Lors du Salon d’Automne de Muret (j’en profite pour remercier Dorothée Lempereur, à l’initiative de ce projet), j’ai fait une démonstration de sculpture à la tronçonneuse. Malheureusement, il y avait un chantier qui occupait toute la place où j’étais installé. Les rares passants s’arrêtaient un moment avant que le vent glacial les chasse. J’ai travaillé à la tronçonneuse pendant quelques heures sur un bois dur comme de l’acacia (en fait c’était de l’acacia) et un début de bras a surgi, montrant déjà une rare violence. Je ne sais pas encore si le personnage qui est en train de naître sera Pierre d’Aragon en train de mourir ou s’il sera un chevalier anonyme de la bataille de Muret. Une espèce de « Chevalier inconnu ». C’est curieux cette notion de « naître ». Il naîtra pour mourir ensuite. J’enlèverai tout le bois qui le cache. Il surgira avec toute sa force et son courage pour se battre en sachant qu’il sera tué dans une bataille qui a amené cette région à faire partie de la France. C’est la caractéristique inévitable de l’Histoire : on aperçoit une vie réduite à une série d’événements qui arrivent vite à la fin, une vie tranchée en quelques mots. Les héros de cette époque étaient des jeunes en général. Mourir aujourd’hui à moins de quarante ans est une tragédie. A cette époque c’était presque naturel.

Le bras portera, bien sûr, une épée. L’oeuvre sera verticale. Pour le moment je la sculpte en position horizontale (la sculpture, pas moi) à cause du poids impressionnant de ce tronc compact et humide. L’oeuvre prendra plusieurs semaines. Je mettrai de temps en temps des photos dans ce journal.

Pour rester dans une représentation vraisemblable, je compte me baser sur le livre « La tragédie de Muret » de Bernard Meysonnet, écrivain muretain qui se consacre depuis des années à la Bataille de Muret, et que je remercie pour ses conseils.