Il [l’homme] ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre (Jean de LA BRUYÈRE, XI)

Une dame de quatre-vingts ans, Marie, raconte son expérience dans une maison de retraite.

  • Dans la maison de retraite où je vais, les personnes ont des têtes très sympas et intéressantes. Aimerais-tu les sculpter, Gérard ?

Avant que je réponde, une autre personne intervient :

  • Elle est bien, cette maison de retraite, Marie ?
  • Oui, elle est bien. Les gens semblent contents et je m’y plais.
  • Mais tu résides là ? demande une troisième personne.
  • Non, je m’occupe de leur donner des cours de poterie. J’y vais une fois par mois. Je pense que cette activité les garde en forme.

On a tendance à croire qu’être vieux est synonyme de dépendance et de maladie. On pense que la vieillesse signifie perte de mémoire et des facultés cérébrales. Une maison de retraite est souvent l’espace social où les humains qui n’ont plus toutes leurs facultés finissent leur vie, dans un relatif oubli (je parlerai dans un autre article d’une maison de retraite à Saint Martory qui est unique : les personnes âgées restent des personnes dans tous les sens du terme, avec le respect qu’on leur doit, et ils sont au centre d’une attention très humaine). Mais ce n’est pas une fatalité. Loin de là. Tant que la personne garde un rôle social ou une passion créatrice ou un réseau social fort, les maladies sont moins nombreuses. Le problème actuel c’est que la retraite implique souvent une perte de sens dans la vie de la personne, une chute dans un vide : le rôle social de la personne disparaît. Parfois cela permet de se consacrer à des activités qu’on n’avait pas pu réaliser avant, ce qui est plutôt libérateur, mais malheureusement dans beaucoup de cas le système ne sait pas ouvrir des portes aux personnes âgées. C’est un des changements urgents de notre société : apprécier de nouveau la sagesse de ceux qui ont déjà une expérience immense. Au lieu de les écarter, on devrait leur demander conseil, ou des cours, ou un partage de savoir.

Pour les sculpteurs la retraite n’existe pas. On doit mourir avec une mirette à la main, en croyant qu’il y aura toujours une sculpture à faire encore plus proche du but recherché. Il ne faut pas demander quel but, car ça fait partie de la recherche. 😉

J’ai mis une photo d’une vieille dame qui s’appelle Hélène et de Barbara, la chanteuse. Deux esprits pleins de vie. Une avec un regard mélancolique et passionné et l’autre observatrice, charmante, douce et intense.

L’église est celle de Saint-Amans, près de Muret. Les matins de temps en temps, on va se promener dans ce coin. Il faut grimper les collines, histoire de faire marcher la pompe de sang un peu plus vite que quand je sculpte. Les jambes doivent aussi faire de l’exercice.

 

 

3 commentaires sur “Il [l’homme] ne se sent pas naître, il souffre à mourir, et il oublie de vivre (Jean de LA BRUYÈRE, XI)

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  1. « La vieillesse, comme la mort, ne peut pas être vaincue. L’âge apporte la conscience de la relativité de toutes choses et le scepticisme. Il est tentant de s’adonner à la spéculation et de se retirer sous sa tente après les combats passés ; c’est une erreur. Ni la brièveté du temps qu’il reste à vivre, ni le poids du vécu, n’ont de quoi détendre les ressorts du besoin de créer. »
    Professeur Guy Lazorthes, Mémoires Académie des Sciences Belles-Lettres de Toulouse (vol. 161 tome 10, 1999).
    Ce neurochirurgien est à l’origine de la création de l’Hôpital Rangueil et de la Faculté de médecine Toulouse-Rangueil. Décédé à 103 ans, il a donné des cours jusqu’à l’âge de 84 ans.

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  2. Très bonne définition de la fin de vie, la vieillesse. Souvent dans les maisons de retraite l’encadrement infantilise les résidents, mon expérience me faisait remarquer ce que tu viens d’écrire Gérard. Il faut qu’ils s’adaptent à une vie collective, un règlement, fini la liberté de leur domicile, les plats préférés de leur cuisine..Leurs petites manies quotidiennnes… Des détails qui ont leur importance, on les oblige à accomplir des choses qu’ils ont pas envie obligatoirement de faire, surtout ceux qui ont gardé l’esprit vif. Bref, difficile la fin de vie, mais comme tu dis si dans l’établissement des activités intéressantes sont organisées c’est génial.
    Mon père jouait de l’harmonica dans sa chambre pour garder son souffle disait-il, le personnel était étonné de l’entendre, une preuve de plus que l’encadrement ne réalise pas que ces personnes âgées ont eu une vie, avant…
    Et, bien remplie souvent, ils ont des choses à dire…
    Je pense que pour moi je continuerai à sculpter si ma force physique me le permet??? Sinon je dessinerai un crayon facile à tenir dans la main? Hein, Gérard.?
    Bonnes fêtes gros bisous Evelyne T

    Aimé par 1 personne

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