Une dame de quatre-vingts ans, Marie, raconte son expérience dans une maison de retraite.

  • Dans la maison de retraite où je vais, les personnes ont des têtes très sympas et intéressantes. Aimerais-tu les sculpter, Gérard ?

Avant que je réponde, une autre personne intervient :

  • Elle est bien, cette maison de retraite, Marie ?
  • Oui, elle est bien. Les gens semblent contents et je m’y plais.
  • Mais tu résides là ? demande une troisième personne.
  • Non, je m’occupe de leur donner des cours de poterie. J’y vais une fois par mois. Je pense que cette activité les garde en forme.

On a tendance à croire qu’être vieux est synonyme de dépendance et de maladie. On pense que la vieillesse signifie perte de mémoire et des facultés cérébrales. Une maison de retraite est souvent l’espace social où les humains qui n’ont plus toutes leurs facultés finissent leur vie, dans un relatif oubli (je parlerai dans un autre article d’une maison de retraite à Saint Martory qui est unique : les personnes âgées restent des personnes dans tous les sens du terme, avec le respect qu’on leur doit, et ils sont au centre d’une attention très humaine). Mais ce n’est pas une fatalité. Loin de là. Tant que la personne garde un rôle social ou une passion créatrice ou un réseau social fort, les maladies sont moins nombreuses. Le problème actuel c’est que la retraite implique souvent une perte de sens dans la vie de la personne, une chute dans un vide : le rôle social de la personne disparaît. Parfois cela permet de se consacrer à des activités qu’on n’avait pas pu réaliser avant, ce qui est plutôt libérateur, mais malheureusement dans beaucoup de cas le système ne sait pas ouvrir des portes aux personnes âgées. C’est un des changements urgents de notre société : apprécier de nouveau la sagesse de ceux qui ont déjà une expérience immense. Au lieu de les écarter, on devrait leur demander conseil, ou des cours, ou un partage de savoir.

Pour les sculpteurs la retraite n’existe pas. On doit mourir avec une mirette à la main, en croyant qu’il y aura toujours une sculpture à faire encore plus proche du but recherché. Il ne faut pas demander quel but, car ça fait partie de la recherche. 😉

J’ai mis une photo d’une vieille dame qui s’appelle Hélène et de Barbara, la chanteuse. Deux esprits pleins de vie. Une avec un regard mélancolique et passionné et l’autre observatrice, charmante, douce et intense.

L’église est celle de Saint-Amans, près de Muret. Les matins de temps en temps, on va se promener dans ce coin. Il faut grimper les collines, histoire de faire marcher la pompe de sang un peu plus vite que quand je sculpte. Les jambes doivent aussi faire de l’exercice.