Ma vertu préférée : La sagesse, la connaissance, arme nécessaire pour trouver la liberté dans sa vraie signification : faire ce qu’on est obligé de faire, accomplir la mission pour laquelle on est sur Terre. 

Mon principal défaut : manque de maîtrise de soi : je me laisse facilement distraire par la beauté de la femme… mais peut-être est-ce une partie de la mission que je dois accomplir.  

Ma principale qualité : La modestie : je suis le sculpteur le plus modeste de la Terre. Je plaisante. Ma principale qualité ? Celle, peut-être, de ne pas trop me chercher de qualités… 

Mon occupation préférée : Absorber la beauté de l’univers. 

Mon rêve de bonheur : Découvrir un jour que la mort ne nous sépare pas de ceux qu’on aime. 

Quel serait mon plus grand malheur : Apprendre que la vie n’a pas de sens. 

A part toi-même qui voudrais-tu être : Un homme qui renaît pour la troisième fois, pour devenir écrivain. Une première renaissance a eu lieu quand je suis devenu sculpteur après avoir passé toute une vie de peintre.

Où aimerais-tu vivre : Exactement là où je vis en ce moment, dans un très bel atelier à côté d’une rivière.  

La couleur que je préfère : Le vert chrome contrasté sur une terre de Sienne brûlée. 

La fleur que j’aime : Les fleurs sans nom, ou dont le nom m’est inconnu, qu’on pourrait appeler « sauvages ». 

L’oiseau que je préfère : La chouette qui ne fait pas de bruit quand elle vole. La chouette effraie des clochers ou Dame blanche.

Mon livre de chevet : « À la recherche du temps perdu » de Proust, même si je ne le lis presque jamais. Il est toujours présent. 

Mon artiste favori : Baselitz, un peintre qui sans savoir dessiner a su renouveler la peinture moderne. 

Le don de la nature que je voudrais avoir : Changeant, j’aimerais passer sans difficulté d’un état orageux à un état de plein soleil…

L’état présent de mon esprit : Curieux. Je voudrais savoir ce que ces questions vont m’apporter…

Ce que je déteste par dessus tout : L’ennui. L’ennui tue. 

La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : La méchanceté. Elle cache toujours une faiblesse de la personne. 

Ma devise : Chaque seconde qui passe est une occasion d’apprendre. 

Il y a un an, Mireille Nirman et Laure Marvel sont venues à mon atelier m’interviewer pour la revue « Les mots de terre ». Je copie dans ce journal une partie de l’article publié en janvier 2016 et le questionnaire de Proust revisité par Mireille dans Le portrait d’Art’gileJe les remercie encore une fois de leur intérêt porté sur mes sculptures et d’avoir partagé avec le public leur découverte de mon atelier. 

« Peintre à l’origine et voyageur dans l’âme, ce citoyen du monde -tel qu’il se définit lui-même- pose ses valises à Muret il y a une quinzaine d’années de cela. Plus tard il y découvrira l’argile qui va le conduire à la sculpture.
Rien ne fut alors plus évident pour lui que d’installer son atelier dans l’ancienne briqueterie de Muret qui brûla en 1957… Et de placer son four à l’endroit même du four de la briqueterie, contribuant ainsi à faire vivre l’esprit de ce lieu !

Le sculpteur excelle dans l’art du portrait. Evoquant ses bustes, il aime à dire
que « la forme attrape la présence des gens ». Cette présence sensible, il a su la ressusciter cet automne à Paris, à la Fête de l’Huma, lorsqu’il fut invité à y exposer les bustes de Bernard Maris, Cabu, Wolinski, Tignous, Charb, Honoré, – tous assassinés lors de l’attentat de Charlie Hebdo…

hommage-aux-dessinateurs-assassines


Gérard Lartigue aime parler de son approche : « Le dessin apprend à regarder ». Lui, commence toujours par dessiner son modèle, pas forcément pour le reproduire, « mais pour le voir ». Il n’aime pas travailler directement à partir de photographies mais plutôt par les croquis « pour entrer dans l’ambiance »: il se sent ainsi déjà prêt à regarder avant d’entrer dans la matière. Il faut que s’établisse un lien avec le modèle, son visage, car, dit l’artiste, « c’est cela le travail du sculpteur: interpréter le sujet ».

Pour conclure, à contempler le buste de Bernard Maris une évidence s’est imposée à moi : la très grande sensibilité et l’empathie infinie du regard que Gérard Lartigue pose sur ses modèles… nous aide à voir…vraiment. »

Mireille Nirman