La couleur me manque. Depuis que je me consacre à la sculpture, je travaille exclusivement avec la lumière et l’ombre, en éliminant la couleur. Depuis des années je ne touche plus à mes huiles. Mes pinceaux attendent sous la poussière devant une toile commencée il y a trois ans et qui est restée à l’étape de l’ébauche en noir et blanc, le fusain sur la toile. Chaque décembre je renouvelle les voeux de Nouvel An de reprendre la peinture…  et chaque année ils restent stériles. Je ne trouve pas le temps : il me faudrait m’isoler pendant des jours pour me déconnecter du monde (un peu plus) et ainsi entrer dans l’état nécessaire pour travailler en deux dimensions avec des couleurs. Au fond, je crois que j’ai choisi la sculpture et que j’ai abandonné la peinture (après m’y être consacré pendant deux décennies). Un jour je reprendrai mes pinceaux…

En attendant, je m’extasie devant les couleurs de cet automne prolongé dans l’hiver. Regarder ces verts chrome à côté des couleurs de rouille des feuilles des vignes me provoque une envie forte de peindre. Les rangées de sarments hachent les surfaces velouteuses des collines.  Tout cela sous un ciel vibrant, d’une texture intense. Voilà pour la couleur et la texture. Pour le mouvement, je remets une image de ma chienne malheureuse en train de souffrir dans le froid… Je plaisante : elle exulte de courir dans la campagne dans le temps doux et limpide de ces derniers jours.