met en lien les deux. De même avec l’argile. Une boulette à gauche pour équilibrer celle qu’il vient de placer à droite. Il travaille sur toute la pièce en cherchant l’harmonie générale. Les détails sont en lien avec l’ensemble. L’infiniment petit touche l’infiniment immense.

La dernière oeuvre, celle d’un crâne en bronze, est de Picasso.

Pour réaliser le buste d’Alberto Giacometti, qu’on peut voir sur l’onglet OEUVRE (cliquez ici)  , je me suis basé sur sa façon de travailler l’argile.

L’exposition à la Fondation Luis Vuitton de la collection Chtchoukine est merveilleuse. Des tableaux que je n’avais jamais vus de Matisse, de Gauguin, de Picasso… La sensibilité de ce collectionneur russe est impressionnante.

Nous retrouvons nos amies de l’ambassade philippine et nous passons un moment bien agréable dans un bar près des Halles. Le projet de la sculpture pour une place de Paris avance bien.

Nous rencontrons le lendemain une amie dont j’ai fait le buste. Elle est une ancienne élève de Maurice Béjart. On discute sur la mémoire, si je me souviens bien…

Paris, ville  toujours vivante, changeante, en mouvement constant, et pourtant bien ancrée, clouée par la tour Eiffel à côté de la Seine. Le monde entier se donne rendez-vous sur ce point du globe terrestre. Tout le monde est attiré par sa lumière. L’art est cette lumière qui attire les humains de toute la planète comme des insectes. À chaque pas les yeux peuvent s’attarder sur une sculpture, sur un monument, sur une façade, sur une vitrine… Je me sens rassuré de constater que l’art, même s’il ne semble pas « utile », reste au centre de la vie humaine.

Ah, l’histoire des sculptures qui se défont toutes seules : il est tard, j’en parlerai demain.

Quelques jours à Paris

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De retour à Muret. Cinq heures du matin. La soirée au restaurant Il Vicolo, rue Mazarine, dans le 6ème s’était très bien passée. Une ambiance détendue et malgré l’immense quantité d’invités, tout le monde respectait le besoin de Michel Houellebecq de mener une vie la plus naturelle possible. Presque pas de téléphones dirigés vers lui pour le photographier, encore moins de « selfies » et personne ne se pressait pour échanger quelques mots avec lui. On aurait dit une fête d’amis. Pour moi, par contre, c’était important de bien l’observer, de le comparer avec son buste en bronze, à côté de lui. Je considère ce buste comme une de mes meilleures oeuvres, et je n’avais pas eu l’occasion de voir directement mon modèle. J’étais le seul à le regarder intensément. Les autres invités restaient discrets. Ils étaient là attirés par son oeuvre littéraire. C’était peut-être cela, des amis autour des mots. Les mots comme une colle sociale. Ce besoin d’histoires depuis la préhistoire.

On a pris la route en sortant du restaurant, vers 22h. Un seul arrêt à Limoges pour faire le plein. On s’est couchés à six heures du matin ! L’après-midi à l’atelier nous avons trouvé tout en ordre… apparemment. Le froid s’était glissé jusqu’à l’intérieur du four de sculpture. Tout l’atelier semblait gelé. Nous avons mis en route le chauffage. Les sculptures en processus de mes élèves, sous leurs sacs en plastique (on doit les couvrir pour que l’argile ne sèche pas) m’ont semblé moins grandes. Nous avons entendu des bruits bizarres, comme si un animal s’était caché dans un des sacs. Des petits bruits de plus en plus forts. Tout à coup on a vu les sacs bouger !

Dans l’atelier il y a souvent des fantômes. Nous aimons penser que nous cohabitons avec pas mal de monde du passé. Cela peut sembler ésotérique, mais si l’on croit aux nouvelles théories scientifiques (ah, ce mot calme un peu les esprits), le temps n’est pas un élément linéaire. Il se plie comme un drap (un drap plié, bien sûr). Le présent coexiste avec le futur et le passé. Il y aurait des ponts entre les temps. C’est là qu’on serait en contact avec des personnes du passé ou du futur. Mais pour rendre l’idée simple, on peut expliquer ce phénomène par de simples fantômes. Bref, nous avons pensé au début que les fantômes se manifestaient. Il faut penser que nous avions fait une nuit blanche. La fatigue permet d’ouvrir la perception. Les barrières rationnelles sont moins solides. D’autres sacs en plastique se sont mis à bouger. Et les sculptures semblaient de plus en plus affaissées !

Nous étions tellement surpris de les voir bouger que nous ne réagissions pas. Ce n’est que quand un grand morceau d’argile est tombé par terre que j’ai couru pour les découvrir. Les sculptures étaient en train de se défaire ! Ce qui me paraissait étrange c’est qu’elles aient attendu le moment où nous étions revenus pour s’auto-détruire. Il n’y avait pas, évidemment (je dis « évidemment » pour rassurer les esprits dits cartésiens) de fantômes ni d’animaux. J’expliquerai à la fin ce qui s’est passé. Pour l’instant je dois dire que j’ai ressenti une frustration terrible de ne pas pouvoir éviter l’auto-destruction de toutes ces oeuvres de mes élèves. Elles avaient passé des heures à travailler sur cette argile redevenue un tas de boue…

Il est difficile de s’éloigner d’un atelier. On sent comme si les oeuvres restaient dans une vulnérabilité immense. C’est comme si notre volonté de créer se répercutait sur leur intégrité : si on s’éloigne, l’oeuvre peut disparaître. On devient superstitieux à force de vivre dans la création tout le temps ; les forces rationnelles n’opèrent pas de la même façon dans un atelier.

