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Il est toujours difficile de se détacher d’une œuvre qu’on considère faire partie de celles qu’on a le mieux réussies. Parmi les centaines de sculptures réalisées, il y a certaines qui accumulent une recherche de dizaines d’années. Parfois une œuvre est une expérience unique ou le produit d’un chemin qui ne va pas aboutir, ou le résultat d’une étape seulement. Parfois elle accumule plusieurs directions de recherche. La Vénus de Martres, mon interprétation de la vraie Vénus de Martres plutôt, me semble résumer toute une recherche autour de l’expression d’un visage. Même si elle est née à partir d’une autre sculpture, je sens avoir pu développer toute mon expérience comme « observateur des humains » (y compris moi-même, bien sûr) d’un côté, et de l’autre, ma perception de la perception d’un autre artiste. Je sens avoir réussi à m’approprier la perception de l’artiste qui a capté la beauté de la femme qui allait un jour être appelée « Vénus de Martres ». J’ai adapté sa perception à la mienne. La beauté de ce visage serait donc le mélange de deux perceptions. Une beauté à deux niveaux.

J’ai pris au sérieux l’idée de Sylvian Meschia de faire des bustes gallo-romains comme si j’étais dans la peau du sculpteur de l’époque, en sachant que ma propre expérience et ma conception de la beauté allaient s’y incruster. La Vénus « moderne » a perdu ce qui m’a semblé un brin masculin dans les traits de l’antique.

Malgré le manque de communication autour de mon travail dans cette exposition, j’ai eu des retours intéressants. Depuis le début j’ai appris que cette sculpture était susceptible de vivre sa propre vie : hier j’ai accepté de la laisser partir. Elle appartiendra à partir de 2017 à de nouvelles mains aussi créatrices que les miennes. Et j’en suis ravi.