Un ami a répondu à mon dernier article en me disant qu’il considérait que la société ne devenait pas de « plus en plus rationnelle ». Je me suis peut-être mal exprimé : en disant cela, je ne voulais pas dire que la raison se développe ; je voulais dire que face au vide laissé par le savoir (les lumières), la société se base pour survivre sur le squelette laissé par le savoir, sur une rationalité ankylosée, sur les formules, les répétitions, tout ce que l’hémisphère gauche de notre cerveau sait bien gérer. On a délaissé depuis longtemps l’esprit critique pour le remplacer par des automatismes faciles qui nous déresponsabilisent.

L’héritage laissé par le Siècle des Lumières est en danger. On va entrer, paraît-il, dans une période obscure imposée par un mauvais concept de la démocratie, par un populisme rampant. L’ignorance s’impose sur le savoir. Le savoir est considéré comme négatif. Il gêne.

Une bonne image de cette étape de transition : le brouillard. J’ai pris ces photos ce matin. La beauté du paysage n’a rien à voir avec l’obscurité vers laquelle le monde se dirige actuellement. Mais le manque de visibilité, si. On se trouve dans un moment d’attente, de présages, relativement calme, presque immobile. On n’a pas envie de voir ce qui va arriver. Ce brouillard est agréable, mystérieux. Si on était certain que le soleil arrivera après, tout irait bien. « Jusqu’ici, tout va bien ».