Mais je voulais plutôt décrire ce voyage à Paris et à Lille. Ce sera dans l’article de demain…(la suite, cliquez ici)

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Musée du Louvre-Lens, sculpteur : Duseigneur. J’en parlerai dans un autre article.

Photo du sculpteur accablé, Juliette Marne

Photo au musée, GL

Le buste de Bernard Maris à Ombres Blanches, Toulouse

Demain, vendredi, pendant la présentation du livre Prends le temps de penser à moi de Gabrielle Maris Victorin (cliquez ici pour plus d’information), le buste de Bernard Maris, feu son père, sera exposé à la librairie Ombres Blanches, à Toulouse. Nous espérons arriver à temps. Le buste de Marie NDiaye, deuxième version, sera également exposé.

« Mais faisons un rêve : lorsque l’économie et les économistes auront disparu, ou du moins auront rejoint « l’arrière-plan », auront aussi disparu le travail sans fin, la servitude volontaire et l’exploitation des humains. Régneront alors l’art, le temps choisi, la liberté. »

Bernard Maris (1946-2105), économiste, journaliste et écrivain portait un regard critique sur le discours d’autorité tenu par les économistes dominants. Admirateur de J. M. Keynes, il défendait une vision alternative à travers des concepts comme la gratuité, le don et le contre-don, le revenu d’existence. Il œuvrait à Charlie Hebdo sous le pseudonyme d’Oncle Bernard.

Actuellement à Paris, je n’ai pas le temps de continuer mon journal pour le moment. Ce week-end j’écrirai autour des expériences vécues à la capitale. Le titre ? « Un sculpteur et une poétesse gelés » ou « Comment trouver une place pour de nouvelles sculptures parmi les milliers d’oeuvres existantes » ou « Les Muretains s’amusent à Paris » … ou « D’une expo à une autre »… ou « La Louge me manque »… ou « Le sculpteur rend visite à sa fille » …

Inauguration du buste du député Marcel Cabiddu

Que d’efforts fournis par Emmanuel Richelien ! Il a dû lutter pour accomplir ce projet. Le buste de l’homme qu’il admirait profondément a finalement trouvé sa place à Wingles, petite ville du département du Pas-de-Calais. Hier on a assisté à son inauguration avec la présence du frère, de son beau-frère et d’autres membres de la famille. Parmi les présents : Madame le maire de Wingles Maryse Loup, les députés du Pas-de-Calais Nicolas Bays, Stéphane Saint-André et Michel Lefait, le président du Conseil départemental Michel Dagbert, l’ancien Ministre Jacques Mellick. Merci à tous.

Il y a deux ans, Emmanuel Richelien a lancé un appel d’offres que nous avons eu l’honneur de remporter. L’ancien député-maire de Wingles, ami proche de Laurent Fabius, méritait une statue. Il était décédé en 2004. Ce politicien avait apporté à sa région et à sa ville des changements profonds qui avaient permis à cette zone de se rattacher au progrès, malgré la désindustrialisation inexorable des dernières décennies. C’était un homme de gauche, humaniste, infatigable, sévère et juste.

Au début, Emmanuel Richelien comptait sur le soutien du député Nicolas Bays, et très probablement sur celui de Laurent Fabius. Mais entretemps les attentats sont arrivés, ces attentats qui ont changé notre pays, et la peur s’est installée un peu partout. L’hommage à Marcel Cabiddu est alors devenu compliqué.

Emmanuel Richelien, fidèle à son mentor, a continué le projet. Sa réalisation a pris plus de deux ans. Exit la présence de Laurent Fabius à l’inauguration du buste, car cela devenait trop dangereux : le centre nautique où le buste serait installé ne pourrait pas être sécurisé.

Pour trouver le socle, il a dû faire avec les moyens du bord. Un tronc d’arbre coupé sert de base. Marcel Cabiddu, un homme qui a changé sa région, qui a tellement fait pour que sa ville et son département retrouvent leur dynamisme avec la modernité, cet homme à la mémoire prodigieuse et à l’activité permanente, qui est resté fidèle aux valeurs de gauche, a eu droit à un buste posé sur un tronc d’arbre à côté du beau lac qu’il avait fait aménager. Ce lac est devenu un symbole de la lutte de l’homme contre le chaos. Des marécages et des terrils ont été convertis, sous ses mandats, en un bel endroit pour se promener. Le directeur du parc de nature et de loisirs, Roberto Riu, qui tenait lui aussi à rendre un hommage sincère à Marcel Cabiddu, veillera à l’installation définitive de l’oeuvre sur le site.

Emmanuel Richelien a réussi à rendre hommage au député Marcel Cabiddu. Il aurait préféré un socle en pierre. Il aurait peut-être souhaité un emplacement lié à l’activité qui fut celle du député : la politique. Mais le buste est là. Il trône au milieu d’un espace magnifique entouré par la nature. Il a évité la solution typique de notre temps et de notre société parfois un peu trop plate : une simple plaque commémorative. Au lieu de cela, il a réussi à imposer un buste, avec la présence du personnage, avec sa force de caractère et ce regard généreux dans lequel on devine une foi absolue dans les valeurs humanistes.

La présence, hier soir à l’inauguration, de personnes qui admiraient Marcel Cabiddu, qui visiblement l’appréciaient, ont prouvé par leur réaction qu’Emmanuel Richelien a eu raison. Notre société a besoin de récits, de magie, d’espoir, et l’art est là pour offrir cela. Ceux qui ne comprennent pas ce besoin et qui préfèrent peupler notre pays de plaques commémoratives se trompent. Les plaques se trouvent du côté de la mort. Les sculptures et les objets d’art proposent la vie et la transmission de valeurs.

Photos de Juliette Marne.

Merci à tous ceux qui sont venus. Marcel Cabiddu semblait heureux de les « retrouver ».

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